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Le Gouvernement collégial des 22 : Une transition cruciale dans l’histoire politique haïtienne

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Le 20 mars 1867 marque une date charnière dans l’histoire politique haïtienne. À la suite de la démission du président Fabre Nicolas Guillaume Geffrard, contraint de quitter le pouvoir après plus de huit ans de règne contesté, la nation s’enfonce dans une période d’incertitude. C’est dans ce contexte de vide institutionnel et de tensions politiques profondes qu’émerge un gouvernement provisoire inédit : un Conseil exécutif de 22 membres, connu sous le nom de  » gouvernement des 22 « .

La formation de ce gouvernement collégial par l’Assemblée nationale visait à préserver la continuité de l’État, maintenir l’ordre public et organiser, à court terme, l’élection d’un nouveau président de la République. Cette expérience, rare dans l’histoire constitutionnelle haïtienne, reflète autant la crise de leadership que la volonté d’éviter une dictature militaire ou une période d’anarchie.

Composé de figures militaires, de juristes, d’intellectuels et d’administrateurs issus de divers départements du pays, ce conseil avait pour ambition de concilier les forces vives de la nation dans un moment d’extrême fragilité et d’élire dans un court délai le successeur de Geffrard.

Le Conseil exécutif provisoire était composé de Jean Nicolas Nissage Saget, Victorin Chevallier, Victor Dallemand, Charles Archin, Démesvar Delorme, Jean-Baptiste Pierre, Timoléon C. Lhérisson, Michel Domingue, Montès de Saint-Louis, Joseph Laroche, Tancrède Auguste,Louis Dufrénoy, Gédéon Prévost,Benoît Augustin, Élie Dubois, Jean Dumesle, Rameau Estimé, Jacques Faubert, Joseph Lamothe, Maximilien Castera, Numa Augusma et Louis Ethéart. Ce conseil accueille un nouveau membre, Sylvain Salnave, proclamé après son retour d’exil (aux Iles Turques depuis 2 ans) Commandant Supérieur du Département du Nord. Le groupe des 22, paniqué,s’était empressé de ratifier l’acte et s’arrangeait pour le nommer membre du Collégial avec le Cap comme résidence. Le 2 mai 1867, ce dernier, qui avait la ferme résolution de s’emparer du pouvoir suprême, donne sa démission.

Parmi ces 22 hommes , plusieurs allaient jouer un rôle éminent dans la suite de l’histoire nationale . Nissage Saget deviendra président de la République (19 mars 1870- 12 mai 1874), tout comme Michel Domingue (11 juin 1874- 15 avril 1876) et Tancrède Auguste ( 8 août 1912- 2 mai 1913).

Le gouvernement des 22 ne restera en place que trois mois, jusqu’à la légalisation du coup d’État du populaire et populiste Sylvain Salnave à la présidence, le 14 juin 1867, par la Constituante. Toutefois, cette courte période aura permis d’éviter un effondrement de l’appareil d’État, malgré les rivalités internes, les ambitions personnelles et la méfiance persistante entre civils et militaires.

Ce gouvernement, bien que transitoire, est souvent cité par les historiens comme une tentative de gestion collégiale du pouvoir, un compromis entre forces politiques antagonistes, et une réponse improvisée mais efficace à une situation nationale explosive.

En revisitant ce moment peu connu du grand public, comme celui de 1957 quand on on avait un troisième gouvernement provisoire en moins de quatre mois, connu sous le nom de Conseil exécutif de gouvernement (CEG) et composé de 13 membres ( Général Léon Cantave, ex-secrétaire d’État Luc Fouché, avocat et homme politique Grégoire Eugène, Officier supérieur Fernand Magloire, Journaliste Georges Honorat, Administrateur Frédéric Duvigneau, économiste Marc Antoine Buteau, Magistrat André Dumesle, Médecin Jean-Baptiste Romain, Ingenieur Léonce Bernard, ancien ministre Seymour Lamothe, Juriste-écrivain Albert Ethéart et Diplomate-écrivain Stephen Alexis) régnant du 6 avril au 25 mai 1957, il importe de souligner l’importance du dialogue politique et du partage du pouvoir dans les moments de crise politique ou institutionnelle.

Si le gouvernement des 22 n’a pas fondamentalement modifié le cours des événements, Salnave, s’emparant rapidement d’un pouvoir autoritaire, incarne néanmoins une parenthèse de concertation nationale dans un siècle marqué par les révolutions de palais et l’instabilité chronique.

Ce chapitre oublié de notre histoire mérite d’être rappelé, étudié et médité, surtout à la lumière des défis actuels de notre pays en matière de gouvernance et de légitimité démocratique.

Pierre Josué Agénor CADET

Arrestation de Nenel Cassy : quand la justice vacille entre droit et règlements de comptes

PORT-AU-PRINCE.— L’arrestation de l’ancien sénateur des Nippes, Nenel Cassy, ce samedi 2 août dans un restaurant huppé de Pétion-Ville, continue de faire l’effet d’un séisme politique. Recherché pour des accusations graves, complot contre la sûreté de l’État, financement d’organisations criminelles, et association de malfaiteurs, l’ancien élu du parti Fanmi Lavalas est désormais sous le contrôle de la direction centrale de la police judiciaire.

Dans une opération parallèle, des agents de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) ont perquisitionné son domicile à Pèlerin 6. Selon une source policière, cette intervention s’inscrit dans une enquête approfondie visant à établir les responsabilités de l’ex-parlementaire dans plusieurs affaires liées à l’insécurité et aux réseaux criminels.

«Il demeure à ce stade incertain de savoir si Nenel Cassy collabore ou non avec les enquêteurs de la DCPJ dans le cadre de cette perquisition», a indiqué notre source.

Une affaire au cœur de tensions institutionnelles

L’arrestation de Nenel Cassy intervient dans un contexte de grande fragilité institutionnelle. Le Commissaire du Gouvernement, Frantz Monclair, est accusé de négligence et de partialité dans ce dossier. Selon Me Jacques Lunay avocat du barreau de Port-au-Prince, le chef du parquet a commis une faute professionnelle qui peut engager sa responsabilité dans l’affaire et porter atteinte aux droits de l’ancien sénateur.

«Classer sans suite, sans lecture ni examen du dossier de Nenel Cassy par le Frantz Monclair constitue une violation du devoir de diligence et d’impartialité du parquet», a tweeté l’avocat sur son compte X, poursuivant que: «Me Frantz Monclair a fait preuve d’une ignorance totale du droit pénal et de procédure pénale qui met Nenel Cassy dans une situation difficile».

Flou judiciaire et crispation sécuritaire

Cette affaire relance également le débat sur l’indépendance de la justice. En mars 2025, le Parquet de Port-au-Prince avait annulé les poursuites contre l’ancien sénateur; une décision confirmée publiquement par son avocat, Me Fanfan Guérilus. Pourtant, la DCPJ a poursuivi ses investigations.

Interrogé sur la légalité de l’avis de recherche toujours en vigueur, Lionel Lazarre, porte-parole adjoint de la Police Nationale d’Haïti, a tenu à rassurer: «Les forces de l’ordre devaient faire leur travail».

Cette déclaration traduit la détermination des autorités policières à faire progresser le dossier, malgré les contradictions apparentes entre les décisions judiciaires et les actions des enquêteurs.

L’indifférence de la classe politique dans ce dossier, une preuve d’épuisement moral

L’arrestation de l’ancien sénateur Nenel Cassy, figure de proue de l’opposition politique sous l’ère Jovenel Moïse, aurait dû susciter un débat national sur la judiciarisation de la vie publique en Haïti. Pourtant, c’est le silence assourdissant d’une classe politique figée sur elle mais aussi plus mitigée que jamais. Aucune déclaration, aucun soutien ou même condamnation par ses anciens alliés ou adversaires.

Cette indifférence témoigne non seulement d’un climat de méfiance généralisée, mais aussi d’un effritement des solidarités politiques traditionnelles, désormais remplacées par une logique d’isolement, de survie individuelle et de discrédit mutuel. Plus grave encore, ce silence peut être interprété comme un symptôme de l’épuisement moral et stratégique d’une élite politique désorientée, coupée des préoccupations citoyennes.

Alors que l’arrestation de Cassy soulève des questions sur les rapports entre justice, pouvoir et instrumentalisation politique, l’absence de prise de position affaiblit davantage une classe dirigeante déjà en déficit de légitimité.

En effet, l’affaire Nenel Cassy illustre les tensions persistantes entre justice, politique et sécurité en Haïti. Entre les appels à la responsabilité politique et les interrogations sur la rigueur judiciaire, ce dossier pourrait bien devenir un test majeur pour la crédibilité des institutions dans leur lutte contre la corruption et l’impunité.

Jean Mapou

Pour qui travaille vraiment la DCPJ ? Entre devoir républicain et dérives perçues

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En Haïti, la méfiance envers les institutions publiques n’a cessé de croître, au point où une simple question peut provoquer un large débat national : « Pour qui travaille la DCPJ ? Pour le parquet, le Directeur général de la PNH, son compte personnel ou pour le Blanc ? » Une interrogation percutante qui remet en question le rôle, l’indépendance et l’orientation réelle de la Direction Centrale de la Police Judiciaire.

Officiellement, la DCPJ est chargée de lutter contre la criminalité organisée, le trafic de drogue, le blanchiment d’argent, la corruption et toute infraction mettant en péril la sécurité publique. Elle agit sous la tutelle du Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti, en collaboration avec le parquet. Mais entre la mission prévue dans les textes et la réalité perçue sur le terrain, le fossé semble parfois profond.

Des dossiers sensibles traités avec une célérité sélective, des enquêtes suspendues sans justification claire, ou encore des arrestations jugées politiquement orientées ont amené bon nombre d’observateurs à se demander si la DCPJ ne serait pas instrumentalisée. Est-elle réellement au service de la justice, ou bien répond-elle à des ordres dictés par des intérêts supérieurs, voire personnels ?

Le cas de l’ancien sénateur Nenel Cassy illustre à merveille ces inquiétudes. Un avis de recherche a été émis contre lui par la DCPJ, sans qu’aucun mandat préalable n’ait été délivré par une autorité judiciaire compétente. Pour se défendre et prouver sa bonne foi, M. Cassy s’est volontairement présenté devant le parquet de Port-au-Prince, qui a décidé, selon ses avocats, Me Fanfan Guérilus, de classer le dossier sans suite, faute de charges.

Dans une interview accordée à Radio Télé Métropole, à l’époque de cette présentation, le Commissaire du Gouvernement, Me Frantz Monclair, a déclaré que la procédure n’était pas conforme à la loi, rappelant qu’un avis de recherche doit être émis uniquement à la suite d’un mandat régulier. Dans le cas de Nenel Cassy, aucune décision de justice ne justifiait une telle action.

Coup de théâtre, la même DCPJ a procédé à l’arrestation de l’ex sénateur, samedi, au Restaurant La Réserve. Lors de sa présentation sur les réseaux sociaux, il est accusé « de complot contre la sûreté intérieure de l’Etat; Financement d’organisations criminelles; Complicité d’assassinat et Association de malfaiteurs ». Ce qui sous-entend que la DCPJ avait continué son investigation en dépit de la décision du commissaire du gouvernement Montclair.

Cette incohérence met en lumière une dérive potentielle : l’utilisation d’une instance policière pour intimider ou discréditer certaines figures politiques, pour régler des affaires personnelles en dehors du cadre légal. Certains y voient la main du directeur général, Rameau Normil
derrière cette démarche policière. Quelles sont ses motivations réelles ?

Or, ce même parquet est souvent perçu comme inféodé au pouvoir politique du moment. D’autres pointent du doigt le Directeur Général de la PNH, qui pourrait orienter les actions de la DCPJ selon des considérations internes, voire stratégiques, particulièrement dans des périodes de tension politique.

À cela s’ajoute une inquiétude plus grave : celle d’une utilisation à des fins personnelles. Des rumeurs persistantes évoquent des cas de corruption interne, de protection accordée à certains individus puissants, ou d’enquêtes sabotées pour des motifs obscurs. Dans ce climat, la confiance du public s’érode.

Enfin, la question du rôle des partenaires internationaux — souvent désignés par l’expression familière « le Blanc » — n’est pas à négliger. Il est de notoriété publique que la DCPJ entretient des liens étroits avec des agences étrangères. Si cette coopération est essentielle dans la lutte contre le crime transnational, elle alimente également la perception que certaines opérations sont dictées depuis l’extérieur, au détriment des priorités nationales ou de la souveraineté judiciaire haïtienne.

Dans ce contexte trouble, il devient urgent de clarifier le cadre d’action de la DCPJ, de renforcer les mécanismes de reddition de comptes, et de garantir une réelle indépendance. Car une chose est certaine : une institution aussi stratégique doit œuvrer pour la justice et la nation, non pour des agendas politiques, personnels ou étrangers.

La Rédaction

Comme Acra ou Bigio, Titi Sabotay incarne lui aussi le secteur privé haïtien

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Par Jean Venel Casséus

En Haïti, l’expression « secteur privé » est trop souvent galvaudée, réduite à un cercle fermé d’élites économiques ou assimilée à une catégorie sociale dominée par la couleur de peau, la richesse ou l’héritage familial : Acra, Bigio, Madsen… Cette perception erronée constitue un sérieux handicap pour la construction d’un véritable tissu économique national. Comprendre ce qu’est réellement le secteur privé, au-delà des clichés, s’impose donc comme un impératif pour le développement du pays et, par conséquent, reconnaître la valeur et les mérites de figures comme Titi Sabotay.

Sur le plan théorique, le secteur privé désigne l’ensemble des acteurs économiques qui ne dépendent pas directement de l’État : entreprises, coopératives, associations productives, travailleurs indépendants, agriculteurs, commerçants et prestataires de services. Il s’agit moins d’un statut social que d’une fonction économique. La confusion tient au fait que, dans l’histoire d’Haïti, l’activité privée a longtemps été accaparée par une minorité, donnant l’illusion que « secteur privé » signifiait uniquement « grande bourgeoisie » ou « groupe de privilégiés ».

Réduire cette notion à une question de classe ou de portefeuille revient à rendre invisible l’immense majorité des acteurs économiques. Le cultivateur qui vend sa récolte au marché, l’artisan qui vit de son savoir-faire, ou encore le chauffeur de taxi qui organise son activité, appartiennent tous pleinement au secteur privé. En économie, ils relèvent de la sphère productive et contribuent au PIB au même titre que les grandes compagnies importatrices ou les institutions bancaires. Ne pas reconnaître cette réalité affaiblit la dynamique d’inclusion indispensable à toute croissance durable.

Historiquement, Haïti a fonctionné selon une économie duale : un petit noyau de grandes entreprises dominant les circuits financiers et commerciaux, et une masse de micro-entreprises souvent informelles, ignorées par les politiques publiques. Cette dichotomie a renforcé l’idée fausse que le secteur privé se résume à l’oligarchie. Pourtant, la véritable force d’une nation réside dans la diversité de ses acteurs économiques et dans leur intégration dans un cadre structuré et équitable.

Confondre sciemment le « secteur privé » avec une élite fermée, et l’imposer comme tel dans la conscience collective, entraîne des conséquences graves : absence de politiques de soutien aux petites et moyennes entreprises, marginalisation de l’économie rurale et concentration des opportunités entre les mains de quelques-uns. Cette compréhension restrictive creuse la fracture entre la base productive et les décideurs, empêchant l’émergence d’un partenariat public-privé réellement fonctionnel. Le pays en subit aujourd’hui les effets : une économie stagnante et une dépendance accrue aux importations.

Le secteur privé n’est ni une affaire de couleur, ni une question de classe, ni une simple histoire de portefeuille : c’est avant tout un moteur collectif. Toute narration contraire doit être combattue avec détermination, afin de permettre à Haïti d’adopter une vision inclusive où micro-entrepreneurs, agriculteurs, artisans et grandes entreprises coexistent dans un cadre de régulation et de soutien équitable.

New Philadelphia, 03 août 2025

LA GRANDE DIGNITÉ D’UN PEUPLE QUI NE LÂCHE JAMAIS

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Au cœur de l’enfer que traverse Haïti aujourd’hui, une réalité frappe l’esprit de quiconque pose les yeux sur ce peuple : il survit, il tient, il souffre mais il ne cède pas. Malgré tout ce qui est détruit, perdu, ou qui lui fait mal, le peuple haïtien continue de se tenir droit sur sa poussière, comme un arbre sans racines qui refuse de tomber. Et c’est ce qui fait de lui un peuple à part, un peuple qui mérite le plus grand respect.

Port-au-Prince, la capitale du pays, n’est plus une ville fonctionnelle. L’économie informelle, qui a toujours été le moteur de la vie quotidienne, est presque totalement effondrée. C’est elle qui faisait vivre la majorité de la population : les petits commerçants, les chauffeurs de moto-taxi, les petits services de rue, les ateliers, les vendeurs de rue, les microentreprises de quartier. Aujourd’hui, les gangs ont brûlé les marchés, bloqué les routes, détruit tout ce qui restait, et semé la terreur dans toute l’activité économique. Il n’y a plus de marché, plus de transport, plus de circulation locale. Il n’y a plus d’espace pour que les jeunes puissent vendre, acheter, travailler, apprendre, se construire. L’économie est fermée. La vie quotidienne est paralysée à 95 %.

Quand l’économie informelle perd son souffle, c’est tout le tissu social qui s’effondre. Les jeunes, déjà sans emploi, sans opportunité, sans espace pour s’exprimer ou grandir, tombent dans un silence plein de frustration. Ils ne vivent pas leur jeunesse. Ils ne vivent pas tout court. Ils sont sur les balcons, sur les réseaux sociaux, à moto, dans l’attente, à regarder la vie leur passer devant. Et lorsqu’aucune porte économique ne s’ouvre à eux, beaucoup prennent le chemin du désespoir : les gangs, la mer, la déviance, les trafics, les illusions de richesse rapide. Le pays ne produit pas sa jeunesse, il la rejette comme un déchet.

Malgré tout cela, il n’y a pas de soulèvement. Il n’y a pas d’explosion sociale. Le peuple ne manifeste pas. Il ne brûle pas les institutions. Il ne bloque pas le pays. Il reste assis, il observe, il endure. Il transporte sa souffrance sans la hurler. Il utilise des bidons là où il n’y a pas d’eau, la lumière de son téléphone là où il n’y a pas d’électricité, il cuisine sur des réchauds à charbon là où il n’y a pas de gaz. Il agit comme s’il ne dépendait de personne, de rien, pour continuer à vivre. Ce n’est pas de la résignation, c’est de la patience. Ce n’est pas de la soumission, c’est de la sagesse. Ce n’est pas de la peur, c’est du courage. C’est cela que nous appelons la grandeur.

Certains se demandent : « Comment ce peuple continue-t-il de survivre ? » Alors qu’il n’y a ni travail, ni sécurité, ni État, ni service public. Et pourtant, il survit. C’est grâce à la solidarité familiale, à l’argent que la diaspora envoie, aux réseaux familiaux tissés par le sang, la mémoire, la confiance. C’est l’espoir, les églises, les traditions, les tambours, la foi, la croyance qu’un lendemain meilleur est possible. C’est la réponse spirituelle, culturelle et historique d’un peuple qui a déjà tout affronté, mais qui se relève toujours.

Ce n’est pas normal, mais cela force l’admiration. Ce peuple possède en lui une force morale, une énergie sacrée, une dignité culturelle qui devrait faire plier toutes les grandes puissances du monde. Ce n’est pas seulement un peuple qui vit, c’est un peuple qui porte une couronne de souffrance avec dignité.

Mais ce n’est pas parce qu’il tient bon qu’il doit continuer à souffrir. Ce n’est pas parce qu’il ne crie pas qu’on doit se boucher les oreilles. Ce n’est pas parce qu’il ne détruit pas qu’on doit continuer à le détruire. Ce peuple mérite la justice. Il mérite la reconnaissance. Il mérite un État. Il mérite du travail. Il mérite la sécurité. Il mérite l’eau, l’électricité, l’éducation, les soins. Pas par charité. Mais par dignité. Par droit. Par mémoire. Par dette.

Aujourd’hui, il est temps. Il est temps de le dire haut et fort, sans honte ni peur : le peuple haïtien est un peuple exceptionnel. Une nation qui tient debout là où d’autres se seraient effondrées depuis longtemps. Il ne demande pas des faveurs ; il réclame du respect. Il ne tend pas la main pour des miettes ; il tend la main pour construire. Il ne veut pas survivre, il veut vivre. Il veut respirer, se développer, rêver, s’élever.

Et si nous ne faisons rien pour lui aujourd’hui, demain il nous rappellera une vérité implacable : sa patience a des limites. Et s’il atteint cette limite, il ne réclamera plus seulement ce qu’on lui a refusé. Il exigera tout ce qu’on lui a volé. Et Haïti ne sera plus jamais la même.
Port-au-Prince, 2 août 2025 Joseph Georges DUPERVAL Coordonnateur Général BATON JENÈS LA

Haïti s’engage dans une nouvelle ère dans la lutte contre la corruption

L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) a officiellement lancé les consultations nationales pour l’élaboration d’une nouvelle Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption (SNLCC), et marque une étape majeure dans les efforts de redressement éthique et institutionnel d’Haïti.

Lors d’une cérémonie tenue à l’Hôtel Karibe, ce vendredi 1er août, plusieurs personnalités issues des sphères diplomatique, publique, privée et de la société civile se sont réunies afin d’ouvrir ce chantier d’envergure. Parmi elles figuraient notamment l’ambassadeur du Canada en Haïti, M. André François Giroux, et la représentante spéciale adjointe du Secrétaire général des Nations Unies, Mme Ulricka Richardson.

Une démarche inclusive et multisectorielle

La SNLCC, dont l’élaboration est dirigée par le directeur général de l’ULCC, Me Hans Jacques Ludwig Joseph, mobilise 14 institutions publiques réunies au sein du Système National d’Intégrité (SNI). Cette approche collaborative vise à renforcer la transparence, l’intégrité et la reddition de comptes dans les affaires publiques, tout en impliquant activement les citoyens, le secteur privé, les partis politiques et les médias.

Ces consultations s’inscrivent également dans la continuité de la première stratégie adoptée en 2009, à travers une résolution du Conseil des ministres, en conformité avec la Convention des Nations Unies contre la corruption. Cependant, comme l’a reconnu Me Joseph, les objectifs initiaux de cette première mouture n’ont pas encore été atteints malgré des avancées notables, comme l’adoption de lois sur la passation des marchés publics et la répression de la corruption.

Un fléau enraciné, un nouveau cap affirmé

Dans son intervention, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Dr Patrick Pélissier, s’exprimant au nom du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, a souligné que la corruption constitue toujours un obstacle majeur au développement du pays. Il a rappelé que ce mal, profondément enraciné dans les rouages de l’État, sape la confiance citoyenne et freine la construction d’un État de droit.

Le directeur général de l’ULCC a de son côté insisté sur l’ampleur du défi à relever. Se basant sur les résultats d’une récente enquête diagnostique, il a révélé qu’environ 70 % des ménages haïtiens estiment que l’État favorise la corruption, ce qui démontre l’urgence d’une action structurée et efficace.

Un appui international salué

L’ambassadeur du Canada, M. Giroux, a rappelé que cette stratégie ne doit pas être vue comme une simple obligation administrative, mais comme un engagement collectif visant à prévenir, détecter et sanctionner toutes les formes de corruption. Il a réaffirmé l’appui de son pays à cette initiative qu’il considère comme un levier fondamental pour le rétablissement de la confiance et de la stabilité institutionnelle en Haïti.

Le ministre de l’Économie et des Finances, M. Alfred Fils Métellus, a pour sa part indiqué que la nouvelle stratégie devra s’articuler autour d’objectifs clairs et d’actions concrètes, tout en traduisant la volonté de l’État haïtien d’honorer ses engagements internationaux.

Vers une politique anticorruption ambitieuse

Le processus d’élaboration de la stratégie inclura une évaluation de la stratégie précédente, des séances de travail avec les 16 composantes du SNI, et des colloques avec la société civile afin de recueillir des données pertinentes. L’assistant-directeur à l’ULCC, Gassendy Calice, a détaillé les différentes étapes du processus, soulignant l’importance d’une participation inclusive et d’une appropriation collective.

À l’issue des ateliers de consultation, les recommandations formulées par les différents secteurs devraient permettre de produire une stratégie révisée tous les dix ans, en phase avec les réalités du pays.

Une réponse forte à une urgence nationale

Cette nouvelle stratégie ambitionne de mettre en place des mécanismes de contrôle renforcés et des outils de gouvernance adaptés à la réalité haïtienne. Elle vise également à promouvoir une culture de probité dans l’administration publique et à briser le cycle de l’impunité. Car comme l’ont souligné plusieurs intervenants, la corruption en Haïti prend des formes multiples — enrichissement illicite, détournements de fonds, concussion, passation irrégulière de marchés publics — et reste un frein majeur au progrès socio-économique.

L’ULCC et ses partenaires espèrent que cette démarche participative débouchera sur une véritable politique publique anticorruption, capable de transformer en profondeur les pratiques et les mentalités au sein des institutions haïtiennes. Car au-delà des textes, c’est une nouvelle culture de gouvernance qu’Haïti est appelée à construire.

Gesly J. Sinvilier

%La DINEPA lance des travaux majeurs pour améliorer l’accès à l’eau potable à Pétion-Ville, Delmas et Tabarre

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Dans un contexte où l’accès à l’eau potable reste un défi majeur pour des millions d’Haïtiens, la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA) a officiellement lancé les travaux de construction d’un réseau de distribution d’eau dans les communes de Pétion-Ville, Delmas et Tabarre. Cette initiative, financée par la Banque Interaméricaine de Développement (BID), vise à répondre à un besoin fondamental de la population et à moderniser les infrastructures existantes.

Lors de la cérémonie de lancement, le Directeur Général de la DINEPA, Théophil Ostinvil, a tenu un discours marqué par à la fois l’ambition et la lucidité. Il a souligné que l’accès universel à l’eau potable n’est pas un luxe mais un droit humain fondamental, insistant sur le rôle crucial de l’eau dans la santé publique, la dignité et le développement socioéconomique.

Dans plusieurs quartiers de la zone métropolitaine, l’absence d’un réseau structuré contraint encore les familles à dépendre de sources d’eau non sécurisées ou coûteuses, augmentant les risques sanitaires et l’inégalité d’accès.

Le Directeur Ostinvil a également mis en lumière les efforts de modernisation engagés par l’institution, qui s’inscrivent dans une vision à long terme de développement durable du secteur de l’eau. Toutefois, il n’a pas manqué de reconnaître les nombreux défis qui freinent ces efforts, parmi lesquels le manque de ressources techniques et financières, les difficultés logistiques sur le terrain, mais surtout la forte dépendance vis-à-vis des bailleurs internationaux, comme la BID. Il a souligné la nécessité pour Haïti de se doter de mécanismes de financement plus autonomes, tout en saluant l’appui constant des partenaires techniques et financiers.

Les travaux prévus comprennent l’installation de conduites principales, la création de points de distribution et la réhabilitation de plusieurs stations de pompage. Ce projet devrait à terme améliorer l’approvisionnement en eau pour des centaines de milliers d’habitants, en particulier dans les zones urbaines densément peuplées où la demande est la plus pressante.

Cette initiative s’inscrit dans un ensemble d’actions prioritaires visant à renforcer la résilience des services d’eau face aux crises multiples — qu’il s’agisse de catastrophes naturelles, de l’instabilité politique ou encore de l’insécurité grandissante qui affecte le fonctionnement des infrastructures publiques.

Alors que le pays traverse une période critique, marquée par l’effondrement de nombreux services publics, le lancement de ce projet est perçu comme un signal encourageant. Mais les acteurs du secteur s’accordent à dire que la pérennité des services d’eau en Haïti dépendra d’une vision concertée entre les autorités locales, la population et les partenaires internationaux, et surtout d’une volonté politique forte pour rompre avec les approches ponctuelles et fragmentées du passé.

En attendant, les travaux ont commencé, et avec eux, renaît l’espoir d’une amélioration concrète des conditions de vie pour des milliers de familles.

Gesly J. Sinvilier

Un partenariat stratégique pour la sécurité des compétitions sportives en Haïti

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La Fédération Haïtienne de Taekwondo et le Centre Ambulancier National unissent leurs forces pour protéger les athlètes

PORT-AU-PRINCE.— En Haïti, le sport de haut niveau s’ouvre à une nouvelle dynamique de protection et de prévention. La Fédération Haïtienne de Taekwondo (FHTKD) et le Centre Ambulancier National (CAN) ont officialisé, cette semaine, un partenariat novateur visant à sécuriser les compétitions sportives et à mieux encadrer les athlètes sur le plan médical.

La rencontre entre le président de la FHTKD, le Dr Ostin Frenel, et le directeur général du CAN, Me Renand Aristide, a permis de poser les bases d’une collaboration active autour d’un objectif partagé: faire du sport un espace plus sûr. Étaient également présents M. Leconte Dor, secrétaire général adjoint de la Fédération, et Me Ralph Kervensky Azor, vice-président de l’Association de Taekwondo du Sud.

Les deux institutions s’engagent notamment à assurer une couverture médicale systématique des grandes compétitions nationales grâce à la mobilisation d’unités du CAN. En parallèle, des formations certifiantes en premiers secours seront déployées à destination des encadreurs, arbitres et athlètes.

Prévention, autonomie et responsabilité partagée

Selon le Dr Ostin Frenel, cette initiative vient renforcer la structure même de la discipline: «Protéger nos pratiquants, c’est reconnaître la valeur de leur engagement et garantir leur intégrité physique dans l’effort», a-t-il dit.

Pour Me Renand Aristide, ce partenariat reflète la mission citoyenne du CAN. Il a déclaré: «Le sport est un levier de développement, et notre rôle est d’accompagner celles et ceux qui en font une voie d’élévation. Être aux côtés des jeunes athlètes, c’est aussi contribuer à bâtir un avenir plus sûr».

Dès le prochain trimestre, plusieurs sessions de formation en premiers secours seront organisées dans différentes régions du pays. L’objectif est de renforcer les capacités locales et d’encourager une culture de prévention à tous les niveaux.

Vers une vision plus humaine du sport

Ce partenariat symbolise bien plus qu’un accord technique. Il s’inscrit dans une volonté plus large de faire du sport un vecteur de citoyenneté, de solidarité et de dignité.

Pour la FHTKD, c’est une étape clé vers un encadrement global et responsable, où la performance ne se mesure plus uniquement en médailles, mais aussi en sécurité, bien-être et respect de la personne.

Jean Mapou