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Entre Déception et nostalgie, Richard Morse se confie

PORT-AU-PRINCE.— Après ses interventions sur les réseaux pour exprimer sa stupéfaction d’apprendre l’incendie de l’hôtel Oloffson, Richard Morse s’est ouvert à l’émission Panel Magik, mercredi, partageant son refus de voir Haïti s’effondrer d’elle-même.

Alors que des réactions pleuvent d’un peu partout, pour condamner non pas l’acte incendiaire, mais le départ en fumée d’une carte postale, à la fois mythique et mystique, témoin de la profondeur de la culture locale, Richard Morse semble plus touché par ce cheminement lugubre de l’Haïti de RAM à celle de Viv Ansanm, aujourd’hui.

Au micro du journaliste Roberson Alphonse, Morse s’est livré sans détour. «Cela me ronge de voir plus de soucis pour l’hôtel que pour la situation du pays», a-t-il affirmé constatant que l’incendie d’Oloffson attire plus de regards sur le sort d’Haiti.

*Lieu emblématique ou catalyseur d’énergie à la croisée des chemins*

«Ma mère m’a amené sur les lieux pour la première fois en 1982, pour me reconnecter avec mes racines ancestrales», s’est remémoré Richard Morse se rappelant qu’il était arrivé en Haïti en quête de spiritualité dans le vodou, sans vraiment savoir ce que c’était.

«Je poursuivais un rite, je me cherchais. Et Haïti, à travers l’Oloffson, m’a ouvert les yeux sur la réalité du spirituel. J’ai évolué et je suis devenu complet. J’ai compris que le rite que je cherchais avait sa musique, sa danse, ses propres mots, son décor et tout».

Ce vestige aux frissons familiers planté à la croisée des sept rues, était une source d’énergie naturelle et profonde, que Richard Morse dit avoir suivi. Il affirme qu’il s’en est servi pour rassembler ceux qui, ailleurs, n’étaient point semblables. A Oloffson il n’y avait pas de classe ni de couleur, il y avait une dimension plus élevée.

*Un témoin d’un pan de l’histoire et des arts parti en fumée*

L’hôtel Oloffson représente un héritage familial qui remonte à l’ancien président Tiresias Simon Sam. «Mon grand frère Jean Max Sam a bâti cet hôtel», indiqué Morse, précisant que pour lui l’hôtel représentait plus qu’un bijou de famille.

«Un bien ce n’est ce qu’on possède, c’est ce qu’on en fait pour rester attacher à sa culture, ses racines et le monde tout autour», a-t-il renchéri. Oloffson représentait tout cet attachement pour lui.

C’était un carrefour où se croisent des touristes, des peintres, des sambas, et tout ce qui écrivait cette page d’expérience de plus de 40 ans de ma vie, à lâché Morse.

*L’envie de tout recommencer*

Le dernier passage de Richard Morse en Haïti remonte à janvier 2025, où il marchait à pied de Canapé-vert à Carrefour-Feuilles, lieu nostalgique de mélange culturel et culinaire aux goûts d’Haïti.

Dans son combat intérieur entre profonde déception et nostalgie, Morse nourrit encore l’envie de revenir sur ses pas, dans une Haïti décousue ravagée par la violence acharnée des gangs et de lutte fratricide.

Sûrement, ce ne sont pas les murs de l’Oloffson qui lui manquent mais la vie qui s’y coulait; les moments inoubliables passés dans la jubilation sur les scènes de RAM, les tambours des jeudis soir, les camps d’été artistiques où sa fille ainée apprenait à danser avec des enfants et des jeunes de tout horizon. Tant de souvenirs éternels !

Jean Mapou

Des bandits stoppés, des armes et munitions saisies par la Police

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La police nationale d’Haïti poursuit ses offensives contre. Dans le cadre des opérations menées dans la région métropolitaine, plusieurs bandits ont été stoppés dans des affrontements avec les forces de l’ordre, six (6) armes à feu, dont cinq (5) fusils et des munitions ont été saisies par la Police Nationale d’Haïti (PNH), le mardi 8 juillet 2025, à Torcel, commune de Tabarre.

L’institution policière dit être mobilisée pour contrecarrer les exactions des gangs partout dans le pays. «Dans le cadre des offensives lancées contre le gang dénommé « Kraze Baryè », dirigé par Vitelhomme Innocent, la Police Nationale d’Haïti (PNH) n’entend pas faire marche arrière», a écrit la PNH sur sa page Facebook.

L’institution dirigée par Rameau Normil annonce d’autres opérations dans plusieurs régions du pays particulierement à Kenskoff, Torcel et dans le département de l’Artibonite en vue de freiner l’élan de la violence en Haïti.

«Des instructions claires et formelles ont été passées par le Commandant en Chef a.i de l’Institution Policière, Rameau NORMIL, aux Responsables des juridictions de Police concernées, afin de poursuivre la traque des malfrats jusqu’au démantèlement des foyers de gangs, opérant à Torcel, et à Pernier, commune de Pétion-Ville», conclut la note de la police nationale.

Gedeon Delva

Haïti : le Décret référendaire de 2025 publié au Moniteur, cap vers une nouvelle

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Attendu depuis plusieurs semaines, le décret organisant le référendum constitutionnel a été, officiellement, publié dans Le Moniteur, numéro spécial en date du jeudi 3 juillet, après sa signature du 24 juin dernier en Conseil des ministres. Cette étape marque une avancée majeure dans le processus de refondation institutionnelle que porte le Conseil présidentiel de transition (CPT).

Ce texte fondamental d’une quinzaine de pages, signé par les neuf membres du CPT – Régine Abraham, Smith Augustin, Louis Gérald Gilles, Fritz Alphonse Jean, Frinel Joseph, Edgard Leblanc Fils, Laurent Saint-Cyr, Emmanuel Vertilaire et Leslie Voltaire – fixe les grandes lignes de la consultation populaire. Il s’appuie sur des références historiques, de l’Acte de l’Indépendance de 1804 aux textes récents relatifs à la décentralisation et à l’identification nationale, dans une volonté de continuité républicaine et de rupture réfléchie.

Une organisation encadrée et accessible

Voté depuis le 24 juin dernier, le décret précise les modalités d’organisation du scrutin. Conformément à l’article 7, « le corps électoral […] est convoqué sur demande du CEP, par arrêté présidentiel fixant l’objet, les lieux et la date de la consultation ». Une disposition qui garantit un cadre institutionnel strict à l’appel aux urnes.

Il est prévu qu’au moins deux centres de vote par section communale, dont la liste devra être rendue publique au moins 15 jours avant la date du scrutin. Les citoyens pourront voter entre 6 h du matin et 16 h, en présentant une pièce d’identité valide : carte d’identification nationale, passeport ou certificat délivré par l’ONI. Des facilités sont également prévues pour les personnes à mobilité réduite.

Des critères stricts pour les membres des bureaux de vote

La fiabilité du scrutin repose sur des agents qualifiés. L’article 23 du décret impose que tout membre d’un bureau de vote soit haïtien, âgé d’au moins 20 ans, en possession de ses droits civils et politiques, titulaire d’une pièce d’identité valide, et détenteur au minimum d’un diplôme de fin d’études secondaires. L’objectif est clair : garantir compétence et impartialité.

Campagne référendaire : des sanctions dissuasives

Le décret encadre également la période de campagne avec fermeté. L’article 89 interdit l’usage de murs publics ou privés pour les affichages sans autorisation, sous peine d’une amende de 10 000 à 25 000 gourdes. L’article 90 va plus loin : toute personne détruisant du matériel de propagande s’expose à une amende de 25 000 à 150 000 gourdes et à une peine de prison de 10 à 20 jours.

Ordre public et interdictions spécifiques

Afin de prévenir tout trouble à l’ordre public, l’article 91 interdit la vente de boissons alcoolisées dans les lieux publics à partir de 18 h la veille du vote jusqu’à 6 h le lendemain. Les contrevenants encourent jusqu’à 20 000 gourdes d’amende et 25 jours de prison.

Primauté et mise en œuvre

L’article 124 abroge toute disposition antérieure contraire au décret. Sa mise en application est confiée à plusieurs ministères – Justice, Intérieur, Affaires étrangères, Économie – et à l’administration électorale, chacun dans son champ de compétence. Le CEP, garant de la régularité du scrutin, est chargé de son exécution.

Avec cette publication, le Conseil présidentiel de transition franchit un jalon décisif dans son mandat. Le référendum à venir s’annonce comme une consultation historique, susceptible de redessiner les contours de l’État haïtien pour les générations futures.

Par ailleurs, plus d’un se doute quant à la réalisation efficace du processus référendaire. D’une part le manque de connaissance ou compréhension des textes, de l’autre côté, l’insécurité n’offre aucun climat propice à l’organisation d’une activité de grande envergure. Des personnes en déplacement toujours dans les rues, des zones accaparées, d’autres filent vers l’abîme, on se demande comment projette les autorités. Quelle couverture ? L’attente de participation ? Les délibérés du processus refléteront-ils la participation populaire des millions d’haitiens. La liste d’inscrits puis le résultat nous permettront de faire luire nos points d’ombre.

La rédaction

Haïti : Vers une réponse multisectorielle contre les violences basées sur le genre

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Le ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF) a officiellement lancé, ce mercredi 9 Juillet 2025, un atelier national de deux jours consacré à la validation des Procédures Opérationnelles Standards (POS) pour la prise en charge des cas de violences basées sur le genre (VBG) en Haïti. Ce rendez-vous stratégique s’inscrit dans une volonté collective et institutionnelle de renforcer la réponse nationale à ce fléau structurel et profondément enraciné dans la société haïtienne.

Prenant la parole à l’ouverture de cet atelier, la représentante du MCFDF a salué l’engagement des divers acteurs présents, soulignant l’urgence d’une action concertée et coordonnée. La cheffe de cabinet de la ministre, Marie Denise Claude, a dénoncé les multiples formes de violence subies par les femmes et les filles à travers le pays et a rappelé les défis persistants que rencontre le ministère dans sa lutte contre les VBG, notamment :

  • La faiblesse du système judiciaire,
  • Le manque de services d’accueil et de soutien,
  • Le poids des normes patriarcales,
  • La fragmentation des efforts de prise en charge.

Une approche globale et intégrée

Face à ces obstacles, la responsable a plaidé pour une approche multisectorielle, globale et durable, mobilisant tous les acteurs — institutions publiques, société civile, agences internationales et communautés locales — autour d’une même vision : prévenir, protéger, assurer la justice et transformer les normes culturelles. Elle a également souligné la nécessité d’un accompagnement soutenu des survivantes et d’initiatives concrètes pour lutter contre la féminisation de la pauvreté.

L’atelier de validation s’inscrit dans la mise en œuvre de la Politique d’Égalité Femme-Homme 2014–2034, un cadre national visant à garantir les droits des femmes et des filles. Le Plan National de Lutte contre les Violences envers les Femmes 2017–2027, porté par le MCFDF, constitue quant à lui un levier opérationnel pour traduire cette vision politique en actions concrètes.

Des outils pour transformer la réalité

Les Procédures Opérationnelles Standards qui seront examinées et validées lors de ces deux jours représentent un pas décisif vers une meilleure prise en charge des survivantes. Ces outils visent à :

  • Harmoniser les pratiques à travers le territoire,
  • Garantir la rapidité, la cohérence, la confidentialité et la dignité dans les interventions,
  • Clarifier les rôles des institutions concernées,
  • Et renforcer la collaboration interinstitutionnelle.

À l’issue de l’atelier, un plan stratégique opérationnel sera adopté, servant de feuille de route nationale pour une application efficace des POS. Il permettra également de former les professionnel·les intervenant·es, structurer les mécanismes d’orientation et de soutien, améliorer la collecte de données et renforcer la prévention au niveau communautaire.

Un engagement réaffirmé

Le MCFDF salue le travail des ministères sectoriels impliqués, des organisations féministes et des partenaires internationaux tels que l’UNFPA, ONU Femmes, et les agences de coopération qui ont contribué à l’élaboration des POS.

Clôturant son intervention sur une note d’espoir et d’engagement, la représentante du ministère a lancé un appel fort à l’unité et à l’action : « Mwen swete atelye sa ap mete sou pye yon mouvman nasyonal kote chak aktè, chak sektè mete men ansanm pou elimine vyolans sou fanm ak tifi. Ansanm nou pi fò. Ansanm nou ka chanje istwa survivant yo. Ansanm, nou ka kwape vyolans sou fanm ak tifi. »

Cet atelier marque donc une étape essentielle dans la construction d’un système national de prise en charge des VBG plus humain, plus cohérent et plus efficace, au service des droits et de la dignité des femmes et des filles haïtiennes.

Gesly J. Sinvilier

Fin de la 49e Conférence de la CARICOM: Un appel unanime à la solidarité envers Haïti

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KINGSTON, Jamaïque.— Placée sous le thème «Peuples, Partenariats, Prospérité: Promouvoir un avenir sûr et durable», la 49e conférence ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM s’est tenue à Montego Bay, Kingston, dans un climat d’urgence, marqué par la crise persistante en Haïti, suscitant une vive mobilisation des dirigeants caribéens.

Une solidarité régionale, stratégique pour la stabilité des pays de la Caraïbe

Dès la cérémonie d’ouverture, le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness, nouveau président en exercice de la CARICOM, a donné le ton, exprimant sa profonde préoccupation face à la montée de la violence alimentée des gangs armés en Haïti. Il a réaffirmé l’engagement de la Jamaïque à soutenir la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS).

Holness a, notamment, rappelé que son pays fut parmi les premiers à déployer du personnel pour appuyer cette initiative. «Nous ne pouvons pas laisser nos frères et sœurs en Haïti à la merci des gangs», a-t-il déclaré avec fermeté, appelant à des solutions durables favorisant la paix, la stabilité et le développement, tant pour Haïti que pour l’ensemble de la région.

Le dirigeant jamaïcain a également salué l’implication du Kenya, qui appuie la création d’un bureau onusien chargé de soutenir la MMAS, conformément à une proposition du secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Le président en exercice de la CARICOM a assuré que son mandat à la tête de l’organisation régionale ferait de la mobilisation internationale en faveur d’Haïti une priorité. «Il faut démanteler l’influence des gangs, perturber leurs financements et couper l’accès aux armes», a-t-il martelé, comparant la situation en Haïti à une forme de terrorisme qui nécessite une riposte globale et coordonnée.

Haïti ouverte à tout dialogue dans l’espoir de solutions concrètes

C’est le Conseiller-Président Laurent Saint-Cyr qui a représenté Haïti à cette conférence régionale. Sa présence a été perçue comme un signal d’ouverture des autorités haïtiennes à un dialogue renforcé avec leurs partenaires caribéens, dans l’espoir de trouver des solutions concrètes à la crise multidimensionnelle qui frappe le pays.

Le représentant d’Haïti semble avoir maîtrisé son rôle. Il a fait un vibrant plaidoyer en faveur d’un soutien substantiel pour une sortie de crise durable, insistant sur le rôle stratégique d’Haïti pour la stabilité de l’ensemble de la Caraïbe.

Jean Mapou

Assassinat de Jovenel Moïse: De la nécessité d’un tribunal spécial

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PORT-AU-PRINCE.— Dans un rapport d’analyse sur les avancées du procès sur l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, le Centre de Recherches et d’Analyses en Droit de l’Homme a démontré les limites de la justice haïtienne dans le traitement des dossiers. Le CARDH insiste sur la nécessité de la mise en place d’un tribunal spécial compte tenu l’ambiguïté de l’affaire.

L’état des lieux du CARDH et rappel des faits essentiels

Aux premières heures du 7 juillet 2021, un commando composé de mercenaires colombiens, d’ex-agents américains et d’individus se réclamant de la DEA a pénétré, sans résistance, dans la résidence présidentielle. Le chef d’État a été torturé, criblé de balles, puis mutilé. Le rapport médico-légal dresse une liste accablante de blessures : plus d’une dizaine d’impacts de balles, fractures multiples, blessures au visage et au crâne, œil enfoncé, os brisés. Près de 400 douilles ont été retrouvées sur place.

Six personnes sont déjà condamnées par la justice américaine, dans le cadre de cette affaire, alors qu’en Haïti, pas trop grand-chose, sinon du surplace, ont constaté les experts du centre d’analyse, qui en ont trouvé une explication juste: dossier complexe en raison de son caractère d’un crime transnational, les lacunes procédurales du droit haïtien et les conditions politiques et sécuritaires qui ne permettent pas une instruction et un procès véritables.

La dimension transnationale du crime et les limites d’une justice haïtienne dépassée

Selon la résolution 55/25 adoptée le 15 novembre 2000, de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, un crime est dit « transnational » s’il implique plusieurs États. Ce qui est le cas ici : les auteurs ont été recrutés en Colombie, ont transité par la République dominicaine, ont reçu un appui logistique depuis les États-Unis. Une ordonnance judiciaire rendue en 2022 par le juge d’instruction Walter Wesser Voltaire a confirmé ce caractère transnational.

Plusieurs des principaux accusés sont, aujourd’hui, jugés ou déjà condamnés aux États-Unis. Cinq d’entre eux purgent une peine de prison à perpétuité, parmi lesquels l’ancien sénateur haïtien John Joël Joseph et Rodolphe Jaar. D’autres, comme Antonio Intriago, patron de l’entreprise de sécurité CTU à Miami, attendent leur sentence. Mais en Haïti, la justice piétine.

Depuis 2021, pas moins de cinq juges d’instruction se sont succédés sur le dossier. Faute de moyens, de soutien ou par crainte, plusieurs ont désisté. L’absence de juridiction à compétence nationale, la non-collégialité de l’instruction, le conflit entre les familles du droit Romano-germanique (Haïti) et Common Law (USA), les conflits entre pouvoir judiciaire et exécutif, et la précarité institutionnelle rendent l’enquête extrêmement difficile, a expliqué le CARDH dans son analyse.

Le Centre a réclamé dès 2022 la mise en place d’un tribunal spécial ou d’une chambre spéciale, apte à juger un dossier aussi complexe, mêlant affaires d’État, réseaux criminels et ingérences étrangères.

Les limites de la coopération judiciaire internationale, compte tenu l’enjeu géopolitique

Le contraste est frappant entre les avancées enregistrées aux États-Unis et l’enlisement en Haïti. Le manque de coordination entre deux systèmes juridiques — le Common Law américain et le droit romano-germanique haïtien — a laissé place à des zones d’ombre. De plus, certaines informations cruciales sont aujourd’hui classifiées par les autorités américaines.

En dépit des nombreuses zones d’incertitude, une chose est claire : l’assassinat de Jovenel Moïse dépasse le cadre d’un simple complot politique local. Il met en lumière les profondes fragilités institutionnelles d’Haïti et l’influence inquiétante de réseaux criminels transnationaux dans les affaires de l’État.

Un procès historique mais toujours dans l’impasse

Alors que les audiences d’appel ont débuté à Port-au-Prince, le verdict est attendu avec anxiété par une population désabusée. Le CARDH avertit : sans justice digne de ce nom, l’assassinat d’un président pourrait devenir un précédent inquiétant dans un pays où l’impunité est trop souvent la règle.

La procédure doit scrupuleusement guider le juge dans son instruction et le tribunal dans la tenue du procès. Sinon, c’est l’« anarchie » juridique et cela caractérise de nombreux dossiers en Haïti, a insisté le CARDH, qui dit suivre l’enquête et fera, périodiquement, des recommandations.

Jean Mapou

L’incendie de l’Hôtel Oloffson, une onde de choc !

Véritable icône du patrimoine haïtien, l’Hôtel Oloffson, au croisement de sept rues, carrefour emblématique des cultures, est ravagé par les flammes des terroristes de Viv Ansanm », dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 juillet 2025. Le cri d’une nation en perte de repères.

Port-au-Prince, le mercredi 9 juillet 2025.- Situé à Carrefour-Feuilles, quartier désormais sous contrôle de la coalition armée « Viv Ansanm », ce monument historique n’était pas seulement un hôtel. Il représentait un carrefour de culture, d’histoire, d’art et de mémoire collective pour plusieurs générations d’Haïtiens et de visiteurs étrangers.

Une onde de choc dans la société haïtienne

L’incendie de l’Oloffson a suscité une vive émotion à travers le pays et dans la diaspora. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses figures culturelles, politiques et citoyennes ont exprimé leur indignation et leur tristesse.

Richard Morse, propriétaire de l’hôtel et leader du groupe RAM, en exil depuis 2022 à cause de l’insécurité, a réagi sur les ondes de Magik 9 : « L’Oloffson, ce n’était pas juste un hôtel, c’était ma maison. C’était une voix pour la culture. Et ce qu’on a brûlé, c’est une part de l’âme d’Haïti. »

Sa fille, Isabelle Morse, a également partagé sa douleur sur Facebook : « Je suis anéantie. L’Oloffson, c’est là que j’ai grandi. C’est plus qu’une entreprise familiale. C’est une mémoire vivante qu’on vient de tuer. »

La chanteuse Riva Précil, qui a grandi à l’hôtel, écrit sur X (anciennement Twitter) : « J’y ai appris à chanter, à danser, à rêver. L’Oloffson était un creuset de créativité. Le voir partir en fumée, c’est une partie de nous tous qu’on perd. »

Un joyau architectural et artistique

Construit à la fin du XIXᵉ siècle, ce bâtiment de style « gingerbread gothique » fut d’abord une résidence privée, puis un hôpital militaire avant de devenir un hôtel en 1935. Rapidement, il devient un lieu incontournable de la vie intellectuelle et artistique haïtienne. Il a accueilli des personnalités telles que Jacqueline Kennedy, Mick Jagger, Jean-Claude Duvalier, et servi d’inspiration au roman The Comedians de Graham Greene.

Plus récemment, c’était la scène principale du groupe RAM, fondé par Richard Morse, mêlant rythmes vaudou traditionnels et rock alternatif, offrant chaque semaine un espace de liberté artistique rare dans un pays fragilisé par les crises.

Silence brisé des autorités

Face à l’émotion populaire, le gouvernement haïtien a finalement réagi. Dans un communiqué, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a condamné « un acte barbare contre le patrimoine et la mémoire nationale », tout en annonçant l’ouverture d’une enquête par la DCPJ. Le ministère de la Culture et la Direction du Patrimoine national ont également publié des messages de soutien, bien que leur action concrète demeure attendue.

Le directeur de l’ISPAN (Institut du Patrimoine National), a aussi exprimé sa consternation : « L’Hôtel Oloffson est l’un des derniers monuments de la période gingerbread à Port-au-Prince. C’est un effondrement culturel, pas seulement physique. »

L’ambassade des USA à Port-au-Prince se dit « profondément attristée » par la destruction de l’hôtel Oloffson, joyau historique de Port-au-Prince. Washington pointe la responsabilité des gangs et appelle à restaurer sécurité et ordre.

*Emoi du secteur culturel*

Des voix de la société civile et du secteur culturel s’élèvent pour dénoncer l’indifférence des autorités et l’insécurité galopante. Le PDG de Radio Télé Caraïbes, Patrick Moussignac, a qualifié l’incendie de « défaite nationale ». Des artistes comme Jean Jean Roosevelt ou les membres du collectif Kreyòl La ont exprimé leur rage et leur appel à la solidarité.

*Le cri d’une nation en perte de repères*

Au-delà de la perte matérielle, c’est un pan entier de la culture haïtienne qui s’effondre. Depuis des années, les violences armées ont déjà causé la destruction ou la fermeture de nombreuses institutions : la Bibliothèque Nationale, les maisons en bois de Pacot, l’Institut Français de Port-au-Prince, plusieurs galeries d’art, sans oublier les écoles et marchés historiques détruits dans les affrontements.

Aujourd’hui, la question que tout le monde se pose est : à quand la fin de l’impunité et de la banalisation du chaos ?

Il est temps de dire NON à la normalisation de l’inacceptable

L’incendie de l’Hôtel Oloffson ne doit pas devenir une tragédie de plus dans le silence ou l’oubli. Il doit être un signal d’alarme national. Il est temps que les autorités haïtiennes prennent leurs responsabilités, protègent le peu qu’il nous reste, et fassent preuve de volonté politique pour restaurer la sécurité, la justice et la mémoire.

Car après l’Oloffson, ce sera quoi le prochain ? Le Musée du Panthéon National Haïtien (MUPANAH) ? La Cathédrale de Cap-Haïtien ? Les marchés historiques de Jérémie et Jacmel ? Les rares bâtisses de l’époque coloniale à Petit-Goâve ou à Milot ?

Il faut protéger ce que nous sommes.
Nous ne pouvons plus accepter que ce qui est inacceptable devienne la norme. Notre patrimoine, c’est notre avenir.

_Par Gesly Sinvilier_

La SOFHEJ problématise sur la sous représentativité des femmes dans les émissions de débat politique

La Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes (SOFHEJ), de concert avec le Groupe Médialternatif (GM), a organisé un atelier de réflexion le lundi 7 Juillet à Pétion-Ville. « Proactivité des femmes dans les médias : enjeux et défis », c’est autour de ce thème que cette activité s’est déroulée.

Plusieurs femmes politiques, des anciennes candidates, des journalistes, des représentants d’organisations féminines ainsi que des animateurs et animatrices d’émissions politiques, ont pris part à cette rencontre.

Cet atelier a offert aux participantes l’occasion de partager leurs expériences, exprimer leurs préoccupations face aux obstacles limitant la participation active des femmes dans les médias et formuler des pistes de solution pour renforcer la présence féminine dans les médias d’information et de débat.

Marie Frantz Joachim, ancienne conseillère électorale, le journaliste Rommel Pierre, de l’émission Ranmase, ont animé les échanges.

SOFHEJ a profité de l’atelier pour présenter les premiers résultats d’un sondage de monitoring réalisé sur une période de quatre semaines, dans dix stations de radio situées dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite. Cette enquête s’inscrit dans le cadre du projet Konbit Pou Bon Jan Demokrasi Ayiti, cofinancé par l’Union Européenne. Selon Martine Isaac, coordonnatrice générale de l’organisation, le rapport final sera rendu public dans les prochaines semaines.

Gedeon Delva

Ouverture d’une session d’assise criminelle sans assistance de jury à Miragoâne

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Une session spéciale d’assises criminelles sans assistance de jury est ouverte ce lundi 7 juillet au Tribunal de Première Instance de Miragoâne, dans le département des Nippes. Elle se tiendra jusqu’au 14 août à fait savoir le doyen du tribunal, Me Gérald Nertilus.

Plus d’une vingtaine d’affaires y seront jugées, notamment des cas d’association de malfaiteurs, de vol et de cambriolage, de viol, ainsi que des tentatives d’assassinat.

Pour la première journée, le tribunal a entendu Saluna Guerrier et Stéphanie Sterling, accusées d’association de malfaiteurs en raison de leur présumé lien avec des membres du gang de Martissant. Le ministère public n’ayant pu apporter des preuves adéquates de leur implication dans des activités de gangs, elles ont été libérées.

Une discision du tribunal qui a été saluée par les avocats de de la défense dont le bâtonnier de l’ordre des avocats de Miragoâne, Me Rodrice Durocher, la qualifiant de juste et conforme au respect des droits fondamentaux.

Saluna Guerrier (20 ans) et Stéphanie Sterling (21 ans) avaient été arrêtées en février 2025 par la SDPJ des Nippes. Elles étaient soupçonnées de fréquenter régulièrement le quartier de Village-de-Dieu, contrôlé par le chef de gang Johnson André alyas Izo 5 Secondes.

Jean Mapou

16e édition des Mardis de la Nation : le tourisme prend la parole dans le Nord d’Haïti

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Laissant Port-au-Prince pour s’installer au Cap-Haïtien, la 16e édition des Mardis de la Nation, initiative de la Primature, s’est tenue ce 8 juillet 2025. À cette occasion, le ministre du Tourisme a dévoilé les grandes orientations d’un ambitieux plan de relance du secteur touristique, avec un accent particulier sur les régions du Nord et du Sud.

Cap-Haïtien, le 8 juillet 2025 – Pour la première fois depuis le lancement de la série Mardis de la Nation, l’activité gouvernementale a quitté les murs de la capitale pour s’implanter dans le Nord. Cette 16e édition, organisée au Cap-Haïtien, a mis à l’honneur le secteur touristique, avec une intervention remarquée du ministre du Tourisme, John Herrick Dessources.

Dans son intervention, le ministre a présenté les principaux axes du plan de relance du tourisme national. Selon lui, la valorisation du patrimoine, le développement des infrastructures et l’implication du secteur privé sont les piliers d’une stratégie visant à redonner au tourisme son rôle moteur dans l’économie haïtienne.

Parmi les mesures annoncées :
– la création d’un portefeuille d’investissements ciblés pour les régions du Nord et du Sud,
– la réhabilitation du Parc national historique (Citadelle Laferrière, Palais Sans-Souci, Ramiers),
– la rénovation de bâtiments emblématiques, comme l’École du tourisme des Cayes ou certains anciens sièges administratifs régionaux.

Le plan comprend également la mise en place d’un Conseil national du Tourisme qui rassemblera acteurs publics et privés autour des enjeux de gouvernance et d’innovation dans le secteur. Le renforcement de la Politour (police touristique), la standardisation de la formation professionnelle et le recrutement de nouveaux cadres par concours figurent aussi parmi les actions prioritaires.

Dans un geste symbolique, le ministre Dessources a aussi adressé ses sympathies aux propriétaires de l’hôtel Oloffson, détruit par un incendie criminel à Port-au-Prince le week-end écoulé. Il a dénoncé avec fermeté cet acte qu’il qualifie d’attaque contre un monument de la culture haïtienne.

Avec cette édition décentralisée, les Mardis de la Nation marquent un tournant. Le choix du Cap-Haïtien ne serait pas anodin : ville historique, berceau de richesses culturelles et naturelles, elle incarne à elle seule le potentiel touristique que le gouvernement souhaite réactiver. Reste à savoir si ces annonces ambitieuses sauront se traduire sur le terrain, dans un contexte sécuritaire et économique toujours fragile.

La rédaction