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LE CARNAVAL : MÉMOIRE, FOI ET BAMBOCHE POPULAIRE

Par Evans PAUL

Histoire, logique de la date et trajectoire du carnaval en Haïti

Fête de couleurs, de rythmes et de satire, le carnaval compte parmi les plus anciens rituels populaires du monde occidental. Hérité des traditions européennes et profondément réinventé dans les sociétés caribéennes, il occupe en Haïti une place singulière : à la fois célébration collective, espace d’expression artistique, miroir critique de la société et moteur économique.

Mais d’où vient réellement le carnaval ? Pourquoi sa date varie-t-elle chaque année ? Et comment le carnaval haïtien s’est-il imposé comme un événement majeur de notre identité nationale ?

I. Aux origines du carnaval : entre tradition religieuse et culture populaire

Le mot carnaval proviendrait du latin carne levare « enlever la viande » en référence à l’entrée dans le Carême chrétien, période de jeûne et d’abstinence précédant Pâques.

Dans l’Europe médiévale, les jours précédant le Carême donnaient lieu à des réjouissances collectives : déguisements, défilés, inversions symboliques des rôles sociaux, musique, satire et excès festifs. C’était un moment de liberté provisoire avant la discipline spirituelle.

Avec la colonisation, ces pratiques traversent l’Atlantique. Dans les colonies, les populations locales et les descendants d’esclaves se les approprient et les transforment en profondeur, y intégrant leurs rythmes, leurs symboles, leurs spiritualités et leur imaginaire collectif. Le carnaval devient alors un espace de créativité et parfois de résistance culturelle.

II. Pourquoi la date du carnaval change-t-elle chaque année ?

La date du carnaval dépend du calendrier liturgique chrétien :
• Le carnaval culmine le Mardi gras, veille du Mercredi des Cendres, qui marque le début du Carême.
• Or le Carême est fixé en fonction de la date de Pâques, elle-même déterminée selon un calcul lié au cycle lunaire (le premier dimanche suivant la pleine lune après l’équinoxe de printemps, c’est à dire : le moment d’harmonie cosmique

Ainsi, puisque Pâques varie chaque année, le Mardi gras et donc le carnaval varie également. Cette mobilité inscrit le carnaval dans une dynamique à la fois religieuse et astronomique.

III. L’initiation du carnaval en Haïti : appropriation et créativité

En Haïti, le carnaval acquiert progressivement une identité propre. Dès le XIXᵉ siècle, des défilés masqués et des formations musicales animent les rues de Port-au-Prince et des grandes villes.

Au fil du temps, le carnaval haïtien devient :
• Un espace d’expression musicale (méringue carnavalesque, compas, rythmes racines)
• Un lieu de satire sociale et politique
• Un théâtre populaire où se mêlent ironie, créativité et revendications

Il dépasse ainsi le simple cadre religieux pour s’affirmer comme un événement culturel majeur, profondément ancré dans la vie nationale.

IV. Évolution et moments d’exploit

a) L’âge d’or des orchestres

Au Cap-Haïtien, la rivalité musicale entre Septentrional et Tropicana d’Haïti a marqué des générations. Le carnaval devient un espace de compétition artistique intense où chaque orchestre rivalise d’ingéniosité, donnant naissance à des méringues restées dans la mémoire collective.

b) Jacmel, capitale du masque

Le carnaval de Jacmel s’impose comme une référence internationale grâce à ses masques géants en papier mâché, ses costumes spectaculaires et son esprit satirique. Il symbolise l’excellence artisanale haïtienne et l’imagination populaire portée à son apogée.

c) Le Carnaval des Fleurs

Après le séisme de 2010, le « Carnaval des Fleurs » organisé à Port-au-Prince se veut un signal de relance culturelle et de résilience nationale. Malgré les débats qu’il suscite, il marque une volonté de redonner souffle et visibilité à la fête populaire.

d) Le carnaval comme tribune nationale

Au-delà du spectacle, les chansons carnavalesques deviennent souvent de véritables chroniques politiques chantées. Elles expriment critiques, frustrations, espoirs et aspirations populaires. Le carnaval devient alors un miroir vivant de la société haïtienne.

e) Le carnaval aujourd’hui : entre fête et défis

Le carnaval haïtien demeure un puissant marqueur identitaire. Il mobilise :
• Des milliers d’artisans et d’artistes
• Une économie temporaire dynamique
• Une diaspora attentive
• Une jeunesse en quête d’expression

Cependant, il évolue dans un contexte marqué par des défis sécuritaires, économiques et organisationnels qui interrogent sa pérennité et sa portée nationale.

Synthèse : plus qu’une fête, un miroir de la nation

Le carnaval en Haïti n’est pas seulement un moment d’exubérance. Il est mémoire, créativité, satire et résilience.

Il révèle les tensions, les blessures et les rêves d’un peuple. Il donne voix à ceux qui chantent, masquent, défilent et dansent pour dire le pays autrement.

Entre foi, histoire et identité populaire, le carnaval demeure cet espace singulier où la nation se regarde, se critique, se célèbre — et parfois se réinvente.

CENTRE ABC
ACTION POUR LE BIEN COMMUN

Crise institutionnelle : quels rapports de force politiques se dessinent après le carnaval et quelles perspectives pour la transition ?

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le 17 février 2026—Pendant que la population haïtienne danse, chante et tente d’oublier provisoirement les difficultés quotidiennes à travers les festivités carnavalesques, les signaux politiques laissent entrevoir une période post-carnaval potentiellement complexe. Entre repositionnements d’acteurs, débats sur la légitimité du pouvoir et attentes autour d’élections crédibles, la transition semble entrer dans une phase sensible où les rapports de force pourraient rapidement se redéfinir.

Plusieurs initiatives, déclarations publiques et repositionnements partisans laissent entrevoir une phase de recomposition où la question centrale demeure la légitimité du pouvoir, la sécurité nationale et la perspective d’élections crédibles. La transition actuelle semble ainsi entrer dans une période charnière où chaque acteur cherche à consolider son influence.

Le Comité de suivi des assises du dialogue national inter-haïtien apparaît comme l’un des pôles actifs de cette dynamique. Issu des discussions politiques organisées à l’hôtel Montana, ce regroupement entend relancer le dialogue politique national et prévoit une conférence de presse après le carnaval afin de clarifier ses positions. Cette démarche vise notamment à réaffirmer la pertinence d’un consensus politique face à la crise institutionnelle persistante.

Cette agitation politique intervient dans un contexte institutionnel fragile marqué par la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition et la concentration de l’exécutif autour du Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé.

Ce nouveau rapport de forces suscite des interrogations et des critiques. Certains acteurs estiment que la transition doit rapidement produire des résultats tangibles en matière de sécurité et d’organisation électorale.

Dans ce paysage mouvant, des formations politiques cherchent à peser davantage. L’OIF insiste sur la nécessité d’une transition consensuelle et d’un retour rapide aux urnes, tandis que le Parti Fusion des Sociaux-démocrates haïtiens met l’accent sur l’urgence de restaurer l’autorité de l’État et d’obtenir des résultats mesurables, notamment sur le plan sécuritaire. Ces positions traduisent une pression croissante sur le gouvernement.

Parallèlement, la dimension internationale reste déterminante. L’OIF et la Communauté Caribéenne encouragent un consensus politique national et un processus stable conduit par les Haïtiennes et Haïtiens.

Les pays amis d’Haïti, dont les États-Unis, de la France et du Canada ont également exprimé leur attention à l’évolution de la transition, insistant sur la nécessité d’élections crédibles et d’une stabilisation durable.

Au-delà des institutions et des partis politiques, des débats sur la légitimité politique, la gouvernance et même certaines questions constitutionnelles continuent d’alimenter l’espace public.

Ces discussions traduisent un climat de méfiance mais aussi une attente forte d’un leadership capable d’apporter des réponses concrètes à la crise multidimensionnelle que traverse le pays.

Nombreux sont les observateurs qui estiment que la période post-carnaval pourrait marquer une accélération des initiatives politiques. Entre dialogue annoncé, pressions partisanes, attentes internationales et impatience populaire, les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour l’orientation réelle de la transition et l’avenir institutionnel du pays.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

États-Unis–Décès du Révérend Jesse Jackson: l’OHDLP salue la mémoire d’un géant des droits civiques

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Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.—
L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP) se dit «très consterné» par le décès du Révérend Jesse Jackson, figure emblématique de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, survenu à l’âge de 84 ans, selon un communiqué familial relayé ce mardi.

Dans une note officielle signée par son Directeur exécutif, Alex Calas, l’organisation haïtienne de défense des droits humains rend hommage à «un dirigeant d’envergure, visionnaire, qui a changé cette nation et le monde», saluant un engagement «indéfectible en faveur de la justice, de l’égalité et de la dignité humaine». D’après ses proches, le pasteur aurait rendu son dernier souffle «paisiblement, entouré de sa famille». Un hommage public devrait être organisé à Chicago à une date ultérieure.

Un compagnon de route de Martin Luther King Jr.

Compagnon de lutte du Révérend Martin Luther King Jr., Jesse Jackson fut présent à Memphis en 1968 lors de l’assassinat du leader historique du mouvement des droits civiques. Dès sa jeunesse, il s’engage dans les sit-in contre la ségrégation et participe, en 1965, aux marches de Selma à Montgomery pour défendre le droit de vote des Afro-Américains.

Né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud, il grandit dans le Sud ségrégué. Excellent élève et sportif accompli, il obtient une bourse universitaire grâce à ses talents en football américain, à une époque où le mouvement pour les droits civiques prend son essor à travers le pays.

Une figure politique nationale

Au-delà de son engagement religieux et militant, Jesse Jackson s’impose comme une figure politique majeure. Candidat à l’investiture démocrate lors des primaires présidentielles de 1984 et 1988, il élargit le débat national aux revendications des Afro-Américains et des minorités. Son discours sur le « socle commun » en 1988 marque durablement les esprits, appelant à l’unité au-delà des clivages raciaux et sociaux.

Image restée célèbre : celle du révérend en larmes à Chicago, le 4 novembre 2008, lors de l’annonce par CNN de la victoire de Barack Obama, premier président noir des États-Unis. Pour beaucoup, ce moment symbolisait l’aboutissement partiel d’un combat entamé plusieurs décennies plus tôt.

Le Révérend Al Sharpton a salué sur Instagram «un rêve vivant», rappelant combien Jesse Jackson avait su inspirer des générations de jeunes Afro-Américains à croire en leur valeur et en leur potentiel.

Engagements internationaux et combats récents

Médiateur international, Jesse Jackson fut impliqué dans plusieurs dossiers diplomatiques sensibles, intervenant en Syrie, en Serbie ou en Irak pour négocier la libération de prisonniers américains. Opposant déclaré à l’apartheid, il joua également un rôle d’émissaire en Afrique dans les années 1990 sous la présidence de Bill Clinton.

Plus récemment, il s’était tenu aux côtés de la famille de George Floyd, dont la mort en 2020 avait déclenché une vague mondiale de protestations contre les violences policières, ainsi qu’au procès des accusés du meurtre d’Ahmaud Arbery en Géorgie.

Affaibli par la maladie de Parkinson, révélée publiquement en 2017, et hospitalisé en novembre dernier pour une affection dégénérative sévère, il avait continué à apparaître en public aussi longtemps que sa santé le lui permettait.

Les condoléances de l’OHDLP

Dans son message, l’OHDLP adresse ses «plus vives sympathies» à l’épouse, aux six enfants et aux petits-enfants du défunt, ainsi qu’à la communauté internationale des droits humains, aux dirigeants du Parti démocrate américain, au Congrès, au gouvernement et au peuple américain.

Pour l’organisation haïtienne, la disparition de Jesse Jackson «laisse un vide immense dans la lutte pour les droits des opprimés» et rappelle l’actualité permanente du combat pour l’égalité raciale et la justice sociale à travers le monde.

Avec la mort de ce «grand mapou» du mouvement des droits civiques, c’est une page majeure de l’histoire contemporaine américaine qui se tourne, mais un héritage militant qui, selon l’OHDLP, continuera d’inspirer les générations futures.

Jean Mapou / Le Relief

La sécurité en suspens : la Police nationale haïtienne marque-t-elle un temps d’arrêt ?

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Depuis le crapuleux assassinat du feu président Jovenel Moïse, plusieurs gouvernements de transition , ceux du Dr Ariel Henry, du CPT/Conille et du CPT/Fils-Aimé , ont échoué dans la première phase de leur mission : rétablir la sécurité nationale afin de créer les conditions nécessaires à la tenue d’un référendum constitutionnel et à l’organisation d’élections générales susceptibles de rétablir les institutions républicaines.

Pourtant, un vent d’espoir avait commencé à souffler au sein de la population, qui constatait la multiplication de la présence policière dans certaines artères de l’aire métropolitaine, ainsi que le lancement d’opérations dans des zones réputées de non-droit, peu avant le 7 février. Ces initiatives laissaient entrevoir une volonté manifeste de reconquête territoriale. Aujourd’hui, une question revient avec insistance dans l’opinion publique : où sont passées les différentes opérations qui suscitaient cet espoir ?

À la surprise générale, un arrêt apparent est observé depuis la fin du mandat des conseillers-présidents, le 7 février 2026. Pendant que l’insécurité poursuit sa progression dans l’aire métropolitaine , notamment à Delmas où les enlèvements contre rançon refont surface. D’autres signaux inquiétants se multiplient.

À Pétion-Ville, la mairie a suspendu les activités carnavalesques pour cause d’insécurité. Les routes nationales demeurent toujours bloquées en grande partie. De vastes portions du territoire, en particulier dans l’Ouest, le Centre et l’Artibonite, restent encore sous le contrôle de gangs armés. Des milliers de déplacés internes aspirent constamment à regagner leurs foyers, dans un climat d’incertitude et de peur.

Le paysage institutionnel, quant à lui, semble figé. La concentration du pouvoir entre les mains d’une autorité timidement contestée, soutenue par certains acteurs diplomatiques étrangers, alimente les interrogations sur la gouvernance actuelle et sur la capacité réelle de l’État à coordonner une réponse efficace à la crise sécuritaire. Cette situation donne l’impression d’un temps suspendu, comme si la dynamique politique était en attente d’un nouvel accord ou d’un compromis supplémentaire, pendant que la crise s’aggrave.

Cette paralysie apparente révèle un mal plus profond : la prédominance des luttes d’intérêts sur les priorités nationales. Tandis que certains acteurs politiques semblent davantage préoccupés par le partage du pouvoir, la population, elle, continue à subir les conséquences directes de l’insécurité. Ce décalage nourrit la méfiance citoyenne et accentue le sentiment d’abandon.

Malgré tout, la population haïtienne conserve une attente forte à l’égard de Police nationale d’Haïti, ce corps investi de la mission de protéger et de servir. L’espoir d’un rétablissement de l’ordre repose en grande partie sur sa capacité à reprendre l’initiative. Si la Police nationale semble aujourd’hui en mode pause, la question demeure entière : s’agit-il d’une stratégie réfléchie ou de la conséquence d’instructions politiques et institutionnelles ?

L’avenir immédiat de la sécurité en Haïti dépendra en grande partie de la réponse apportée à cette interrogation, ainsi que de la volonté des autorités de placer enfin la protection des citoyens au cœur de l’action publique.

Pierre Josué Agénor Cadet

𝐋𝐀 𝐒𝐀𝐋𝐈𝐍𝐄

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𝐿𝑒 𝑑𝑖𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑠𝑒𝑠 𝑦𝑒𝑢𝑥
𝐸𝑡 𝐷𝑖𝑒𝑢
𝐷𝑎𝑛𝑠 𝑠𝑜𝑛 𝑠𝑜𝑢𝑟𝑖𝑟𝑒
𝐷𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑚𝑜𝑛 𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑐𝑎𝑟𝑡𝑒́𝑠𝑖𝑒𝑛
𝐸𝑛𝑡𝑟𝑒 𝑙𝑒 𝑑𝑖𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑒𝑡 𝑙𝑒 𝑏𝑜𝑛 𝐷𝑖𝑒𝑢
𝐴𝑢 𝑑𝑖𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑚𝑎 𝑟𝑎𝑖𝑠𝑜𝑛
𝑃𝑎𝑟 𝑑𝑒𝑣𝑎𝑛𝑡 𝑚𝑎 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛
𝐷𝑒 𝑓𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑐ℎ𝑎𝑖𝑟 𝑎̀ 𝑚𝑎 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒.

𝑃𝑎𝑟𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑜𝑢̀ 𝑗𝑒 𝑚𝑒 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒
𝑆𝑎 𝑣𝑜𝑖𝑥 𝑒𝑠𝑡 𝑚𝑎 𝑑𝑒𝑚𝑒𝑢𝑟𝑒
𝑃𝑎𝑟𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑜𝑢̀ 𝑗𝑒 𝑚’𝑒𝑥𝑖𝑙𝑒
𝐷𝑎𝑛𝑠 𝑚𝑜𝑛 𝑐œ𝑢𝑟 𝑏𝑎𝑡 𝑚𝑜𝑛 𝑖̂𝑙𝑒.

𝑄𝑢𝑎𝑛𝑑 𝑖𝑙 𝑝𝑙𝑒𝑢𝑟𝑒 𝑚𝑜𝑛 𝑝𝑎𝑦𝑠
𝑀𝑒𝑠 𝑠𝑒𝑛𝑠 𝑖𝑛𝑜𝑛𝑑𝑒𝑛𝑡 𝑚𝑎 𝑠𝑐𝑖𝑒𝑛𝑐𝑒
𝑀𝑜𝑛 𝑎̂𝑚𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑠𝑎𝑖𝑛𝑡-𝑠𝑜𝑙𝑒𝑖𝑙
𝑃𝑒𝑢 𝑖𝑚𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒 𝑜𝑢̀ 𝑖𝑙 𝑛𝑒𝑖𝑔𝑒.

Dans 𝐋𝐀 𝐒𝐀𝐋𝐈𝐍𝐄, extrait de 𝐶’𝑒𝑠𝑡 𝑑’𝑢𝑛𝑒 𝑟𝑢𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑞𝑢𝑒 𝑛𝑎𝑖̂𝑡 𝑙’𝑎𝑚𝑜𝑢𝑟 (2024), Jean Venel Casséus propose un poème bref par l’étendue, mais ample par la densité symbolique. Le texte s’inscrit dans une tradition antillaise où la parole poétique reconstruit un territoire intérieur à partir de la mémoire, de la perte et du déplacement. Ici, l’exil n’apparaît jamais comme une donnée administrative ou géographique ; il correspond à une condition existentielle. Le sujet lyrique ne quitte pas un lieu : il se partage entre la raison et la passion, entre le regard et le sourire, entre Dieu et le diable, autrement dit entre ordre et vitalité.

« Le diable est dans ses yeux / Et Dieu / Dans son sourire ». Dès l’ouverture, Casséus installe une anthropologie créole du monde. La dualité n’appartient pas au manichéisme occidental. Elle évoque la coexistence des forces dans les cosmologies afro-caribéennes où la lumière contient l’ombre. La personne aimée ou la terre aimée, car l’ambiguïté demeure volontaire, prend la forme d’un espace sacré où les contraires s’accordent. Cette tension traverse tout le poème : la rationalité cartésienne s’y avoue vaincue par une connaissance incarnée, presque tellurique. « Au diable ma raison / Par devant ma passion / De faire chair à ma terre ». La formule marque un basculement : la terre quitte la géographie pour entrer dans le corps.

Le texte avance alors vers une intériorisation continue. L’espace extérieur s’efface au profit d’un espace affectif. « Partout où je me terre / Sa voix est ma demeure ». L’habitat perd sa matérialité et passe dans le sonore. La voix remplace la maison. Cette substitution correspond à l’expérience diasporique : la continuité culturelle survit à la discontinuité spatiale.

La mention « Mon âme est saint-soleil » introduit la clé esthétique du poème. Casséus convoque implicitement le mouvement pictural haïtien Saint-Soleil, fondé dans les années 1970 par Tiga (Jean-Claude Garoute), Levoy Exil et leurs compagnons. Ce courant refusait la perspective occidentale et privilégiait la spontanéité visionnaire, la peinture comme surgissement intérieur plutôt que représentation mimétique. Les figures y obéissaient aux pulsations du monde invisible. Dire « mon âme est saint-soleil » revient à inscrire l’identité dans l’apparition plutôt que dans la biographie. L’âme prend la forme d’une surface traversée par la mémoire collective, les héritages et les présences invisibles du pays.

La nostalgie sert alors d’énergie créatrice. « Quand il pleure mon pays / Mes sens inondent ma science ». La connaissance intellectuelle cède devant la sensation. Le poète adopte la même épistémologie que la peinture Saint-Soleil : la vérité surgit avant l’explication.

Le dernier vers « Peu importe où il neige » opère la fermeture symbolique du texte. La neige, image de l’ailleurs nordique, n’efface pas l’île ; elle accentue sa présence intérieure. L’éloignement climatique confirme l’appartenance. La Saline cesse d’être quartier ou souvenir : principe d’organisation intime.

Le poème s’offre ainsi comme autoportrait indirect : non le récit d’une vie, mais la description d’une structure intérieure façonnée par Haïti. Casséus rejoint la tradition d’une littérature caribéenne où le sujet existe à travers la relation au lieu natal, de Césaire à Glissant, et la reformule par une esthétique plastique. La mémoire correspond ici à une toile Saint-Soleil : saturée, vibrante, indisciplinée, habitée.

Dans La Saline, l’exil n’efface pas la terre ; il la déplace vers l’homme. Le pays passe du dehors au dedans. L’île prend rang d’organe vital. Elle bat. Et parce qu’elle bat, le poème respire.


17 février 2026

Pénuries à Cuba: une mobilisation régionale s’organise face à la crise

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Par Jean Mapou

LA HAVANE.— Face aux pénuries persistantes qui frappent Cuba, notamment en carburant et en produits de première nécessité, plusieurs pays d’Amérique latine ont annoncé des initiatives d’aide humanitaire, dans un contexte de fortes tensions liées aux sanctions imposées par les États-Unis.

Le Mexique a récemment acheminé des cargaisons de produits essentiels vers La Havane, répondant à une promesse de la présidente Claudia Sheinbaum. Dans la foulée, le président chilien Gabriel Boric a annoncé l’envoi d’une aide humanitaire à l’île. «On peut avoir des divergences avec Cuba, mais rien ne justifie les dommages causés aux enfants et aux citoyens innocents», a-t-il déclaré sur le réseau X.

Cette décision a suscité de vives critiques au Chili, notamment de la part du député libertarien Johannes Kaiser, tandis que le pays s’apprête à une transition politique avec l’arrivée au pouvoir du dirigeant d’extrême droite José Antonio Kast le 11 mars.

Parallèlement, une coalition internationale de partis de gauche, d’ONG, de syndicats et de groupes humanitaires prévoit l’envoi d’une flottille vers Cuba le mois prochain. Objectif affiché: livrer des «biens essentiels» et exprimer la solidarité internationale envers le peuple cubain, dans ce que certains organisateurs décrivent comme une tentative d’éviter une catastrophe humanitaire.

Jean Mapou / Le Relief

Depuis Cuba, une voix anonyme accuse Washington de génocide à peine voilée lent et appelle le monde à briser le silence

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Par Jean Mapou

LA HAVANE, Cuba.— Une lettre ouverte, signée par «une Cubaine ordinaire», circule largement sur les réseaux sociaux et ravive le débat sur les conséquences de l’embargo américain contre Cuba. Dans un texte au ton grave et accusateur, l’auteure dénonce ce qu’elle qualifie d’assassinat lent, calculé et froidement exécuté depuis les bureaux de Donald Trump.

S’adressant à l’humanité entière, aux mères, aux médecins, aux journalistes et aux gouvernements, la signataire affirme que la situation actuelle sur l’île ne relève pas d’une simple crise économique, mais d’un «crime contre l’humanité» résultant de plus de six décennies de sanctions.

Médicaments, carburant et alimentation au cœur des accusations

La lettre évoque d’abord le sort des personnes âgées, privées selon elle de médicaments essentiels pour traiter les maladies cardiovasculaires, le diabète ou l’hypertension. Elle soutient que des entreprises étrangères seraient dissuadées de commercer avec l’île en raison des sanctions américaines, aggravant les pénuries.

L’auteure affirme également que des hôpitaux auraient été contraints d’éteindre des incubateurs faute de carburant, mettant en danger la vie de nouveau-nés. Elle dénonce une politique qui empêcherait l’approvisionnement en pétrole et en matériel médical, accusant Washington de faire primer ses décisions politiques sur des considérations humanitaires.

Sur le plan alimentaire, la lettre décrit une «faim programmée», soutenant que les restrictions financières et commerciales compliquent l’importation de denrées de base comme les céréales, le lait ou la volaille. Elle estime que cette stratégie de «pression économique» vise à affaiblir durablement la population.

Des responsables américains nommément cités

Le texte pointe la responsabilité de plusieurs dirigeants américains, affirmant que les sanctions ont été renforcées sous l’administration de Donald Trump et appliquées avec fermeté par le sénateur Marco Rubio, connu pour ses positions dures à l’égard de La Havane.

L’auteure rappelle par ailleurs que des scientifiques cubains ont développé cinq vaccins contre la COVID-19 malgré les restrictions, y voyant la preuve de la résilience du système de santé local face à l’isolement économique.

Un appel à la mobilisation internationale

Au-delà des accusations, la lettre se veut un appel à la solidarité internationale. «Cuba ne demande pas l’aumône», écrit-elle, mais «justice» et la fin de la normalisation de la souffrance du peuple cubain. Elle exhorte les gouvernements à ne pas rester silencieux, les médias à relayer «la vérité» et les citoyens du monde à partager massivement son message.

Concluant sur un ton combatif, la signataire appelle à briser le silence et à faire circuler la dénonciation plus loin que le blocus, estimant qu’une mobilisation collective pourrait faire pression sur la communauté internationale.

Alors que l’embargo américain contre Cuba est régulièrement condamné par une majorité d’États à l’Assemblée générale des Nations unies, cette lettre remet au premier plan la dimension humaine d’un conflit politique qui dure depuis plus de 60 ans, et continue de diviser profondément la scène internationale.

Jean Mapou / Le Relief

Sensibilisation démocratique ou communication politique stratégique : les enjeux d’une campagne électorale au cœur du carnaval

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le 15 février 2026 —Cette période carnavalesque est marquée par la récente initiative du CEP, consistant à mener des activités de sensibilisation électorale lors du défilé de Jacmel. Cet initiative s’inscrit dans une stratégie qui dépasse la simple communication institutionnelle.

En intégrant le message électoral à un événement culturel majeur de cet envergure, avec une forte présence de la jeunesse haïtienne, le CEP semble chercher à rapprocher la politique du quotidien des citoyens et des citoyennes, notamment des jeunes, souvent plus présents dans ces espaces festifs que dans les forums politiques traditionnels.

Le carnaval comme vecteur de sensibilisation

Le choix du carnaval comme vecteur de sensibilisation n’est pas anodin. Ce moment rassembleur constitue l’un des rares espaces où les clivages sociaux, politiques ou économiques tendent à s’atténuer temporairement. En y introduisant des messages liés aux élections, le CEP semble vouloir normaliser l’idée de participation citoyenne, la présenter non comme une obligation abstraite, mais comme une dimension intégrée à la vie collective et culturelle. Cette approche pourrait contribuer à réduire la distance psychologique entre la jeunesse haïtienne et les processus électoraux.

La forte présence de jeunes et d’associations féminines, arborant pancartes et t-shirts aux couleurs du CEP, révèle également une volonté de cibler des catégories historiquement sous-représentées dans la participation politique active. L’accent mis sur les slogans encourageant la participation féminine traduit une reconnaissance implicite du déficit d’inclusion des femmes dans les institutions politiques.

Si cette dynamique se maintient, elle pourrait contribuer à renforcer la visibilité politique des femmes et, à terme, influencer la composition sociologique des instances électives.

Cette campagne peut aussi être interprétée comme une tentative de reconstruction de la confiance institutionnelle. Dans un contexte marqué par l’absence prolongée d’élections et par une crise de légitimité politique persistante, toute initiative visant à rappeler l’importance du vote participe d’un effort de réhabilitation du processus démocratique. La pédagogie électorale dans l’espace public festif peut alors servir à réintroduire progressivement l’idée d’alternance démocratique comme horizon possible.

A quoi doit-on s’attendre ?

Cependant, l’impact réel d’une telle campagne dépendra de sa continuité et de sa crédibilité. Une sensibilisation ponctuelle, même visible, ne suffit pas toujours à transformer durablement les comportements politiques. Elle doit s’accompagner de garanties concrètes : sécurité, transparence électorale, confiance dans les institutions et perspectives réelles d’élections. Sans ces conditions, la communication risque d’être perçue comme symbolique plutôt que structurante.

Une campagne qui s’associe à la culture pour une participation citoyenne

Pour la jeunesse haïtienne, l’enjeu est particulièrement crucial. Une campagne qui associe culture, participation citoyenne et inclusion peut nourrir un sentiment d’appartenance nationale et encourager l’engagement civique.

À l’échelle nationale, cela pourrait contribuer à renforcer la culture démocratique, favoriser la cohésion sociale et redonner une perspective politique à une génération souvent confrontée à l’incertitude institutionnelle.

En définitive, cette initiative du CEP illustre une tentative de reconnecter la politique à la société par des canaux culturels populaires. Si elle s’inscrit dans une stratégie plus large de relance démocratique, elle pourrait jouer un rôle non négligeable dans la mobilisation citoyenne, particulièrement chez les jeunes et les femmes, et contribuer à la reconstruction progressive de la confiance démocratique dans le pays.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Mangeons-en tous : l’histoire d’une République découpée!

Par Yves Lafortune

Il fut un temps où gouverner signifiait orienter. Aujourd’hui, trop souvent, cela signifie partager.

Depuis 1992, l’idée du gouvernement de salut public a introduit dans notre vie politique un principe dangereux : celui du repartimientos. À chaque crise, au lieu d’une vision, on a proposé une distribution. Chaque parti son ministère. Chaque groupe sa parcelle d’État. Comme si la survie nationale dépendait moins d’un projet que d’un partage de postes.

Le pays est alors devenu une table. La République, un plat.

Entre 1994 et 2004, le retour du président Jean-Bertrand Aristide avait ouvert une décennie de stabilité relative. Dix ans, c’était assez pour poser des rails, structurer l’administration, réformer l’État, moderniser l’économie. Mais l’occasion historique n’a pas été transformée en fondation durable. L’énergie politique s’est dissipée dans l’urgence et la survie.

Puis 2004–2006 : une brève accalmie, une fenêtre fragile où l’on entrevoyait une possible technocratie, un État moins partisan, plus administratif. Une respiration. Elle fut courte.

Avec la présidence de René Préval, une autre logique s’est consolidée : neutraliser en intégrant. Partager pour apaiser. Donner pour faire taire. Inviter à la moisson ceux qui pouvaient nuire. Ce n’était plus seulement uncompromis ; c’était une méthode. Le pouvoir devenait un outil de pacification politique par la distribution.

Depuis lors, la République ressemble à une hostie politique. Elle est rompue, ceci est mon corps, divisée entre nous et pour la multitude, consommons!

Les partis se succèdent, sans vision cohérente, sans projet national structuré, sans continuité administrative. On ne débat plus d’orientation ; on négocie des portefeuilles. On ne parle plus de transformation ; on parle d’équilibre entre forces. L’État cesse d’être stratège pour devenir arbitre de parts.

Et aujourd’hui encore, alors que le pays traverse l’une des crises les plus graves de son histoire contemporaine, l’impression persiste : on s’apprête à le découper de nouveau. Les mêmes mains tiennent les couteaux. Les mêmes voix réclament leur tranche. On dirait une liturgie politique :
Mangeons-en tous, car ceci est le pays livré à nous.

Mais un pays n’est pas un gâteau. Le pouvoir n’est pas une hostie. La République n’est pas un festin.

Aucun progrès n’est possible dans la logique du partage sans vision. Diviser les ministères ne construit pas une économie. Multiplier les alliances ne produit pas une politique publique. Distribuer le pouvoir ne crée ni institutions solides, ni croissance durable, ni justice sociale.

Un État se bâtit sur trois piliers : une vision claire,
un plan structuré, des femmes et des hommes capables de l’exécuter.

Sans cela, chaque partage est une mutilation supplémentaire. Chaque compromis sans projet affaiblit la capacité collective d’agir. Et le peuple, lui, regarde la table sans jamais être invité au festin. La vérité est connue de tous, à l’intérieur comme à l’extérieur. On ne redresse pas une nation en fragmentant son autorité. On ne guérit pas une crise en multipliant les bénéficiaires du système. Le pouvoir partagé sans direction devient dilution. Il disperse l’énergie au lieu de la concentrer.

À ceux qui tiennent encore leur couteau, prêts à tracer une nouvelle ligne sur le corps fragile du pays, il faut dire ceci :

Un peu de pitié.

Pitié pour cette terre qui n’a pas besoin d’un autre partage, mais d’une reconstruction. Pitié pour cette jeunesse qui attend autre chose qu’un arrangement entre élites.
Pitié pour Haïti.

Car si la République continue d’être mangée tranche après tranche, il ne restera bientôt plus rien à partager.

Yves Lafortune, New Orléans

Ces attitudes politiques qui éloignent la jeunesse de l’engagement

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Depuis plusieurs décennies, la société haïtienne observe avec attention le parcours de ses dirigeants politiques, avant, pendant et après l’exercice de leurs fonctions. Ces trajectoires individuelles ne sont pas sans impact sur la perception que la jeunesse se fait de la politique et du service public. Dans un pays confronté à de nombreux défis économiques, sociaux et institutionnels, les jeunes cherchent des repères, des modèles et des raisons d’espérer. Ils scrutent les comportements de ceux qui ont occupé des postes de responsabilité pour y trouver des signes de cohérence, de patriotisme et de fidélité aux intérêts nationaux.
Or, certaines attitudes récurrentes adoptées par d’anciens responsables politiques suscitent incompréhension et désillusion. Elles donnent parfois l’impression que la politique est davantage un moyen d’ascension personnelle qu’un véritable engagement au service de la collectivité. Cette perception peut décourager les jeunes de s’investir dans la vie publique, en renforçant l’idée que l’intérêt individuel prime sur le destin commun. Trois comportements en particulier méritent d’être examinés, car ils influencent fortement l’image de la politique auprès des nouvelles générations.
Première attitude : le va-et-vient opportuniste entre l’étranger et Haïti
On observe d’abord le cas de personnes vivant à l’étranger qui ne rentrent en Haïti qu’après leur nomination à un poste politique. Une fois leur mandat terminé, elles quittent presque automatiquement le pays pour rejoindre les membres de leur famille à l’étranger. Certains ne passent même pas régulièrement les week-ends ou les jours fériés en Haïti pendant l’exercice de leurs fonctions.
Cette attitude donne l’impression que la fonction publique est perçue comme une simple opportunité professionnelle, et non comme un engagement profond envers la nation. Pour les jeunes, cela envoie un message ambigu : servir l’État ne serait pas un acte d’enracinement et de responsabilité durable, mais une parenthèse temporaire dans une carrière personnelle tournée vers l’extérieur. Une telle perception affaiblit le sentiment d’appartenance nationale et l’idée de sacrifice au service du bien commun.
Deuxième attitude : l’exil volontaire définitif après le service de l’État
La deuxième attitude concerne ceux et celles qui vivent en Haïti mais qui, après avoir occupé un poste nominatif ou électif, choisissent de quitter définitivement le pays. Souvent, leurs ressources financières et leurs biens immobiliers se trouvent déjà à l’étranger.
Ce comportement soulève des questions éthiques et symboliques. Lorsqu’un ancien responsable public transfère sa vie et ses intérêts hors du pays qu’il a administré, cela peut être interprété comme un manque de confiance dans l’avenir national. Pour les jeunes, qui luttent quotidiennement pour construire leur avenir en Haïti, ce départ ressemble à un désaveu. Il suggère que même ceux qui ont dirigé les institutions ne croient pas suffisamment au potentiel du pays pour y investir leur propre futur.
Troisième attitude : le silence après l’expérience politique
La troisième attitude est celle de responsables qui, après leur parcours politique, restent en Haïti mais s’enferment dans le silence, comme s’ils n’existaient plus dans le débat public.
Or, l’expérience acquise au sommet de l’État constitue un capital précieux. En se retirant totalement de la vie intellectuelle et civique, ces anciens dirigeants privent la société ,et surtout la jeunesse , de conseils, de témoignages et d’analyses susceptibles d’éclairer l’avenir. Leur silence crée un vide : il empêche la transmission d’expérience et la formation d’une culture politique fondée sur la mémoire et la réflexion critique.

Ces attitudes contribuent à affaiblir la confiance des jeunes envers la politique. Pour raviver l’espoir et encourager l’engagement civique, il est essentiel que les anciens responsables incarnent la continuité, la responsabilité et la solidarité nationale. La jeunesse a besoin d’exemples montrant que le service de l’État est un engagement durable envers la société.

Pierre Josué Agénor Cadet