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Haïti : le gouvernement lie la reconquête sécuritaire à la relance du processus électoral

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Le gouvernement haïtien a réaffirmé, mardi 3 février 2026, sa détermination à rétablir l’autorité de l’État et à organiser des élections, lors de la 35e édition des Mardis de la Nation, tenue à la Primature.

Intervenant au nom du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, a assuré que la sécurité publique reste une priorité stratégique absolue. Il a rappelé l’existence d’une offensive « structurée, durable et irréversible » contre l’insécurité et mis en avant le cadre de coopération stratégique signé fin juillet 2025 entre le ministère de la Justice et de la Sécurité publique et le PNUD, destiné à renforcer les capacités souveraines de l’État.

Ce cadre s’articule autour de cinq axes, dont le pilotage stratégique de la sécurité, le renforcement du cadre juridique, l’appui à la décision gouvernementale, la résilience des communautés et la lutte contre la criminalité transnationale. L’objectif affiché est la reconquête progressive du territoire, notamment dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre, les zones les plus touchées par les violences de gangs.

Mario Andrésol est également revenu sur l’opération visant à débloquer les routes nationales, suspendue dans un contexte de fortes tensions politiques. Il a expliqué que la décision avait été assumée, mais que des rumeurs de coup d’État avaient conduit le directeur général de la Police à interrompre les opérations pour sécuriser des points stratégiques, provoquant un arrêt d’une à deux semaines et un retard dans l’exécution du plan.

Sur le volet électoral, le ministre délégué chargé des questions électorales et constitutionnelles, Joseph André Gracien Jean, a réaffirmé l’engagement du gouvernement à accompagner le processus. Il a mis en avant la modernisation du décret et du calendrier électoraux, ainsi que la signature d’un protocole d’accord entre le CEP et l’Institut national électoral du Mexique, axé sur le renforcement des capacités, la gestion du registre électoral et l’usage de la technologie.

Il a aussi rappelé le lancement d’un programme de renforcement des partis politiques, qui a déjà concerné 1 770 membres de 240 structures, et annoncé l’inscription prochaine des partis ainsi que la mise à jour du registre électoral. Côté finances, l’État a mobilisé 82,9 millions de dollars pour 2025, avec un solde disponible de 41,5 millions de dollars, géré par un comité associant le CEP, le ministère de la Planification et le PNUD.

À travers ces annonces, l’exécutif entend faire de la sécurité et des élections les deux piliers du retour à la stabilité institutionnelle et à la vie démocratique.

La rédaction

Après les tensions, Petro reçu à Washington

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Par Gesly Sinvilier

La visite du président colombien Gustavo Petro à la Maison-Blanche marque un moment diplomatique significatif dans les relations entre Washington et Bogota, après une période marquée par des tensions ouvertes et des échanges virulents entre les deux capitales. Reçu par le président américain Donald Trump, Gustavo Petro a engagé un dialogue direct qui tranche avec le climat de défiance ayant récemment dominé les relations bilatérales jusque-là.

Cette rencontre, tenue dans un format volontairement discret, s’est déroulée sur fond de désaccords profonds concernant la lutte contre le narcotrafic, la sécurité régionale et les orientations idéologiques des deux dirigeants. Pendant plusieurs mois, les accusations croisées avaient fragilisé la coopération historique entre les États-Unis et la Colombie, Washington reprochant à Bogota un manque de fermeté face aux réseaux criminels, tandis que Petro dénonçait ce qu’il considérait comme une approche coercitive et dépassée de la part des États-Unis.

À la Maison-Blanche, toutefois, le ton s’est voulu plus pragmatique. Les discussions ont porté sur la nécessité de rétablir des canaux de coopération, notamment en matière de sécurité, de lutte contre les groupes armés et de stabilisation régionale. Sans annoncer d’accords formels, les deux présidents ont souligné l’importance du dialogue et laissé entrevoir une volonté commune d’éviter une escalade diplomatique qui aurait fragilisé davantage la région.

La symbolique de cette visite est forte. En acceptant de rencontrer Petro, Donald Trump envoie un signal d’ouverture, tout en réaffirmant la centralité de la Colombie dans la stratégie américaine en Amérique latine. De son côté, Gustavo Petro cherche à repositionner son pays comme un acteur incontournable du dialogue régional, capable de défendre une ligne souveraine sans rompre totalement avec Washington.

Si cette rencontre ne marque pas une réconciliation immédiate, elle constitue néanmoins un tournant. Elle ouvre la voie à une relation moins conflictuelle, fondée sur des intérêts mutuels plutôt que sur des invectives publiques. Reste à savoir si cette détente prudente se traduira, dans les mois à venir, par des actions concrètes et une coopération durable entre les deux pays.

Gesly Sinvilier / Le Relief

Dialogue inter-haïtien: proposition d’un système exécutif à deux têtes, les dépôts de candidature débuteront ce mercredi

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le mardi 3 février 2026 —Les travaux du Dialogue interhaïtien, tenus du 1er au 3 février 2026 à l’Hôtel Montana, ont abouti à une proposition de nouvelle architecture du pouvoir exécutif, présentée par les initiateurs comme une tentative de sortie de crise à l’approche du 7 février. Le document final recommande la mise en place d’un système exécutif à deux têtes, structuré autour d’un Collège présidentiel et d’un chef de gouvernement.

Selon le texte présenté par Clovis Obas, ancien parlementaire du PHTK aux Cayes, le Collège présidentiel serait composé de trois personnalités issues respectivement du Conseil présidentiel de transition (CPT), de la Cour de cassation et de la société civile. Les initiateurs estiment que cette formule permettrait d’assurer un équilibre institutionnel et d’éviter une vacance brutale du pouvoir.

Toutefois, cette proposition suscite de vives contestations. Plusieurs participants ont remis en cause la composition de l’assemblée, la méthodologie du dialogue et la légitimité des décisions annoncées.

L’ancien député Arodon Bien-Aimé s’est montré particulièrement critique, affirmant que la rencontre aurait été dominée par des proches du CPT :

« Ils se sont réunis, ils ont rassemblé pratiquement tous les employés des cabinets du CPT pour venir annoncer la formation d’un Collège présidentiel… »

Pour lui, le débat fondamental reste celui de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition :

« Le mandat du CPT est arrivé à terme, les membres du CPT doivent plier bagage et partir. »

Une position qui rejette toute tentative de prolongation, directe ou indirecte, de l’actuel dispositif de transition.

L’ancien parlementaire a également dénoncé l’absence de mécanismes démocratiques internes au dialogue :

« Ils ont parlé d’élections pour prendre les décisions, mais aucune élection n’a été organisée », a-t-il souligné, évoquant le contexte de la salle et la manière dont les orientations finales ont été arrêtées.

Malgré ces critiques, le dialogue du Montana a réuni plusieurs acteurs politiques et sociaux, dont le secteur du Vodou à travers la KNVA – représentée par l’empereur Mondestin, le docteur Jean Hénold Buteau, divers partis et organisations politiques, ainsi que des membres influents du CPT, notamment Leslie Voltaire et Fritz Alphonse Jean. Une diversité qui, pour certains observateurs, n’a pas suffi à garantir un véritable équilibre des forces en présence.

Fait notable, les organisateurs ont annoncé que les dépôts de dossiers de candidature aux postes de président et de Premier ministre débuteront ce mercredi 4 février 2026. Cette décision, prise alors même que la légitimité du cadre du dialogue est contestée, soulève de nouvelles interrogations quant à la base juridique et politique du processus engagé.

En définitive, le Dialogue inter-haïtien de l’Hôtel Montana illustre les limites d’une démarche qui prétend refonder l’exécutif sans consensus clair, sans procédures démocratiques internes solides et sans reconnaissance unanime des acteurs clés. À l’approche du 7 février, la transition haïtienne demeure suspendue à une question centrale : qui peut légitimement décider, et au nom de qui ?

Jean Wesley Pierre / Le Relief

7 février 2026 :Une oligarchie politique littéralement par terre

Sonet Saint-Louis av

La politique sans la science court le risque de se déconnecter des faits. Menée ainsi, elle ne peut conduire qu’à des décisions dangereuses.

La transition mise en place après le départ catastrophique du pouvoir de l’ancien Premier ministre Ariel Henry a bénéficié de l’appui « d’alliés » internationaux, principalement pour satisfaire les intérêts politiques et économiques de certains groupes — acteurs dominants de la société haïtienne. Ce fut une illusion rapidement démasquée. Derrière l’acceptation de certaines personnalités au sommet de l’État se cachait en réalité une stratégie : l’élimination d’une oligarchie politique haïtienne devenue, semble-t-il, inutile. J’avais vu venir ce coup mortel ; je l’avais même annoncé.

Après le 7 février 2026, une gouvernance technocratique semble se dessiner, avec des partis politiques désormais contraints de passer par les urnes avant de prétendre exercer le pouvoir. Reste une question décisive : comment conquérir le vote populaire lorsqu’on est déjà discrédité dans l’opinion ? Les ressources issues de la corruption présumée, « accumulées » au cours des vingt-et-un derniers mois, suffiront-elles à acheter des soutiens et à emporter l’adhésion lors des prochaines joutes électorales ?

Toujours est-il qu’au-delà de cette date butoir, certains acteurs politiques pourraient comprendre qu’il n’y a rien à gagner à intégrer un pouvoir hors norme, sans contrôle ni éthique — sinon l’illusion d’un argent facile. Depuis des années, la transition était devenue un cercle infernal, permettant à certains de gouverner sans ancrage populaire tout en s’enrichissant sans effort. Or s’enrichir au détriment du peuple, en creusant les inégalités sociales, finit toujours par avoir un coût.

Les responsables de cette débâcle
Le secteur politique, disons-le, n’est pas le seul responsable de l’échec. Une certaine frange d’autres secteurs, mêlée à l’exercice direct du pouvoir, porte également une part de responsabilité, comme l’a souligné Madame Magalie Comeau Denis. Nous sommes face à une tromperie collective qui a conduit à une dégénérescence profonde de la société haïtienne.

Comment faire accepter des figures déchues aux yeux de la communauté internationale ? Une telle stratégie est loin d’être judicieuse. L’intégrité et l’éthique constituent pourtant des atouts majeurs dans les relations interétatiques : elles fondent la confiance et le respect entre interlocuteurs. Or, nos gouvernants s’écartent de ces principes, ce qui explique leur fragilité lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts nationaux et l’État.

L’implication de nos dirigeants — et de certains aspirants au pouvoir — dans des faits de corruption, des réseaux criminels et des violences meurtrières sape leur crédibilité auprès de nos partenaires internationaux.

Le droit, c’est la limite posée au pouvoir. Un gouvernement sans contrôle indépendant n’a qu’un devoir : agir avec probité. Le problème, c’est qu’il n’a plus personne pour l’y contraindre. Les Nations unies ont déjà envoyé des signaux clairs en ce sens, en déclarant vouloir coopérer avec l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) afin de freiner la corruption à grande échelle en Haïti et d’empêcher que des fonds issus du crime organisé et de trafics illicites servent à acheter des voix.

Il est dramatique qu’à la veille du 7 février 2026, quarante ans après la fin officielle de la dictature, Haïti ouvre un nouveau chapitre d’incertitude à cause de la faillite des classes dirigeantes, qui mettent la République sur la voie de tous les dangers. La facture est désormais présentée à cette élite. Quand les institutions nationales ne sont pas protégées contre la corruption, c’est la souveraineté nationale qui part en fumée. Les gouvernants sont à terre. La société civile elle-même fait preuve d’imprudence lorsqu’elle refuse de sanctionner les dérives et les pratiques indécentes qui compromettent la souveraineté nationale.

Le CPT et la Primature doivent partir en même temps
Le refus du coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (CPT), Laurent Saint-Cyr — qui n’a pas de voix prépondérante au sein du Conseil — de se soumettre à la résolution de ses collègues ne relève pas d’une simple violation de règles procédurales ou administratives, celles-là mêmes qui avaient justifié ladite résolution. Car si tel avait été le cas, il aurait demandé la tenue d’une réunion du Conseil afin de rétablir la régularité de l’acte.

À la lumière du décret portant création du CPT, M. Saint-Cyr détient un pouvoir de représentation et de coordination au sein de cette structure. À ce titre, il ne dispose d’aucune voix prépondérante : son rôle consiste à orchestrer l’exécution des décisions prises par les conseillers, conformément aux règles établies. Je l’ai déjà souligné dans un article précédent : les réserves formulées par Saint-Cyr doivent être consignées dans le procès-verbal — s’il a existé — de la réunion au cours de laquelle la décision a été actée.

En réalité, chaque conseiller doit veiller à ce que les actes adoptés par le CPT ne puissent être considérés comme nuls, ni engager sa responsabilité personnelle. Il est donc essentiel d’éviter toute précipitation dans un contexte aussi fragile. Que les règles administratives aient été respectées ou non, l’histoire retiendra que Laurent Saint-Cyr n’a pas publié la résolution de ses collègues appelant à la « révocation » du Premier ministre Didier Fils-Aimé, en se retranchant derrière l’opposition affichée et publique des États-Unis à la mise en œuvre de cette décision, pourtant adoptée à la majorité.

Beaucoup se demandent si le Premier ministre restera en poste après le 7 février 2026. À mon avis, la Primature, tout comme le CPT, est un organe de transition dont l’échéance est fixée au 7 février 2026. Le Premier ministre relève du CPT, dont il tire sa légitimité politique, consacrée par l’Accord du 3 avril 2024 et par le décret portant création dudit Conseil. Lorsque l’organe qui fonde l’autorité disparaît — c’est-à-dire le Conseil — l’exécutif issu de cet organe perd, lui aussi, son fondement.

Le CPT n’a pas compétence pour désigner son successeur, puisque sa formation résulte d’un accord politique. De même, le gouvernement qui en est issu ne peut se reconduire lui-même sans un nouvel accord politique qui lui conférerait une nouvelle légitimité. Les dispositions de l’article 149 ne sont pas applicables, pas plus que celles relatives à la liquidation des affaires courantes en cas de démission du Premier ministre, car nous sommes dans une situation d’aconstitutionnalité. Cela rend ces mécanismes inapplicables et inopérants, puisque le Premier ministre n’a pas été désigné par un président élu, et que sa nomination n’a pas été ratifiée par un Parlement.

Le maintien ou le départ de Fils-Aimé dépendra des rapports de force internes et externes. Si le chef de facto de la Primature, dépourvu de base sociale, se maintenait au-delà du 7 février 2026, ce ne serait pas au nom d’une représentativité, mais par délégation des puissances qui contrôlent quasiment tout en Haïti — en raison notamment de notre faiblesse économique et de celle de nos dirigeants.

Pas de souveraineté sans autonomie financière
Haïti est pauvre ; et dans l’ordre mondial actuel, ce ne sont pas les peuples qui fixent l’agenda, mais les marchés. Dès lors, l’idéologie s’efface. « La richesse nationale fera la force du drapeau national », soutenait déjà il y a deux siècles l’empereur Jean-Jacques Dessalines.
L’économie guide le droit et la politique, par nécessité et par souci d’efficacité. La politique n’est pas une affaire d’émotion : elle s’appuie, à court ou à long terme, sur une stratégie de coût-efficacité et de coût-bénéfice. L’économie ne se contente pas d’orienter la politique et le droit ; elle en juge aussi les décisions en fonction de leurs résultats. Voilà pourquoi nos gouvernants ne sont pas réellement libres de décider : ils évoluent sous une double contrainte, interne et externe.

Dans un tel contexte, une souveraineté sans base économique solide relève de l’illusion. Le pays ne dispose même pas des structures nécessaires pour recevoir une aide humanitaire massive. Un nationalisme de proclamation, flirtant avec l’exagération, devient improductif et fanfaron, parce qu’il ne change ni le rapport de force ni les dépendances matérielles.

Le cas du Premier ministre Ariel Henry, détenu aux États-Unis alors qu’il était parti en mission pour son pays, est révélateur : les puissants frappent où ils veulent et quand ils le souhaitent. Dès lors, quel est le coût de se lancer dans un affrontement inutile avec les États-Unis, alors que, par nos propres fautes, ils peuvent en profiter pour déstabiliser les élites gouvernantes par des sanctions ?

La question centrale devient donc celle de la marge de manœuvre. Seuls des dirigeants intègres et compétents peuvent en créer une, face à cette géopolitique du droit — instrument de domination et de puissance entre les États, notamment dans le champ économique — qui consacre la loi du plus fort au détriment d’un droit international souvent piétiné. La raison du plus fort est toujours la meilleure », sauf lorsque David affronta Goliath — et lorsque Haïti affronta la France en 1803, quand une armée d’anciens esclaves rendit possible ce que l’ordre établi tenait pour impossible.

La fable de La Fontaine demeure ainsi d’actualité : elle décrit une réalité internationale où les plus forts se renforcent encore et utilisent des prétextes fallacieux pour écraser les plus faibles. On s’éloigne progressivement de l’ONU — dont la mission était de gérer les conflits mondiaux et de défendre le droit international ainsi que le multilatéralisme tels qu’on les a connus après 1945 — pour entrer dans un monde nouveau, encore informe. Je me demande si les Haïtiens prennent la mesure de ces mutations : un pragmatisme international, souvent cynique, pèse déjà lourdement sur nos fragiles réalités nationales.

Dans ce paysage, il faut poser les questions qui comptent : de quel levier disposons-nous pour faire avancer l’agenda national, alors que l’extraterritorialité du droit américain s’applique largement et vise des personnes physiques et morales au-delà de ses frontières ? Et quels recours réels ont ceux qui sont frappés par de telles mesures ?

Quarante années de destruction, cela suffit !
Il n’y a plus de droit dans ce qui se joue entre le CPT et le gouvernement d’Alix Fils-Aimé. Le mensonge des récits juridiques, dictés par des intérêts mafieux, est partout. Loin de ces manipulations, j’ai plutôt tendance à croire que nous faisons face à une sauvagerie organisée à grande échelle, révélatrice de l’incapacité des élites nationales à évoluer dans une Haïti moderne, fondée sur les principes de l’État de droit.
Quarante années de destruction et de perdition, cela suffit ! Cette catastrophe que nous vivons tient aussi à l’indigence du leadership qui a dominé la vie politique durant ces quatre décennies. Le moment est venu de faire l’inventaire de nos erreurs. De ce chaos, une alternative doit émerger, portée par des forces réellement dévouées au changement. Il s’agit de rendre l’espoir possible dans notre pays. Pour cela, nous devons recréer des forces du bien.

En attendant de nouvelles élections, organisées dans des conditions propices — où le peuple pourra exercer sa souveraineté en choisissant ses représentants — il faut une mobilisation sociale et un nouvel accord politique. Son objectif ne doit pas être la prolongation du pouvoir de quelques groupes, mais le retour à l’essentiel en démocratie : le peuple doit pouvoir élire ceux qu’il veut voir le gouverner.

À la veille de cette date censée mettre fin à l’anarchie, les ambitions égoïstes doivent se taire. Pour une fois, il faut une solution politique au service de la nation — et qui tienne.

Sonet Saint-Louis av
Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique
Professeur de philosophie.
Université du Québec à Montréal
Montréal, 3 février 2026
Email : sonet.saintlouis@gmail.com

Haïti : Crise de légitimité, intervention sécuritaire et impasse transitionnelle à l’approche du 7 février 2026

Par Pierre Josué Agénor Cadet

À la veille du 7 février 2026, Haïti se trouve dans une phase critique caractérisée par une superposition de crises : effondrement sécuritaire, vacance institutionnelle imminente et fragmentation des initiatives politiques. Cette conjoncture révèle non seulement une défaillance de gouvernance, mais également une crise profonde de légitimité étatique.
La présence du destroyer américain USS Stockdale (DDG-106) et de bâtiments de la Garde côtière dans la baie de Port-au-Prince, dans le cadre de l’opération Southern Spear, constitue un fait géopolitique majeur. Au-delà du discours diplomatique évoquant la stabilité régionale, cette démonstration navale s’inscrit dans une tradition d’externalisation de la sécurité haïtienne, traduisant l’incapacité de l’État à exercer le monopole de la violence légitime (Max Weber). Elle pose aussi la question de la souveraineté effective d’Haïti dans un contexte de dépendance structurelle.
Parallèlement, la scène politique nationale se distingue par une prolifération d’initiatives non coordonnées : Dialogue interHaïtiens, Inisyativ 24 avril, Opozisyon Pliryèl, Dyalòg CPT, etc. Cette multiplicité d’espaces de négociation, dépourvus d’architecture institutionnelle commune, illustre un phénomène de  » pluralisme désordonné « , où l’inflation d’acteurs affaiblit la capacité de décision collective.
Les propositions de transition dites  » constitutionnelles  » apparaissent juridiquement fragiles. Le recours au président de la Cour de Cassation, ou à un collège exécutif tripartite incluant des membres issus du CPT, soulève un paradoxe : peut-on rétablir la légalité par des mécanismes issus d’un ordre déjà déstructuré ? La légitimité ne peut émerger d’un simple arrangement procédural, mais d’un consensus social élargi. Car depuis le 20 juillet 2021, le fonctionnement de nos institutions s’opère en dehors du cadre constitutionnel.
L’exemple de 1930, avec la désignation de Louis Eugène Roy, rappelle qu’en période de crise extrême, les sociétés peuvent recourir à une figure d’arbitrage neutre pour restaurer la confiance institutionnelle. L’histoire suggère ainsi qu’une solution crédible exige une autorité transitoire dépolitisée, dotée d’un mandat limité et d’un objectif électoral clair.

Le 7 février 2026 peut être soit la date d’un basculement vers la reconstruction institutionnelle, soit une étape de plus dans la normalisation du désordre ou une nouvelle prolongation du cahos. L’avenir dépendra de la capacité des acteurs à placer l’intérêt national au-dessus de leur survie politique.

Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti: On a bu la matière fécale ?

Il faut parfois des mots durs pour décrire des réalités encore plus dures. Aujourd’hui, ce n’est plus une métaphore : en Haïti, nous avons bu de la matière fécale. Publié en fin du mois de janvier 2026, le rapport du ministère du Commerce et de l’Industrie est sans appel : plus de 92 % de l’eau consommée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince est contaminée, parfois par des microbes, parfois par des matières fécales. Autrement dit, ce que des millions de citoyens achètent chaque jour comme “eau potable” est, en réalité, un danger pour leur vie.

Ce scandale sanitaire n’est pas seulement une statistique. Il a un visage : celui des enfants qui tombent malades, des personnes âgées affaiblies, des familles qui dépensent leurs maigres ressources pour se soigner après avoir simplement bu de l’eau.

Dans un pays déjà éprouvé par l’insécurité, la pauvreté et l’effondrement du système de santé, cette révélation sonne comme une condamnation silencieuse de toute une population.

Le plus révoltant, c’est que cette eau est vendue, étiquetée, présentée comme “traitée”, “pure”, “sûre”. L’État a laissé prospérer un marché où l’illusion a remplacé le contrôle, où le profit a pris le pas sur la santé publique. Comment expliquer qu’en 2026, dans un pays de plus de près de 12 millions d’habitants, boire de l’eau soit devenu un acte à haut risque ?

Certes, le ministère du Commerce et de l’Industrie reconnaît la gravité de la situation et promet un renforcement des contrôles, une meilleure régulation. C’est nécessaire. Mais ce n’est pas suffisant. Car ce drame ne date pas d’hier. Il est le produit d’années de laxisme, d’absence de normes appliquées, de contrôles inexistants ou complaisants. L’État ne peut pas se contenter de constater : il est comptable de ce qui arrive.

L’accès à une eau potable n’est pas un luxe. L’Assemblée générale de l’ONU a adopté, le 28 juillet 2010, la résolution 64/292 reconnaissant le droit à l’eau potable et à l’assainissement comme un droit humain fondamental, indispensable au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l’homme. Elle appelle les États et les organisations internationales à fournir des ressources, renforcer leurs capacités et coopérer pour garantir à tous l’accès à une eau potable, propre, salubre, accessible et abordable.

Aucun discours sur le développement, la stabilité ou la reconstruction d’Haïti ne tient debout si la population ne peut même pas boire sans risquer la maladie. Une nation qui ne protège pas l’eau qu’elle fait consommer à ses enfants compromet son propre avenir.

Aujourd’hui, l’heure n’est plus aux rapports rangés dans des tiroirs ni aux promesses de conférences de presse. Il faut des décisions fermes, des fermetures d’entreprises fautives, des contrôles permanents, une politique publique claire et assumée sur l’eau potable. Et surtout, il faut des comptes. Parce que ce scandale a des responsables.

Oui, nous avons bu de l’eau contaminée. Oui, nous avons peut-être, sans le savoir, bu de la matière fécale. Mais ce que nous ne devons plus jamais avaler, c’est l’indifférence de l’État face à un crime sanitaire de cette ampleur. L’eau, c’est la vie. Et la vie des Haïtiens mérite mieux que ça.

Et si les citoyens décidaient de porter plainte contre l’État haïtien pour les avoir laissés boire de l’eau impropre, parfois chargée de matières fécales ? Qui jugerait alors les autorités censées protéger la santé publique ? Et surtout, devant quelle justice un peuple peut-il réclamer des comptes à ceux qui ont failli à leur mission première : garantir le droit à la vie ?

Mettre fin à cette habitude forcée de boire une eau imbibée de microbes et de matières fécales semble encore, tragiquement, bien loin d’être une réalité.

Editorial de Wideberlin Sénexant

Haïti : deux dialogues, deux trajectoires, une même crise

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le dimanche 1er février 2026 —À six jours de la fin annoncée du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la scène politique haïtienne s’est fragmentée en deux espaces de concertation distincts, révélateurs des profondes divisions qui traversent la transition. Tandis qu’un dialogue interhaïtien s’est ouvert à l’hôtel Montana sous l’impulsion de membres du Conseil Présidentiel de Transition, une autre rencontre politique s’est tenue simultanément à l’hôtel Oasis, aboutissant à la proposition d’une gouvernance bicéphale à compter du 7 février.

À l’hôtel Montana : un dialogue sous tension, sous observation et sous discours souverainiste

À l’initiative les membres du Conseil Présidentiel de Transition Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles, un forum interhaïtien a démarré ce dimanche à l’hôtel Montana. Autour de la table : des représentants du secteur politique, du mouvement syndical, du secteur vodou et quelques organisations sociales. La présence d’un observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) contrastait toutefois avec l’absence remarquée des principaux partenaires internationaux traditionnels, notamment les États-Unis, le Canada et la France.

C’est dans ce contexte que le diplomate Pierre Antoine Louis a tenu un discours se voulant rassembleur mais profondément souverainiste, affirmant :

« Quelle que soit la formule sur laquelle un groupe d’Haïtiens s’accordera, même si je ne suis pas d’accord, je l’accepterai dès lors que c’est ce qui est bon pour Haïti. »

Cette déclaration, largement relayée dans les couloirs du Montana, visait à légitimer le processus en cours comme une tentative de sortie de crise strictement nationale. Pierre Antoine Louis est allé plus loin en excluant explicitement toute ingérence ou médiation étrangère dans les choix à venir :

« Je ne pense pas que ni la CARICOM, ni l’OEA, ni l’ONU, ni les pays dits amis d’Haïti — États-Unis, Canada, la France — aient quoique ce soit à voir là-dedans… Des Haïtiens se réunissent, ce qu’ils trouvent comme solution, ils l’appliqueront le 7 février 2026. »

Un positionnement qui tranche avec la réalité diplomatique observée depuis le début de la transition, largement encadrée par des acteurs internationaux, et qui entre en contradiction avec les informations de sources concordantes indiquant que la CARICOM et Washington privilégieraient plutôt une continuité gouvernementale autour du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

De son côté, l’ancien député A. Rodon Bien-Aimé se dit pour un dialogue inclusif inter haïtien mais pas avec la continuation du CP.

À l’hôtel Oasis : une alternative politique assumée

Pendant ce temps, à Pétion-Ville, sous l’égide du groupe interreligieux, une frange importante de la classe politique haïtienne regroupant des dizaines de blocs de partis et mouvements divers s’est réunie à l’hôtel Oasis. Cette rencontre a débouché sur une décision politique forte : l’option d’une gouvernance bicéphale, dirigée par un juge de la Cour de cassation à partir du 7 février 2026.

Une commission de cinq membres, composée notamment de Djina Guillet Delatour, Annibal Coffy
et de l’ex sénateur Jean Renel Sénatus, a été mise en place pour consulter les magistrats de la Cour et évaluer leur disponibilité à assumer cette fonction. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de rupture avec les mécanismes de transition perçus comme imposés, inefficaces ou déconnectés de la réalité populaire.

Deux réunions, un même constat

Ces deux réunions parallèles traduisent une réalité préoccupante : l’absence de cadre consensuel, unificateur et reconnu pour organiser la sortie de crise. Entre un dialogue institutionnel affaibli, porté par des responsables en fin de mandat, et une initiative politique alternative encore incertaine sur le plan opérationnel, la transition haïtienne se termine dans la fragmentation.

À l’approche du 7 février 2026, ces dynamiques concurrentes illustrent moins une vitalité démocratique qu’un vide d’autorité, où chaque camp tente d’imposer sa lecture de la légitimité, dans un contexte de pressions internationales persistantes et de défiance populaire généralisée.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Le MENFP pleure l’un de ses cadres : Me Sifrant Michel

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Par Jean Valdonel CONSTANT

Je confirme le décès tragique de Me Sifrant Michel par le biais du professeur et écrivain Yves ROBLIN, Directeur Général du Ministère de l’Éducation Nationale, Le drame s’est produit vers 10 heures du soir, le vendredi 30 janvier 2026, entre Delmas 31 et 33, alors que la victime se trouvait probablement seule. Une mort qui s’ajoute ainsi à la longue liste des citoyens emportés par une insécurité devenue chronique et incontrôlable.

Homme intègre, crédible et profondément engagé, Me Sifrant Michel était attaché et proche collaborateur du Directeur Général Yves ROBLIN. Il œuvrait avec discrétion, rigueur et loyauté au renforcement de l’administration éducative; convaincu que l’éducation demeure l’un des piliers essentiels du redressement national. Sa disparition constitue une perte majeure pour l’État haïtien et pour la communauté éducative.

Joint par téléphone, le Directeur général du MENFP a fermement condamné l’assassinat de son collaborateur immédiat. Il a exprimé sa confiance dans la justice haïtienne et appelé les autorités compétentes à faire toute la lumière sur les circonstances de cette mort tragique.

Me Sifrant Michel laisse derrière lui trois enfants, dont une fille poursuivant ses études au Canada.

Le Relief s’incline devant sa mémoire et présente ses sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à l’ensemble de la communauté éducative.

Jean Valdonel CONSTANT

Lettre ouverte à Matiado Vilmé

À toi, ma collègue, ma sœur de combat, Mati,

Je t’écris avec le cœur serré, les yeux humides, non par faiblesse, mais parce que la mémoire insiste, parce que l’oubli serait une trahison.

Je me souviens de la FANM VANYAN que j’ai rencontrée pour la première fois au Champs-de-Mars. Micro et caméra en main, le regard droit, habité par la fierté et l’amour du métier. Ce jour-là, j’ai compris que le courage pouvait avoir un visage de femme.

Sous les balles, les gaz lacrymogènes, les menaces des manifestants et parfois même celles de certains policiers, tu n’as jamais reculé. Tu es restée debout, solide, fidèle à ta mission. Là où d’autres tremblaient, tu avançais.

Pour moi, tu es bien plus qu’une journaliste : tu es une héroïne de la presse haïtienne, une figure emblématique du courage et de la dignité. Tu l’as prouvé une fois de plus lors de l’attaque à l’hôpital de l’UEH. Malgré la douleur, malgré la maladie, tu as tendu la main, tu as porté secours à des collègues blessés par balles.

Même blessée, tu protégeais encore les autres.
Tu as toujours été ce rempart silencieux. Je me souviens du jour où un policier m’a agressé. La colère m’envahissait, je voulais répondre. Tu m’as regardé et tu as dit, simplement :
« Kanga, non. Laisse tomber. Faisons notre boulot. »
Ces mots m’accompagnent encore.

Tu as été une boussole pour les jeunes journalistes, une voix sage dans le tumulte. Nul besoin de plaques, de décorations ou de discours officiels pour reconnaître ta valeur. Ton mérite est inscrit dans chaque reportage, chaque blessure, chaque pas fait au nom de la vérité. Tu as porté notre honneur, camarade.

Aujourd’hui, te voir allongée sur un lit d’hôpital me brise le cœur. Si l’amour, le respect et la reconnaissance pouvaient guérir, tu serais déjà debout. Si j’avais le pouvoir de t’aider à te relever, je le ferais sans la moindre hésitation.

Repose-toi, guerrière.
Nous porterons ta voix.
Nous refuserons l’oubli.
Et nous continuerons le combat.

La presse haïtienne te doit beaucoup.
Et moi, je te dois le respect éternel.
Je t’aime, Mati.

Reviens-nous vite.

Ton collègue-frère.

Sèl lanmou k ap rete ❤️

Kanga Zile

Subvention scolaire: Le FNE remet 271 chèques dans le cadre de son programme d’aide aux parents

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Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— Le Fonds National de l’Éducation (FNE) a lancé, ce samedi 31 janvier 2026, la distribution des subventions scolaires pour l’année académique 2025-2026 en remettant un premier lot de 271 chèques à des parents d’élèves. Cette initiative marque le début d’un processus appelé à se poursuivre dans les prochains jours, selon les responsables de l’institution.

Les chèques ont été émis directement à l’ordre des établissements scolaires concernés, une mesure destinée à assurer la transparence et la traçabilité des fonds alloués. Le FNE entend ainsi prévenir toute mauvaise utilisation des ressources et garantir que les subventions bénéficient effectivement à la scolarisation des enfants.

Sur environ 7 000 demandes soumises, certaines n’ont pas satisfait à l’ensemble des critères exigés. L’administration du FNE indique toutefois qu’elle s’emploiera, dans la mesure du possible, à contacter les parents concernés afin d’examiner les options disponibles et d’apporter les ajustements nécessaires.

Par ailleurs, les parents ayant déjà acquitté les frais de scolarité pour l’année en cours sont invités à s’entendre avec les directions des écoles afin de reporter les montants correspondants sur la prochaine année académique.

Pour garantir un traitement rigoureux, équitable et impartial de l’ensemble des dossiers, une commission d’analyse a été spécialement mise en place. Le FNE réaffirme, à cette occasion, son engagement en faveur d’une gestion saine et efficace des fonds publics destinés aux subventions scolaires, dans l’intérêt des familles et du système éducatif national.

Jean Mapou/ Le Relief