jeudi, mars 12, 2026
10.8 C
Londres
Accueil Blog Page 201

Haïti : La Conférence Épiscopale dénonce l’insécurité après l’assassinat de deux religieuses à Mirebalais

Face à la montée de la violence en Haïti, la Conférence Épiscopale d’Haïti (CEH) exprime son indignation après l’assassinat de deux religieuses à Mirebalais le Lundi 31 mars 2025. Les évêques dénoncent l’inaction des autorités et appellent à la fin des violences qui plongent le pays dans le chaos.

Dans une note datée du 3 avril 2025, les évêques haïtiens condamnent la recrudescence de l’insécurité et l’incapacité des autorités à juguler cette spirale de violence.
« L’absence de réaction efficace face à l’insécurité persistante est un échec grave qui met en péril la nation abandonnée à la merci des forces destructrices », déplore la CEH.

La Conférence Épiscopale exprime sa solidarité avec les familles des victimes et réprime fermement cet acte barbare. Elle appelle les groupes armés à cesser immédiatement les violences et à retrouver « le sens du respect de la vie humaine ».

Les évêques exhortent également la population à ne pas céder à la haine et à l’indifférence, prônant plutôt la vigilance, la solidarité et la prière. « Haïti traverse la vallée de l’ombre, mais l’espérance chrétienne nous assure que la lumière du Ressuscité viendra illuminer nos chemins vers des jours meilleurs », conclut la note.

Ce nouvel épisode tragique vient une fois de plus souligner la gravité de la crise sécuritaire en Haïti, où la population, livrée à elle-même, peine à voir une issue à la spirale de la violence.

La ville a depuis fait face à une extrême violence, au point où même l’hôpital universitaire de Mirebalais a dû faire évacuer son personnel et ses patients vers des lieux sûrs. Cet hôpital est considéré comme le plus grand du pays et il dessert la population locale et même d’autres régions du pays recevant près de 400 000 patients par année.

Alors que le systeme sanitaire est en lambeaux avec peu d’insfrastructures, si ce dernier suspend ses services comme ceux à Port-au-Prince , ce sera fatal pour les malades à faibles moyens économiques.

Vers le renforcement du système d’urgences médicales en Haïti: un partenariat entre le CAN et l’Inde

PORT-AU-PRINE __ Une rencontre officielle s’est tenue le mardi 1er avril 2025 entre le Conseiller-Président, Dr Louis Gérald Gilles, et le Consul honoraire de l’Inde en Haïti, M. Eddy Handall, autour de la nécessité de renforcer les services d’urgence médicale en Haïti, a rapporté le service de communication du Centre Ambulancier National (CAN).

Déroulés en présence du Président du Conseil d’administration Dr Harry Éloi, et du Directeur Général Me Renand Aristide du CAN, les échanges ont témoigné de la volonté du pouvoir en place d’ouvrir Haïti à une coopération sanitaire ambitieuse et structurante avec le gouvernement Indien.

«Ce que nous recherchons aujourd’hui, ce sont des partenariats solides, fondés sur le respect mutuel, la complémentarité et l’efficacité», a déclaré le CP dans son intervention d’ouverture. Le Dr Louis Gerald Gilles espère que le pays transforme ses faiblesses en opportunités, faisant du secteur des urgences médicales, l’un des piliers d’un système de santé digne de ce nom.

Pour sa part, le Directeur Général du CAN, Me Renand Aristide, an mis en lumière les contraintes actuelles de l’institution notamment en matière logistique, de ressources humaines et de couverture territoriale. «Ce partenariat potentiel avec la République de l’Inde représente une opportunité réelle pour renforcer nos capacités techniques, de professionnaliser davantage nos équipes, et d’améliorer le temps de réponse sur le terrain», a-t-il souligné.

Le Président du Conseil d’administration du CAN, a exprimé son plein soutien à l’initiative pour justifier son implication dans cette démarche,  «La présence de tous les membres du Conseil à cette rencontre traduit notre unité et notre engagement envers une réforme ambitieuse mais nécessaire de nos structures d’urgence», a déclaré Dr Harry Éloi.

Disposé à accompagner le processus, le Consul honoraire Eddy Handall a évoqué les pistes techniques à explorer, notamment la dotation en équipements médicaux spécialisés, la formation continue des intervenants, le transfert de compétences, ainsi que le développement d’unités mobiles d’urgence inspirées du modèle indien.

Des réunions de suivi sont déjà prévues dans les prochaines semaines afin de poser les bases d’un accord de coopération. Si elle se concrétise, cette collaboration pourrait constituer un tournant dans la structuration d’un système de soins d’urgence en Haïti à la hauteur des défis actuels.

Haïti : un an après l’Accord du 3 avril, le président du conseil promet toujours la sécurité

À l’occasion du premier anniversaire de l’Accord du 3 avril 2024, le coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, a présenté une adresse à la nation en présence des autres membres du conseil ainsi que que le premier, Alix Didier Fils-Aimé. 

Dans ce message, i a abordé plusieurs sujets cruciaux, notamment la sécurité et les élections, tout en réaffirmant l’engagement du CPT à remettre le pouvoir le 7 février 2026.

Un climat sécuritaire toujours préoccupant

Onze mois après l’installation de l’équipe de transition, la situation sécuritaire reste la préoccupation majeure. Lors de son intervention en présence aussi du commandant de l’armée, du directeur général de la police nationale et du responsable de la mission multinationale, Fritz Alphonse Jean a dénoncé l’influence de trafiquants nationaux et internationaux qui alimentent la violence et la peur en Haïti. Il a appelé à un soutien renforcé aux forces de l’ordre pour combattre ces réseaux criminels.

Le représentant de l’Accord de Montana au CPT a salué les mesures prises par la République dominicaine contre certaines autorités impliquées dans des activités illicites affectant Haïti. Le coordonnateur du CPT a également applaudi les déclarations du président colombien, Gustavo Petro, qui a révélé l’implication de mafias colombiennes dans la crise haïtienne. Selon lui, ces révélations confirment l’ampleur du problème et la nécessité d’une coopération internationale pour restaurer la stabilité.

Des mesures concrètes pour renforcer la sécurité

Parmi les mesures annoncées, Fritz Alphonse Jean a insisté sur la nécessité d’identifier les agents du BSAP (Brigade de Sécurité des Aires Protégées) afin de s’assurer que leurs dossiers judiciaires ne comportent aucun élément compromettant. Il a exhorté le Premier ministre à mettre tout en œuvre pour assurer le suivi. 

« Nous sommes en guerre », a-t-il martelé, appelant les membres du gouvernement à afficher une position claire et déterminée face à la crise sécuritaire. Il a assuré que le CPT ne ménagera aucun effort pour remporter cette bataille.

Dans son allocution d’une douzaine de minutes, Fritz Alphonse Jean a reconnu la détresse de la population et les aspirations de ceux qui souhaitent retrouver leur vie d’autrefois.

L’incertitude électorale face à l’insécurité

L’économiste a réaffirmé que le processus électoral est en marche. Toutefois, le peu de temps restant et l’insécurité persistante à Port-au-Prince et dans d’autres régions alimentent les doutes quant à la faisabilité des élections dans les délais prévus.

Le CPT, a-t-il assuré, respectera l’échéance du 7 février pour remettre le pouvoir. Il a aussi insisté sur la nécessité de doter le pays d’institutions pérennes, annonçant la création prochaine du Conseil national de sécurité et de défense (CNSD) ainsi que de l’Agence nationale de sécurité (ANS).

Selon Fritz Alphonse Jean, le renseignement constitue un pilier central dans la lutte contre l’insécurité. Il estime que la transition doit laisser des bases solides pour garantir une Haïti plus stable et mieux protégée.

Des doutes et des inquiétudes persistantes

Cependant, certains s’interrogent sur la capacité du CPT à remplir ses missions prioritaires, notamment le rétablissement de la sécurité. Si le Conseil affirme sa volonté de stabiliser le pays et d’organiser les élections, certains secteurs restent sceptiques, estimant que le temps restant est insuffisant pour atteindre ces objectifs.

Alors que l’insécurité s’aggrave, l’avenir du pays demeure incertain. Les gangs continuent d’imposer leur loi, les déplacements forcés se multiplient, de nouveaux territoires sont attaqués, et les exécutions sommaires se poursuivent.

La population, épuisée par cette crise prolongée, attend des actions concrètes pour un véritable changement.

Jean Dominique dans l’oubli: SOS Journalistes dénonce un déni de justice inacceptable

PORT-AU-PRINCE.___ 25 ans déjà! Que le temps vite. C’était un lundi matin, peu avant 7h.. Le pays s’est arrêté. La vie aussi. On a assassiné Jean Dominique. Sur la cour sa station. La nouvelle a couru comme une traînée de poudre. Un séisme pour la Nation. 

25 ans ! Les assassins, exécutants, complices et auteurs intellectuels jouissent dans l’impunité la plus flagrante. La famille de Jean Dominique, ses proches, les associations de médias et journalistes, la société haïtienne en général constatent péniblement l’échec de la justice haïtienne sur ce cas emblématique. 

25 plus tard, fidèles à leur habitude, les associations de presse se souviennent de cet acte crapuleux à Radio Haïti Inter. Ce 3 avril, une note de dénonciation, portant la signature de son secrétaire général, Joseph Guyler C. Delva, SOS Journalistes dit noter avec tristesse et indignation le blocage persistant de l’enquête au niveau de la Cour de Cassation, concernant l’assassinat du Journaliste PDG de la radio Haïti Inter. 

L’association estime qu’il s’agit  d’une décision délibérée du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), du gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, de même que de leurs prédécesseurs, et de l’ensemble des juges du dernier recours, de bloquer le dossier Jean Dominique, afin de protéger des personnalités politiques très influentes, représentées au plus haut niveau de l’exécutif en place. 

*Une petite récapitulation des faits marquants dans ce dossier*

En effet, c’est le rôle du commissaire du gouvernement près la Cour de Cassation de s’assurer que le dossier suive son cours normal; or ce dernier, depuis une douzaine d’années, n’a rien fait pour faciliter l’émission d’un arrêt si longtemps attendu, critique SOS Journaliste, qui dit ne jamais lâcher le dossier depuis le fameux 3 avril 2000.

Avant d’être transmis à la Cour de Cassation, suite à un recours introduit par l’une des inculpés Mirlande Libérus-Pavert, le rapport du juge instructeur d’alors, Yvickel Dabrézil, avait été soumis à la Cour d’Appel le 17 janvier 2014. 

L’ex-sénatrice Mirlande Liberus-Pavert, ainsi que huit autres individus impliqués dans l’assassinat, ont rejeté, systématiquement, toutes les compositions possibles à la Cour d’Appel de la capitale. Usant de manœuvres dilatoires en soutenant que le dossier devrait être transféré à une autre Cour d’Appel, en dehors de Port-au-Prince. 

Il faut également se rappeler les déclarations faites par l’ancien chef de sécurité de l’ancien président Aristide, Oriel Jean, qui – avant son assassinat spectaculaire, le 2 mars 2015 – avait désigné Aristide, son ancien patron, comme auteur intellectuel de  l’assassinat de Jean Dominique. 

*Le dossier de Jean Do, illustration parfaite du système de l’impunité, selon SOS Journalistes*

Maintenant que tous les recours possibles ont été épuisés, SOS Journalistes, à partir de ce 3 avril 2025, compte franchir d’autres étapes pour responsabiliser le gouvernement et les autorités judiciaires qui, selon l’organisation, sont censés être bien imbus de l’affaire Jean Dominique. 

Plusieurs témoins potentiels dans ce dossier ont déjà été tués, déplore le secrétaire général de SOS Journalistes, qui dénonce également de nombreuses menaces qu’il dit avoir reçues au fil des ans. Il affirme avoir été obligé de fuir le pays à plusieurs reprises en raison d’intenses menaces de mort, liées à ses prises de position dans cette affaire. 

3 avril 2025, SOS Journalistes  appelle encore les autorités exécutives et judiciaires à mettre un terme à ce déni de justice manifeste observé dans le traitement du dossier du double assassinat, il y a 25 ans, du journaliste, Jean L. Dominique, et de son gardien Jean-Claude Louissaint.

Saut d’Eau et Mirebalais: près de 6000 déplacés internes recensés 

Des violences d’une rare intensité ont plongé Mirebalais et Saut d’Eau dans le chaos. Près de 6 000 habitants ont fui les assauts des gangs armés, abandonnant leurs maisons et leurs biens depuis 31 mars 2025. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ces déplacés, issus de 1 272 ménages, tentent de trouver refuge dans des zones plus sûres.

Mirebalais, 2 avril 2025 – L’attaque, menée par la coalition Viv Ansanm, a ciblé des points stratégiques de Mirebalais, dont le commissariat et la prison, facilitant l’évasion de plus de 530 détenus. Débordées, les forces de l’ordre ont dû battre en retraite, laissant la ville sous la coupe des assaillants. Malgré l’intervention des unités d’élite du SWAT et l’acheminement de renforts par hélicoptère, les gangs ont mis leur emprise sur plusieurs quartiers clés.

Face à l’escalade de la violence, un exode massif s’est enclenché. Suite à ces attaques dans les communes de Saut d’Eau (précisément dans sa 2e Section La Selle) et Mirebalais (2e Section Sarazin), les chiffres de l’OIM font état de 83 % des déplacés qui ont trouvé refuge chez des proches, tandis que 17 % se sont installés dans 14 sites de fortune. La route vers Port-au-Prince étant bloquée, nombre d’entre eux cherchent à rejoindre d’autres communes du département du Centre, bien que celles-ci restent sous la menace d’une expansion des gangs.

Dans une tentative de rétablir l’ordre, les autorités ont nommé un nouveau commissaire, Mathias Jean David, en remplacement de Jean Claude Bazile, vivement critiqué. Toutefois, la police manque cruellement de ressources, et les appels à un renforcement des effectifs se multiplient.

Pendant ce temps, les violences se poursuivent. Un hélicoptère acheminant des renforts pour la police a été pris pour cible à Saut-d’Eau, blessant un agent. Par ailleurs, des gangs ont tenté d’utiliser ce mercredi, une pelle mécanique pour semer la destruction dans la cité de Benoît Batraville, avant que l’engin ne soit intercepté à Carrefour Peligre par la Police nationale d’Haïti.

De plus, les malfrats cherchent à s’emparer des grands immeubles de la ville pour mieux contrôler le territoire et semer la pagaille. Des sources locales rapportent déjà l’installation de chefs de gangs dans certains endroits stratégiques.

Saut-d’Eau, commune voisine, connaît aussi des attaques répétées des gangs, venus de Canaan, malgré quelques périodes de calme.

Alors que les habitants encore pris au piège lancent des appels à l’aide, la Matrice de suivi des déplacements (DTM), mise en place par l’OIM, continue d’évaluer l’ampleur de la crise. Si la tendance actuelle se maintient, Mirebalais risque de devenir un territoire perdu, élargissant ainsi la carte de l’insécurité en Haïti.

Corey Booker bat un record historique au Sénat américain avec un discours marathon

Washington a été le théâtre d’un événement politique marquant cette semaine. Le sénateur démocrate Corey Booker a inscrit son nom dans l’histoire en prononçant le plus long discours jamais enregistré au Sénat américain. Pendant 25 heures et 5 minutes, il a pris la parole pour dénoncer les politiques du président Donald Trump et du milliardaire Elon Musk.

Ce marathon oratoire, entamé lundi à 19h00 s’est terminé mardi à 20h05, repoussant ainsi le précédent record détenu par *Strom Thurmond* en 1957 avec un discours de 24 heures et 18 minutes. À 55 ans, *Corey Booker* a prouvé sa détermination, affirmant qu’il poursuivrait sa prise de parole « aussi longtemps qu’il le pourrait physiquement ».

Au-delà de l’exploit, ce discours souligne les tensions croissantes au sein du Sénat, notamment autour des décisions économiques et sociales influencées par des figures puissantes comme *Trump* et *Musk* . La performance de Booker marque un moment clé du débat politique américain, laissant présager une intensification des confrontations à l’approche des prochaines élections.

Ecoles et territoires perdus, quel inventaire ?

Quelle école est encore debout, dans l’aire métropolitaine ? Il y a une semaine, nous avons répertorié la liste des institutions publiques perdues, dans le dédale de l’insécurité infernale. 

Nous nous étions arrêtés à 102. Sans exhaustivité, nos lecteurs ont continué, eux-mêmes, à faire l’exercice. Nous les remercions vivement. Dans l’intervalle, il y a de nouveaux déplacés, c’est le cas la Caisse d’Assistance sociale (CAS), aujourd’hui, SDF. Ou d’autres, comme la DGI, qui se déplacent, par anticipation, prétextant une panne technique. En bon responsable, ils agissent, par prévention. Puisqu’ils hument déjà la fureur des gangs, ne pouvant pas les repousser ni les neutraliser. C’est pas leur boulot.

Mais, quand est-il des écoles et universités privées? Que sont-elles devenues ? Territoires perdus, ou institutions à l’abandon? L’école devrait être un lieu protégé, un sanctuaire. Pareil pour une bibliothèque, un musée et tant d’autres institutions, érigées comme ligne rouge dans les pays en guerre. Même dans les périodes les plus sombres de notre histoire, ces lieux sont sensés protégés. 

Cependant les « nouveaux révolutionnaires en pantoufles » en ont cure de l’existence des écoles et des universités. Ils s’en foutent de l’année scolaire bâclée. Comme dans des situations normales, les haïtiens s’adaptent. Plusieurs responsables sous-louent leurs établissements avec des institutions,  nouvellement arrivées, obligées de se déplacer à cause de l’insécurité.  

Pendant que d’autres, tout carrément, sont hébergés par des bons samaritains, quand elles ne s’insèrent tout simplement dans autres institutions scolaires et universitaires.

La liste est très longue. Leur statut varie d’école déplacée, re-localisée, ré hébergée…Quand elles ne sont, uniquement, disparues de la carte scolaire, devenue un lointain souvenir…

Bref, il faut un nouvel aménagement du parc scolaire pour retrouver l’adresse de certaines écoles,  dans l’espace urbain de Port-au-Prince.

Quand la sécurité, priorité absolue des haïtiens, est compromise, l’État doit s’activer

Depuis la création de la coalition criminelle, Viv Ansanm, les gangs se renforcent pour coordonner et lancer leurs attaques, décuplant ainsi le nombre des morts et des blessés par balles. Alors que d’un autre côté, l’absence de résultat probant met en relief le manque d’organisation et d’harmonisation des responsables de l’Etat. Cet article analyse en profondeur les causes de la défaillance de l’État haïtien face à la criminalité organisée et certaines pistes de solutions._

L’insécurité caractérisée par la violence des gangs armés est devenue un obstacle majeur au progrès social et économique des communautés. Depuis plus d’une dizaine d’années les gangs se répandent dans des zones autrefois libres, forçant les résidents à fuir leur domicile.

Port-au-Prince, la capitale, et sa périphérie sont devenues des territoires perdus. Les gangs, dans certains cas plus nombreux ou plus puissants que les forces de l’ordre, s’emparent des infrastructures clés et imposent leur règle. Ils violent, pillent, incendient et tuent des gens ordinaires; punissant brutalement ceux qui osent défier leurs règles ou qui sont soupçonnés de collaborer avec la police ou les groupes d’autodéfense, selon ce que rapportent les médias locaux.

Cette situation recale le pays sur l’échelle des droits humains, regrette Jemps Meralus, Directeur Exécutif de la Ligue Haïtienne de Défense des Droits de l’Homme. L’État perd ses moyens devant la férocité des gangs armés et même le droit de vivre n’est plus garantie, soutient-il.

*Les autorités sont dépassées par la situation et laissent la politique prendre le dessus*

La violence des gangs prend une proportion jamais constaté dans l’histoire contemporaine d’Haïti, a fait remarquer le colonel Hymmler Rebu, ancien ministre, ancien membre des Forces Armées d’Haïti (FAD’H). «Trop de laisser-aller nous a entraînés au fond de l’abîme… ils perdent la maitrise de la situation », analyse-t-il lors de sa participation dans une émission sur une station de la capitale.

Selon Rebu, il faut commencer par retirer la PNH sous l’influence politique du CSPN pour aboutir à sa dépolitisation et regagner la confiance de la population. « La police doit-être 70% technique et 30% politique, alors qu’on est en train de constater l’inverse », argumente-t-il, regrettant un tel état de fait. Rebu déplore aussi que celle-ci prend trop de place et submerge l’institution. 

« Trop de considérations politiques lorsque les agents doivent intervenir dans des situations cruciales», a-t-il déclaré. Pour lui, il n’y a pas 36 solutions: ôter la police de la tutelle du Ministère de la justice pour la placer sous la responsabilité du ministère de l’intérieur. «Dans tous les pays sérieux au monde la police est placée sous la tutelle du Ministère de l’intérieur», a-t-il martelé.

*L’État doit préserver son harmonie face à l’organisation des bandes criminelles*

Plusieurs policiers tués et au moins 3 des membres de la MMSS sont victimes dans des affrontements et la police nationale peine encore à trouver le point faible des gangs. C’est un problème de coordination et d’organisation de la stratégie des opérations, fustige Hymmler Rebu. 

« On a l’impression qu’il y a plusieurs États dans l’État et que chacun fait ce qui lui semble bon… la coordination est vitale pour atteindre l’objectif », a-t-il affirmé, suggérant la tactique militaire au dépens des déploiements d’une police qu’il juge mal préparée et parfois sous équipée ou sous effectif par rapport aux bandits.

Depuis quelque temps. entre direction générale de la PNH et la Primature, le courant ne passe pas. La discorde entre le DG Rameau NORMIL et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est très visible.

Par ailleurs, une task force est créée par le CPT et la Primature sans la participation du Commandant en chef de la PNH. Cette entité utilise des drones kamikaze lors de ses interventions, alors que les troupes de Normil n’ont pas accès à ce matériel,  déplore Jemps Meralus, Défenseur des droits humains. Il rappelle que c’est la population civile qui paie le prix de cette division, car dit-il, des deux côtés le résultat n’est encore suffisant.

*Freiner le trafic des armes et de munitions pour stopper le ravitaillement des groupes criminels, un effort à faire*

L’État est détenteur du monopole de la violence légitime, rappelle Lucmane Délile, ancien ministre de la justice de l’administration de Jovenel. Il doit pouvoir mettre en branle ses appareils et se doter des moyens de sa politique pour assurer la protection des vies et des biens de ses citoyens, a déclaré Me Délile.

« Quand j’étais ministre, j’avais trouvé la formule pour en finir avec le kidnapping, mais la politique a eu raison de moi », se désole-t-il. «Si on asphyxiait les gangs, les empêchant de se ravitailler, ils n’auraient pas de choix que de remettre leurs armes», soutient l’ancien commissaire du gouvernement de la capitale, reconnaissant, nonobstant l’aggravation de la situation actuelle.

Il invite les forces de l’ordre à essayer de nouvelles stratégies pour anticiper les bandits et prévenir les catastrophes. 

*L’État a besoin d’un plan de sécurité nationale pour reprendre l’avantage*

Dans une correspondance adressée aux membres du Conseil Présidentiel de Transition, il y a dix mois, l’ancien sénateur, Youri Latortue, avait proposé un plan d’urgence pour juguler l’insécurité en Haïti. Sans révéler les détails de son projet, Latortue avait rassuré qu’une bonne collaboration entre la police, l’armée d’Haïti et la population parviendrait à en finir avec le banditisme dans seulement trois mois.

Entre autres, l’inspecteur général Enol Alphonse, lors de son installation, le 30 mars dernier à la tête de la direction centrale de la police administrative, a partagé sa vision de la lutte contre la criminalité. Pour lui, en plus du mariage police/population prôné par Rameau NORMIL, il faudrait considérer l’apport de la Brigade de la Surveillance des Aires Protégées (BSAP), dans la mise en œuvre de tout plan de sécurité.

Toutefois en septembre 2024, le rapport du Haut-Commissaire des Nations-Unies des Droits l’Homme dans son rapport a stipulé que la sécurité est un besoin urgent pour le haïtien et qu’endiguer ce phénomène doit être une priorité pour les dirigeants. Mais jusqu’à cette date on entend de voir.

Mirebalais : une ville sous tension, état des lieux

Mirebalais a sombré dans la violence depuis le lundi 31 mars 2025, lorsque des gangs armés affiliés à la coalition criminelle, Viv Ansanm, ont envahi la ville. Le commissariat a été attaqué, une évasion massive à la prison s’est produite, et la population, terrorisée, tente de fuir vers d’autres communes limitrophes. Face à cette escalade, les forces de l’ordre ont tenté de réagir en renforçant leur présence, tandis qu’un nouveau responsable de la police a été nommé à la tête du commissariat.

Réveillés sous les balles, les habitants ont assisté, impuissants, à l’attaque de la ville, qui a commencé par le quartier de Trianon. Les activités sont suspendues, la ville est en proie à une forte tension. Le commissariat, abandonné par les forces de l’ordre, a été rapidement pris d’assaut où des voitures sur la cour ont été en partie en fumée.

Les assaillants, reconnaissables à leurs maillots rouges portant des inscriptions telles que Taliban Mawozo, ont facilement pris possession des lieux avant de s’attaquer à la prison, où plus de 530 détenus se sont évadés. L’un d’eux a été abattu dans la cour lors de cet assaut.

Pris de panique, des centaines de Mirebalaisiens ont pris la route de l’exode, cherchant refuge dans des zones plus sûres. Dans la ville, les gangs sèment la terreur : pillages, incendies, assassinats.

Malgré l’arrivée de renforts policiers par hélicoptère, incluant plusieurs unités d’élite comme le SWAT, et l’engagement des agents du BSAP aux côtés de la population, l’emprise des gangs sur la ville reste forte. Des groupes d’autodéfense se sont également organisés. Des chasses à l’homme sont menées pour retrouver les assaillants qui se dispersent dans la cité Benoît Batraville.

Tout au long de la journée et la nuit qui accouche à ce 1er avril, des cris de détresse ont retenti dans plusieurs quartiers. Des entreprises sont pillées, des tirs à l’arme lourde résonnent. Selon des sources locales, des tirs ont même visé un hélicoptère apportant des renforts.

Pour tenter de reprendre le contrôle, un changement à la tête du commissariat a été annoncé près de 24 heures après l’attaque. Ce mardi, le commissaire Mathias Jean David a remplacé Jean Claude Bazile, critiqué pour son inaction. Selon plusieurs témoignages, ce dernier aurait préféré fermer le commissariat et prendre la fuite, laissant le champ libre aux assaillants qui ont eu le temps d’organiser l’évasion et d’incendier plusieurs bâtiments dans la commune.

Mirebalais, en état de siège

D’après une source locale, les gangs cherchent à placer leurs chefs dans divers quartiers stratégiques afin d’assurer un contrôle total de Mirebalais.

La situation est critique : des usagers de la route sont bloqués dans la commune depuis plusieurs jours, contraints de rebrousser chemin. L’accès à Port-au-Prince est totalement coupé. Mirebalais est en état de siège. L’électricité est absente depuis des semaines, les écoles et d’autres institutions ont fermé leurs portes.

Une menace qui s’étend

Malgré l’élimination de plus d’une trentaine de criminels depuis l’attaque, les autorités peinent à rétablir l’ordre. Les gangs utilisent des immeubles en hauteur pour surveiller la ville et y semer la terreur.

Pendant ce temps, la commune voisine de Saut-d’Eau, principal point d’accès à Mirebalais, est également sous la menace d’une incursion des gangs de Canaan.

Face à l’ampleur de la crise, la police réclame d’urgence des renforts en effectifs et en matériels pour contre-attaquer ces groupes armés qui cherchent à s’implanter durablement dans le département.

Commune du département du Centre, Mirebalais est accessible depuis la région métropolitaine par la Croix-des-Bouquets via Morne à Cabri et par la commune de Saut-d’Eau via Titanyen. Ce dernier itinéraire est sous la menace des gangs de Taliban, dirigés par Jeff Larose, qui cherchent à contrôler cette zone, réputée pour sa chute d’eau emblématique.

Elle donne accès aux départements, du Nord, Nord-Ouest, Nord-est et aussi à la frontière haïtiano-dominicaine.

Si rien est dit, Mirebalais allongera la liste des territoires perdus. Ainsi, le département du Centre rejoindra les départements( Ouest, Artibonite) qui sont déjà en proie à des violences orchestrées par des groupes armés alors que le gouvernement met le cap pour des élections.

Marine Le Pen officiellement en course pour la présidence française en 2027

La Cour d’appel de Paris a confirmé la possibilité pour Marine Le Pen de se présenter à l’élection présidentielle française de 2027, malgré une condamnation judiciaire en cours. Cette décision intervient alors que la candidate du Rassemblement National (RN) conteste une peine qui la privait initialement de ses droits civiques pour une période de cinq ans.

Marine Le Pen dénonce une manœuvre politique visant à l’empêcher d’accéder à l’Elysée. Selon elle, le système judiciaire serait instrumentalisé par ses opposants afin lui barrer la route.

En attendant le verdict final, le débat autour de sa candidature risque d’animer les discussions politiques en France.