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Sud-Est: le Centre Ambulancier National remet en service sept ambulances à Jacmel

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JACMEL, Haĩti.— Dans le cadre d’une vaste campagne de mobilisation nationale visant à renforcer les capacités des services d’urgence à travers le pays, le Centre Ambulancier National (CAN) a mené une intervention technique majeure dans le département du Sud-Est, marquée par la remise en état de plusieurs ambulances jusque-là immobilisées.

La semaine écoulée, une équipe composée de mécaniciens et de techniciens spécialisés du CAN a été déployée dans la ville de Jacmel, où la situation du parc ambulancier était particulièrement critique. Plusieurs véhicules étaient hors service depuis un certain temps en raison de graves défaillances mécaniques, laissant le département dans une situation préoccupante. Au moment de l’intervention, une seule ambulance était opérationnelle pour répondre aux urgences de toute la population, et ce, dans des conditions loin d’être optimales.

Cette opération de réhabilitation a été conduite sous la supervision directe de l’administration générale du Centre Ambulancier National, avec la participation active de Renand Aristide, Directeur général du CAN, de Leconte Dor, Directeur administratif et financier, de Nelson C. Gervais, responsable de la logistique, de Carlo Monpoint, ainsi que des mécaniciens de l’institution.

Après plusieurs jours de travaux intensifs, l’équipe technique est parvenue à remettre en état sept ambulances qui étaient dans un état avancé de détérioration. Ces véhicules sont désormais de retour sur la route et pleinement intégrés au dispositif de prise en charge des urgences médicales dans le département du Sud-Est.

La remise en service de ces ambulances constitue un soulagement majeur pour la population locale, en améliorant de manière significative l’accès aux soins de santé, notamment dans les situations d’urgence où la rapidité d’intervention peut être déterminante.

S’exprimant à l’issue de cette intervention, le Directeur général du CAN, Renand Aristide, a réaffirmé la volonté de l’institution de poursuivre cette campagne de mobilisation dans les autres départements du pays. L’objectif, a-t-il souligné, est de garantir un nombre accru d’ambulances fonctionnelles afin d’assurer une meilleure couverture nationale des services d’urgence et de répondre plus efficacement aux besoins sanitaires de la population haïtienne.

Soulignons que ces interventions techniques coïncident avec les préparatifs de la couverture du carnaval touristique de Jacmel, a fait remarquer le responsable du CAN qui dit vouloir mettre ses équipes de secours à point pour l’évènement.

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Le Nord-Ouest est en deuil après le décès de son délégué Roc Exeus

Par Jean Wesley Pierre

Le délégué départemental du Nord-Ouest, Roc Exeus, est décédé le lundi 9 février 2026. D’après les premières indications communiquées par les membres de sa famille, la cause probable du décès serait un accident vasculaire cérébral (AVC). À ce stade, les autres responsables du bureau de la délégation départementale n’ont pas encore publié de note officielle précisant les circonstances exactes de cette disparition.

Nommé en 2024 en remplacement de Wesley Dodoy, Roc Exeus occupait la fonction de délégué départemental du Nord-Ouest, un poste stratégique qui consiste à représenter l’exécutif dans le département, coordonner les services déconcentrés de l’État et servir d’interface entre le pouvoir central et les collectivités territoriales. Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires, économiques et institutionnels persistants, cette fonction demeure particulièrement sensible, notamment dans les régions souvent confrontées à un déficit d’infrastructures et de services publics.

Avant cette nomination, Roc Exeus s’était déjà illustré dans la sphère publique. Ancien coordonnateur de l’Office National de la Migration (ONM), il avait également évolué dans les milieux politiques et administratifs, développant une image d’acteur engagé dans les questions institutionnelles et territoriales. Plusieurs observateurs soulignent par ailleurs son attachement au département du Nord-Ouest et plus particulièrement à la commune de Bombardopolis, dont il était originaire et où il conservait une forte implication sociale et politique.

Des réactions ont commencé à émerger au sein de la classe politique. Le ministre de la Défense, Jean Michel Moïse, a notamment salué la mémoire d’un homme qu’il présente comme profondément engagé au service du pays et attaché à sa région, tout en adressant ses condoléances à sa famille ainsi qu’aux habitants du Nord-Ouest et de Bombardopolis.

Au-delà de l’émotion suscitée par ce décès, cette disparition soulève également des enjeux administratifs. Le poste de délégué départemental joue un rôle clé dans la coordination des politiques publiques au niveau local, et la vacance de cette fonction pourrait nécessiter, à court terme, des mesures de remplacement ou d’intérim afin d’assurer la continuité de l’action de l’État dans le Nord-Ouest.

La disparition de Roc Exeus intervient dans un contexte national marqué par une fragilité institutionnelle persistante et des attentes importantes des populations envers les autorités publiques. Son parcours et son implication dans la vie administrative et politique régionale expliquent en partie l’écho suscité par cette nouvelle, qui continue de provoquer réactions et hommages dans plusieurs sphères de la société haïtienne.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief

Iran–États-Unis : reprise prudente des discussions sur le nucléaire après des tensions militaires

Par Jean Wesley Pierre

L’Iran a annoncé son intention de poursuivre les négociations avec les États-Unis, à l’issue d’une première session de pourparlers indirects tenue à Oman. Selon Téhéran, ces discussions se sont déroulées dans une « atmosphère positive », malgré un contexte régional marqué par de fortes tensions sécuritaires, notamment le déploiement récent d’une force navale américaine dans le Golfe.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s’exprimant après ces échanges, a précisé que les discussions avaient eu lieu avec l’émissaire américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, ainsi qu’avec Jared Kushner, proche conseiller du président américain Donald Trump.

D’après Téhéran, les discussions ont été strictement limitées au dossier nucléaire, conformément à la position iranienne. Washington souhaiterait toutefois élargir les négociations à d’autres sujets sensibles, notamment le soutien présumé de l’Iran à certains groupes armés hostiles à Israël et le développement de son programme de missiles balistiques.

Ces pourparlers constituent les premiers échanges diplomatiques de ce type depuis les frappes américaines de juin visant des installations nucléaires iraniennes, dans le contexte d’une guerre de douze jours déclenchée après une attaque israélienne contre l’Iran. Cet épisode militaire avait fortement accentué les tensions régionales et ralenti les initiatives diplomatiques.

La reprise du dialogue, même indirect, est donc perçue par plusieurs observateurs comme un signe d’apaisement relatif, bien que de nombreux désaccords subsistent entre les deux pays. Les prochaines étapes des discussions pourraient déterminer si une voie diplomatique durable peut être envisagée ou si les tensions continueront de dominer les relations entre Washington et Téhéran.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

La vérité qu’il faut dire au pays!

Il arrive des moments dans la vie d’une nation où la complaisance devient une faute morale. Où l’on ne peut plus se réfugier derrière les slogans, les émotions ou les postures. Cette semaine, deux voix ont choisi la rigueur plutôt que la facilité : Enomie Germain et le Dr Thomas Lalime. Deux économistes, deux générations peut-être, mais une même exigence : dire la vérité au pays.

Bientôt Diplômé d’une deuxième maîtrise en économie à Cornell University, Enomie Germain s’est imposé ces derniers mois à travers sa rubrique Econo Plus. Son analyse récente s’est concentrée sur la catastrophe économique actuelle, notamment sous la gouvernance du Conseil Présidentiel de Transition. Inflation persistante, désordre budgétaire, dérive monétaire, absence de cap stratégique : le constat est sévère, mais documenté. Il ne s’agit pas d’opinion, mais de données.

De son côté, Dr Thomas Lalime adopte une perspective plus large. Son dernier article ne s’arrête pas à la conjoncture. Il remonte aux années 1970 pour montrer que la crise actuelle n’est pas un accident isolé, mais l’aboutissement d’une trajectoire longue. En quarante ans, de 1986 à 2026, le taux moyen de croissance économique d’Haïti n’a été que de 0,45 %. Dans le même temps, la population est passée d’environ 6 millions à près de 12 millions d’habitants. Le résultat est implacable : un appauvrissement relatif continu et une chute du PIB par habitant.

Ce double diagnostic conjoncturel chez l’un, structurel chez l’autre, dessine une image cohérente : l’économie haïtienne n’a jamais réussi à installer une dynamique de croissance durable. Les rares périodes positives ont été fragiles, vite annihilées par les crises politiques, l’instabilité institutionnelle ou les chocs externes.

Le plus troublant n’est peut-être pas le diagnostic lui-même. Il est désormais public. Les chiffres circulent. Les graphiques sont accessibles. Le véritable problème réside ailleurs : dans la réception politique de cette parole scientifique. Jusqu’au tout dernier choix des décideurs, il ne semble pas se dessiner de véritable option de raison. Les décisions continuent de s’inscrire dans l’urgence, l’improvisation ou le calcul à court terme.

Or, la parole scientifique n’est pas un luxe académique. Elle est un acte citoyen. Enomie Germain, à travers Econo Plus, et Thomas Lalime, depuis plus d’une décennie, occupent cet espace public avec constance. Ils rappellent que gouverner sans diagnostic sérieux, c’est administrer l’aveuglement.

La vérité qu’il faut dire au pays est peut-être celle-ci : Haïti ne manque pas d’analyses. Elle manque de traduction politique de ces analyses. Un pays peut survivre à des erreurs. Il survit plus difficilement à l’indifférence face au savoir.

Le diagnostic est posé.
La question demeure : qui est prêt à en tirer les conséquences ?

Port-au-Prince : plus de 600 déplacés internes dotés de cartes d’identité grâce à Défenseurs Plus

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Dans une initiative citoyenne menée le vendredi 9 février 2026, le Collectif Défenseurs Plus a remis plus de 600 cartes d’identité nationale à des personnes déplacées vivant dans cinq camps de fortune de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Cette action vise à garantir l’accès aux droits civils et politiques des populations vulnérables et à renforcer leur citoyenneté.

La remise des cartes fait suite à une journée mobile organisée le 22 janvier 2026 en collaboration avec l’Office National d’Identification (ONI), et avec l’appui des agents de la Direction de la Protection Civile (DPC). Grâce à cette coordination, les dossiers ont été traités en seulement quinze jours, mettant fin à plus de deux ans d’invisibilité administrative pour certaines personnes déplacées.

Selon Défenseurs Plus, l’accès à la carte d’identité est un droit fondamental et constitue la condition sine qua non pour que ces citoyens et citoyennes puissent jouir pleinement de leurs droits. Sans ce document, les personnes déplacées restent vulnérables et limitées à un rôle de simples bénéficiaires d’aide humanitaire, incapables de participer à la vie démocratique et politique du pays.

Le Collectif souligne que cette initiative s’inscrit dans un contexte de crise politique et d’instabilité institutionnelle persistante depuis plus de cinq ans. Pour Défenseurs Plus, les autorités intérimaires doivent collaborer avec tous les acteurs nationaux afin de favoriser le retour à l’ordre constitutionnel par la tenue d’élections libres, honnêtes et inclusives. La mobilisation pour l’identité est ainsi présentée comme une étape essentielle pour garantir la participation démocratique des populations les plus fragiles.

Le Collectif Défenseurs Plus annonce la multiplication de ces journées de mobilisation à travers le pays, afin que chaque citoyen et chaque citoyenne puisse disposer de son droit à l’identité et accéder pleinement à ses droits civils et politiques.

Cette activité est le fruit de la coordination entre la société civile et l’État pour protéger les populations vulnérables, même en période de crise.

Depuis les événements ayant entraîné le déplacement de nombreuses personnes, beaucoup ont perdu leurs pièces d’identité, voire tout leur patrimoine. Obtenir une carte d’identité devient parfois un véritable parcours du combattant. À l’approche des élections prévues en 2026, elle revêt une importance capitale, d’autant plus que la carte d’identité est indispensable pour de nombreuses démarches, en particulier celles liées à l’argent.

La rédaction

Debout Contre la Corruption demande l’annulation du décret sur la Haute Cour de Justice

L’organisation de défense des droits humains Debout Contre la Corruption (DCC) a adressé le 9 février 2026 une requête au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, sollicitant l’annulation du décret du 1er décembre 2025 portant organisation et fonctionnement de la Haute Cour de Justice. Selon DCC, ce décret compromet l’indépendance de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) et menace l’efficacité de la lutte contre la corruption en Haïti.

Dans sa lettre adressée à la Primature, DCC souligne que le décret du 1er décembre 2025 introduit des modifications « brutales, arbitraires, contraires à l’éthique, illégales et anticonstitutionnelles » au cadre légal régissant la lutte contre la corruption. L’organisation insiste notamment sur le « sur-contrôle » des rapports de l’ULCC, alors que cette institution repose sur son indépendance et son impartialité pour assurer son efficacité.

DCC se félicite toutefois de l’engagement exprimé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé lors de son adresse à la Nation le 7 février 2026, où il a déclaré que le système de corruption en Haïti « est arrivé à bout ». Pour l’organisation, la révocation du décret constituerait un signal fort adressé non seulement au cabinet ministériel, mais aussi à l’ensemble de la population, montrant la volonté du gouvernement de renforcer la justice et l’intégrité des institutions.

Le courrier, signé par Verly Sylvestre, coordonnateur général, et Me Jean Barnave Chéron, coordonnateur général adjoint de DCC, demande au Conseil des ministres d’examiner la requête « avec célérité » afin de démontrer l’engagement patriotique et l’indépendance du gouvernement dans la lutte contre la corruption.

DCC rappelle enfin que le respect de l’indépendance de l’ULCC est crucial pour garantir la crédibilité des institutions et le retour à une gestion transparente de la chose publique en Haïti.

La rédaction

« L’Histoire ne retiendra que les actes » : Me Roberson Georges met le Premier ministre face à ses responsabilités.

Dans une lettre ouverte publiée le 7 février 2026, le spécialiste en sciences politiques et relations internationales Roberson Georges rappelle que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé se trouve désormais face à l’Histoire, puisqu’il est aujourd’hui seul à la manette de l’État après le départ du CPT. Il l’appelle à assumer pleinement cette responsabilité et à prendre des mesures urgentes pour rétablir la sécurité et engager le pays vers des élections crédibles.

Me Roberson Georges, avocat au barreau de Port-au-Prince, a rendu publique, via sa page Facebook, cette lettre ouverte adressée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Cette prise de position intervient dans un contexte de crise politique et sécuritaire marqué par une forte attente populaire et une pression croissante sur les autorités alors que le Premier ministre soutenu par le Conseil des ministres est actuellement seul aux commandes du pays après le depart du Conseil présidentiel de transition.

Dans ce texte au ton grave, l’homme de loi estime que le chef du gouvernement est arrivé à un tournant décisif de l’histoire nationale. « L’Histoire ne retient ni les coulisses ni les justifications. Elle ne retient que les actes et leurs conséquences », écrit-il, soulignant que le Premier ministre est désormais, selon ses mots, « seul comptable des résultats » de son administration.

Le spécialiste en gouvernance locale qui prend souvent position contre le modèle d’organisation de l’Etat haïtien rappelle que les circonstances qui ont conduit à l’échec des précédentes équipes au pouvoir imposent aujourd’hui une responsabilité accrue à l’actuel chef du gouvernement. Il l’exhorte à rompre avec ce qu’il qualifie d’« errements, renoncements et compromis » qui ont, selon lui, plongé le pays dans une impasse profonde. Pour l’actuel élève avocat, une page douloureuse se ferme et il revient au Premier ministre d’en écrire la suite, « avec courage ou avec résignation ».

La lettre insiste surtout sur l’urgence de la situation nationale. Le jeune Anse-à-Velais décrit un pays « à bout de souffle », une nation « qui saigne » et une population qui n’attend plus de discours, mais des décisions concrètes. Deux priorités dominent toutes les autres, selon lui : le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections crédibles afin de replacer Haïti sur la voie d’un véritable ordre démocratique.

Le ton se fait plus pressant lorsque Me Roberson Georges met en garde contre les conséquences de l’inaction. Il estime que chaque jour d’attentisme aggrave la souffrance collective et rapproche un peu plus le jugement de l’Histoire. Dans ce contexte, il affirme que le Premier ministre a encore la possibilité de marquer son passage au pouvoir par des choix guidés par l’intérêt général et le sens de l’État.

Enfin, la lettre évoque l’état d’esprit d’une population partagée entre espoir et doute. « Le peuple observe, espère encore, mais doute profondément », écrit l’auteur, appelant le chef du gouvernement à poser des actes capables de restaurer la confiance et de démontrer que l’espérance populaire n’est pas vaine.

La rédaction

Port-au-Prince : un enfant de la maison à la tête de la Mairie de la capitale

Par Jean Valdonel CONSTANT

Le pouvoir exécutif, dirigé par le Chef de l’Exécutif Alix Didier Fils-Aimé, a porté son choix sur Yves Andrel Salomon pour prendre les rênes de la mairie de Port-au-Prince en qualité de Président du cartel intérimaire. Cette décision s’inscrit dans le cadre des efforts visant à garantir la continuité administrative de la capitale en attendant l’organisation des élections municipales.

Professionnel chevronné de l’administration communale, Yves Andrel Salomon cumule plus de trois décennies d’expérience au sein des collectivités territoriales. De 1994 jusqu’au 7 février 2026, il a occupé plusieurs fonctions clés dans les mairies de Port-au-Prince et de Tabarre, notamment comme Inspecteur, Vérificateur, Chargé de mission et Directeur de la mobilisation fiscale. Un parcours qui témoigne de sa connaissance approfondie des mécanismes de gestion municipale et des enjeux fiscaux locaux.

Pour mener à bien cette mission intérimaire, le nouveau président de la commission municipale est accompagné de deux assesseurs. Il entend assurer une transition administrative stable et cohérente jusqu’au retour à l’ordre constitutionnel au niveau communal.

Yves Andrel Salomon est une figure connue tant dans le milieu culturel que politique. Ancien manageur de l’artiste Junior Bonheur, il a également été Président du cartel intérimaire de la commune de Petit-Goâve. Sa proximité avec le Premier ministre, au sein du groupe Backup, est souvent évoquée comme un atout dans la coordination entre les autorités locales et centrales.

Cette nouvelle équipe intérimaire aura pour principal défi de maintenir les services municipaux essentiels, renforcer la gouvernance locale et préparer le terrain institutionnel pour la tenue d’élections crédibles dans la commune de Port-au-Prince.

Jean Valdonel CONSTANT

Ce 7 février 2026, le CPT s’en va, Didier Fils-Aimé arrive : Washington a encore une fois le dernier mot. Vive l’ Oncle Sam!

La décision du gouvernement américain d’écarter totalement le Conseil présidentiel de transition (CPT) de la gestion d’Haïti n’est pas seulement un acte politique brutal : elle révèle aussi une fracture éthique. Washington accuse ces dirigeants d’avoir alimenté des gangs criminels désormais classés organisations terroristes, groupes criminels auxquels sont imputés l’assassinat de milliers d’Haïtiens.

La question est donc de savoir comment ce constat — aussi dur soit-il — peut nous aider à reconstruire la société haïtienne sur des bases solides. Car, dans ce contexte de manipulations permanentes, les dernières assises du CPT, organisées à l’Hôtel Montana, ont encore montré à quel point la politique haïtienne peut devenir un terrain malsain : un refuge pour des acteurs souvent incompétents, ambitieux et cyniques.

Leurs agissements pourraient laisser croire qu’ils ont perdu la raison. Mais les réduire à la folie, c’est se condamner à ne jamais les comprendre. Ils ne sont pas déments : ils obéissent à une rationalité politique différente de la nôtre et poursuivent des objectifs conformes à leur agenda. Ils ne s’attendaient peut-être pas à rencontrer l’opposition farouche des États-Unis au renversement de Didier Fils-Aimé, à qui ceux-ci comptent confier les rênes du pouvoir après la fin du mandat du CPT.

Le déplacement de la souveraineté nationale n’a rien de nouveau. Qu’il s’agit d’appui recherché ou recours engagé, l’arbitre se trouve souvent à Washington. Peu importe qu’on se dise de gauche ou de droite : nous sommes dans l’épuisement. Les navires américains dans la rade de Port-au-Prince me rappellent cet épisode où un commandant américain déclara au docteur Rosalvo Bobo : « Les États-Unis interdisent votre candidature à la présidence d’Haïti parce que vous représentez une menace sérieuse pour votre pays. »

Les faits historiques ne se répètent ni à l’identique ni mécaniquement, comme dans les sciences exactes ; ils révèlent plutôt des ressemblances de structure. La lucidité historique nous oblige donc à des choix conscients et civiques, afin de ne pas reproduire les mêmes réflexes et les mêmes impasses.

Encore une fois, Washington décide à notre place !
La présence américaine, en ce moment, peut être lue comme un signal adressé à ceux qui menacent la stabilité du pays et les intérêts de Washington en Haïti. Les gesticulations juridiques destinées à faire passer pour illégale la résolution des conseillers ayant décidé le renvoi du Premier ministre n’étaient que des manœuvres dilatoires. Elles visaient à masquer une réalité brutale, désormais évidente : le centre du pouvoir s’est officiellement déplacé vers Washington. Autrement dit, une mise en scène a tenté de couvrir une prise en charge directe — et presque totale — de la conduite du pays par les États-Unis. Le voile est tombé : ou l’on s’aligne, ou l’on conteste, au prix des risques que cela implique.

On n’entre pas en politique par caprice, mais avec la conviction de pouvoir répondre aux problèmes essentiels du peuple. Or, en cherchant à se succéder, les conseillers déchus posent un acte froidement rationnel, conforme à leurs intérêts, et, dans la conjoncture actuelle, contraire à ceux des citoyens.

Le CPT est pris au piège de sa propre logique. Ses choix obéissent moins à l’intérêt général qu’à des calculs financiers. Ils ont bradé l’État. Une telle faute, contraire à l’éthique, humilie le peuple — seul détenteur de la souveraineté nationale.

Cette oligarchie politique, responsable de trois interventions militaires étrangères sur le sol national en moins de trois décennies, n’a cessé d’attaquer la démocratie libérale pour protéger ses privilèges plutôt que le bien commun. Aujourd’hui, elle vacille. Et la pression américaine pèse sur elle plus lourdement que jamais.

Dans l’affrontement entre le CPT et Fils-Aimé, l’issue paraît tranchée : le rapport de force tourne à l’avantage de ce dernier. Le CPT s’efface, Didier Fils-Aimé est reconduit. Vive Washington, véritable arbitre — et roi — du trône d’Haïti !

Reste la question décisive : existe-t-il une force, une stratégie nationale, ou un consensus capable de contester cette décision américaine — autrement dit, de rouvrir un processus que l’on présente déjà comme clos, et de redonner aux acteurs haïtiens la maîtrise de la résolution de la crise ? Vont-ils coopérer par peur d’être du côté de la barricade ?

On sait déjà que la nouvelle gouvernance bénéficie de l’aval des décideurs internationaux. Toutefois, au regard du climat actuel, les développements à venir demeurent incertains, comme le soulignent certaines analyses. La présence de navires de guerre américains à Port-au-Prince sera-t-elle suffisamment dissuasive — et durable — pour faire taire les vacarmes et prévenir une nouvelle crise de succession ?

Notre élite doit en tirer leçon
Une élite ne se définit pas seulement par les diplômes, les titres académiques, l’abondance ou la richesse : elle se mesure aussi à la responsabilité. Parce qu’elle dispose de qualités supérieures — réelles ou supposées — elle a le devoir de protéger et de servir l’intérêt général. Toute élite est responsable et doit répondre de ses actes. Or, depuis quatre décennies, la souveraineté nationale s’est progressivement transférée vers des puissances étrangères, conséquence directe de nos échecs répétés, dus notamment à notre manque de sens des responsabilités.

Le philosophe Hegel, dans La Raison dans l’histoire, écrit : « La responsabilité est la destination suprême de l’homme ; seuls les animaux sont irresponsables. »

Sans exonérer pour autant la communauté internationale de sa part dans l’effondrement d’Haïti — désormais acté — nous devons reconnaître notre responsabilité, en tant que société, d’avoir confié à des âmes « animales » le pouvoir de décider au nom de la République.

Des échecs voulus, organisés, afin de piller l’État sans jamais être sanctionnés, nourrissent l’impunité. Pour sortir de cet état de fait, il faut bâtir une société de sanctions. Car seule la peine rétablit la force de la loi et l’exigence éthique.

Un homme ou une femme peut se tromper à titre individuel. Mais lorsque c’est la nation qui, de choix en choix, persiste à se tromper collectivement, une conclusion s’impose. Deux erreurs consécutives en histoire ne donnent jamais droit à une troisième ; nous en avons commis plus d’une dizaine.

L’histoire, lorsqu’elle est bien enseignée, devient une école de morale : on y réapprend le sens de la souveraineté, de l’indépendance et de la patrie, foyer des vertus civiques. On ne triomphe pas d’un peuple patriote. Ce sont les rapports de force qui structurent les relations entre les États comme entre les classes sociales. Quand le peuple cède, tout s’effondre.

Haïti est humiliée par la corruption de ses élites. Le peuple, misérable, à moitié analphabète, instrumentalisé, manipulé et épuisé par des luttes qui ne lui ont rien apporté, n’a plus la force de réagir. Hélas !

Il est désolant d’assister à cette dévastation, à cette détresse morale inédite. En politique, on peut avoir raison et perdre — et c’est encore plus douloureux. Il est tout aussi accablant de sentir qu’on perd tous les combats d’une vie, même ceux qui ne sont pas encore livrés. Pourtant, en politique, rien n’est irréversible : il existe toujours un pouvoir d’agir. Ayons la force d’y croire !

Je souhaite du courage et de l’espoir à celles et ceux qui ont encore la force de croire en un avenir meilleur, même dans l’adversité.

Sonet Saint-Louis, av.
Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique
Professeur de philosophie
Université du Québec à Montréal
Montréal, 6 février 2026
sonet.saintlouis@gmail.com
Tél.: +509-44 07 35 80/+1-263 558 00 83

*Du silence des rues à la passation du pouvoir : Haïti tourne la page du conseil présidentiel de Transition^

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, 7 février 2026.-Alors que s’achève officiellement le mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la capitale haïtienne offre un visage inhabituel ce samedi 7 février 2026. De Delmas à Pétion-Ville, les rues apparaissent clairsemées, les marchés publics — pourtant traditionnellement bondés le samedi — semblent désertés, traduisant un climat mêlant prudence, incertitude et lassitude collective.

Pour Jacqueline, petite commerçante à Pétion-Ville, la journée est quasiment perdue :

« Je suis venue vendre tôt aujourd’hui, espérant rentrer avec un peu de monnaie, écouler mes produits. Mais c’est à peine si deux ou trois personnes sont venues marchander avec moi. »

Un témoignage révélateur de la morosité économique qui persiste, mais aussi de la crainte latente qui continue d’influencer les habitudes quotidiennes.

Même constat chez Éric, vendeur ambulant de jus :

« Habituellement, le marché est rempli. Là, c’est presque vide. »

Ces observations suggèrent que, malgré l’absence d’incidents majeurs signalés ce jour-là, la perception d’insécurité et l’incertitude politique restent profondément ancrées dans la société.

Le secteur du transport en commun reflète également cette paralysie diffuse. Quelques autobus, minibus et camionnettes circulent, mais souvent presque vides, faute de passagers. Une situation économiquement difficile pour les chauffeurs, dont les revenus dépendent directement du volume de trafic.

Pendant ce temps, à Delmas 60, à la Villa d’Accueil, se tient la cérémonie marquant officiellement la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition. Plusieurs conseillers sont présents pour la passation symbolique : Laurent Saint-Cyr, Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire, Régine Abraham et Frinel Joseph. Cet acte institutionnel clôt près de deux années d’une transition politique censée restaurer la sécurité, préparer des élections crédibles et remettre le pays sur la voie constitutionnelle.

Cependant, le contraste entre la solennité de cette cérémonie et la réalité observée dans les rues interroge. L’absence d’élections, la persistance de l’insécurité et la fragilité économique alimentent un scepticisme grandissant au sein de la population. Beaucoup semblent attendre des résultats concrets plutôt que de nouvelles promesses politiques.

Ce 7 février 2026 apparaît ainsi moins comme un aboutissement que comme un moment de transition supplémentaire. La perspective d’un exécutif désormais recentré autour du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ouvre une nouvelle phase politique dont les contours restent encore incertains.

Dans l’immédiat, la capitale silencieuse semble exprimer un message clair : au-delà des cérémonies officielles, la priorité pour une large partie de la population demeure la sécurité, la stabilité économique et la restauration d’institutions pleinement légitimes. Sans ces avancées tangibles, la confiance citoyenne risque de continuer à s’effriter.

Jean Wesley Pierre / Le Relief