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Me Arnel Rémy fait le point sur plusieurs dossiers brûlants

Mardi 5 août, Me Arnel Rémy a rencontré la presse afin de faire le point sur plusieurs dossiers d’actualité nécessitant, selon lui, l’avis éclairé d’experts et de praticiens du droit.

Affaire Nenel Cassy, la DCPJ outrepasse ses prérogatives

Au cours de son intervention, le professionnel du droit est revenu notamment sur l’arrestation de l’ancien sénateur des Nippes, Nenel Cassy, activement recherché par la Direction Centrale de la Police Judiciaire.

Selon l’avocat militant, la DCPJ semble outrepasser ses prérogatives. En tant qu’organe technique d’enquête judiciaire, elle est habilitée à traiter des dossiers relatifs à la corruption, au vol de véhicules, au trafic illicite de stupéfiants, aux crimes de sang, aux crimes financiers, aux enlèvements et séquestrations, ainsi qu’au trafic d’armes et de munitions, ou encore à l’association de malfaiteurs.

Or, Me Rémy déplore que la DCPJ agisse bien souvent comme une juridiction de jugement, alors qu’elle devrait se limiter à son rôle d’enquêteur sous les directives du commissaire du gouvernement.

Le défenseur des droits humains s’est également exprimé sur le fonctionnement de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), compétente pour mener des enquêtes administratives en cas de suspicion de corruption, notamment pour des faits de détournement de fonds ou de trafic d’influence.

Il a condamné fermement l’intervention récente des enquêteurs de l’ULCC au ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique. Lors de cette perquisition — au cours de laquelle du matériel et plus d’un million de gourdes ont été saisis — Me Rémy rappelle que seule une ordonnance émise par un juge d’instruction permet une telle action en matière d’enquête judiciaire.

Selon lui, l’ULCC, considérée comme un organe de police judiciaire (OPJ), agit souvent en dehors du cadre légal défini par le décret portant création, attributions et fonctionnement de l’institution. Il accuse son directeur, Me Hans Ludwig Joseph, de poser des actes en violation des textes en vigueur.

Une situation carcérale critique

Profitant de la conférence, Me Arnel Rémy a présenté un tableau statistique alarmant sur la situation dans les centres carcéraux du pays.
Il a particulièrement attiré l’attention sur la prison civile de Saint-Marc, où l’organisation qu’il dirige a recensé un taux élevé de détenus souffrant de malnutrition. Des cas de tuberculose et de paludisme ont également été enregistrés ces derniers mois.

Sur un total de 549 détenus incarcérés à Saint-Marc, seulement 200 ont été jugés et condamnés. Les autres attendent d’être entendus par leur juge naturel, mais aucune avancée n’est possible en raison de l’insécurité grandissante dans le département de l’Artibonite, a-t-il expliqué.

La situation n’est guère meilleure à Jacmel, où l’organisation de défense des droits humains CADDHO a déploré 15 décès, ainsi qu’à Petit-Goâve, où 5 morts ont été enregistrés, tous liés à la malnutrition, selon les rapports.

La quasi-totalité des prisons civiles du pays — notamment à Jérémie, Jacmel, Petit-Goâve, Saint-Marc et Port-au-Prince — sont confrontées à des conditions de détention inhumaines. Les détenus n’ont pas accès, ou très difficilement, à une alimentation adéquate, à l’eau potable, aux soins de santé, ni même aux toilettes.

Le Centre d’Analyse des Droits de l’Homme (CADDHO) déplore l’inaction de la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP), qu’il accuse d’avoir failli à sa mission. Face à cette situation dramatique, l’organisation lance un appel urgent aux autorités afin qu’elles se rendent elles-mêmes dans les prisons civiles du pays pour évaluer la situation et y apporter des solutions concrètes et durables.

Jacques Innocent

Transition en Haïti: vers une passation sous pression dans un climat de méfiance

Le climat au sommet de l’État haïtien devient de plus en plus tendu alors que la passation de la présidence du Conseil présidentiel de Transition approche. Dans un contexte marqué par des allégations de corruption, des tensions internes et des accusations d’ingérence étrangère, le président sortant du CPT, Fritz Alphonse Jean, dénonce ce qu’il appelle une campagne de déstabilisation et de désinformation.

Une passation contestée : rumeurs de complot contre Laurent Saint Cyr

Laurent Saint Cyr, représentant du secteur privé, doit prendre la tête du CPT ce 7 Août 2025, conformément à l’accord de rotation signé lors de la mise en place de cette structure en 2024. Cependant, selon plusieurs sources politiques, un complot serait en cours pour bloquer cette passation et provoquer la chute du Premier ministre Alix Didier Fils Aimé.

Des rumeurs persistantes font état d’un financement secret destiné à appuyer cette manœuvre. Bien que les États-Unis n’aient cité aucun nom, une note du Département d’État évoque des tentatives de corruption au sein du CPT, félicitant ceux qui ont « refusé d’y céder ».

Intervenant sur les ondes de Radio Magik 9, Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH, confirme que des tractations sont bel et bien en cours pour obtenir le remplacement du Premier ministre. Selon lui, certains acteurs politiques, y compris au sein du Conseil présidentiel de transition, seraient prêts à débourser d’importantes sommes d’argent pour y parvenir. Toutefois, estime-t-il, la conjoncture actuelle rend hautement improbable la formation d’une majorité au sein du CPT pour faire aboutir un tel projet, compte tenu des divisions internes.

Dans une note publiée sur X, le Bureau des affaires de l’hémisphère occidental du Département d’État américain affirme être informé de manœuvres visant à perturber la stabilité politique en Haïti. Le même message renouvelle son soutien à la coopération entre le Conseil présidentiel et le Premier ministre, tout en promettant de tenir pour responsables les acteurs cherchant à perturber cette collaboration.

Fritz Jean réagit : « Ce n’est pas un complot »

Dans des interviews données tour à tour à Radio Métropole et AyiboPost, Fritz Alphonse Jean a tenu à clarifier plusieurs points. Il dément toute manœuvre illégitime visant à remplacer le Premier ministre et affirme que le débat sur la performance du gouvernement est légitime et inscrit dans les prérogatives de la présidence du CPT.

« Ce n’est pas un complot. C’est tout à fait normal de questionner la performance du Premier ministre et du gouvernement en général », soutient-il. Jean assure par ailleurs que la passation de la présidence avec Laurent Saint Cyr aura bel et bien lieu, malgré les soupçons. Il dénonce une campagne de rumeurs orchestrée pour miner la légitimité du processus et bloquer l’arrivée du représentant du secteur privé à la tête du Conseil.

Des propos controversés sur le tandem Saint Cyr – Fils Aimé

Sur Radio Métropole, Fritz Jean a aussi exprimé ses inquiétudes quant à la concentration des deux plus hauts postes de l’exécutif — président du CPT et Premier ministre — entre les mains d’un seul groupe social, évoquant ouvertement même la question du colorisme.

« Si deux branches de l’exécutif sont représentées par une seule catégorie, cela va réveiller des démons cachés », a-t-il lâché, relançant ainsi un débat sensible sur les fractures raciales et sociales en Haïti.

Une présidence qui rejette les critiques

Interrogé sur son propre bilan à la tête du CPT depuis février 2025, Fritz Jean a surtout rejeté la responsabilité des échecs sur les autres composantes du pouvoir, en particulier sur le gouvernement. Il critique le manque d’initiative du Premier ministre et une administration paralysée, mais sans véritablement assumer ses responsabilités en tant que président du Conseil.

Cette posture a été critiquée par plusieurs observateurs, dont Pierre Espérance, qui pointe du doigt une présidence peu efficace, dans un contexte où le CPT souffre d’un grave manque de coordination et de vision collective.

L’ombre persistante de l’ingérence américaine

Le message du Département d’État américain est perçu par plusieurs acteurs politiques et analystes comme un soutien tacite au Premier ministre en poste, mais également comme une nouvelle manifestation de l’ingérence étrangère dans les affaires internes d’Haïti.

En 2021 déjà, les États-Unis avaient arbitré une rivalité politique autour du poste de Premier ministre en soutenant Ariel Henry contre Claude Joseph.

Une transition paralysée et un pays à la dérive

Depuis la mise en place du CPT, très peu d’avancées concrètes ont été observées. Hormis l’inauguration d’un centre d’appel national, d’une école et la tenue de trois conseils des ministres en cinq mois, le Conseil présidentiel n’a pas répondu aux attentes de la population.

Sur le terrain, la situation se dégrade : les gangs contrôlent près de 90 % de la capitale, 1,3 million de déplacés internes sont recensés, et la moitié de la population vit dans l’insécurité alimentaire. La colère monte face à une transition incapable d’organiser les élections ou de restaurer la sécurité.

Vers un tournant ou un enfoncement dans la crise ?

Alors que l’arrivée de Laurent Saint Cyr à la tête du Conseil présidentiel devrait avoir lieu dans les prochaines heures, le climat est marqué par une méfiance généralisée, des accusations croisées, et une absence de cap clair.

La transition, déjà critiquée pour son illégitimité, s’enfonce dans un jeu de pouvoir sans résultat tangible. L’heure est à l’incertitude. Pour beaucoup, la seule issue viable passe par un dialogue politique élargi et inclusif, débouchant sur des élections crédibles et une refondation du contrat social haïtien.

La Rédaction

Lutte contre les violences sexuelles et sexistes: une trentaine de policiers haïtiens formés aux techniques d’investigation

PORT-AU-PRINCE.— Une session de formation spécialisée, tenue du 5 au 7 août 2025, réunit une trentaine de policiers autour des techniques d’investigation relatives aux violences sexuelles et sexistes. La formation se déroule dans les locaux de la Direction Générale de la PNH, à Tabarre.

Dans un contexte national marqué par une recrudescence des Violences Basées sur le Genre (VBG), la Police Nationale d’Haïti (PNH) intensifie ses efforts pour mieux protéger les victimes et renforcer ses capacités d’enquête.

Organisée par la Coordination Nationale des Affaires Féminines et des Questions de Genre (CNAFQG), cette session bénéficie d’un solide appui technique et financier du gouvernement du Canada, du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) et du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH).

Ce sont 32 policiers, dont 17 femmes, qui prennent part à cette initiative. Ils proviennent de commissariats stratégiques comme ceux de Port-au-Prince, Pétion-Ville, Tabarre, Delmas et Canapé-Vert, ainsi que de plusieurs unités spécialisées : l’Inspection Générale de la PNH (IGPNH), la Brigade de Protection des Mineurs (BPM), l’Unité de Lutte contre les Crimes Sexuels (ULCS), la Police Frontalière Terrestre (POLIFRONT), et bien entendu, la CNAFQG elle-même.

La première journée de formation a abordé des thématiques essentielles, telles que la définition des violences sexuelles, le cadre juridique haïtien en la matière, et les procédures de saisine de la police. Ces modules visent à doter les agents d’outils concrets pour identifier, traiter et documenter les cas de violences, tout en offrant un meilleur accueil aux victimes.

La session est animée par des experts reconnus dans le domaine juridique et des droits humains :
• Me Marthel Jean Claude, juge d’instruction au TPI de Port-au-Prince
• Commissaire divisionnaire Marie Jeannette Bateau Salomon, Coordonnatrice de la CNAFQG
• Mme Medginah Lynn Alexandre, consultante en genre
• Mme Béatrice Ranoromanana, conseillère au HCDH/BINUH
• Commissaire Guetchine Alexis, cadre de la PNH
Leur participation confère à cette initiative un caractère interdisciplinaire et stratégique, en alliant approche juridique, sociologique et institutionnelle.

Un pas de plus vers une police plus sensible et mieux préparée, cette formation s’inscrit dans une démarche de professionnalisation et de modernisation des pratiques policières en Haïti. Elle vise à faire de la PNH une institution plus sensible aux questions de genre et mieux préparée à lutter contre les violences sexuelles, tout en consolidant la collaboration avec la communauté internationale.

En misant sur la formation continue et sur une approche intégrée de la sécurité et des droits humains, la PNH entend ainsi réaffirmer son rôle central dans la protection des populations vulnérables, tout en promouvant une justice accessible, équitable et réactive.

Jean Mapou

*KORIDÒ PRIZON FAN M, je m’en souviens…! ^

A el Pozo, à Matania… Et à mon fils qui a joué au football avec les enfants de Koridò Prizon Fan m!

Un jour, en pleine conversation, mon ami Daniel, le front noué par l’angoisse de ce pays qui chancelle, me demanda, la voix posée, comme lestée de gravité :

— Yves, dis-moi… Où avons-nous glissé pour tomber si bas ?

Je n’ai pas répondu tout de suite. J’ai laissé le silence s’installer, comme un linge suspendu au vent d’un matin d’errance. Puis, d’une voix lente, presque murmurée, je lui ai soufflé :

— As-tu déjà entendu parler du Koridò Prizon Fanm ?

J’avais sept ans. C’était la première fois qu’on m’y mena. J’étais un enfant dévoré par l’angoisse qui rongeait les ongles. C’est pourquoi souvent, ma langue était perlée de petites lésions : stigmates muets d’une enfance sans paix. Un enfant confié à une tante, pendant que sa mère cherchait ailleurs dans un exil trop lointain pour panser l’ici, un peu d’espoir.

Pour ces lésions, ma tante m’emmenait chez Madame Bèstière, en face du vieux ciné Bel-Air, ou encore chez gran’n Yaya, tout au bout du Koridò Prizon Fanm, entre la rue des Remparts et la rue Saint-Martin. Là où l’espoir se boit en décoctions amères, et où les gestes ancestraux remplacent les diagnostics.

Mais ce corridor n’est pas un simple lieu. C’est une gorge de béton où s’engouffre l’histoire.Un boyau d’un kilomètre, plus long que celui qui mène au Fort National, plus ancien que les passages de Lakou Chato ou de Bruny réunis. Un couloir d’ombres, de misère, de cris étouffés, de regards fuyants.

C’est Haïti en miniature. Un pays pris entre deux murs, où chaque pas résonne comme un cliquetis de chaînes invisibles. Un monde en huis clos, où l’on survit entre injures, pots de nuit, urines volées derrière des tôles, et sexes pendus dans le silence détrempé d’une latrine commune.

À huit heures du matin, Koridò Prizon Fanm s’éveille dans son théâtre cruel : une femme en chemise de nuit crie sa détresse devant l’absence d’un billet laissé, un enfant esclave moderne va vider les souillures de la nuit, une fille, le regard perdu, urine sans honte derrière la palissade d’un voisin, comme pour crier en silence : « Je suis là. J’existe. Sans droit, sans dignité. »

C’est là aussi qu’habitent Anita et Asefi, femmes de l’ombre. Bonnes dans les villas du haut, mères dans les ghettos du bas. Leurs enfants fréquentent une école du soir, non loin de la rue Porcelaine. Ils franchissent chaque jour les frontières invisibles pour apercevoir les fils des patrons. Et dans un silence douloureux, se demandent : Sommes-nous, nous aussi, les enfants de cette nation ?

Le mal du pays, Daniel, a germé là. Depuis plus d’un demi-siècle, il pousse entre ces murs. La misère en est la seule fresque, le seul alphabet. Ici, les enfants naissent, vivent et meurent sans témoin, sans procès, sans prière.

Alors, si tu veux vraiment comprendre où nous avons glissé, viens marcher ce kilomètre de corridor. Tu verras : c’est le canevas de notre effondrement. Et si nous ne changeons pas de paradigme, nous continuerons à creuser. Non plus le sol… Mais notre propre disparition.

« Papa Loko se bon, kite m ale.
Nou se papiyon, n’ap pote nouvèl ba yo»

Koridò Prizon fan m est tiré d’un Roman à venir intitulé « Inventaire de mes territoires»

Yves Lafortune
Floride, le 5 août 2025

La commune de Pétion-Ville perdue sous les immondices

PETION-VILLE.— Longtemps perçue comme un havre de fraîcheur et de tranquillité pour les classes aisées haïtiennes, Pétion-Ville est aujourd’hui confrontée à une réalité bien différente. Sous l’effet combiné d’une urbanisation galopante, d’un exode interne amplifié par l’insécurité, et d’une absence criante de politiques publiques cohérentes, la commune ploie désormais sous les déchets, l’anarchie urbaine et une forte pression démographique.

Saturée par l’exode urbain, conséquence directe de l’insécurité généralisée dans plusieurs zones de la région métropolitaine, Pétion-Ville attire une population en quête de sécurité et d’activités économiques. Ce déplacement massif de population a transformé la commune en une zone à très forte densité, même dans des rues autrefois peu fréquentées.

«Sous le poids de cette pression démographique, la commune de Pétion-Ville risque de se perdre dans des montagnes de déchets », alerte Netty, commerçante à la rue Darguin. Elle se plaint de l’état actuel même de la place Boyer, jadis, symbole du patrimoine public, aujourd’hui utilisée comme dépotoir à ciel ouvert.

Une urbanisation hors de contrôle

Depuis le séisme de 2010, Pétion-Ville s’est imposée comme un refuge pour de nombreux sinistrés et investisseurs, précisément parce qu’elle avait été relativement épargnée. Mais cette croissance rapide s’est faite sans planification. Constructions anarchiques, congestion routière, multiplication des marchés informels dans les rues: tout témoigne d’un développement urbain hors de contrôle.

«L’afflux constant de populations rurales ou déplacées surcharge les infrastructures, aggrave la circulation et illustre une absence totale de l’autorité municipale», déplore un homme d’affaires sous couvert d’anonymat.

Une insalubrité chronique et dangereuse

La gestion des déchets est devenue un problème majeur. En l’absence de systèmes d’assainissement efficaces, les rues, trottoirs et espaces publics sont envahis de détritus. «La pollution est visible, nous vivons parmi les microbes», admet une marchande rencontrée près du marché appelé «Marché Telélé», contrainte de laisser ses déchets sur place, faute de moyens pour les évacuer.

Cette insalubrité persistante accroît les risques sanitaires: maladies infectieuses, contamination de l’eau, et détérioration généralisée de l’environnement. Les services d’hygiène publique, déjà insuffisants, voire inexistants dans la plupart des zones, sont désormais débordés.

L’ombre de l’insécurité et le spectre de la paralysie

La situation est d’autant plus tendue que Pétion-Ville, malgré son statut de « zone refuge », vit sous la menace constante d’incursions de groupes armés provenant des zones voisines. Face à cette double crise: sécurité et insalubrité, les autorités municipales semblent impuissantes, incapables de répondre aux besoins croissants de la population.

Une ville dans l’ombre de son passé prestigieux et le chaos du présent

Fondée en 1831, Pétion-Ville comptait environ 400 000 habitants en 2015 selon l’IHSI. Autrefois prisée pour son climat et sa tranquillité, elle est aujourd’hui au cœur d’un paradoxe: centre névralgique de l’économie haïtienne mais sans les fondations structurelles nécessaires à son essor.

La commune incarne crûment les contradictions d’Haïti: un moteur économique coincé entre abandon institutionnel, déficits chroniques en gouvernance et déliquescence des services de base.

Jean Mapou

Politiques sociales et migratoires : l’État haïtien prône amélioration et modernisation

À l’occasion de la 20e édition des Mardis de la Nation, le gouvernement haïtien a exposé deux volets majeurs de son action : l’appui social aux familles déplacées et aux jeunes, ainsi que la modernisation de la Direction de l’Immigration et de l’Émigration (DIE). Deux démarches coordonnées visant à renforcer la présence de l’État auprès des citoyens.

Ce 5 août 2025, la Primature a accueilli la 20e édition des Mardis de la Nation, un espace de communication gouvernementale qui a permis cette semaine de faire le point sur deux chantiers stratégiques : l’action sociale portée par le Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST), et la modernisation du système migratoire haïtien via la Direction de l’Immigration et de l’Émigration (DIE).

Le ministre Georges Wilbert Franck a d’abord rappelé les efforts déployés pour répondre à la situation des personnes déplacées internes (PDI). Plus de 3 000 familles vivant dans des camps de fortune ont reçu des aides financières en juillet dans le cadre du Programme national d’appui à leur relocalisation. Cette politique vise aussi à libérer des espaces publics importants, tels que la Faculté de Linguistique Appliquée, le Lycée Anténor Firmin et l’École Caroline Chauveau, aujourd’hui occupés par des déplacés.

Cinq nouveaux projets sociaux ont été intégrés au Programme d’Investissement Public 2024-2025 du MAST à l’initiative du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Parmi eux figurent : la structuration de l’Office National de l’Artisanat (ONART), l’ouverture de trois boutiques artisanales régionales, un portefeuille de crédit destiné aux artisans (dont le lancement officiel est prévu pour le 11 août), la modernisation de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS), la mise en place d’un programme national de stages pour 20 000 jeunes dès 2026, ainsi qu’une réforme du Code du travail haïtien.

En parallèle, le Directeur Général de la DIE, Antoine Jean Simon Fénelon, a présenté les avancées de la diplomatie des services. Il a notamment mis en avant l’amélioration des services de passeports, l’uniformisation des données biométriques et la modernisation des infrastructures à Pétion-Ville et Canapé-Vert. Un accent particulier a été mis sur le retour à la normale dans les services consulaires aux États-Unis, où près de 60 000 passeports ont été délivrés entre janvier et août 2025, après une période de blocage.

Une mission stratégique en République Dominicaine, initiée sur instruction du ministre de l’Intérieur Paul Antoine Bien-Aimé, a permis la délivrance de 25 687 passeports via les représentations diplomatiques d’Haïti à Santiago, Higuey, Dajabon, Bayona et même aux Îles Turques et Caïques.

Enfin, la DIE a annoncé l’arrivée prochaine de la E-Carte, une innovation numérique permettant aux voyageurs d’initier leur procédure migratoire en ligne 72 heures avant leur départ. Une initiative qui marque une étape importante dans la modernisation du contrôle migratoire haïtien.

Par ces différentes actions, le gouvernement entend affirmer la volonté de rapprocher l’État des citoyens, de renforcer la justice sociale, de moderniser ses institutions et de garantir l’efficacité de ses services, tant sur le territoire national qu’auprès de la diaspora.

La rédaction

Des employés du CNE poursuivent leur lutte pour réclamer le paiement de leur salaire

Des anciens travailleurs du Centre National des Équipements (CNE) ont organisé un sit-in le lundi 4 Août devant les locaux de la Primature, à Musseau. Ces ex-travailleurs réclament le paiement de 12 mois de salaires impayés. Pancartes à la main, ils scandaient des slogans dénonçant l’attitude des autorités de l’État face à leur situation.

«Nous ne pouvons plus attendre. Nous avons des familles à nourrir, des enfants à envoyer à l’école. Tant que nous ne serons pas payés, nous continuerons à manifester, coûte que coûte», a déclaré Wildrick Séjour, président du Syndicat des Employés du CNE au micro des journalistes.

L’un des travailleurs explique que « Tout augmente, l’ouverture des classes approche, et je n’ai rien pour subvenir aux besoins de ma famille », s’est-il exclamé indiquant qu’il ’est inadmissible qu’Haïti laisse ses techniciens sans salaire pendant douze mois.

Le sit-in avait commencé de manière pacifique. Mais très vite, la tension est montée. Face à la détermination des protestataires, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des manifestants en fuite, les yeux rougis par la fumée, tandis que des motos-taxis tentaient d’évacuer les plus affectés.

Cette intervention musclée n’a fait qu’exacerber leur colère. Certains participants affirment être prêts à radicaliser leur mouvement « S’il faut bloquer les routes ou camper ici jour et nuit, nous le ferons. Nous ne partirons pas les mains vides », lance un manifestant, très remonté.

Rappelons que le Centre national des équipements (CNE) a été dissout en 2024. Selon la décision prise par l’ancien Premier ministre Garry Conille, les employés de l’institution devaient intégrer les ministères de la Défense et des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC).

Mais sur le terrain, ce transfert administratif n’a jamais été réellement appliqué. Résultat : des centaines de techniciens et ouvriers se retrouvent sans fonction claire et sans salaire depuis près d’un an.

Gedeon Delva

Plaine du Cul-de-sac: circuler sur la voie publique, un acte de courage

Cet article est inspiré d’un reportage d’un confrère, Roberto Vernet, auteur des séries report-cœur, sur les réseaux sociaux. Il raconte la chronique d’un trajet pour le moins ordinaire en territoire particulièrement hostile.

CROIX-DES-BOUQUETS, Haïti.— Sous le soleil implacable de 10 heures du matin, une camionnette bondée quitte Bonrepos (Croix-des-Bouquets) à destination de Delmas 32. Un trajet simple dans le temps, banal pour beaucoup, mais devenu une véritable odyssée pour les passagers de la plaine du Cul-de-Sac, pris au piège entre urbanisation chaotique, zones de non-droit et transports délabrés.

Pendant plus d’une heure, le parcours traverse les localités de Cazeau, Sarthe, Drouillard et leurs décors d’abandons. Entre anxiété, résignation et colère, le voyage est devenu un récital de survie et de silence.

Bonrepos, point de départ sous contrôle armé

Le périple commence à Bonrepos, (au rond point) zone occupée depuis près de deux ans par les hommes de Jeff Gwo Lwa, surnommés «Taliban». Sur le site de l’ancien marché, la station de camionnette est devenue une pompe à fric pour les gangs. Le tarif imposé: 125 gourdes par tête, soit une hausse arbitraire de 25%, fixée par les maîtres du territoire. Le décor est posé: poste de péage, armes à feu, le moindre geste brusque est puni… la peur, elle, est omniprésente.

Autour des ruines du sous-commissariat, à Carrefour Lilavois, des hommes font la loi. Le chauffeur, stoïque, démarre dix minutes plus tard, cap vers Delmas. Le carrefour de l’aéroport, jadis terminus classique, est désormais évité: trop risqué.

Un trajet d’enfer dans une promiscuité pesante

La cabine surchauffée accueille au moins douze passagers, entassés «comme des sardines». «Prix exorbitant, inconfort extrême», murmure un passager. «On ne devrait pas voyager ainsi alors qu’on paye la course au prix fort», lance une autre passagère, lunettes teintées sur le nez, avec une amertume palpable.

À Carrefour-Marin, nouvelle frustration: le chauffeur refuse de bifurquer par la voie secondaire, plus rapide mais contrôlée par un autre groupe armé à Duvivier, qui exige son propre tribut. Résultat: la route principale, s’impose, malgré tout.

Cazeau, Sarthe, Drouillard: les symboles de l’abandon

La traversée de Cazeau est marquée par un silence lourd. Nids-de-poule, ruines de postes de police et présence furtive d’hommes armés plantent le décor. Le véhicule peine à franchir une étendue d’eau stagnante. À l’arrière, certains manquent de peu d’être éclaboussés.

À Sarthe, autrefois vivante, plus de cris d’enfants jouant au football, sur le terrain «La Couronne». L’asphalte est inexistant, la poussière règne. Des tiges de fer pointent sur le sol comme des pièges. Devant la brasserie, l’ironie est complète: des agents de voirie nettoient les abords d’un bâtiment voisin de la mairie de cité soleil, jonché de fatras.

À Drouillard, les fantômes semblent plus nombreux que les vivants. Le poste de police, le centre de formation professionnelle, appelé centre pilote, et les immeubles alentours sont désertés. La vie semble avoir fui.

Route de l’aéroport, des contrastes saisissants

Arrivé à proximité de l’axe trois mains, l’odeur du malt se mêle à l’agitation. Les embouteillages s’intensifient. À l’entrée de Delmas, l’apparition des voitures de luxe derrière les vitrines de quelques concessionnaires encore admis dans les lieux, contraste violemment avec l’état misérable de la camionnette bringuebalante.

Un « Merci ! » lancé par un passager fait s’arrêter le véhicule à proximité de Delmas 32. Il aura fallu zigzaguer à travers ruelles, éviter embuscades, survivre à l’inconfort et à la peur pour atteindre enfin la destination.

Un quotidien insoutenable normalisé

Ce récit n’a rien d’exceptionnel pour les usagers haïtiens. Il est le quotidien silencieux de milliers de personnes contraintes d’affronter, chaque jour, un parcours jonché d’humiliations, de dangers et de désespoir. La route principale, autrefois symbole de progrès, est devenue une allégorie du pays: chaotique, abandonnée, rongée par l’impunité et la résignation.

Le trajet Plaine du Cul-de-Sac –Delmas est une radiographie saisissante d’une capitale morcelée, d’un État effacé, et d’une population qui avance, malgré tout, comme des moutons de panurge, dans un pays où circuler est devenu un acte de courage.

Jean Mapou

Dossier Guerrier Henri: SOS Journalistes s’inquiète et réclame un traitement équitable

À travers une note rendue publique ce lundi 4 Août 2025, SOS Journalistes se montre inquiet suite aux nouveaux développements intervenus dans le dossier du journaliste Guerrier Henri. Cette structure dirigée par Guy Delva réclame un traitement juste et équitable pour le présentateur de Boukante Lapawòl.

« SOS Journalistes, respectueux de la loi et de l’autorité de la DCPJ, n’entend nullement interférer ou contribuer au blocage du dossier en cours, mais réclame un traitement juste et équitable pour le journaliste qui, depuis un certain temps, subit des persécutions politiques ouvertes de la part du pouvoir en place, en raison de son travail critique», a écrit Delva.

L’organisation estime que le journaliste a été potentiellement victime de l’animosité
des autorités qui ont, à plusieurs reprises, essayé de procéder abusivement à son arrestation. Pour SOS Journalistes, il s’agit d’une attaque grave, délibérée et caractérisée contre la liberté de la presse.

Tout en condamnant le comportement des dirigeants haïtiens à l’égard de Guerrier Henri, SOS Journaliste insiste sur la nécessité que les journalistes et autres travailleurs de la presse de suivent scrupuleusement les règles d’éthique garantissant l’exercice de la liberté d’expression

«SOS Journalistes continue d’insister sur la nécessité, pour les journalistes et autres travailleurs de la presse, d’appliquer scrupuleusement les règles éthiques qui garantissent un exercice responsable de la liberté de la presse et d’expression en Haiti», a insisté SOS JOURNALISTE.

Il faut souligner que l’animateur de l’émission BOUKANTE LAPAWÒL est recherché et poursuivi par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) pour “son affiliation présumée à la coalition criminelle « Viv Ansanm », enrichissement illicite
et blanchiment des avoirs”, selon la lettre adressée par la DCPJ au concerné.

Gedeon Delva