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Sud-Est: exercices de simulation pour renforcer la préparation aux cyclones

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JACMEL, Haïti.— Le Centre d’Opération d’Urgence Départementale (COUD) du Sud-Est doit organiser, ce samedi 6 septembre, une série d’exercices de simulation sur quatre sites, incluant les communes côtières de Bainet et de Marigot. L’objectif est de tester la capacité opérationnelle des autorités locales face aux menaces cycloniques, à l’approche de la période la plus active de la saison des ouragans.

Selon le directeur général de la Protection civile, Emmanuel Pierre, il s’agit du premier exercice de ce type dans le département depuis 2018. «Nous devons nous assurer que nos équipes et nos structures soient prêtes à répondre efficacement aux situations d’urgence», a-t-il déclaré, soulignant la vulnérabilité particulière des communes côtières aux tempêtes et ouragans.

Une équipe pluridisciplinaire a été mobilisée afin de mettre en œuvre le Plan national de réponse aux urgences et le Plan national d’intervention. Ces exercices permettront également d’évaluer les capacités des instances communales et départementales en matière de coordination et de gestion des risques.

Plusieurs partenaires internationaux, dont le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), accompagnent cette initiative. Leur appui vise à renforcer la résilience des communautés locales et à favoriser une réponse plus rapide et plus efficace en cas de catastrophe.

En mettant l’accent sur la prévention et la préparation, les autorités espèrent limiter les pertes humaines et matérielles lors de futurs phénomènes cycloniques, dans une région parmi les plus exposées du pays.

Jean Mapou

La PNH confisque un camion de marchandises lié à un chef de gang dans l’Artibonite

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SAINT-MARC, Haïti.— La Police nationale, à travers la Direction départementale de l’Artibonite (DDA), a saisi un camion de transport de marchandises appartenant à Wilgens Destin, alias «Ti Bab», chef du gang Délugé opérant dans la commune de Montrouis.

Selon les autorités policières, ce véhicule était régulièrement utilisé pour des activités commerciales illicites, destinées à financer et consolider les opérations criminelles de ce groupe armé. La saisie s’inscrit dans une stratégie visant à couper les ressources logistiques et financières des gangs qui perturbent la vie sociale et économique de la région.

La PNH souligne que cette opération reflète sa détermination à neutraliser les structures criminelles et à réduire leur influence sur les populations locales. « Il s’agit d’un coup porté contre les mécanismes d’enrichissement illégal des gangs », a précisé une source proche de la PNH, rappelant que de telles initiatives visent à rétablir la confiance et la sécurité au sein des communautés.

Cette action s’ajoute à une série d’opérations menées dans le département de l’Artibonite, où les autorités redoublent d’efforts pour contenir la progression des groupes armés, responsables de violences, d’extorsions et de perturbations économiques.

Jean Mapou

Vers une nouvelle force multinationale en Haïti: une initiative conjointe des États-Unis et du Panama

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PORT-AU-PRINCE.— Les États-Unis et le Panama ont présenté au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution visant à la création d’une force multinationale de 5 550 hommes pour combattre les gangs en Haïti. Cette proposition survient alors que le pays fait face à une insécurité persistante et à un effondrement institutionnel aggravé depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021.

Selon les estimations des Nations Unies, près de 90% de Port-au-Prince échappent, aujourd’hui, au contrôle des autorités, les groupes armés étendant leur influence jusqu’aux zones rurales. Pillages, enlèvements, violences sexuelles et violations massives des droits humains rythment le quotidien de la population, accentuant l’urgence d’une réponse internationale.

La proposition américano-panaméenne vise à transformer l’actuelle mission multinationale dirigée par le Kenya dont l’effectif est passé de 2 500 hommes en juin 2024 à moins de 1 000 aujourd’hui, faute de financement, en une force plus robuste et opérationnelle.

Composition et mandat de la nouvelle force

D’après le projet de résolution de six pages, la future mission comprendrait 5 500 militaires et 50 civils. Leur financement reposerait sur les contributions volontaires des États membres. Outre la traque des gangs, les soldats seraient chargés de sécuriser les infrastructures stratégiques: aéroport, ports, écoles et hôpitaux — et de soutenir la Police nationale d’Haïti ainsi que les Forces armées.

La mission disposerait d’un mandat élargi, incluant la détention et l’arrestation de citoyens haïtiens impliqués dans des activités criminelles, dans le cadre d’une coordination étroite avec les autorités nationales.

Les enjeux de cette nouvelle mission

L’ambassadrice américaine par intérim auprès de l’ONU, Dorothy Shea, a précisé, le 28 août dernier, que ce dispositif aurait une durée initiale de 12 mois, avec un mandat strictement axé sur la répression des gangs et la lutte contre le trafic d’armes. Cette démarche, a-t-elle insisté, ne vise pas à se substituer aux institutions haïtiennes, mais à leur offrir un appui décisif dans la restauration de l’ordre.

Si elle est approuvée, l’initiative marquerait un tournant dans l’approche internationale de la crise haïtienne. Elle soulignerait également la volonté des États-Unis et du Panama de s’impliquer directement dans la stabilisation de la Caraïbe.

L’avenir dira le reste

Le projet reflèterait une prise de conscience de la communauté internationale face à une crise sécuritaire d’une ampleur sans précédent. Toutefois, son succès dépendra de la capacité des États membres à financer durablement l’opération et à garantir son acceptation par la population haïtienne, souvent méfiante à l’égard des interventions étrangères.

En attendant le vote du Conseil de sécurité, prévu dans les prochaines semaines, l’initiative cristallise autant d’espoirs que d’interrogations quant à son efficacité et à son impact sur l’avenir institutionnel d’Haïti.

Jean Mapou

le nouveau chef du parquet met en perspective la tenue des assises criminelles

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Le nouveau commissaire du gouvernement a.i. près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Roosevelt Cadet, a exprimé sa volonté de remettre à l’agenda judiciaire la question des assises criminelles, longtemps paralysées dans la juridiction.

S’exprimant dans la presse, le chef du parquet a fait savoir qu’il a reçu des instructions claires en vue de rendre possible l’organisation de ces audiences solennelles. « Un état des lieux a été effectué et des pourparlers se tiennent déjà avec les substituts commissaires afin d’évaluer l’état des dossiers et les moyens nécessaires pour les faire avancer », a-t-il déclaré.

Selon Me Cadet, plusieurs travaux ont déjà été entrepris sur des dossiers en souffrance au parquet de Port-au-Prince. Ces démarches s’appuient sur des collectes d’informations effectuées dans divers commissariats, sous-commissariats et auprès de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). L’objectif, dit-il, est d’harmoniser le travail du parquet avec l’ensemble des acteurs du système judiciaire, afin de redonner souffle à une justice longtemps critiquée pour sa lenteur et son incapacité à traiter les affaires criminelles dans des délais raisonnables.

Les assises criminelles en Haïti : une étape clé de la justice pénale

Dans le système judiciaire haïtien, les assises criminelles représentent une session spéciale du tribunal criminel, organisée pour juger les affaires graves : meurtres, viols, vols à main armée, enlèvements et autres crimes majeurs. Contrairement aux audiences correctionnelles, les assises requièrent la participation d’un jury populaire, appelé à se prononcer sur la culpabilité de l’accusé, sous la direction d’un juge président.

L’audience peut se dérouler aussi sans assistance du jury. Dans tous les cas, les procès devront avoir lieu avec des débats contradictoires. Autrement dit avec partie civile et partie défenderesse jusqu’au prononcé de la peine.

La législation haïtienne prévoit que les assises doivent être tenues régulièrement afin d’éviter l’accumulation des dossiers criminels. Dans la pratique, elles sont souvent retardées, voire annulées, faute de moyens, de sécurité ou de volonté institutionnelle. Ces retards contribuent à l’engorgement des prisons, où de nombreux prévenus restent en détention préventive prolongée sans jugement.

Une relance attendue

L’annonce de Me Roosevelt Cadet s’inscrit dans une volonté de relancer ce mécanisme essentiel au bon fonctionnement de la justice pénale. Si les promesses sont suivies d’effets, la reprise des assises criminelles à Port-au-Prince pourrait constituer une avancée importante dans la lutte contre l’impunité et le désengorgement du système carcéral.

Par Gesly Sinvilier

Immobilisme au sein du gouvernement: l’avenir de la nouvelle Constitution et un éventuel remaniement en suspens

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PORT-AU-PRINCE.— Le silence prolongé de l’Exécutif alimente un climat d’incertitude politique en Haïti. Entre la restitution du projet de nouvelle constitution et les fuites persistantes de remaniement ministériel, la population ainsi que les acteurs politiques s’interrogent: où en est réellement le gouvernement ?

Depuis plusieurs mois, un document censé poser les bases d’une refondation institutionnelle circule dans les cercles politiques et juridiques. Annoncé comme une étape majeure vers la stabilisation du pays, ce projet constitutionnel, déjà remis au gouvernement, n’a toujours pas été publié officiellement. Ni le calendrier du référendum en vue de son adoption et de sa présentation, ni les modalités de sa mise en œuvre ne sont connus. Cette absence de visibilité nourrit les doutes sur la volonté réelle du gouvernement de passer à l’action.

Cette incertitude alimente les spéculations. Entre les appels à la transparence venus de la société civile, les réserves exprimées par certains partis politiques et les inquiétudes grandissantes de la population, la question constitutionnelle devient un symbole de l’immobilisme qui caractérise l’action gouvernementale.

Parallèlement, la question d’un éventuel remaniement ministériel reste en suspens. Des voix proches de la Primature affirment qu’un ajustement de l’équipe gouvernementale serait nécessaire pour répondre aux défis sécuritaires, économiques et sociaux. Mais là encore, aucune annonce formelle n’a été faite. « Nous travaillons, mais les décisions doivent être prises au bon moment », confie, sous couvert d’anonymat, un membre du gouvernement.

Entre immobilisme perçu et attentes grandissantes, le risque est grand de voir se creuser davantage le fossé entre les autorités et la population. Les organisations de la société civile rappellent que l’urgence est double: assurer la sécurité et engager des réformes structurelles. «Chaque jour qui passe sans décision claire est une opportunité perdue», souligne Me Patrick Pierre-Louis, bâtonnier du Barreau de Port-au-Prince.

À ce stade, ni la publication de la nouvelle constitution ni la confirmation d’un remaniement ne figurent officiellement à l’agenda. L’exécutif reste enfermé dans un silence hermétique, mais périlleux. Dans un pays où la confiance entre gouvernants et gouvernés est déjà fragilisée, cette attente prolongée pourrait bien devenir un facteur supplémentaire d’instabilité.

Dans un contexte marqué par la défiance populaire, chaque jour de retard pèse sur la crédibilité du pouvoir exécutif. Pour beaucoup, la question n’est plus seulement de savoir si la nouvelle Constitution sera publiée ou quand un remaniement aura lieu, mais surtout de comprendre quelle vision politique guide encore l’action du gouvernement.

Jean Mapou

Littérature / Prix Goncourt 2025 : l’Haïtienne Yanick Lahens en lice avec Passagères de nuit

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Quand Haïti vacille, ses fils et filles continuent d’éclairer le monde

L’Académie Goncourt a dévoilé, ce mercredi 3 septembre 2025, la liste des quinze romans retenus pour sa première sélection. Parmi eux figure Passagères de nuit, le plus récent ouvrage de la romancière haïtienne Yanick Lahens, publié chez Sabine Wespieser. Une reconnaissance qui confirme la place singulière de l’auteure dans le paysage littéraire francophone.

Le comité du Goncourt a retenu des signatures variées, allant d’Emmanuel Carrère (Kolkhoze) à Nathacha Appanah (La Nuit au cœur), en passant par David Diop (Où s’adosse le ciel) et Laurent Mauvignier (La Maison vide). La présence de Yanick Lahens, unique écrivaine caribéenne de la sélection, résonne comme une voix venue d’Haïti, territoire marqué par les crises mais riche d’une mémoire et d’une culture puissantes.

Passagères de nuit, paru en août 2025, rend hommage à toutes ces femmes effacées des récits officiels mais dont la ténacité a traversé les siècles. Le roman fait surgir les voix de celles qui, des cales de bateaux négriers aux ruelles de Port-au-Prince, ont affronté la brutalité du monde avec une dignité lumineuse.

L’éditeur résume l’intrigue à travers deux destins féminins : celui d’Élizabeth, née à La Nouvelle-Orléans en 1818, marquée par les violences mais soutenue par l’exemple d’une grand-mère haïtienne affranchie et devenue commerçante prospère ; puis celui de Régina, issue des milieux les plus pauvres, qui croisera la route du général Léonard Corvaseau dans le tumulte de 1867. Ces trajectoires croisées forment une fresque de résilience et d’émancipation.

Née à Port-au-Prince en 1953, Yanick Lahens a fait ses études à Paris avant de consacrer sa vie à l’écriture et à la transmission de la culture haïtienne. Lauréate du prix Femina 2014 avec Bain de lune, elle occupe aujourd’hui la chaire « Mondes Francophones » au Collège de France. Son œuvre, traduite dans plusieurs langues, mêle mémoire collective et engagement littéraire.

Le calendrier du prix Goncourt se poursuit : une deuxième sélection sera dévoilée le 7 octobre, suivie de l’annonce des quatre finalistes le 28 octobre. Le grand lauréat sera proclamé le 4 novembre 2025 à Paris. Créé en 1892 et remis depuis 1903, le Goncourt demeure la distinction littéraire la plus convoitée en France.

La rédaction

Le Directeur départemental de l’Artibonite, Jacques Ader, aux trousses des bandits

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Une opération policière menée à Liancourt, ce jeudi 4 septembre, s’est soldée par la mort de sept bandits armés opérant pour le compte de la bande criminelle dénommée Gran Grif.

Cette intervention musclée, conduite par le directeur départemental de l’Artibonite, le commissaire divisionnaire Jacques Ader, survient deux semaines après son installation à la tête de la direction départementale, une région en proie à la violence des gangs depuis quelques mois.

Plusieurs policiers ont été blessés par balles au cours de cette opération qui a débuté très tôt dans la matinée de ce jeudi. D’autres victimes des affrontements avec les gangs Gran Grif ont été transportées d’urgence dans un centre hospitalier de la région, où elles ont reçu des soins médicaux appropriés.

Déterminé à rétablir l’ordre dans ce département, cette opération s’inscrit dans le cadre de toute une série de déploiements stratégiques visant à instaurer un climat de sécurité serein et de confiance au sein de la population.

Installé le 25 août dernier à la tête de la direction départementale en remplacement du commissaire Jean Frinel Beauvoir, Jacques Ader avait lancé un ultimatum aux différents groupes armés, leur demandant de déposer les armes et de se rendre aux forces de l’ordre avant qu’il ne soit trop tard.

À rappeler que le commissaire divisionnaire Jacques Ader avait déjà occupé le poste de directeur départemental de l’Artibonite. Il est surtout connu dans ce département pour avoir stoppé, en 2022, le puissant chef de gang Odmar et plusieurs de ses caïds.

Jacques Innocent

Souveraineté et ancestralité : bâtir l’avenir sur nos racines

Dans un monde où la mondialisation uniformise les cultures et fragilise les identités, Pierre Josué Agénor Cadet appelle à réconcilier mémoire et modernité. Puisant dans l’héritage d’Haïti, il rappelle que la souveraineté véritable ne se réduit pas à la politique ou à l’économie : elle se fonde sur l’ancestralité, cette force vitale qui relie un peuple à ses racines et lui ouvre les chemins de l’avenir.

Pierre Josué Agenor Cadet

 
Dans un monde en constante mutation, où la mondialisation tend à uniformiser les cultures et à affaiblir les identités, la souveraineté des nations est plus que jamais questionnée. On la réduit souvent à des considérations politiques ou économiques, mais la souveraineté véritable repose sur un socle bien plus profond : l’ancestralité, cette mémoire collective qui relie un peuple à ses racines et façonne sa dignité.

L’ancestralité : un héritage vivant
L’ancestralité n’est pas une simple référence au passé, ni une nostalgie stérile. Elle est un souffle, une force qui traverse le temps et donne sens au présent. Elle nous rappelle que nous sommes les héritiers d’une histoire faite de luttes, de sacrifices et de victoires. Dans le cas d’Haïti, ce lien est d’autant plus fort que la nation est née d’un combat unique dans l’histoire universelle : celui d’un peuple d’opprimés devenu libre et indépendant en renversant le joug colonial.

Cette victoire, préparée par Jean-François Mackandal, Zabeth, Cécile Fatiman, Boukman Dutty, Toussaint Louverture, et arrachée par Dessalines, Pétion, Christophe et tant d’autres, n’était pas seulement une libération physique. Elle était l’affirmation d’un principe universel : aucune domination n’est légitime, aucune servitude n’est éternelle. Ce legs nous oblige. Il constitue un pacte entre les générations : garder vivante la flamme de la liberté et en faire un instrument de progrès.

La souveraineté : entre idéal et réalité
Mais qu’en est-il aujourd’hui ? La souveraineté, dans son acception la plus large, suppose la capacité pour une nation de décider par elle-même, sans contraintes extérieures, et d’assumer son destin. Or, dans un monde marqué par les rapports de force économiques et les ingérences politiques, la souveraineté nationale se trouve souvent réduite à une illusion.

En Haïti, cette illusion est particulièrement criante : dépendance économique, crises politiques chroniques, mainmise d’organisations internationales sur les décisions stratégiques. Cette situation révèle une vérité inquiétante : sans autonomie culturelle et sans conscience historique, la souveraineté n’est qu’un mot creux.

Quand l’oubli fragilise la nation
La perte de mémoire est une blessure profonde pour tout peuple. Car oublier ses ancêtres, c’est se priver de repères, c’est renoncer à cette force morale qui permet de résister à l’asservissement. L’historien Michel-Rolph Trouillot écrivait : « L’histoire est le champ de bataille où se joue la légitimité du pouvoir. » Celui qui maîtrise le récit historique détient une arme puissante : il contrôle non seulement le passé, mais aussi l’imaginaire du futur.

Ainsi, lorsque les jeunes générations ignorent le sens du Bois-Caïman, du Congrès de l’Arcahaie, de la Crête-à-Pierrot, de la Ravine-à-Couleuvre, de Vertières ou encore la portée de l’Acte de l’Indépendance, elles deviennent vulnérables face aux idéologies aliénantes et aux modèles imposés de l’extérieur. L’ancestralité, en ce sens, n’est pas un luxe académique, mais une nécessité vitale pour la souveraineté.

Réconcilier mémoire et modernité
Réhabiliter notre ancestralité ne signifie pas se replier sur le passé, mais au contraire y puiser la force d’inventer l’avenir. Comme le disait Aimé Césaire : « Une civilisation qui oublie ses racines est une civilisation qui meurt. » Or, il est possible d’allier tradition et modernité, identité et ouverture.

Cela passe par trois axes essentiels :
Une éducation enracinée : enseigner l’histoire nationale avec rigueur et fierté, non comme une simple récitation de dates, mais comme une source de réflexion critique et d’inspiration.
Une culture assumée : valoriser les langues, les arts, les symboles qui nous définissent, et en faire des instruments de créativité et de rayonnement.
Une économie libératrice : car la souveraineté culturelle et politique ne saurait prospérer sans autonomie économique.

Une urgence : la reconquête de nous-mêmes
À l’heure où les défis sont immenses — instabilité politique, pauvreté endémique, chômage, insécurité, spirale des gangs, migrations forcées, humiliations chez nos voisins et chez nos soi-disant amis, mauvaise gouvernance —, il devient urgent de renouer avec l’héritage des ancêtres, non pour se réfugier dans un passé glorieux, mais pour bâtir une citoyenneté responsable. Comme l’écrivait Jean Price-Mars : « Aux sources de notre être, nous devons aller chercher la substance de notre avenir. »

La souveraineté ne se décrète pas : elle se construit. Et elle ne se construira jamais sur l’oubli ou la démission. Elle exige de la mémoire, de la fierté et de la volonté. Sans ancestralité, la souveraineté est un édifice sans fondation. Sans souveraineté, l’ancestralité devient un simple chant funèbre.

En définitive, la vraie force d’un peuple réside dans cette alliance entre mémoire et action, entre passé assumé et futur à conquérir. Haïti ne sera pleinement souveraine que lorsqu’elle aura compris que ses racines ne sont pas des chaînes, mais des ailes.

(Extrait du livre « Histoire politique d’Haïti de 1804 à 2025 ou Mémoire d’un État capturé », de Pierre Josué Agénor Cadet, à paraître prochainement).

Quand l’or de Toussaint Louverture bâtit les fondations de la première banque américaine

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Par Pierre Josué Agénor Cadet

L’histoire officielle attribue la création de la première banque des États-Unis d’Amérique (1791) à Alexander Hamilton, alors secrétaire au Trésor, soucieux de doter la jeune République étatsunienne d’un système financier solide. Mais au-delà de ce récit héroïque, un pan occulté de l’histoire mérite attention : la fortune confisquée à Toussaint Louverture, chef de la Révolution de Saint-Domingue, aurait indirectement alimenté les caisses qui permirent l’essor bancaire américain.

La spoliation d’un héros noir

Arrêté le 7 juin 1802 à Ennery, sur l’habitation Georges, trahi par le général Brunet, par les soldats du Général Charles Victoire Emmanuel Leclerc,sur ordre de son beau-frère Napoléon Bonaparte, Toussaint Louverture est déporté en France et emprisonné au Fort de Joux le 25 août de la même année, où il meurt de maladie et de chagrin le 7 avril 1803.

Au moment de son arrestation, il possédait une fortune importante, amassée grâce à son rôle de gouverneur général à vie de Saint-Domingue (article 28 de la constitution de 1801) et à une gestion rigoureuse des plantations. Selon l’historien Cyril Lionel Robert James ( dans Les B Jacobins noirs, 1938), cette richesse fit l’objet d’une saisie immédiate par l’État français, qui cherchait désespérément des ressources pour financer ses guerres européennes.

Du trésor de Saint-Domingue au financement américain

Or, c’est en 1803 que la France cède la Louisiane aux États-Unis pour 15 millions de dollars, dans la fameuse Louisiana Purchase. Plusieurs historiens, dont Laurent Dubois (Les Vengeurs du Nouveau Monde, publié en 2005 en France) et Jacques de Cauna (Toussaint Louverture, le Napoléon noir, 2009), soulignent que cette vente fut rendue possible par l’échec militaire français à Saint-Domingue et la ponction des richesses locales. Les fonds issus de cette transaction furent déposés dans les banques américaines, donnant aux États-Unis une assise financière sans précédent.

La banque américaine : une construction sur fond colonial

La First Bank of the United States (1791-1811) avait déjà jeté les bases d’un système bancaire centralisé. Mais c’est après 1803 que les flux financiers liés à la Louisiane consolidèrent son rôle. Plusieurs économistes (dont Eric Williams, Capitalisme et esclavage, 1944) rappellent que le capital initial des banques américaines fut en grande partie constitué de ressources issues de l’économie esclavagiste et coloniale. L’or de Louverture, arraché par Napoléon, a donc bel et bien traversé l’Atlantique pour s’inscrire dans la genèse de la puissance financière américaine.

Une mémoire à reconstruire

Mettre en lumière ce pan de l’histoire, c’est rappeler que la naissance du capitalisme moderne s’est nourrie de la spoliation des peuples colonisés. L’héroïsme de Louverture et le sacrifice des esclaves de Saint-Domingue ne doivent pas seulement être lus à travers le prisme de la liberté politique et sociale: leur sueur et leurs richesses volées ont aussi contribué à bâtir les piliers de l’économie mondiale contemporaine.

Aujourd’hui, alors que des débats s’ouvrent sur les réparations, les restitutions et la mémoire coloniale, il est temps de réinscrire le nom de Toussaint Louverture non seulement dans l’histoire des libertés, mais aussi dans celle de la finance internationale.

Pierre Josué Agénor Cadet

Dossier Sunrise Airways: KOZEMAS y voit un concept de souveraineté économique nationale

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PORT-AU-PRINCE.— La revendication de Sunrise Airways pour un monopole sur le transport aérien en Haïti prend désormais une tournure éminemment politique. Le mouvement Konbit Òganize pou Evolisyon Mas yo (KOZEMAS) a officiellement apporté son soutien à cette initiative, estimant qu’il s’agit d’un enjeu stratégique de souveraineté nationale.

Un soutien au-delà des intérêts d’une compagnie

Lors d’une conférence de presse, lundi à Port-au-Prince, KOZEMAS a tenu à préciser que sa position ne repose pas sur des considérations de proximité ou d’intérêts particuliers. «C’est une lecture politique cohérente et responsable de la souveraineté nationale», a affirmé Amos Louis, porte-parole de KOZEMAS.

Selon l’organisation, chaque secteur clé contrôlé par des acteurs haïtiens constitue aujourd’hui un bastion de résistance face aux logiques de domination économique et de dépendance étrangère.

Le transport aérien comme enjeu stratégique

KOZEMAS insiste sur le fait que le transport aérien n’est pas un luxe, mais une infrastructure vitale. Il est présenté comme indispensable, d’abord pour l’intégration du territoire national, ensuite pour la connectivité régionale et internationale et enfin pour l’exercice effectif du droit à la mobilité des citoyens.

Or, depuis des décennies, ce secteur est largement dominé par des compagnies étrangères, accusées de profiter du désordre institutionnel pour s’accaparer les marchés. «Ils arrivent avec leurs avions, leurs devises et leurs agendas, et repartent avec nos capitaux et notre dignité», a dénoncé Louis.

Un appel à l’État et aux forces vives de la nation

Pour KOZEMAS, l’enjeu dépasse de loin le cas Sunrise Airways. L’organisation en appelle à l’État haïtien, aux partis politiques, aux syndicats et au secteur privé national pour se mobiliser autour de ce combat stratégique.

La revendication de Sunrise Airways est ainsi présentée comme une étape décisive dans la reconquête de la souveraineté économique du pays. KOZEMAS rappelle que «les nations qui survivent sont celles qui protègent leurs secteurs stratégiques».

Une bataille politique pour la souveraineté

Dans un contexte marqué par la fragilité institutionnelle et la dépendance économique, cette prise de position de KOZEMAS résonne comme un avertissement. « Là souveraineté ne se décrète pas, elle se construit par la défense et la protection des infrastructures vitales», a insisté le porte-parole de KOZEMAS.

En plaçant le dossier Sunrise Airways au centre du débat public, KOZEMAS entend transformer une revendication économique en combat politique national. Un point de départ symbolique pour la souveraineté nationale.

Jean Mapou