jeudi, mars 12, 2026
10.8 C
Londres
Accueil Blog Page 202

Mario Joseph, le défenseur des victimes du choléra est mort

Nous avons appris le décès, ce lundi 31 mars 2025, de l’avocat bien connu Me Mario Joseph, responsable du Bureau des Avocats Internationaux (BAI). Selon l’AHP, Me Joseph a eu samedi dernier un terrible accident de la route dont nous ne connaissons pas encore les circonstances. Responsable du BAI, en 2011, Mario Joseph a mené un combat acharné en faveur les victimes du choléra

Mario Joseph, qui est reconnu comme étant un influent avocat haïtien de droits humains, dirige, depuis 1996, le Bureau des Avocats Internationaux (BAI) situé à Port-au-Prince (Haiti).

En vingt ans d’activisme dans le domaine des droits humains, Mario Joseph a travaillé sur divers cas, tels que : le massacre de Raboteau en 2000, considéré comme étant l’un des plus importants cas de droits humains dans l’hémisphère Ouest ; et l’ancien premier ministre, Yvon Neptune, le premier cas haïtien traité par la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme. Suite au procès Raboteau, la coopération du BAI avec les autorités américaines en charge de l’immigration a permis la déportation de trois anciens généraux haïtiens, dont le plus important militaire jamais déporté par les États-Unis pour des motifs liés aux droits humains.

En novembre 2011, le BAI s’est plaint, au nom de 5’000 victimes, auprès des Nations Unies suite à l’épidémie de choléra qui a été amenée en Haïti à cause de forces de maintien de la paix des Nations Unies.

Le BAI a également représenté une dizaine de victimes de l’ancien dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier. Plus récemment, Mario et ses collègues ont représenté des victimes de viols lors de procès qu’ils ont gagné.

Mario Joseph continue son combat pour la justice malgré les risques qu’il encourt. Les menaces contre son intégrité physique émanant du Gouvernement haïtien ont amené la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme à prononcer des mesures prévisionnelles protectives en sa faveur en 2012.

Dans le cadre de son travail mené en Haiti, il travaille en étroite collaboration avec différents groupes en leur apportant un soutien organisationnel et juridique. Il a également collaboré avec Amnesty International et Human Rights Watch sur d’autres dossiers, tel que le procès de Duvalier. Le programme légal du BAI permet de former des jeunes avocats de droits humains motivés et très qualifiés. Les anciens étudiants du BAI travaillent maintenant comme juges, procureurs et avocats de droits humains en Haïti. D’autres travaillent pour des ONG, des universités, des services publics ou des tribunaux internationaux à l’étranger.

Qui a echoué en Haïti ?

Il faut reconnaître aujourd’hui, toute honte bue, qu’Haïti est devenue un État failli. Le grand projet de construction d’une société démocratique après l’effondrement du pouvoir duvalérien est resté un leurre. Aucune démocratie ne peut s’établir sans des démocrates. Les partis politiques qui devraient être des outils de transformation politique, ne sont en réalité, qu’un réservoir d’autocrates et d’affamés pour la plupart, avec un déficit intellectuel, patriotique et même idéologique. Et la société civile est en grande partie un enchevêtrement inextricable de richissimes commerçants d’origine étrangère et un ramassis de professionnels à la solde des ONG qui guettent les opportunités pour assauter le pouvoir politique. C’est une triste réalité que je décris avec une franchise brutale.

La crise. Fixons les responsabilités.
Le constat du moment est pathétique. Du CNG au CPT, la dégringolade est effarante, le chaos a été construit par les élites non sans le soutien ou la bénédiction de l’international. Mais la palme revient aux neufs roublards qui composent le Conseil Présidentiel, la présidence la plus piètre et la plus coûteuse au trésor public de toute l’histoire nationale, pour aucun résultat. Ils partiront bientôt sans aucun doute dans le déshonneur et je suis heureux d’être incapable de prédire leur destin personnel.

La CARICOM ne peut pas être fière du résultat accablant de son CPT, né dans les éprouvettes du triste Sommet du 11 mars 2024. Quant aux Nations Unies, la déception doit être grande devant la performance de la MMSS, ridiculisée par les bandits terroristes, à chaque prise « d’un blindé », ce matériel inapproprié déployé sur un terrain de guerre. J’ai toujours su que ce sont les militaires qui font la guerre. Hélas ! C’est pourquoi le Bénin a refusé de déployer ses militaires sous un commandement de police. Personne ne pense à un renfort appuyé aux FADH et la PNH dans le cadre d’une coopération bilatérale ou multilatérale.

Qui faut-il blâmer ? La première responsabilité de l’échec de la gestion 1986-2026, bientôt quarante ans, incombe d’abord aux haïtiens. Même si j’aime relire cette note du 8 août 2022 de l’Organisation des États Américains qui dit : « les 20 dernières années de présence de la communauté internationale en Haïti constituent l’un des échecs les plus importants et manifestes de mesures mises en œuvre et d’actions réalisées dans le cadre de quelque action de coopération internationale que ce soit…Nous parlons du fait qu’en 20 ans de stratégie politique erronée, la communauté internationale n’a pas été capable de faciliter la construction d’une seule institution ayant la capacité de répondre aux problèmes des Haïtiens… Sous le parapluie de la communauté internationale, les bandes criminelles qui assiègent aujourd’hui le pays et son peuple ont fermenté et germé. » Je me refuse de commenter ce réquisitoire objectif de l’OEA.

Toutefois, il est évident que l’administration Biden a eu une très mauvaise lecture de la situation haïtienne et son inaction ou action inappropriée a favorisé la montée d’un antiaméricanisme dans le pays. Son soutien au PM Henri pendant plus de trois ans et sa bénédiction au CPT relèvent d’une catastrophe diplomatique.

Ce n’est pas l’Ambassadeur Daniel Lewis Foote, ancien envoyé spécial du Président américain qui dira le contraire. De plus, n’en déplaise aux agences de renseignement des grandes capitales occidentales, Haïti est devenue à la barbe de la première puissance mondiale, une plaque tournante où s’est développée une économie criminelle avec une intense activité des cartels de la drogue et du trafic humain, du terrorisme international, du fondamentalisme intégriste et éléments radicaux qui coopèrent sous le manteau avec des extrémistes politiques nationaux. La crise haïtienne s’est longtemps internationalisée mais c’est la population qui paie par son sang les mauvaises manœuvres de stratèges inhabiles.
Géopolitiquement, par son instabilité chronique, la croissance de sa situation misérable et la progression des bandes terroristes de rue et de salon, la République Haïtienne pourrait être une menace pour la stabilité de la sous-région des Amériques. Une épine aux talons de l’Occident.

Résoudre la crise. Il n’y a pas de solution miracle. Avec ce grand banditisme qui a tourné en un terrorisme d’un nouveau genre, avec une tentative désespérée de connotation politique, nous en avons pour une dizaine d’années dans le cadre d’une gouvernance rigoureuse, éclairée, progressiste pour un retour à la tranquillité des années 80-90. Tout de suite, il faudrait bloquer l’extension des bandes et débloquer les grands axes routiers. Mais le problème n’est pas seulement militaire. Les causes sont profondes et multiples : l’exclusion sociale, le chômage, l’absence de l’État dans les zones marginales, l’oisiveté chez les jeunes, la dépravation de la société, la paupérisation de la paysannerie, la délinquance politique, la corruption généralisée, pour ne citer que cela.

Il est clair que le CPT fait partie du problème. Si d’ici le début du mois d’avril, il n’y a pas un changement de leadership pour une nouvelle gouvernance politique à travers un Président Provisoire et un Gouvernement d’Exception de Mission, le pire est à venir.

27 mars 2025
Dr.Emmanuel Ménard

L’usage du corps des femmes comme arme de guerre, l’expression du féminicide en Haïti

PORT-AU-PRINCE.__ La violence sexuelle est, depuis quelques temps, devenue une puissante arme de guerre, utilisée par les gangs, infligeant d’insupportables souffrances à la population.

A un moment crucial où les gangs prolifèrent dans la région métropolitaine, les violences sexuelles, notamment les viols collectifs et l’exploitation sexuelle des filles sont devenues monnaie courante.

L’histoire de Natacha, le nom d’emprunt d’une femme d’environs 40 ans, donne une idée de la tragédie de plusieurs dizaines de femmes violées et/ou exploitées sexuellement dans le quartier de Carrefour-Feuilles. « Il ne m’a même pas bandé les yeux. Ils ont fait ça en présence de ma fille, avant de partir avec elle pour plusieurs jours », raconte-t-elle en pleure.

La fille de Natacha était une danseuse de 21 ans, comme sa mère. Toutes les deux vivent avec les mauvais souvenirs de cette nuit du 18 novembre 2022. « Elle m’est revenue, par chance, après deux jours de séquestration où des va-nu-pieds se sont abusés d’elle, sans préservatif », poursuit Natacha, remerciant Dieu que sa fille ne soit pas tombée enceinte.

Dans la plupart des cas, comme celle de femme et de sa fille, aucune plaine n’à été portée auprès des autorités compétentes et certaines de ces femmes n’ont pas été prises en charge sur le plan médical. Vu que les hôpitaux spécialisés en la matière ont tous presque fermé leurs portes, à cause de la violence.

*Une arme de guerre pour conquérir les territoires perdus *

Le corps des femmes et des filles est de plus en plus utilisé par les gangs pour contraindre les communautés et affirmer leur domination. «Le viol collectif sur des femmes par les policiers ou les hommes, membres de brigades de vigilance, est particulièrement fréquent pour annexer les zones à leur butin lors des conquêtes de territoire, a relaté Rosie Ducéna Auguste, responsable de programme du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH).

« Selon les plaintes que nous recevons tous les jours, les bandits ont forcé leurs victimes à les appeler _Madan Chef la_ au moment des viols », rapporte Auguste, décrivant la cruauté qui imprègne ces actes de barbarie.

*L’expression d’un féminicide accrue en Haïti*

La violence sexuelle orchestrée par les gangs se répandent dans des zones, autrefois libres de la capitale. Selon un rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, plusieurs victimes ont été tuées par balle, après avoir été violées.

«Sous la menace des armes, de nombreuses victimes sont attaquées à leur domicile, tandis que d’autres sont enlevées, violées dans des lieux publics alors qu’elles voyageaient dans les transports publics », a rapporté le Haut Commissaire Volker Türk devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, à Genève.

Le Bureau a également documenté le recrutement forcé, l’exploitation et la traite d’enfants, notamment de filles en vue de leur exploitation sexuelle par des gangs », a détaillé M. Türk.

Au cours de la période considérée, entre le 1er juillet 2024 et le 28 février 2025, 4,239 personnes ont été tuées. Selon le HCDH, plus de 90 % des victimes ont été tuées par des armes à feu. Une grande partie de ces victimes sont des femmes qui ont des viols collectifs atroces avant d’être exécutées, à souligné le rapport.

Le bilan des victimes de la violence généralisée en Haïti est assez lourd. Le viol comme arme de guerre ou simplement le féminicide met en lumière l’état de pourrissement de la situation.

Par Jean Junior Joseph

Le CEP face à ses échéances

Les conditions ne sont pas encore réunies pour l’organisation du référendum et des élections, a déclaré Patrick St-Hilaire, président du Conseil Électoral Provisoire.

Face à la dégradation accélérée de la situation sécuritaire en Haïti, le représentant de l’Église catholique au sein de l’institution électorale estime que cela freine toute avancée. Toutefois, il affirme s’engager à préparer l’ensemble du dispositif nécessaire.

Alors que le référendum était prévu pour le mois de mai, cette déclaration intervient à un moment où tout semble s’entremêler semant de plus des doutes quant au respect de l’accord clamant les missions de ce gouvernement.

Ces mangeurs de constitutions !

À l’occasion du 38e anniversaire de la constitution haïtienne, nous diffusons ci-après quelques extraits de la conférence prononcée par Me Sonet Saint-Louis, professeur de droit constitutionnel à la faculté de droit de l’université d’État d’Haïti sur la question brulante d’une possible suppression de la Constitution de 1987 par le Conseil présidentiel de transition en place.

La Constitution de 1987, depuis son adoption par un vote référendaire, n’a cessé de subir des attaques de la part des habituels démolisseurs de lois fondamentales, qui ont toujours entretenu un rapport difficile avec le droit et la loi.

Une première initiative d’amender la Constitution de 1987 sous l’administration de René Préval n’a pas permis d’améliorer intellectuellement le texte originel, qui comporte des failles sérieuses, ni de faire avancer le droit haïtien. La raison en est que peu de personnes qui discourent sur la Constitution de 1987 la connaissent réellement. Dans ce cas, il se révèle donc impossible de changer une réalité que l’on ne comprend pas. Certaines critiques proposent de supprimer le texte de 1987, qui a instauré un régime parlementaire, pour le remplacer par un régime présidentiel, proche de celui des États-Unis. Avec ce changement de régime, ils espèrent mettre fin aux problèmes d’instabilité auxquels notre pays fait face depuis trois décennies.

Comme René Préval, le groupe de travail sur la constitution, composé d’anciens collaborateurs de ce dernier, aboutit au même constat : le texte de 1987 est à la base de la mauvaise gouvernance du pays. Pour résoudre ce problème, ils proposent un exécutif fort, en réduisant l’importance des autres pouvoirs. En prenant cette direction, ils rompent totalement avec les idées des philosophes des siècles précédents, qui considéraient que le pouvoir exécutif devait être modéré et équilibré par les freins et mécanismes d’un État de droit, car c’est de celui-ci que la dictature ne peut surgir.

À l’instar de nombreux juristes intéressés par la question constitutionnelle, nous pensons que des amendements sont nécessaires à la Constitution pour la purifier de ses imperfections. La Constitution de 1987 est une œuvre humaine, et, comme telle, elle n’est pas parfaite. Il est donc essentiel de la réviser en tenant compte des mutations économiques, sociales et politiques qui se produisent dans notre société, afin qu’un jour elle devienne une œuvre intellectuelle, élaborée à partir de notre fondement naturel, et un objet de fierté nationale.

Le travail du Groupe sur la Constitution est erroné
J’ai analysé le travail du groupe de travail sur la Constitution, et cela m’a apporté une grande déception.

Affirmer que le président désigné sous l’égide de la Constitution de 1987 n’a pas de pouvoirs réels relève d’une vaste plaisanterie. Nos dirigeants n’ont tout simplement pas su comment exercer le pouvoir présidentiel tel qu’il est défini dans notre Constitution.

Soutenir que le pouvoir réel est détenu par le Premier ministre, non élu par le peuple, constitue une autre aberration. La fonction de Premier ministre, établie comme contrepoids au président de la République, n’a en rien diminué l’importance de la fonction présidentielle en Haïti. Ce système de partage des pouvoirs, où le président de la République et le Premier ministre exercent des compétences distinctes, exige plutôt une collaboration étroite et un dialogue permanent sur les questions fondamentales et les politiques à adopter ensemble, afin de garantir la démocratie, l’État de droit et le bon fonctionnement de l’État.

Argumenter que le Parlement haïtien est tout-puissant en raison de l’absence du droit de dissolution des Chambres attribué au président, alors que ce droit est censé garantir un principe fondamental de l’État de droit, à savoir l’égalité politique, relève d’une grande incohérence. En ce qui concerne l’absence du droit de dissolution dans le texte de 1987, les constituants ont fait preuve d’une grande habileté juridique et intellectuelle en imposant une rationalité tirée de notre histoire et de notre contexte politique.

Les présidents, souvent animés par une obsession du pouvoir personnel, refusent systématiquement d’accepter les mécanismes de pondération et de modération des pouvoirs de l’État, caractéristiques d’un véritable État de droit. En réalité, ce que l’on cherche à imposer au pays, c’est une forme d’absolutisme présidentiel, à l’instar de la situation actuelle. Nous nous retrouvons avec un pouvoir sans contrôle, dépourvu de toute transparence et qui écarte l’éthique gouvernementale. Ce modèle de démocratie autoritaire, que l’on souhaite installer en Haïti, invite le peuple à choisir ses représentants tous les cinq ans, mais uniquement pour légitimer des politiques qui ne correspondent en rien à ses véritables préoccupations.

La réforme constitutionnelle est un projet souterrain, faisant partie d’une stratégie globale visant à remettre en question notre indépendance nationale.

Comment organiser un référendum pour le 11 mai 2025 lorsque le projet de constitution sur lequel les citoyens seront appelés à se prononcer n’a pas été vulgarisé et ne fait l’objet d’aucun débat, tant dans les milieux académiques que populaires ? C’est un véritable coup fourré, une manœuvre désespérée d’une certaine caste de la société haïtienne, qui ne rêve que d’une société de privilèges. Les amendements de 2011 en sont la preuve : ils marquent la volonté d’une élite de priver les populations locales de toute participation aux décisions concernant la gouvernance de leur pays.

Pour ce qui est des sommes importantes dépensées entre petits copains pour mettre en marche cette mascarade de réforme constitutionnelle, dans un contexte de grande détresse haïtienne inédite, il est évident que des questions légitimes surgiront lorsque la nation exigera des comptes.

Haïti n’a pas de problème constitutionnel majeur
À l’heure actuelle, nous incarnons la seule position capable de mettre fin à toutes les tragédies que traverse notre nation. Nous sommes l’opposition à tout ce qui est fait en ce moment, car ces actions nous conduisent davantage vers une perte totale. Nous avons une responsabilité politique, éthique et intellectuelle à assumer, et nous souhaitons la prendre pleinement en charge pour la rédemption de notre patrie, afin de redonner à chaque Haïtien une raison de croire et d’espérer.

Pour le moment, Haïti n’a pas de problème constitutionnel majeur. L’intérêt principal de la population réside dans le rétablissement de la sécurité, qui passe nécessairement par la mise en place d’une nouvelle gouvernance. La Constitution de 1987 a fait ses preuves, malgré les critiques.

Elle a permis d’éviter l’inacceptable et de préserver l’indispensable pendant ces trois dernières décennies. D’ailleurs, nous continuerons à nous y référer dans la défense des droits des citoyens, en particulier des justiciables, car cette charte fondamentale est très généreuse en matière de garanties essentielles.

La Constitution de 1987, œuvre collective de notre nation, n’a pu avoir de réalité effective qu’en fonction des forces morales, économiques, intellectuelles et politiques qui l’ont soutenue. Les difficultés rencontrées dans son application sont dues au fait qu’Haïti possède des élites sauvages, réfractaires aux normes, qui se révèlent incapables d’évoluer dans un pays démocratique, moderne, dominé par les principes de l’État de droit et de la bonne gouvernance. En raison de notre difficulté à accepter les normes, aucune constitution — qu’elle soit techniquement bien rédigée, politiquement équilibrée ou même élaborée par une divinité — ne sera jamais véritablement appliquée en Haïti. Cela soulève la question : pourquoi nos lois, pourtant jugées excellentes, n’ont-elles jamais été appliquées ?

Aujourd’hui, la véritable menace ne réside pas dans la constitution elle-même, mais dans le projet réactionnaire imposé par des forces rétrogrades, agissant sous le diktat des puissances étrangères. En effet, c’est l’existence même de la nation qui est remise en question au sein des centres de pouvoir mondiaux, qui cherchent à transformer Haïti en un simple territoire transnational. Ces petits agents locaux, déjà alignés malgré leurs faux discours nationalistes, ne rêvent que de profiter de l’argent facile.

Au-delà des réformes structurelles indispensables, les citoyens de tous horizons, témoins d’une détresse humaine sans précédent dans leur pays, attendent des actions concrètes de la part des nouveaux dirigeants pour redresser la situation. Il est plus que jamais nécessaire de faire entendre des voix fortes et légitimes pour offrir à notre nation une nouvelle direction, claire et déterminée. Nous devons nous engager résolument dans une action patriotique.

*Il faut aimer la loi et la vouloir !*
Dans ce contexte où nous semblons glisser inexorablement vers la chute, certains silences sont particulièrement inquiétants, comme celui du prestigieux barreau de Port-au-Prince, dont je fais partie, ainsi que des grandes voix de la communauté juridique nationale, des intellectuels, des écrivains et des artistes qui, autrefois, se levaient pour dénoncer ce qui est inadmissible et inacceptable. Pourquoi se sont-ils tus ou endormis à un moment où l’existence de la nation n’a jamais été aussi menacée, alors que nous faisons face à une gouvernance hybride, mi-publique, mi-privée, réunissant des autocrates affamés, dépourvus de toute consistance intellectuelle et idéologique ? Cette gouvernance efface les frontières conceptuelles entre l’État et la société civile, entre l’intérêt général et l’intérêt privé.
Comme le disait, avec une ironie mordante, celui qui le savait : la nation prend acte de ce fait incontournable, à savoir que la criminalité organisée, la corruption des élites et les trafics en tout genre sont des actions entreprises par ceux qui, paradoxalement, sont censés incarner le « bon camp » de l’Histoire.

Notre combat est constant et notre détermination inébranlable ! Notre mot d’ordre reste le même : le peuple ne participera pas, et ne se soumettra pas au référendum illégal du CPT. Les articles 282 à 284-4 de la Constitution de 1987, toujours en vigueur, à laquelle les dirigeants de facto se réfèrent fréquemment pour légitimer leurs décisions, nous apportent un soutien sans faille dans notre refus catégorique.

Je le répète avec force : le respect de la loi ne repose pas uniquement sur sa qualité technique, politique ou idéologique, ni sur sa raison d’être. Il dépend avant tout de la volonté des gouvernants, mais aussi des citoyens, à la fois de leur engagement à la respecter et de leur niveau d’éducation. En somme, le respect de la loi est d’abord une question d’éducation.

Il faut apprendre aux Haïtiens à aimer la loi et la vouloir. On ne peut pas donner des lois à des individus pour assurer leur respect qui n’aspirent qu’à la brutalité pour gouverner et assurer leur domination. Il serait plus judicieux de les éduquer d’abord avant de leur imposer des lois. Formez des hommes, et tout ira pour le mieux !

Je n’ai cesse de le répéter : le respect de la loi commence par la formation de l’esprit et du cœur. Ce n’est qu’en cultivant la dignité humaine, la compassion et la responsabilité que nous pourrons espérer voir une société véritablement juste et respectueuse des règles. Éduquer, c’est bâtir un avenir plus serein et plus solidaire pour tous.

Sonet Saint-Louis
29 mars 2025

Pourquoi une réforme constitutionnelle est-elle nécessaire en Haïti ?

0

Ce 29 mars 2025 marque les 38ans d’adoption de la Constitution haïtienne. Elle est le symbole marquant un tournant décisif vers la démocratie et l’Etat de droit en Haïti, après la chute du régime dictatorial des Duvalier. En effet, la Constitution de 1987 a été élaborée, puis adoptée dans un contexte de transition politique et une aspiration à la liberté et au respect des droits fondamentaux du citoyen. Néanmoins, et depuis son adoption, de nombreuses personnalités s’accordent sur le fait que la Constitution haïtienne de 1987 est source de conflit, laissant le pays en proie à une instabilité chronique marquée par des crises politiques à répétition, une gouvernance inefficace et des institutions fragiles. Ils évoquent, par conséquent, la nécessité d’une réforme constitutionnelle afin de rétablir un équilibre institutionnel et démocratique et refonder l’État
sur des bases plus solides et adaptées aux réalités du siècle présent.

Un régime politique inadapté et source de crises

Le système semi-présidentiel instauré par la Constitution de 1987 a engendré un blocage systématique entre l’Exécutif et le Législatif. En théorie, ce modèle devait garantir un équilibre des pouvoirs, mais en pratique, il a conduit à une gouvernance inefficace et conflictuelle.

  • Un président aux pouvoirs limités, souvent paralysé par un Parlement qui refuse de ratifier ses Premiers ministres, sauf en échange d’une quelconque faveur. Ce qui entraîne des gouvernements dysfonctionnels et une instabilité chronique.
  • Un Premier ministre sans réelle autonomie, nommé par le président mais devant obtenir la confiance du Parlement, ce qui fait de lui l’otage des luttes partisanes.
  • Des crises institutionnelles récurrentes, où le pays a souvent fonctionné sans Parlement ou sans gouvernement légitime, aggravant la crise de gouvernance.

Une gouvernance administrative inefficace et centralisée

Haïti reste un pays ultra-centralisé où l’essentiel des décisions sont prises à Port-au-Prince, au détriment des régions. Cette centralisation excessive freine le développement local et renforce la dépendance des collectivités envers le pouvoir central.

  • Une administration publique inefficace, faiblement numérisée, minée par la corruption et le népotisme, et peinant à fournir des services publics de qualité.
  • Un manque de décentralisation réelle, malgré des dispositions constitutionnelles prônant la décentralisation, rendant les collectivités locales sous-financées et sous-administrées.

Une réforme constitutionnelle devrait donc consacrer une décentralisation effective, avec des collectivités autonomes bénéficiant de ressources financières suffisantes pour leur développement.

Un Parlement en crise : entre obstruction et inefficacité

Le Parlement haïtien est souvent perçu comme une institution dysfonctionnelle où les luttes partisanes prennent très le pas sur le travail législatif, favorisant une politisation excessive et une absence de continuité dans l’action législative. De plus, le Parlement abuse parfois de son pouvoir de censure, entravant ainsi la mise en place de politiques publiques cohérentes et pérennes.

Une réforme pourrait envisager un système monocaméral ou une redéfinition des pouvoirs parlementaires pour plus de stabilité.

Des institutions faibles et inefficaces

L’État haïtien est caractérisé par des institutions fragiles, souvent inefficaces et corrompues.

  • Un système judiciaire politisé et corrompu, ce qui favorise l’impunité et mine la confiance dans la justice.
  • Une police et une armée sous-équipées – malgré certains efforts de réforme, dont l’insécurité grandissante en a démontré les faiblesses, incapables de faire face aux gangs armés.
  • Une Cour des comptes et des institutions de contrôle inefficaces qui laissent la place aux scandales de corruption de se multiplier sans réelles sanctions, et sapent la crédibilité des institutions.
  • Un cadre électoral mal organisé où l’organisation des élections est souvent source de tensions et de violences.

Des voix se sont élevées pour s’opposer à toute nouvelle tentative de réforme. Pourtant, celle-ci est une nécessité pour sortir du cycle de crises et poser les bases d’un État plus stable et fonctionnel. Elle devrait viser une gouvernance plus efficace, une décentralisation réelle, une justice indépendante et des institutions renforcées.

Sans une refonte profonde du cadre constitutionnel, Haïti restera prisonnière d’un système politique défaillant qui entrave son développement et sa stabilité.

Référendum en Haïti : Débout Contre la Corruption (DCC) s’oppose 

Dans une note publiée le 27 mars 2025, Debout Contre la Corruption (DCC) a exprimé sa vive opposition au référendum sur la réforme constitutionnelle prévu pour le 11 mai. Elle dénonce un processus opaque et des incohérences graves dans l’organisation du projet.

Lors de cette dernière rencontre lundi 24 mars 2025 avec le Conseil Électoral Provisoire (CEP), l’organisation Debout Contre la Corruption (DCC) a exprimé sa ferme opposition au référendum constitutionnel prévu pour le 11 mai 2025.

 Loin de considérer ce processus comme légitime, DCC a dénoncé l’absence de la Conférence nationale, censée poser les bases d’une réforme constitutionnelle. Sans cette étape essentielle, l’organisation estime que toute initiative en la matière manque de fondement.

DCC a aussi critiqué l’opacité qui entoure le texte constitutionnel, qui reste inconnu à moins d’un mois du référendum. Selon l’organisation, ce manque de transparence est inacceptable, d’autant plus que le décret encadrant le référendum n’a toujours pas été adopté.

L’organisation a également souligné la multiplication de structures inutiles et la gestion opaque des fonds publics, rappelant que l’administration de Jovenel Moïse avait déjà dépensé près de 40 millions de dollars pour un projet similaire sans résultats concrets.

Enfin, DCC a fait écho aux manifestations populaires du 19 mars 2025, qui ont clairement exprimé le rejet de ce processus référendaire. L’organisation insiste sur le fait que le peuple doit être entendu et que tout projet de réforme doit respecter sa volonté.

En conclusion de la note, DCC a appelé à la suspension immédiate du référendum pour permettre un véritable débat national.

Le gouvernement clame le référendum, les élections alors que la violence s’aggrave forçant des milliers de personnes à déplacer ,même des institutions étatiques s’éloignent pour des raisons similaires.

Assassinat du soldat Kenyan: le gouvernement haïtien exprime sa solidarité aux frères d’armes de la victime 

Accompagné du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, Monsieur Fritz Alphonse Jean, Président du Conseil Présidentiel de Transition, et du Conseiller-président Leslie Voltaire, se sont rendus à la base des policiers kenyans le mercredi 25 Mars 2025. L’objectif,  témoigner la solidarité du gouvernement haïtien, à la suite de la perte tragique d’un officier de leurs rangs.

En l’occasion, les autorités des deux branches de l’exécutif ont tenu à présenter, au nom du peuple haïtien, leurs condoléances les plus attristées au Gouvernement et au peuple kenyans, ainsi qu’à l’ensemble des membres de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS). Une pensée particulière a été adressée par le PM Alix Didier à son Commandant en Chef, le Général Godfrey Oteunge, ainsi qu’à toutes les forces impliquées dans cette mission cruciale pour la stabilité du pays.

«Le peuple haïtien s’incline avec respect devant la mémoire de cet officier tombé pour la paix, et réaffirme son engagement indéfectible à poursuivre, aux côtés de ses partenaires, la lutte contre l’insécurité et la violence», a-t-il déclaré.

Le policier Kenyan a perdu la vie lors d’une opération conjointe avec la Police Nationale d’Haïti, menée le mardi 25 mars 2025 à Petite Rivière de l’Artibonite.

Haïti face à une crise sanitaire : la résurgence du VIH/Sida, une menace à craindre

0

Le gel de l’aide humanitaire américaine, annoncé en février par l’administration Trump, menace de fragiliser davantage le système de santé haïtien, déjà mis à rude épreuve par une crise socio-économique et politique persistante.

Parmi les secteurs les plus affectés, la lutte contre le VIH/Sida est particulièrement vulnérable. Haïti, qui bénéficiait du soutien du programme américain PEPFAR, risque de voir les progrès réalisés ces dernières décennies remis en cause.

Une situation alarmante pour la santé publique

Selon les données de l’Onusida, Haïti est le pays le plus touché par le VIH dans la région caraïbe, avec plusieurs milliers de personnes vivant avec le virus. Grâce au financement du PEPFAR, des progrès significatifs avaient été enregistrés dans l’accès aux antirétroviraux et à la réduction du taux de transmission. Cependant, avec la suspension de l’aide américaine, les structures médicales haïtiennes font face à une pénurie de matériels, une diminution du personnel soignant et des ruptures dans la chaîne d’approvisionnement des médicaments essentiels.

Winnie Byanyima, directrice de l’Onusida, a mis en garde contre une recrudescence de l’épidémie, comparable à celle des années 1990 et 2000, si aucun financement alternatif n’est trouvé. Elle a appelé les autorités américaines à revenir sur leur décision et à rétablir leur soutien aux programmes de lutte contre le sida à travers le monde.

Haïti en première ligne

A Port-au-Prince, les conséquences de la suspension de l’aide sont déjà visibles. Plusieurs centres de santé communautaires qui dépendaient des fonds du PEPFAR ont réduit leurs activités, laissant des milliers de patients sans accès aux soins. La situation est d’autant plus critique que le système de santé haïtien est structurellement fragile, avec des financements limités et une capacité de réponse souvent insuffisante face aux urgences sanitaires.

Le gel des activités de l’USAID dans le pays ne touche pas seulement la lutte contre le VIH/Sida, mais également d’autres programmes essentiels en matière de nutrition, de vaccination et de lutte contre les maladies infectieuses. L’effet en cascade de cette décision risque d’aggraver la situation humanitaire dans un pays où plus de 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Quelle solution pour pallier le manque de financement ?

Face à cette crise, l’Onusida et d’autres partenaires internationaux appellent à une transition vers l’autonomie financière des programmes de santé, et particulièrement en Haïti. Toutefois, sans soutien budgétaire de la part de nouveaux bailleurs de fonds ou de solutions innovantes pour mobiliser des ressources locales, cette transition semble difficile à court terme.

Le gouvernement haïtien est appelé à renforcer ses efforts en matière de mobilisation de fonds, notamment en sollicitant l’appui d’autres partenaires internationaux comme l’Union européenne, le Canada et les Nations Unies. De leur côté, les organisations de la société civile plaident pour une meilleure coordination des ressources et la mise en place de fonds nationaux d’urgence pour garantir la continuité des soins.

Un avenir incertain

Alors qu’aucun autre partenaire n’a pour l’instant annoncé vouloir combler le vide laissé par le retrait américain, l’avenir de la lutte contre le sida en Haïti reste incertain. La suspension du financement du PEPFAR risque de compromettre des années de progrès, mettant en danger la vie de milliers de patients et compromettant les objectifs de l’Onusida visant à éradiquer l’épidémie d’ici 2030.

En attendant une issue favorable, les professionnels de la santé et les organisations locales redoublent d’efforts pour maintenir les services à flot, mais le temps presse. La communauté internationale, et en particulier les décideurs américains, devront bientôt faire face aux conséquences de cette crise qui pourrait à nouveau plonger le monde dans une épidémie incontrôlable.

Martine fait l’école buissonnière malgré elle

Faire l’école buissonnière est une expression française qui signifie ne pas se rendre à l’école alors qu’on devrait y être, souvent pour s’adonner à des activités récréatives ou explorer la nature. Cela évoque généralement une forme de désobéissance ou de fuite des obligations scolaires.

L’expression est souvent utilisée de manière légère ou enfantine, soulignant le désir d’évasion et d’aventure. Cependant, elle peut également refléter un manque d’engagement envers l’éducation. Dans certains contextes, elle peut illustrer un désintérêt pour le système scolaire ou un besoin de se libérer des contraintes académiques.

Mais de nos jours, à Port-au-Prince, qui fait l’école buissonnière ? Les élèves ou les responsables du Ministère de l’Éducation Nationale ?

Il est incontestable que de nombreuses écoles classiques, professionnelles et facultés privées du centre-ville de Port-au-Prince ne peuvent plus fonctionner normalement. Si vous avez grandi dans cette ville, certains noms d’écoles resteront gravés dans votre mémoire. Peut-être les avez-vous souhaitées, fréquentées, ou avez-vous eu des amis qui y étaient. Vous étiez peut-être même en compétition académique ou sportive avec leurs élèves. Mais que sont devenues ces écoles ?

À Port-au-Prince, cette ville connue comme la capitale d’Haïti et la plus grande du pays, chacun porte son histoire et mène son combat. Certaines écoles ont pratiquement fermé leurs portes, d’autres cherchent désespérément un endroit où s’installer, tandis que certaines tentent de continuer en ligne. Les élèves, eux, ont fui leurs maisons. Ils vivent dans des abris provisoires en plein cœur des turbulences. Ils ont tout perdu : livres, uniformes, et même leurs vêtements. L’accès à Internet leur est souvent impossible, tout comme il leur est difficile de se nourrir correctement.

Pendant ce temps, le Ministère de l’Éducation Nationale poursuit les inscriptions aux examens officiels. Face à cette crise, les autorités continuent de jouer à l’autruche, comme toujours. À ce rythme, nos futurs leaders de demain risquent bien de recevoir leur diplôme d’école buissonnière, avec mention