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FILS-AIMÉ ET L’HEURE DU DESTIN : LE POUVOIR CHANGE DE MAINS

7 février 2026.
C’est désormais officiel : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé prend les rênes du pouvoir et devient le principal responsable de l’exécutif. Après 22 mois au pouvoir, la mosaïque du CPT s’efface, laissant derrière elle un pays retrouvé comme il l’avait été ou selon certains, dans une situation encore plus fragile.

Le constat est sans appel.
La classe politique haïtienne, largement représentée au sein du CPT, a manqué une occasion historique. Cette transition aurait pu permettre de changer de cap, rétablir un minimum de sécurité et créer les conditions pour des élections crédibles. Mais querelles d’ego et intérêts personnels ont dominé, faisant de cette transition l’une des plus longues, des plus inefficaces et des plus ridicules de l’histoire récente du pays.

Aujourd’hui, Alix Didier Fils-Aimé, issu de cette transition, se retrouve au centre du pouvoir. Il a la responsabilité de faire la différence, de restaurer la sécurité et de ramener le pays vers un retour à l’ordre constitutionnel par l’organisation d’élections honnêtes et crédibles.

À la manette désormais, ce ne sont plus neuf conseillers. Plus de querelles permanentes, ni de tohu-bohu dans les prises de décisions. Un seul homme dirige désormais le pays, avec toute la responsabilité que cela implique. Un pays, une histoire, un rendez-vous.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’est pas simplement le successeur de la transition : il est l’homme capable de transformer ce moment en tournant historique. Il a aujourd’hui rendez-vous avec l’Histoire.
Soit il réussit à trouver un consensus avec la classe politique et les forces vives pour stabiliser le pays,
soit il répète les erreurs du passé — une option que le peuple, après plus de cinq années de transition, ne lui pardonnerait pas.

Cette situation exceptionnelle lui offre une opportunité unique : apprendre des échecs de ses prédécesseurs et rétablir sécurité, ordre et crédibilité. Le pays attend de lui des décisions concrètes, responsables et efficaces, loin de la propagande et des dépenses inutiles, qui semblent déjà présager certaines inquiétudes.

Après plus de cinq années de transition, le peuple place ses espoirs en Fils-Aimé. Il a la possibilité de transformer cette étape critique en vraie avancée vers l’ordre constitutionnel et la stabilité. Que cette transition, sous sa direction, soit la dernière et la décisive.

L’Histoire regarde désormais Alix Didier Fils-Aimé. Il lui appartient d’écrire la page qui fera la différence pour le pays.

Financement du terrorisme: la DCPJ lance des avis de recherche contre des responsables

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Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— Un nouveau palier vient d’être franchi dans la lutte contre les réseaux criminels armés en Haïti. La Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) a émis, ce jeudi, des avis de recherche visant des personnalités politiques de premier plan, soupçonnées d’implication dans des faits de financement du terrorisme, d’attentat, de complot contre la sûreté intérieure de l’État, d’association de malfaiteurs et de blanchiment d’avoirs.

Parmi les personnes activement recherchées figurent le maire intérimaire de Port-au-Prince, Ralph Youry Chévry, l’ancien député Arnel Bélizaire, ainsi qu’un individu identifié comme Smith Joseph. Selon des sources proches du dossier, ces avis de recherche résultent de plusieurs mois d’enquêtes confidentielles portant sur les connexions présumées entre acteurs politiques, circuits financiers occultes et groupes armés opérant sur le territoire national.

Des soupçons de collusion politico-criminelle

D’après les informations recueillies par la police judiciaire, les personnes mises en cause auraient, directement ou par intermédiaires, facilité des flux financiers destinés à soutenir des activités terroristes. Ces mécanismes auraient contribué à renforcer la capacité opérationnelle de réseaux armés responsables de violences répétées, d’attaques ciblées et d’une insécurité chronique dans plusieurs zones stratégiques du pays.

Le nom de Ralph Youry Chévry occupe une place centrale dans ce dossier explosif. Les forces de l’ordre ont mené au moins deux opérations à son domicile de Canapé-Vert, dans le cadre de tentatives d’interpellation restées sans succès. Ces échecs alimentent de nombreuses interrogations sur les moyens de protection dont bénéficieraient certains suspects et sur l’ampleur réelle des complicités au sein de l’appareil politico-administratif.

Arnel Bélizaire, pour sa part, est connu du système carcéral pour détention illégale d’armés à feu et financement d’activités criminelles. Son nom a été éclaboussé dans une affaire de location d’armés aux gangs de la saline dans le cadre du massacre perpétré dans ce quartier.

Une enquête sous haute tension

Les chefs d’accusation évoqués par la DCPJ traduisent la gravité exceptionnelle des faits reprochés. Pour les enquêteurs, il ne s’agit plus uniquement de criminalité ordinaire, mais d’un système structuré de financement et de soutien logistique à des entreprises terroristes, menaçant directement la stabilité institutionnelle et la sécurité nationale.

La DCPJ affirme poursuivre ses investigations sans relâche et n’exclut pas d’autres développements dans les jours à venir. Les autorités policières lancent un appel pressant à toute personne détenant des informations crédibles pouvant faire avancer l’enquête, les invitant à coopérer avec la justice.

Alors que la crise sécuritaire continue d’asphyxier la capitale et plusieurs régions du pays, ce dossier pourrait marquer un tournant majeur, en mettant pour la première fois en lumière, au grand jour, les liaisons dangereuses entre pouvoir politique et réseaux armés en Haïti.

Jean Mapou / Le Relief

7 février 1986 – 7 février 2026 : où en sommes-nous quarante ans après ?

Par Pierre Josué Agénor Cadet

La chute du président à vie Jean-Claude Duvalier, le 7 février 1986, fut accueillie par une mobilisation populaire d’une intensité rare, perçue comme le symbole éclatant de la victoire de la société civile sur un régime autoritaire vieux de près de trente ans.

Cet événement historique portait avec lui l’espérance d’une rupture définitive avec la dictature, l’avènement d’une démocratie stable et participative, ainsi que la promesse d’une refondation politique de l’État haïtien. Il annonçait, croyait-on alors, l’émergence d’une nouvelle Haïti sous un nouveau soleil politique.

Quarante ans plus tard, une interrogation s’impose avec gravité et lucidité : où en sommes-nous réellement après l’éviction du régime duvaliériste ?
De 1986 à 2026, l’état politique de l’État haïtien s’est globalement détérioré. Cette période est marquée par une instabilité chronique, des transitions politiques avortées et un  » printemps démocratique  » aussi fragile qu’éphémère. Loin de consolider des institutions fortes et légitimes, le pays s’est enlisé dans une succession de crises politiques sans résolution durable.

Au cours de ces quatre décennies, Haïti a vu se succéder, parfois de manière presque chaotique, cinq présidents constitutionnels pour sept mandats, pas moins de treize gouvernements de transition, vingt-cinq Premiers ministres titulaires et quatre autres par intérim. Cette instabilité au sommet de l’État traduit l’incapacité persistante du système politique haïtien à instaurer des règles du jeu démocratique stables, acceptées et respectées par l’ensemble des acteurs.

Sur le plan social, la société haïtienne, plongée dans une crise quasi permanente, oscille entre espoir, résistance et effondrement. Elle n’a connu que très rarement des améliorations substantielles de ses conditions de vie. La pauvreté structurelle, les inégalités criantes, l’insécurité généralisée et la précarité sociale constituent désormais des traits permanents du paysage national. De la fin de l’année 2024 à ce jour, plus de six millions d’Haïtiens sont exposés à la famine et à l’insécurité alimentaire.

Depuis la fin de l’année 2025, la zone métropolitaine de Port-au-Prince est paralysée à près de 80 % par des gangs armés qui imposent leur loi par la terreur, notamment depuis le 29 février 2024. Plus de six mille personnes ont été tuées dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre, désormais pris en otage par des groupes criminels lourdement armés.

Sur le plan économique, la situation d’Haïti, de 1986 à nos jours, oscille entre stagnation, dépendance et effondrement progressif. Depuis 2020, la dégradation s’est accélérée de manière dramatique. Selon un rapport des Nations Unies publié en mars 2024, Haïti est devenu le pays le plus pauvre de la région Amérique latine et Caraïbes, et figure parmi les plus pauvres du monde. L’activité économique est en chute libre. Entre 1986 et 2025, le pays est passé d’une économie déjà affaiblie à une économie véritablement sinistrée, plombée par des choix politiques hasardeux, une dépendance structurelle persistante et des facteurs sociaux et exogènes profondément destructeurs.

Les quarante années de l’après-Duvalier sont également marquées par une corruption endémique, aussi ancienne que l’État haïtien lui-même, des crises économiques récurrentes, des luttes intestines pour le pouvoir, des affrontements entre élites, l’exclusion systématique des masses populaires, des coups d’État, des tensions sociales aiguës, des déchirures profondes du tissu national, ainsi que de graves ingérences étrangères. À cela s’ajoutent des tentatives de réforme souvent inachevées et des élans démocratiques régulièrement étouffés.

Ainsi, quarante ans après le 7 février 1986, force est de constater que la rupture tant espérée avec l’autoritarisme n’a pas débouché sur la construction d’un État démocratique solide, souverain et inclusif. Le pays semble prisonnier d’un cycle historique où l’espoir renaît sans cesse pour être aussitôt déçu. L’urgence, aujourd’hui, est de repenser en profondeur le projet politique haïtien, faute de quoi le 7 février 1986 risque de demeurer davantage un mythe fondateur qu’un véritable tournant historique.

Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti : Incertitudes sur l’après 7 février, résurgence des divergences

Par Jean Wesley Pierre

Une scène aux allures de théâtre politique s’est déroulée ce jeudi 5 février 2026 à l’hôtel Montana. D’un côté, des acteurs politiques plaidant pour un gouvernement bicéphale dirigé par un président issu de la Cour de cassation ; de l’autre, les membres du Conseil présidentiel de transition qui, dans la continuité de la résolution adoptée lors du dialogue inter-haïtien, défendent également un exécutif bicéphale, mais articulé autour d’un collège présidentiel composé de trois membres.

L’appel de l’ancien sénateur Jean Renel Sénatus

À l’approche du 7 février, date hautement symbolique dans l’histoire politique haïtienne, l’ancien sénateur Jean Renel Sénatus, dit « Zokiki », a lancé un appel à la mobilisation populaire lors d’une conférence tenue jeudi. Selon lui, la seule issue crédible à la crise actuelle serait la désignation d’un juge de la Cour de cassation pour diriger une transition capable de rétablir l’ordre constitutionnel.

Dans un message à forte charge politique, il a également interpellé les autorités actuelles :

« Il ne reste que deux jours pour que les membres du CPT montrent qu’ils sont des Haïtiens, il ne reste que deux jours pour que le Premier ministre montre qu’il est Haïtien. »

Sa proposition s’inscrit en alternative directe au projet porté par le Conseil présidentiel de transition (CPT), notamment celui d’un collège présidentiel.

Me Jules Lesly désigné président provisoire : une initiative controversée

Parallèlement, un collectif présenté comme regroupant des « forces vives de la nation » a annoncé la désignation de Me Jules Lesly, magistrat à la Cour de cassation, comme président provisoire d’Haïti. Les promoteurs de cette initiative parlent d’une « résolution historique » destinée à mettre fin à ce qu’ils décrivent comme un effondrement institutionnel et moral de l’État.

Le mandat proposé s’appuierait sur :

le décret du 22 août 1995,
la loi de 2007 sur la magistrature,
et l’esprit de la Constitution de 1987.

L’objectif affiché est de stabiliser le pays et d’organiser des élections devant aboutir, au plus tard le 7 février 2027, à un retour à un pouvoir démocratiquement élu.

Les priorités avancées incluent :

la restauration de l’autorité de l’État,
la lutte contre la corruption,
la relance démocratique,
et un plan social pour les populations les plus vulnérables.

Cependant, cette désignation ne fait pas l’unanimité. Des tensions internes à l’opposition ont émergé, notamment au sein du groupe dit « Cassation », où certains acteurs auraient désavoué la position associée à Jean Joseph Lebrun. Cette fracture illustre les difficultés persistantes à construire une alternative politique unifiée.

Le dialogue inter-haïtien et la proposition d’un collège présidentiel

Dans le cadre du dialogue inter-haïtien organisé notamment à l’hôtel Montana, une autre résolution propose un gouvernement bicéphale accompagné d’un collège présidentiel de trois membres :

un représentant du Conseil présidentiel de transition,
un représentant de la Cour de cassation,
un représentant de la société civile.

C’est dans ce contexte que le professeur Charles Tardieu a déposé, le jeudi 5 février 2026, son dossier de candidature au Conseil de la présidence en tant que membre actif de la société civile haïtienne. Cette démarche traduit la volonté de certains secteurs d’élargir la transition au-delà des seuls acteurs politiques traditionnels.

L’enjeu majeur : restaurer la confiance publique

Au-delà des débats institutionnels, la question centrale demeure celle de la crédibilité de l’État. Dans un contexte marqué par l’insécurité, la crise économique et l’instabilité politique prolongée, la population attend surtout des solutions concrètes et durables.

À l’approche du 7 février, symbole récurrent des transitions politiques en Haïti, l’évolution des rapports de force entre ces différentes initiatives pourrait s’avérer déterminante pour l’avenir institutionnel du pays et pour la perspective d’un retour effectif à l’ordre constitutionnel.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Leslie Voltaire, Charles Tardieu et la juge Jocelyne Casimir désignés pour le collège présidentiel à quelques heures du 7 février

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le vendredi 6 février 2026 — À l’approche d’une date hautement symbolique dans l’histoire politique haïtienne, le dialogue inter-haïtien semble avoir franchi une étape décisive avec la désignation des membres du futur collège présidentiel de transition. Cette évolution intervient dans un contexte de fortes attentes populaires, d’incertitudes institutionnelles persistantes et de pressions diplomatiques croissantes pour une stabilisation politique durable.

Les membres du collège présidentiel désormais connus

Selon les conclusions finales issues du dialogue inter-haïtien, la structure de transition reposera sur un collège présidentiel composé de trois personnalités représentant des secteurs clés de la vie nationale :

  1. Leslie Voltaire, représentant du Conseil présidentiel de transition (CPT) ;
  2. Charles Tardieu, désigné au titre de la société civile ;
  3. la juge Jocelyne Casimir, représentant la Cour de cassation.

Cette configuration confirme l’option d’un exécutif partagé visant à équilibrer les influences politiques, institutionnelles et sociétales dans la gestion de la transition.

Une passation symbolique à la Villa d’Accueil

Toujours selon des informations une cérémonie officielle est prévue ce 7 février à la Villa d’Accueil, en présence du corps diplomatique et de plusieurs invités. Le président du (CPT) Conseil Présidentiel de Transition devrait y prononcer un discours d’adieu avant de remettre les rênes de l’exécutif au Premier ministre.

Cette étape marque une tentative de formalisation institutionnelle de la transition, dans un pays où les mécanismes politiques restent fragilisés par plusieurs années d’instabilité, de crise sécuritaire et de blocages institutionnels.

Une transition qui cherche encore sa légitimité

Si la désignation du collège présidentiel représente un progrès organisationnel, elle ne règle pas pour autant toutes les interrogations. Plusieurs courants politiques et acteurs sociaux continuent de questionner la légitimité, la faisabilité et l’efficacité d’un tel dispositif.

L’idée d’un collège présidentiel repose sur la volonté d’éviter la concentration du pouvoir entre les mains d’une seule personnalité. Cependant, certains observateurs redoutent que cette formule ne produise des rivalités internes ou des lenteurs décisionnelles, particulièrement dans un contexte national nécessitant des réponses rapides en matière de sécurité, d’économie et de gouvernance.

Le défi immédiat : restaurer la confiance

Au-delà des arrangements institutionnels, l’enjeu principal demeure la reconstruction de la confiance entre l’État et la population. Les attentes sont fortes : amélioration de la sécurité, lutte contre la corruption, relance économique et organisation d’élections crédibles.

La réussite du collège présidentiel dépendra donc moins de sa composition que de sa capacité à produire des résultats concrets et à maintenir un minimum de cohésion politique.

Une étape décisive mais non définitive

À quelques heures du 7 février, Haïti semble entrer dans une nouvelle phase de sa transition politique. La désignation des membres du collège présidentiel et la passation annoncée du pouvoir exécutif constituent des signaux importants, mais ils ne suffiront pas à eux seuls à résoudre une crise multidimensionnelle profonde.

La stabilité durable passera probablement par un consensus politique plus large, une gouvernance efficace et la reconstruction progressive des institutions démocratiques.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Haïti : Jerry Tardieu appelle à un dialogue républicain pour encadrer l’après-CPT

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Par la Rédaction

À la veille du 7 février 2026, date marquant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), Jerry Tardieu a publié une lettre ouverte adressée aux forces vives d’Haïti. Dans ce texte, il dresse un constat sévère de la transition en cours, souligne l’échec du CPT à remplir sa mission principale et appelle à la mise en place urgente d’un dialogue républicain structuré afin d’éviter un vide institutionnel et de créer les conditions d’élections crédibles.

Dans son message, l’ancien parlementaire rappelle que le mandat du CPT arrive à échéance sans possibilité de prolongation, conformément au décret fondateur. Il estime que, durant ses mois d’exercice, l’organe de transition n’a pas réussi à rétablir la sécurité ni à organiser les scrutins attendus. Il qualifie cette période de « triste page » de l’histoire nationale désormais tournée.

Jerry Tardieu met également en avant l’incapacité des secteurs politiques, des organisations de la société civile et des regroupements représentatifs à dégager un consensus sur une formule de remplacement ordonné du CPT. Selon lui, la fragmentation et la polarisation du paysage national compliquent la recherche d’accords, sans toutefois la rendre impossible.

Face au risque de vide constitutionnel, il invoque les dispositions légales prévoyant que le Conseil des ministres, sous la présidence du Premier ministre, puisse exercer le pouvoir exécutif en cas d’empêchement du CPT. Il précise néanmoins qu’il ne saurait s’agir d’un blanc-seing accordé au gouvernement en place. Il plaide plutôt pour un cadre politique clair, accompagné de garde-fous et d’une feuille de route concertée.

Au cœur de sa proposition figure l’organisation rapide d’un dialogue républicain « dans les règles de l’art » réunissant les principaux pôles d’influence du pays. Ce dialogue devrait, selon lui, permettre de définir le format de la gouvernance de transition, le profil d’un cabinet ministériel composé de personnalités compétentes et non partisanes, ainsi que les mécanismes de contrôle de l’action gouvernementale.

La lettre évoque aussi plusieurs chantiers à débattre : l’évaluation du Conseil électoral provisoire (CEP), le cadre juridique électoral, les décrets controversés, les enjeux sécuritaires et humanitaires, ainsi que la question du vote de la diaspora, dont les modalités restent floues malgré son inscription dans la loi.

En conclusion, Jerry Tardieu lance un appel au sens patriotique des acteurs nationaux pour créer rapidement les conditions sécuritaires et politiques nécessaires à la tenue d’élections crédibles d’ici la fin de l’année. Il affirme que la sortie de la transition passe par un compromis politique large et par le retour à une légitimité issue des urnes, capable de concilier ordre institutionnel et acquis démocratiques.

Lapè pou Ayiti appelle le Conseil des ministres à assurer la conduite du pouvoir après le 7 février 2026

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Par Gesly Sinvilier

Le mouvement « Lapè pou Ayiti » lance un appel direct au Conseil des ministres, sous le leadership du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, pour assumer pleinement la conduite du gouvernement après le 7 février 2026. Le mouvement lui demande de prendre les mesures nécessaires pour rétablir un minimum de sécurité sur le territoire et créer les conditions indispensables à la tenue d’élections libres et ordonnées. Selon le porte-parole, c’est à l’exécutif qu’il revient désormais de poser des actes forts pour remettre le pays sur la voie de la stabilité institutionnelle.

« Lapè pou Ayiti » a tenu une conférence de presse au cours de laquelle son porte-parole, Nélus Neruis, a appelé à une prise de responsabilité claire des autorités exécutives à l’approche du 7 février 2026. Plaçant la question sécuritaire et l’organisation d’élections au cœur de ses priorités, l’organisation estime que le pays ne peut plus se permettre de prolonger indéfiniment une transition jugée improductive et déstabilisante.

D’entrée de jeu, le porte-parole a insisté sur la nécessité d’un rassemblement des acteurs nationaux pour parvenir à une sortie de crise durable. Selon lui, aucune solution viable ne pourra émerger sans une volonté réelle de dialogue inclusif et de convergence entre forces politiques, sociales et institutionnelles. Il a soutenu que la fragmentation actuelle du paysage politique affaiblit les réponses de l’État face à l’urgence sécuritaire et humanitaire.

Le mouvement a également exprimé de vives réserves quant à certaines initiatives en cours dans la sphère institutionnelle. Il a notamment critiqué la volonté de certains acteurs de procéder rapidement à la désignation d’un juge à la Cour de cassation dans le contexte actuel, estimant que ce choix risque d’alimenter davantage la méfiance et les tensions. Dans la même veine, « Lapè pou Ayiti » a dénoncé ce qu’il qualifie de tentative de certains membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) de conduire un dialogue restreint avec des acteurs qui leur sont déjà favorables, dans la perspective de conserver le pouvoir au-delà du 7 février.

Monsieur Neruis a rappelé la responsabilité directe du CPT dans la dégradation de la situation politique et sécuritaire, pointant son incapacité à produire des résultats concrets face à la crise. Tout en évitant un ton de rupture définitive, le mouvement exhorte le Conseil à ne pas persister dans des démarches susceptibles, selon lui, d’aggraver davantage l’instabilité.

La conférence de presse a aussi été l’occasion de réaffirmer l’urgence de retourner à l’ordre constitutionnel par les urnes. Le mouvement appelle à l’organisation d’élections crédibles dans les meilleurs délais afin de doter le pays d’autorités légitimes et de mettre fin à une transition qui, selon ses dirigeants, s’enlise et perd toute efficacité.

Gesly Sinvilier / Le Relief

𝐏Ò𝐓𝐎𝐏𝐑𝐄𝐍𝐒 𝐝𝐞 𝐉𝐞𝐚𝐧 𝐕𝐞𝐧𝐞𝐥 𝐂𝐚𝐬𝐬𝐞́𝐮𝐬 : 𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐬𝐨𝐧 𝐟𝐥𝐚𝐦𝐦𝐞 𝐞𝐭 𝐟𝐥𝐚𝐦𝐛𝐨𝐲𝐚𝐧𝐭𝐞

Une ville est souvent décrite, racontée, dénoncée. Plus rarement, elle entre en relation d’adresse. Dans PÒTOPRENS, Jean Venel Casséus ne place pas la ville devant lui ; il lui parle. « Pòtoprens, pase pran m / M’a pase chèche w ». L’échange fonde la narration. Le chanteur et la capitale entrent dans un pacte : chacun porte l’autre.

Tirée de l’album Pa gen mizik pase peyi m, paru en 2025, la chanson Pòtoprens progresse par stations, comme une marche urbaine : 𝑃𝑙𝑎𝑡𝑜𝑛 𝑏𝑒̀𝑙𝑒̀, 𝑀𝑎𝑑𝑎𝑛 𝐾𝑜𝑙𝑜, 𝑑𝑒̀𝑦𝑒̀ 𝑙𝑖𝑠𝑒̀. Aucun décor pittoresque ; chaque lieu agit comme repère affectif. La ville circule dans la mémoire avant d’apparaître dans l’espace. Le jour tombe, les trajets continuent, les montées et descentes rythment la phrase. La capitale s’inscrit dans une expérience corporelle.

La musique accompagne ce mouvement. La base compas tient la colonne vertébrale. Par-dessus, la guitare introduit une tension flamenco, sèche, presque plaintive. Les cuivres glissent en spirales salsa, invitant la foule imaginaire. Trois traditions, une seule respiration : la Caraïbe en conversation avec l’Atlantique latin. Rien d’ornemental. La combinaison reproduit la réalité sonore de Port-au-Prince, carrefour plutôt que centre stable.

Le refrain fixe l’image incontournable : « ou se flanm yon flanbo, yon kat pwen kadino ». Le flambeau éclaire, dirige et transmet. La ville conserve ce que les archives ignorent : trajets quotidiens, achats de fresko, rêves marchandés au marché, courses en camionnette. « Tout bwat sekrè ki san listwa » désigne ces mémoires sans dossier administratif. Le Pòtoprens de Casséus est un dépôt d’expériences anonymes.

Malgré tout, malgré nous, la ville est maternelle : « yon manman ». Pas une abstraction patriotique. Une présence concrète, capable de porter sous la pluie, de partager la fatigue, de garder les secrets. La relation n’exclut ni douleur ni attachement. La chanson accueille les deux dans la même phrase. Pleurer, tomber, repartir. La ville accompagne, jamais immobile.

Les couplets multiplient les déplacements : monter, tourner, descendre, traverser. La narration refuse la fixité. Port-au-Prince apparaît comme circulation permanente, corps collectif en mouvement. La mélodie suit cette logique, tourne sans fermeture définitive, relance chaque cadence. La capitale s’inscrit dans la durée plutôt que dans le paysage.

Dans l’outro, les mots se raréfient : « Se ou ki la pou banm lebra ». Après les lieux et les souvenirs, reste la fonction affective : soutenir. La chanson garde la ville debout autant qu’elle garde le chanteur.

PÒTOPRENS de Jean Venel Casséus est un chant-relais. Ni plainte ni célébration naïve. Une écriture qui marche avec la capitale, à hauteur d’homme, et qui confie à la musique le soin de maintenir la lumière pendant le trajet.

𝑁𝐵 : 𝑙’𝑎𝑙𝑏𝑢𝑚 𝑃𝑎 𝑔𝑒𝑛 𝑚𝑖𝑧𝑖𝑘 𝑝𝑎𝑠𝑒 𝑝𝑒𝑦𝑖 𝑚 𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑖𝑠𝑝𝑜𝑛𝑖𝑏𝑙𝑒 𝑠𝑢𝑟 𝑡𝑜𝑢𝑡𝑒𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑝𝑙𝑎𝑡𝑒𝑓𝑜𝑟𝑚𝑒𝑠 𝑒𝑛 𝑙𝑖𝑔𝑛𝑒 (𝑌𝑜𝑢𝑇𝑢𝑏𝑒, 𝑆𝑝𝑜𝑡𝑖𝑓𝑦, 𝐷𝑒𝑒𝑧𝑒𝑟, 𝐴𝑚𝑎𝑧𝑜𝑛…).

𝟎𝟓 𝐅𝐞́𝐯𝐫𝐢𝐞𝐫 𝟐𝟎𝟐𝟔
𝐉𝐕

DE LA COMÉDIE SUR LA SCÈNE POLITIQUE HAÏTIENNE

Par Pierre Josué Agénor Cadet

La crise haïtienne a depuis longtemps cessé d’être une simple crise de gouvernance. Elle est devenue une crise de sens, de responsabilité et de décence politique. Les événements récents en offrent une illustration saisissante, presque caricaturale : alors que l’État est à l’agonie et que la société est plongée dans une insécurité généralisée, une partie de la classe politique s’emploie à transformer la transition en spectacle, et le pouvoir en objet de dérision.
Après une succession de  » dialogues nationaux « , d’ » assises interhaïtiennes  » et de consultations aux contours flous, surgit désormais l’appel lancé depuis un hôtel de luxe pour désigner un président et un Premier ministre. Cette scène, qui aurait pu relever de la satire politique, est pourtant bien réelle. Elle traduit une conception profondément dévoyée de l’exercice du pouvoir et une incompréhension alarmante de la gravité du moment historique.
La confusion entre légitimité et mise en scène
Dans toute démocratie fonctionnelle, l’accès aux plus hautes fonctions de l’État repose sur la légitimité populaire, la clarté programmatique et la responsabilité institutionnelle. En Haïti, ces principes semblent avoir été remplacés par une logique de cooptation informelle, où le pouvoir se négocie dans des cercles restreints, loin du suffrage, loin du peuple, loin de toute exigence de reddition de comptes.
La présidence et la primature sont désormais envisagées comme des positions à pourvoir, presque administrativement, indépendamment de la faillite structurelle de l’État. On parle de profils, de consensus, de leadership, mais jamais de refondation institutionnelle, de sécurité nationale ou de reconstruction de l’autorité publique. Le pouvoir est convoité avant même d’être défini dans sa finalité.
La pathologie du pouvoir
Cette séquence révèle une constante bien connue de la vie politique haïtienne : une obsession pathologique du pouvoir, détachée de toute vision stratégique. Gouverner n’est plus perçu comme un service rendu à la collectivité, mais comme un statut social, un instrument de reconnaissance et un moyen de survie politique.
Cette maladie du pouvoir se manifeste par une incapacité chronique à penser le pays en dehors de soi. Les priorités nationales :sécurité, élection, justice, éducation et économie sont reléguées au second plan, au profit d’une lutte permanente pour le positionnement, la visibilité et l’accès aux privilèges étatiques. Le pouvoir devient une fin, jamais un moyen.
Une élite hors-sol face à un pays en détresse
Cette dérive est d’autant plus choquante qu’elle s’opère dans un contexte de souffrance sociale extrême. Tandis que les discussions politiques se déroulent dans des espaces protégés, une large partie du territoire échappe au contrôle de l’État, des milliers de familles vivent sous la menace permanente de la violence armée, et l’exode est devenu un horizon collectif.
Il existe désormais deux Haïti :
celle des salons politiques, des déclarations solennelles et des accords sans portée réelle ;
et celle du peuple, livrée à l’insécurité, à la précarité et à l’abandon institutionnel.
Cette fracture rend la mise en scène politique non seulement inefficace, mais moralement indéfendable.
Gouverner l’illusion d’un État
Le paradoxe atteint son comble lorsque l’on observe l’acharnement à vouloir diriger un État vidé de ses fonctions essentielles. On se dispute le contrôle d’institutions affaiblies, parfois inexistantes, comme si le simple fait d’occuper un titre suffisait à recréer l’autorité publique.
Cette logique entretient une illusion dangereuse : celle selon laquelle le problème d’Haïti serait avant tout un problème de personnes, et non de structures, de pratiques et de culture politique. Or, sans rupture radicale avec les méthodes qui ont conduit à l’effondrement actuel, toute transition, quelle que soit sa forme, restera un exercice creux.
Une comédie aux effets destructeurs
Il serait tentant de traiter ces épisodes avec ironie, tant ils frôlent l’absurde. Mais les conséquences sont trop graves pour s’en tenir au rire. Chaque simulacre de dialogue, chaque transition improvisée, chaque arrangement opaque contribue à éroder un peu plus la confiance populaire et à délégitimer durablement l’action politique.
À force de transformer la gouvernance en comédie, une partie de la classe politique oublie une vérité fondamentale : un peuple qui ne croit plus en ses dirigeants finit par se détourner de l’État lui-même. Et lorsque la politique perd toute crédibilité, le vide qu’elle laisse est rarement comblé par des forces démocratiques.
La situation actuelle exige non des ambitions personnelles recyclées, mais une refondation profonde de la pensée politique haïtienne. Sans cela, la comédie continuera jusqu’à ce qu’il ne reste plus de scène, plus de public, et plus de pays à gouverner.

Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti-Corruption: Plus 500 millions de gourdes auraient été détournés au ministère de la Défense

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PORT-AU-PRINCE.— Le ministère haïtien de la Défense est au cœur d’une crise institutionnelle majeure, après de graves accusations de détournement de fonds formulées publiquement par son directeur général, Jean Ronel Sistanis, contre le ministre en fonction, Jean Michel Moïse. Les faits allégués portent sur plus de 500 millions de gourdes engagées dans des projets présentés comme stratégiques pour la sécurité nationale.

Selon les déclarations de M. Sistanis sur les ondes de radio Caraïbes ce jeudi matin, ces fonds étaient destinés au renforcement des capacités opérationnelles de la Défense nationale, dans un contexte marqué par la dégradation continue de la situation sécuritaire, l’expansion des groupes armés et la fragilisation des institutions de l’État. Toutefois, affirme-t-il, aucune réalisation concrète ne permet aujourd’hui de justifier l’ampleur des décaissements effectués.

Le directeur général cite notamment 160 millions de gourdes alloués à un projet agricole à Belladère, 80 millions de gourdes affectés à la base militaire du Champ-de-Mars, ainsi que 50 millions de gourdes destinés à la réhabilitation de la base du Bicentenaire. À ce stade, soutient-il, ces investissements n’auraient donné lieu ni à des infrastructures fonctionnelles ni à des résultats tangibles sur le terrain.

Plus préoccupant encore, Jean Ronel Sistanis évoque la disparition présumée de 350 millions de gourdes provenant du Fonds d’intelligence, un mécanisme financier sensible censé soutenir des activités stratégiques relevant de la sécurité nationale. Il qualifie ce dossier de particulièrement sérieux et appelle les autorités compétentes à en mesurer toute la portée, tant sur le plan administratif que pénal.

En l’absence, pour l’heure, de réaction officielle du ministre mis en cause, ces accusations provoquent une onde de choc au sein de l’administration publique et relancent avec acuité le débat sur la gouvernance, la transparence et la reddition de comptes dans les hautes sphères de l’État haïtien.

Jean Mapou / Le Relief