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Léon XIV lance un flux officiel pour endiguer les fausses informations générées par l’IA

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Par Jean Mapou

VATICAN.— Face à la prolifération de contenus trompeurs attribués au souverain pontife sur les réseaux sociaux, le pape Léon XIV a appelé l’ensemble des organisations catholiques à intégrer un flux direct d’actualités officielles du Vatican sur leurs sites internet. Une initiative présentée comme une réponse stratégique à l’essor des fausses informations générées par l’intelligence artificielle.

Selon Vatican News, média officiel du Saint-Siège à l’origine du dispositif, le pape a adressé une lettre aux évêques du monde entier pour les encourager à adopter cet outil numérique sur les plateformes des paroisses, des diocèses ainsi que des associations liées à l’Église.

Un outil d’évangélisation à la source de l’information

Concrètement, l’intégration d’un widget développé par Vatican News permettra de diffuser en temps réel des vidéos officielles du pape, ses discours, ses homélies, ses annonces et différents textes émanant des organes du Vatican. Le flux sera accessible en 40 langues, élargissant considérablement sa portée internationale.

Dans sa correspondance, Léon XIV qualifie cette initiative d’ outil d’évangélisation et de moyen pour vos paroisses et communautés d’obtenir constamment des informations à la source. Une manière, selon lui, de garantir l’authenticité des messages pontificaux dans un environnement numérique de plus en plus saturé de contenus manipulés.

L’IA au cœur des manipulations

Cette décision intervient alors qu’une enquête de l’AFP a mis en lumière l’existence de dizaines de pages sur YouTube et TikTok diffusant des vidéos et enregistrements générés par intelligence artificielle, faussement attribués au pape.

Sur TikTok notamment, une vidéo en espagnol prétendant montrer le pontife prêchant sur « la valeur de l’adoration des femmes » a cumulé 9,6 millions de vues. Une autre séquence, pourtant accompagnée d’une mention relative à l’usage de l’IA mais jugée trompeuse, a été visionnée près de 32,9 millions de fois.

Ces chiffres illustrent l’ampleur du phénomène et les risques de désinformation auxquels fait face le Saint-Siège. En misant sur la centralisation et la diffusion directe de contenus certifiés, le Vatican entend ainsi reprendre le contrôle de sa communication numérique et préserver l’intégrité de la parole pontificale à l’ère de l’intelligence artificielle.

Jean Mapou / Le Relief

Recrudescence du kidnapping : Des citoyens s’inquiètent(?

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Par Gedeon Delva

Ces derniers mois, les cas de kidnapping sont en nette augmentation dans la capitale haïtienne, notamment dans la commune de Delmas. Selon des informations parvenues à notre rédaction la majorité des cas sont enregistrées à Delmas 75 et 31.
Parmi les victimes on denombre des juges, des avocats, des hommes d’affaires, des employés de banques ainsi que d’autres citoyens.

Face à cette recrudescence, beaucoup de voix et d’institution élèvent leurs voix pour lancer des appels à la prudence et demande aux autorités d’agir vite pour contrecarrer cette vague.

Dans une note publiée mercredi, Washington appellent ses ressortissants à limiter leurs déplacements à Port-au-Prince, l’Ambassade des États-Unis à Port-au-Prince rappelle que l’avis concernant Haïti est maintenu au niveau 4 : « Ne pas voyager » insiste Washington. Il
est également conseillé de mettre en place un plan de communication avec la famille, l’employeur ou l’organisme d’accueil, en précisant la fréquence des messages ou appels pour confirmer sa sécurité.

Me Arnel Rémy, avocat au Barreau de Port-au-Prince, qui réagissait à cette situation, appelle les autorités compétentes à prendre des mesures urgentes afin de freiner cette vague d’enlèvements. Il exhorte notamment les responsables de la Police nationale d’Haïti à renforcer les dispositifs de sécurité dans les zones concernées.

Notons que la semaine dernière, 4 cas de Kidnapping ont été recensés à Delmas 75 selon des informations publiées dans la presse tandis que deux autres cas ont été signalés à Delmas 31.

Gedeon Delva / Le Relief

Les Nations Unies attirent l’attention sur l’exploitation des enfants par les gangs armés

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Dans un rapport publié le 20 février 2026 par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) mettent l’accent sur le recrutement et l’exploitation excessive des enfants par les groupes armés en Haïti.

Le document indique que la majorité des 26 gangs identifiés sur le territoire haïtien aurait recours au recrutement et à l’exploitation de mineurs. Selon le rapport, les enfants sont utilisés pour diverses activités, notamment la surveillance, le transport d’armes ou de biens, ainsi que la collecte d’extorsions. Certains seraient également contraints de participer à des actes violents, y compris des enlèvements.

Le rapport cite des données préoccupantes. En 2024, les Nations Unies estimaient que plus de 500 000 enfants vivaient dans des zones sous contrôle direct ou indirect de groupes armés. Par ailleurs, plus de 1,4 million de personnes auraient été déplacées par la violence, dont une proportion importante d’enfants.

Le rapport mentionne aussi des cas où des enfants associés à des gangs seraient traités comme des auteurs d’infractions plutôt que comme des victimes.

« L’élargissement des programmes de protection sociale, le renforcement de l’accès à l’éducation, la mise en place d’espaces sûrs pour les jeunes et le développement de formations professionnelles», sont entre autres certaines recommandations faites par les nations face situation grandissant.

Enfin, tout en appellant à l’application stricte de l’embargo sur les armes et à un renforcement des mesures visant à lutter contre le trafic illicite d’armes, le rapport préconise également des interventions policières conformes aux normes internationales des droits humains, en privilégiant les mécanismes de réinsertion pour les enfants concernés et en renforçant la lutte contre l’impunité.

Gedeon Delva / Le Relies

Accusations de racisme contre Vinicius Jr : un test pour l’UEFA

Par Jean Wesley Pierre

Le match de Ligue des champions entre le Real Madrid et le Benfica de Lisbonne de ce mardi 17 février 2026 a fait basculer l’attention du jeu vers un enjeu plus grave : une accusation de propos racistes visant la star brésilienne du Real Madrid, Vinicius Jr, après un échange tendu avec l’argentin, joueur du Benfica de Lisbonne, Gianluca Prestianni.

Au-delà de la polémique immédiate, l’affaire peut être lue à trois niveaux : factuel, institutionnel et symbolique.

La grande guerre entre 2 versions différentes

Deux versions s’opposent. Du côté des Madrilènes, ils affirment avoir entendus le mot « singe » répété à plusieurs reprises. Cette déclaration est centrale, car elle introduit l’existence d’un témoin direct et identifiable.

De son côté, le joueur du Benfica de Lisbonne, Prestianni nie catégoriquement et soutient avoir prononcé « hermano », non « mono ».

L’argument repose sur la confusion phonétique et sur l’intensité émotionnelle du moment.

À ce stade, l’enjeu est probatoire : images, rapports arbitrales, captations audio éventuelles. Sans preuve matérielle claire, l’affaire reste suspendue à l’évaluation de la crédibilité des protagonistes.

L’activation du protocole antiracisme

L’arbitre a activé le protocole antiracisme. Ce geste est essentiel : il signifie que l’accusation a été jugée suffisamment sérieuse pour enclencher une procédure officielle.

Désormais, la responsabilité revient à l’UEFA de prendre une décision en faveur du football, en faveur de la justice. L’ UEFA ( Union des Associations Européennes de Football ) est confrontée à un dilemme classique : agir vite pour affirmer une tolérance zéro contre le racisme, ou agir prudemment pour éviter une sanction sans fondement solide, sans preuves réelles.

La crédibilité du dispositif antiraciste européen dépend précisément de cet équilibre. Trop de lenteur alimente le sentiment d’impunité ; trop de précipitation fragilise la justice procédurale.

L’histoire derrière l’incident

L’affaire ne surgit pas dans un vide. Vinicius a déjà été la cible d’incidents racistes en Espagne. Lorsqu’il déclare que « rien de ce qui s’est passé n’est nouveau », il situe l’événement dans une continuité structurelle.

Ce contexte modifie la perception publique. L’accusation ne concerne plus uniquement un duel Benfica–Real Madrid ; elle s’inscrit dans un débat plus large sur le racisme persistant dans le football européen.

La question devient alors double :

  1. S’agit-il d’un malentendu linguistique dans la tension d’un match ?
  2. Ou d’un nouvel épisode révélateur d’un problème systémique ?

Une affaire révélatrice

Que les propos soient confirmés ou non, l’épisode révèle une réalité : la lutte contre le racisme dans le football n’est plus seulement une affaire de slogans ou de campagnes institutionnelles. Elle repose désormais sur la cohérence entre parole, procédure et sanction.

L’issue disciplinaire comptera. Mais plus encore comptera la perception collective : celle d’un système capable de protéger sans condamner hâtivement, et d’enquêter sans minimiser.

Dans ce type d’affaire, la vérité juridique ne suffit pas toujours à apaiser la vérité sociale. C’est là que se joue, aujourd’hui, la crédibilité morale du football européen.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

VBG : le MCFDF renforce la coordination pour la prise en charge des survivantes

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Le Ministère de la Condition Féminine et des Droits de la Femme a lancé, ce jeudi 19 février 2026 à Port-au-Prince, un atelier interinstitutionnel de trois jours visant à améliorer la coordination nationale dans la prise en charge multidisciplinaire des femmes et des filles survivantes de violences basées sur le genre, avec l’appui de partenaires nationaux et internationaux.

Le Ministère de la Condition Féminine et des Droits de la Femme (MCFDF) a officiellement ouvert ces assises sous le haut patronage de la Primature, réunissant institutions publiques, organisations féminines, partenaires internationaux et représentants de la société civile autour du renforcement des mécanismes de prévention, de protection et d’accompagnement des survivantes.

Plusieurs institutions étatiques et partenaires techniques ont pris part à la cérémonie, dont le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique, l’Office d’Assurance Accidents du Travail, Maladie et Maternité (OFATMA), ainsi que les agences des Nations unies telles que ONU Femmes, Fonds des Nations Unies pour la population et Fonds des Nations Unies pour l’enfance. Les partenaires ont renouvelé leur engagement à accompagner Haïti dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.

Dans son intervention, la ministre Pedrica Saint Jean a insisté sur la nécessité d’une réponse coordonnée entre les secteurs de la santé, de la justice, de la sécurité publique et de l’action humanitaire. Elle a précisé que l’atelier vise notamment l’harmonisation des protocoles d’intervention, le renforcement des compétences techniques des acteurs concernés et la relance des dispositifs d’assistance, dont la ligne d’urgence 8919 et les Maisons des Femmes.

La première journée a été marquée par la diffusion d’un documentaire donnant la parole à des survivantes vivant dans des sites de déplacés de la région métropolitaine de Port-au-Prince, suivie de panels techniques sur les instruments juridiques, les mécanismes institutionnels de réponse et les outils de prise en charge du MCFDF. Ces échanges doivent déboucher sur une meilleure coordination nationale afin de garantir aux survivantes un accès rapide à des services médicaux, psychosociaux et judiciaires adaptés.

La rédaction

Redressement financier et performance institutionnelle du FNE : lecture critique d’une séquence de gouvernance publique

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Le Fonds National de l’Éducation constitue un instrument budgétaire spécifique au service d’une politique sectorielle : le financement de l’éducation nationale. À ce titre, son analyse ne peut se limiter à l’observation d’indicateurs comptables isolés. Elle suppose une lecture articulée autour de trois dimensions complémentaires : la soutenabilité financière, la qualité de la gouvernance et l’impact opérationnel.

À l’arrivée du Directeur général Elysé COLAGÈNE, la situation financière présentait une configuration délicate : un solde de trésorerie de l’ordre de 2,5 milliards de gourdes, assorti d’un passif supérieur à 2 milliards. En termes de finances publiques, cela renvoie à une situation nette faible et à une marge de manœuvre budgétaire contrainte. Le volume de trésorerie, pris isolément, peut donner une impression de stabilité ; mais rapporté aux engagements cumulés, il révèle un risque d’asphyxie financière si les flux entrants ne sont pas sécurisés et si les engagements ne sont pas maîtrisés.

Quatre mois plus tard, le solde atteint plus de 6 milliards de gourdes. L’augmentation d’environ 140 % est significative en valeur relative. Toutefois, une analyse rigoureuse impose de distinguer plusieurs hypothèses explicatives : amélioration du taux de recouvrement des prélèvements affectés, renforcement des mécanismes de contrôle des dépenses, rééchelonnement d’engagements antérieurs, ou combinaison de ces facteurs. La progression rapide suggère une action simultanée sur la mobilisation des recettes et la discipline de la dépense.

Sur le plan technique, cette évolution peut être interprétée comme un redressement de la trésorerie disponible et, potentiellement, comme une amélioration du fonds de roulement. Si les dettes antérieures ont été stabilisées ou réduites parallèlement à l’augmentation du solde, l’effet net sur la solvabilité institutionnelle est réel. En revanche, si la hausse du solde résulte principalement d’un gel temporaire de décaissements, l’amélioration serait davantage conjoncturelle que structurelle. La distinction est essentielle pour évaluer la durabilité de la performance.

Au-delà des agrégats financiers, l’analyse de la gouvernance est déterminante. Une augmentation substantielle des disponibilités en un laps de temps restreint suppose l’existence d’un pilotage administratif resserré : suivi quotidien des flux, traçabilité des recettes affectées, contrôle des engagements contractuels, et probablement révision des procédures internes. En matière de gestion publique, la performance durable découle moins d’un effort ponctuel que de la mise en place de mécanismes systémiques de contrôle et d’évaluation.

L’impact opérationnel constitue le troisième niveau d’analyse. La reprise de chantiers scolaires suspendus traduit une réactivation de la fonction d’investissement du Fonds. Cela implique la régularisation de paiements, la relance de contrats et la coordination avec les prestataires. La livraison de bancs à des établissements scolaires relève d’une logique d’amélioration des intrants éducatifs, c’est-à-dire des conditions matérielles d’apprentissage. Quant à la remise de chèques libellés à l’ordre des écoles, transmis aux parents pour la scolarité de leurs enfants, elle révèle un mécanisme de sécurisation de la dépense : la désintermédiation partielle limite les risques de captation et renforce la traçabilité.

Ces actions s’inscrivent dans une conception fonctionnelle du FNE : non pas un simple réceptacle de ressources affectées, mais un instrument d’exécution ciblée. L’efficacité institutionnelle, dans ce cadre, se mesure par la capacité à transformer des recettes affectées en services éducatifs tangibles, dans des délais raisonnables et avec un minimum de déperdition.

Toutefois, une analyse scientifique impose prudence et méthode. La solidité du redressement dépendra de variables objectives : stabilité et prévisibilité des recettes affectées, fiabilité des mécanismes de contrôle interne, audits externes indépendants, publication régulière d’états financiers consolidés et comparables dans le temps, ainsi qu’évaluation rigoureuse des programmes financés. Sans indicateurs formalisés( taux d’exécution budgétaire, délai moyen de liquidation et de paiement, niveau réel du passif exigible, part des dépenses administratives par rapport aux dépenses directement consacrées aux écoles ) l’appréciation de l’efficience reste partielle.

Cependant, l’ampleur et la rapidité des résultats observés suggèrent difficilement un effet ponctuel ou circonstanciel. Une progression soutenue de la trésorerie combinée à la relance d’activités opérationnelles traduit généralement une gestion orientée vers les résultats : clarification des priorités, hiérarchisation des engagements, discipline dans les décaissements et suivi rapproché des performances. La cohérence entre amélioration financière et reprise concrète des interventions laisse entrevoir une approche méthodique, structurée autour d’objectifs précis plutôt qu’une succession de décisions isolées. En tout cas, l’analyse des indicateurs financiers, comptables et administratifs, combinée aux interventions sur le terrain (relance des travaux suspendus, accompagnement des établissements scolaires et soutien apporté à des centaines de parents parmi des milliers demandes en cours de traitement) suggère que l’actuel Directeur Général agit avec un objectif clair : réaligner durablement le FNE sur sa mission fondamentale.

Ainsi, la question centrale ne se limite plus au simple redressement ponctuel : il s’agit désormais de reconnaître et de consolider les bonnes pratiques instaurées par l’équipe actuelle. Grâce à leur pilotage méthodique et à leur suivi rigoureux, le Fonds National de l’Éducation a montré qu’il est possible de transformer des ressources limitées en résultats concrets et mesurables. Si cette dynamique se maintient et s’inscrit dans la durée, le FNE pourra dépasser une logique de survie budgétaire pour évoluer vers une gouvernance de performance structurée, pleinement au service du droit à l’éducation.

Me Magnekell REGULUS
Technicien en Finances Publiques

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

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Pour diffusion immédiate

Le 17 février 2026
No. 26/ 143

La Fondation Lorquet salue le départ de l’épouse du plus célèbre des martyrs de Cazale en 1969, Élicia Éliazer, veuve de Jérémy Éliazer —

La Fondation Lorquet pour une Nouvelle Haïti (FOLONHA) a appris avec tristesse le décès d’Élycia Benoit-Éliazer, veuve de Jérémy Éliazer, le plus célèbre des martyrs de Cazale lors du massacre de 1969.

Le massacre de Cazale constitue un épisode tragique de l’histoire d’Haïti, survenu entre le 27 mars et le 12 avril 1969, sous la dictature de François Duvalier, dit « Papa Doc ». Il s’est déroulé dans le village de Cazale, situé dans la 4ᵉ section communale de Cabaret, au nord de Port-au-Prince, où des soldats de l’armée haïtienne et des membres de la milice des Tontons Macoutes ont attaqué la population civile qui protestait contre le régime.

Le déclenchement de la répression fut en partie lié à des tensions politiques et sociales locales : des paysans et des militants, notamment issus du Parti d’Entente Populaire (PEP), avaient refusé de payer des taxes et s’étaient opposés aux autorités, et certains résistants, tels que Jérémy Éliazer — ancien soldat —, Alix Lamaute et Roger Méhu, avaient hissé le drapeau haïtien bleu et rouge à la place du drapeau noir et rouge du régime, en signe de défi.

Peu de temps après, les Tontons Macoutes vinrent chercher Éliazer et ses compagnons, qui s’étaient déjà échappés. Le samedi 5 avril, de nouveaux détachements composés de 500 soldats et Tontons Macoutes arrivèrent en renfort à Cazale et intensifièrent la tuerie. À la fin de la journée, 25 corps furent retrouvés et environ 80 autres personnes furent portées disparues. Des personnes furent enterrées vives. Une trentaine de maisons furent pillées et incendiées, et le bétail fut tué ou volé.

La fille de Jérémy Éliazer, qui habitait avec Agatha Belneau-Benoit à Port-au-Prince, fut arrêtée et détenue pendant 24 heures, ce qui laissa le temps à son père d’en être informé et de se rendre. Sa mère, Élycia Benoit-Éliazer, enceinte de sept mois, fut également emprisonnée (elle y donna naissance à sa deuxième fille). Jérémy Éliazer et Roger Méhu furent conduits aux Casernes Dessalines, d’où ils ne revinrent jamais.

Le massacre de Cazale est le plus important survenu sous le régime des Duvalier. Il demeure l’un des épisodes les plus violents du régime duvaliériste contre des civils et des opposants politiques, et il est commémoré chaque année par la population de Cazale et par des organisations locales comme un symbole de résistance et un rappel des abus commis sous Duvalier.

Élicia Éliazer, veuve de Jérémy, le plus célèbre des martyrs de Cazale, vivait à deux pas du mémorial du massacre construit en 1999. Le pas lourd, la voix lasse et le moral profondément atteint, elle se battait pour maintenir le site propre. Là se trouvait sa maison conjugale, incendiée par des duvaliéristes zélés en avril 1969. « Ma vie s’est arrêtée en 1969, disait-elle. J’ai perdu mon mari et une part de moi-même. J’ai aussi été emprisonnée. Depuis, le paysage m’est devenu étrange. Je fais beaucoup pour préserver la mémoire de cet événement. Mais je peux partir à tout moment vers l’au-delà. Et certainement une grande partie de la mémoire de Cazale disparaîtra avec moi. »

Élicia Benoit-Éliazer vivait en effet difficilement avec le souvenir de son mari martyr, souvenir qui ne s’est jamais effacé de sa mémoire jusqu’à son décès, survenu dans la matinée du mardi 17 février 2026 à l’âge de 87 ans.

En cette douloureuse circonstance, la Fondation Lorquet pour une Nouvelle Haïti (FOLONHA) exprime ses profonds regrets et ses sincères sympathies à la communauté de Cazale, et présente ses condoléances les plus attristées aux parents, proches et amis de la veuve Élycia Benoit-Éliazer, éplorés par ce départ.

Créée le 12 avril 2010 après le séisme du 12 janvier 2010, la Fondation Lorquet pour une Nouvelle Haïti (FOLONHA) a pour mission d’apporter sa contribution à des projets médicaux, éducatifs et sociaux visant à lutter contre l’exclusion et l’isolement en favorisant la création et le maintien d’un lien social dans les communautés dans lesquelles elle intervient. La FOLONHA intervient dans quatre (4) domaines : Éducation, Santé, Services sociaux et Coopération internationale.

Fondation Lorquet pour une Nouvelle Haïti (FOLONHA)

  • (509) 3793-0399| + (509) 3402-0482 | + (509) 3604-5862 | + (509) 3726-3798

www.fondationlorquet.org | info@fondationlorquet.org

fondationlorquet.folonha@gmail.com | https://www.facebook.com/folonha

(Fin de texte)

Transition politique en Haïti: La Cour de cassation a reculé face aux menaces extérieures

Par Sonet Saint-Louis av

Mon honnêteté professionnelle m’oblige à ne pas tromper les citoyens lorsque j’interviens dans le débat public et qu’il m’est donné de commenter une question de droit. Cette posture est aussi conforme à ma mission sociale : dire le droit, après les législateurs, sans complaisance, en ayant en vue la défense de l’intérêt général.

Je me permets de livrer à l’opinion publique une analyse sans complaisance, car la neutralité intellectuelle, dans ce contexte, ne peut aider que les corrompus et les criminels, et non un peuple en quête de délivrance.

J’aime l’expression « délivrance », car elle correspond mieux au contexte actuel. Elle évoque l’idée de transition : le peuple haïtien, qui vit actuellement une détresse inédite, a besoin d’une guérison éthique, intellectuelle et politique. Haïti doit passer d’une société de corruption à une société d’intégrité et de moralisation ; d’une société de médiocrité à une société d’excellence et de qualité ; d’une société divisée, désunie et individualiste à une société d’unité et de solidarité ; d’un patriotisme de façade à un nationalisme authentique.

Au Sénat américain, le chargé d’affaires des États-Unis a déclaré que les dernières décisions concernant le départ du Conseil présidentiel de transition (CPT) et la remise du pouvoir à Didier Alix Fils-Aimé sont dictées par la défense des intérêts américains en Haïti. Cette posture est stratégique. L’ancienne secrétaire Condoleezza Rice a un jour affirmé que, dans chaque dossier qu’elle examine, elle recherche d’abord l’intérêt des États-Unis. Les Américains sont patriotes ; c’est d’ailleurs pour cela que je les admire. Je souhaiterais ardemment qu’il existe des Haïtiens patriotes, capables de défendre, en premier lieu, les intérêts de leur pays.

Le fait que les autorités américaines défendent les intérêts des États-Unis en Haïti ne me choque pas. Au contraire, je veux m’inspirer de leur patriotisme, caractérisé par un profond dévouement envers leur pays. Je l’ai souvent dit : nos élites doivent être formées sur cette base.

Cette présentation du chargé d’affaires des États-Unis en Haïti au Sénat américain, commenté par plusieurs analystes m’a permis de mieux comprendre pourquoi le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et la Cour de cassation de la République — qui est une véritable Cour suprême — ont pris leurs distances vis-à-vis des tractations politiques relatives à l’éventualité de placer un juge issu de la Cour de cassation à la tête du pays, après le vide laissé par le Conseil présidentiel de transition (CPT) dont la mission était arrivée à l’ expiration le 7 février 2026.

À propos du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire
Il est toutefois étonnant que le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire — dont il faut reconnaître qu’il ne jouit d’aucune légitimité populaire directe, compte tenu de sa composition actuelle — affirme que le pouvoir judiciaire « n’est pas dans la politique ».

Le CSPJ est le produit d’un texte inconstitutionnel. Les législateurs qui l’ont voté, tout comme le pouvoir exécutif qui l’a publié, ont oublié une vérité essentielle : en démocratie, il n’y a pas de pouvoir sans consécration populaire. Comment des personnes peuvent-elles prétendre exercer un pouvoir dans une république démocratique sans avoir été investies d’un mandat constitutionnel propre ? Seule la Constitution détermine les conditions d’accès au pouvoir et les modalités de son exercice, non une loi.

Un Conseil supérieur du « pouvoir judiciaire » dépourvu de mandat populaire ressemble à une plaisanterie démocratique et constitutionnelle. Ceux qui avaient conçu la loi de 1927 sur la composition du pouvoir judiciaire étaient, à cet égard, plus lucides. L’idée de créer un organisme chargé de la gouvernance de la justice et de la discipline des magistrats est excellente puisque, selon l’article 175 de la Constitution, le pouvoir judiciaire est exercé par les juges. En revanche, en intégrant des représentants du Barreau, de la société civile, d’organisations de défense des droits, ainsi que des commissaires représentant le pouvoir exécutif dans la gouvernance de la justice, on pervertit l’idéal démocratique de justice consacré par la Constitution de 1987.

Si quelqu’un peut exercer le pouvoir dans une république démocratique sans être muni d’un mandat, alors notre pays cesse d’être, à la fois, une république et une démocratie.

La défaite de la justice haïtienne a commencé avec sa privatisation consciente par certains groupes d’intérêts, sous l’influence de donateurs ou de bailleurs de fonds étrangers désireux d’imposer leur propre vision de la justice, au détriment de celle consacrée par le texte fondateur de 1987. Dès lors, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire devient une bureaucratie inutile — et potentiellement corrompue — parce qu’il est, en partie, coupé du peuple.

En principe, les juges devraient être destitués à l’issue d’une enquête conduite par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, puis soumise au Parlement. C’est ainsi qu’on traite, dans une démocratie, la question des titulaires d’un pouvoir public. Car les juges appartiennent à un pouvoir dont la fonction s’inscrit dans la souveraineté nationale, laquelle est exercée par les trois pouvoirs de l’État, qui en partagent l’unité. D’où un membre du Barreau ou une organisation de défense des droits tire-t-il une légitimité démocratique suffisante pour décider du renvoi d’un juge du système judiciaire ? C’est un véritable chaos, entretenu dans la gouvernance du pouvoir judiciaire, que notre Constitution a hissé au rang de pouvoir légitime et démocratique.

À propos de la Cour de Cassation
Notre Cour de cassation, arbitre ultime des conflits entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, et interprète de la Constitution chargée d’en garantir la suprématie (notamment par le contrôle de constitutionnalité), est une institution à dimension politique. Son rôle s’étend à la défense de la démocratie, de l’État de droit et des libertés fondamentales. Lorsque les juges interviennent dans le débat budgétaire relatif à la politique de la justice, ils exercent, eux aussi, une fonction politique. En ce sens, tout pouvoir est politique.

Notre Constitution fixe l’identité de l’État. Que dit la Cour de cassation du monocéphalisme et du bicéphalisme ? Dans quelles conditions le bicéphalisme est-il possible ? L’identité de l’État, le fonctionnement de la démocratie et l’État de droit sont des questions politiques qui relèvent, au plus haut niveau, de la Cour de cassation — notre Cour suprême — comme l’entend l’éminent avocat et professeur de droit Camille Fièvre.

Or la Cour de cassation, empêtrée et incapable d’assumer pleinement ce rôle — par stratégie de survie ou par méconnaissance de l’étendue réelle de ses prérogatives — a fini par céder à des pressions externes, signifiant à la nation haïtienne un renoncement de fait à son statut de pouvoir. Pourtant, la justice, en tant que pouvoir souverain délégué et consenti, n’appartient pas aux juges, mais au peuple, seul détenteur de la souveraineté nationale.

La note du CSPJ est une trahison ! Mandatés au nom du peuple, les juges ne peuvent renoncer au statut de pouvoir que leur confère la Constitution. Les juges de notre Cour suprême sont les gardiens privilégiés du texte constitutionnel : en aucun cas ils ne peuvent refuser d’en protéger la suprématie. C’est leur fonction fondamentale.

Soyons toutefois honnêtes ! Le texte constitutionnel amendé ne confère aucun rôle politique explicite à la justice en cas de vacance présidentielle. Mais, en tant que Cour suprême, elle n’a émis aucune alerte sur son propre dysfonctionnement comme instance de protection de la démocratie et de l’État de droit. Contradiction majeure au regard de sa mission, dans notre démocratie parlementaire : assurer la suprématie de la Constitution et la primauté de la règle de droit. Notre défaite ne vient donc pas seulement de l’imposition de décisions par des gouvernants étrangers : elle est d’abord intellectuelle.

Cette méconnaissance du texte constitutionnel de 1987, chez certains acteurs haïtiens, les a conduits à imaginer des bricolages juridiques destinés à encadrer des situations exceptionnelles, au nom — disent-ils — d’une fidélité accrue à la Constitution. Or vouloir « rester plus proche » du texte dans une situation exceptionnelle, qui exige un examen d’une autre nature, peut mener à des actions illégales et illégitimes, contraires à l’esprit démocratique, aux droits politiques des citoyens et à l’équilibre des organes décisionnels.

C’est pourquoi l’acceptation, par M. Didier Fils-Aimé, de diriger un gouvernement sans contre-pouvoir parlementaire exigeait un encadrement normatif clair : sans cela, le pouvoir se recompose, s’élargit et se déforme au gré du vide institutionnel, au risque d’affaiblir davantage l’État de droit.

Créons une nouvelle normalité !
En tenant compte de l’histoire des transitions à travers le monde — et de celles que nous avons déjà expérimentées en Haïti — il devient qu’on ne peut pas gouverner durablement dans l’exception sans cadre clair. Il est donc indispensable de créer une nouvelle normativité de transition pour encadrer cette gouvernance provisoire et conduire, de façon crédible, au retour à l’État de droit, notamment par l’organisation d’élections libres, honnêtes et inclusives.

Voici une feuille de route cohérente et politiquement défendable.

1) Ouvrir un débat structuré sur la réforme constitutionnelle, par une démarche réellement constituante
La conjoncture actuelle est propice à un débat national sérieux sur la possibilité — ou non — d’un changement constitutionnel en Haïti. Mais une condition est non négociable : il faut établir une véritable volonté constituante.

La Constitution de 1987 a bénéficié d’une double légitimité, ce qui explique en partie sa longévité :

  • le peuple a choisi les constituants chargés de rédiger le texte ;
  • puis il a validé ce texte par un vote référendaire.

Autrement dit, le peuple n’a pas seulement désigné les rédacteurs : il a sanctionné l’œuvre. Si l’on veut réviser une Constitution vieille de près de quatre décennies, la voie la plus démocratique consiste à convoquer une nouvelle Assemblée constituante, appelée à examiner et discuter les travaux préparatoires d’un comité d’experts.

Il faut également rappeler une évidence juridique et politique : aucun accord politique ne peut modifier la Constitution, encore moins un Conseil électoral provisoire. Le texte constitutionnel prévoit ses propres mécanismes de révision ; tout contournement produira une réforme illégitime et fragile.

La Constitution n’est pas qu’un document technique : c’est d’abord une œuvre philosophique et politique, qui porte une vision de l’État, de la liberté, des institutions et du vivre-ensemble. Elle doit donc être pensée, pas bricolée.

À ce titre, un comité d’experts devrait réunir, entre autres :

  • des philosophes du droit ;
  • des politologues ;
  • des anthropologues
  • des sociologues ;
  • des économistes ;
  • des historiens ;
  • des professeurs de droit, juristes, hommes de lettres ;
  • des anciens parlementaires, d’anciens ministres de la Justice et des responsables politiques.

Pourquoi cette diversité ? Parce qu’aujourd’hui, le droit ne peut plus être réduit au regard des seuls juristes : ses effets sont sociaux, économiques, culturels et historiques. La réalité du droit est multiple, et seule une réflexion multidisciplinaire peut produire un texte solide. Mais pour que le travail ne reste pas enfermé dans le cercle des experts, il doit être confronté à la légitimité populaire : le lieu naturel de cette confrontation, c’est une Assemblée constituante souveraine.

2) Mettre en place un gouvernement de transition indépendant, capable et politiquement neutre
La transition doit être conduite par un gouvernement indépendant, majoritairement composé de technocrates, afin de garantir une neutralité politique compatible avec sa mission.

Ses priorités doivent être claires :

  • organiser les élections ;
  • gérer les urgences sécuritaires et humanitaires ;
  • rétablir un minimum de fonctionnement institutionnel ;
  • ouvrir la décision publique à la participation de divers groupes sociaux et politiques, pour éviter la capture du pouvoir par un clan.

Ici, la neutralité ne signifie pas indifférence : elle signifie non-capture, non-partisanerie et obligation de résultats.

3) Combattre la corruption et l’impunité en restaurant une justice crédible
Aucune transition ne sera prise au sérieux si elle laisse intact le système qui a produit l’effondrement. Combattre la corruption et l’impunité implique donc de renforcer l’appareil judiciaire et
de permettre des enquêtes solides et des procès équitables contre les auteurs de crimes de corruption et de trafics en tout genre.

Mais la priorité morale et politique doit aussi être celle-ci : ouvrir un espace institutionnel pour les victimes. Des milliers de personnes ont subi des atrocités. Elles doivent pouvoir témoigner être reconnues et obtenir réparation.

Une transition sans justice devient un simple arrangement politique. Une transition avec justice ouvre une reconstruction.

4) Dépolitiser l’administration et lancer des réformes de cohésion sociale
Il faut dépolitiser l’administration publique et la remettre au service du citoyen. Cela exige des règles de gestion publique fondées sur :

  • la compétence ;
  • la transparence ;
  • l’égalité d’accès ;
  • la responsabilité.

Parallèlement, de grandes réformes économiques et sociales doivent être engagées pour reconstruire la cohésion nationale et préparer le retour durable à l’État de droit. Ces réformes ne visent pas à remplacer le futur pouvoir élu : elles visent à préparer un terrain gouvernable pour le gouvernement qui sortira des urnes.

En conclusion, l’article 149 a été élaboré pour éviter toute discontinuité démocratique et institutionnelle. Il ne peut servir à réguler une transition politique, notion qui perd d’ailleurs tout son sens dans le contexte haïtien. Il n’y a pas de Conseil des ministres sans la double responsabilité : collective — principe de solidarité sur les politiques ratifiées par les Chambres législatives — et individuelle — redevable et responsable devant le Parlement. Le Conseil des ministres a donc une réalité constitutionnelle indéniable. Il n’est pas seulement la plus haute instance politique du pays : il est aussi investi d’une légitimité démocratique incontestable.

Dès lors, se placer sous l’égide de l’article 149 de la Constitution et organiser des élections dans les cent vingt (120) jours revient à faire de ce délai la durée du mandat du Premier ministre. Ce temps est limité et prendrait fin le 7 juin 2026. C’est la règle établie par notre démocratie parlementaire. Cessons la démagogie ! Le pouvoir de Didier Alix Fils-Aimé est tout autre : l’article 149 n’est pas applicable. Dans le contexte actuel, il est dépourvu de contenu démocratique.

En effet, les élections — aboutissement logique de toute transition — ne verront pas le jour sans un consensus réel au sein de la société haïtienne. Or, dans sa configuration actuelle, le gouvernement de Didier Fils-Aimé ne dispose pas d’une légitimité politique suffisante pour initier ou conduire, à lui seul, les chantiers décrits ci-dessus.

Il est donc essentiel qu’il définisse clairement la nature de cette nouvelle gouvernance de transition. Et surtout, s’il veut réussir une œuvre bénéfique à la nation, il doit accepter une vérité simple : on ne gagne pas une transition en solitaire. Il doit s’ouvrir, s’associer à d’autres forces, élargir la base de décision et construire une légitimité collective.

Qu’un gouvernement soit monocéphale ou bicéphale importe finalement peu, car nous sommes dans un désert constitutionnel caractérisé par l’absence d’institutions démocratiques, pour reprendre le Dr Bernard Gousse. Ce qui compte, c’est le retour effectif à l’État de droit.

Pour réussir, le rapport de force dont dispose le Premier ministre, Didier Alix Fils-Aimé — notamment grâce au soutien des États-Unis — doit se transformer en rapport d’intelligence : une intelligence situationnelle, capable de comprendre les enjeux, de mesurer les risques, d’anticiper les conséquences et de donner un sens à chaque décision politique dans un contexte confus, ambigu et fragile. En Haïti, l’autorité seule ne suffit plus : il faut une vision, une méthode, une légitimité construite, ainsi qu’une équipe d’hommes et de femmes dévoués au triomphe du bien commun.

Sonet Saint-Louis av
Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique à la Faculté de droit et des Sciences Économiques de l’université d’État
Professeur de philosophie.
Université du Québec à Montréal

Le retrait des cagoules : transparence ou mise en danger des policiers ?

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le 17 février 2026 —
Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, où l’on constate, Jacques Ader, le responsable de la DDO1 ( Direction départementale Ouest 1 ) exiger l’enlèvement de cagoules d’un groupe de policiers de l’unité CIMO, stationnés à l’avenue Christophe, à Port-au-Prince, non loin de la direction générale des impôts ( DGI ), la scène a rapidement enflammé le débat public. Cette vidéo a suscité beaucoup de discussions parmi les policiers comme au sein de la population, ravivant la question sensible de l’équilibre entre transparence institutionnelle et sécurité des agents.

Une perception contrastée dans la population

Certains citoyens estiment que la mesure pourrait améliorer la confiance envers la police.

« J’ai remarqué que lorsque les policiers portent des cagoules, ils se comportent comme des bêtes sauvages », affirme Michel, un habitant de l’avenue Christophe qui participait aux festivités carnavalesques.

Reflétant ainsi une méfiance persistante envers les forces de l’ordre.

Pour une partie de la population, montrer le visage des policiers serait un pas vers plus de responsabilité et de proximité.

Cependant, cette lecture n’est pas unanime. D’autres citoyens reconnaissent aussi les risques auxquels les policiers sont exposés dans un contexte marqué par la violence des gangs et l’insécurité chronique.

Le point de vue critique d’un agent de l’USGPN

Du côté des policiers, les réactions sont souvent prudentes voire critiques. Un agent 2, de l’unité USGPN ( Unité de Sécurité Générale du Palais National ) estime que :

« ceux qui prennent les décisions ne sont presque jamais en contact avec la réalité sur laquelle ils décident ».

Selon lui, retirer la cagoule relève davantage d’une logique symbolique que d’une stratégie opérationnelle efficace.

Il insiste aussi sur la fonction protectrice de cet équipement :

« La cagoule est un moyen que les policiers utilisent pour se protéger », notamment face aux représailles possibles.

Dans un contexte où les réseaux sociaux facilitent l’identification rapide des agents, il s’interroge ouvertement :

« En quoi l’enlever rendrait la police plus efficace ? »

L’agent évoque également des frustrations internes souvent peu visibles :

« Pour que la police soit efficace, il ne faut pas frustrer les policiers », dit-il, rappelant les problèmes de conditions de travail, les dortoirs inadaptés, l’alimentation jugée insuffisante ou encore les retards de salaires.

Selon lui, « il faut d’abord améliorer la vie du policier dans l’institution pour qu’il fournisse un meilleur travail ».

Enfin, il insiste sur le danger concret :

« Un bandit peut vous identifier et mémoriser votre visage, ce qui fait du policier une cible plus facile », une crainte partagée par de nombreux agents.

Une position nuancée chez un agent de la police routière

Un agent A1 de la DCPR ( Direction de la Circulation et de la Police Routière ) adopte une position plus nuancée. Il rappelle d’abord sa amour, sa passion pour son travail :

« Parce que j’aime ce métier », dit-il pour expliquer son entrée dans la police.

Pour lui, l’idéal professionnel reste clair : « Servir tout le monde sans parti pris et protéger tout le monde de la même façon. »

Concernant la cagoule, il reconnaît certains avantages à la décision : « Le bon côté, c’est d’éviter que certains policiers abusent de la cagoule », admet-il.

Mais il souligne aussitôt les limites : « Les policiers engagés dans les combats contre les gangs n’ont même pas de moyens de transport privés », ce qui peut accroître leur exposition aux risques.

Il insiste également sur le manque de moyens matériels : « Les policiers n’ont même pas de véhicules pour circuler », un problème structurel qui, selon lui, devrait être prioritaire. L’agent plaide pour des mesures concrètes : accès à un véhicule à crédit, augmentation des salaires et équité dans l’application des sanctions disciplinaires entre agents et hauts gradés.

La crainte sécuritaire exprimée dans d’autres unités

Au sein de l’ UDMO ( Unité Départementale de Maintient de l’Ordre ) l’inquiétude est encore plus directe :

« Quand les bandits voient nos visages, ce sont nos familles, nos parents qui en paieront le prix. Avant d’imposer l’ordre, il faut d’abord trouver des solutions adaptées. » Cette déclaration résume la perception dominante chez certains policiers : la transparence ne doit pas se faire au détriment de leur sécurité personnelle et familiale.

Un débat qui dépasse la simple question vestimentaire

Au-delà de la cagoule, ces témoignages révèlent une problématique plus large : conditions de travail difficiles, manque d’équipements, frustrations internes et déficit de dialogue entre la hiérarchie et les agents de terrain.

Plusieurs policiers estiment que sans amélioration structurelle — salaires, logistique, protection juridique et sociale — toute réforme symbolique risque d’être mal perçue et peu efficace.

Dans le même temps, la population réclame une police plus responsable, identifiable et proche des citoyens. Cette tension entre sécurité des agents et exigence de transparence constitue l’un des défis majeurs de la réforme policière actuelle.

Entre réforme institutionnelle et réalité sécuritaire

La controverse autour du retrait des cagoules illustre finalement un dilemme classique : comment concilier la nécessité d’une police visible et responsable avec celle de protéger des agents évoluant dans un environnement à haut risque ?

Sans dialogue approfondi entre commandement, policiers de terrain et population, la mesure pourrait rester perçue comme symbolique plutôt que transformative. Pour de nombreux observateurs, la clé résiderait moins dans l’apparence des policiers que dans l’amélioration globale de leurs conditions de travail et dans la reconstruction progressive de la confiance entre police et citoyens.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

Jesse Jackson: une voix au service des droits civiques et de la solidarité internationale

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Par Gesly Sinvilier

Le Révérend Jesse Jackson est décédé le 17 février 2026 à l’âge de 84 ans, laissant derrière lui l’empreinte profonde d’un militant infatigable des droits civiques, d’un leader religieux engagé et d’un acteur politique majeur de la scène américaine contemporaine. Figure emblématique de la lutte pour l’égalité raciale aux États-Unis, il aura consacré plus d’un demi-siècle à défendre la dignité humaine, la justice sociale et l’inclusion des communautés marginalisées, tout en développant un rayonnement international qui l’a conduit à s’intéresser activement au destin d’Haïti.

Né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud, dans un contexte marqué par la ségrégation raciale, Jesse Jackson s’engage très tôt dans le mouvement des droits civiques. Dans les années 1960, il rejoint l’entourage du Révérend Martin Luther King Jr. et collabore avec la Southern Christian Leadership Conference, participant aux grandes mobilisations pour l’égalité et le droit de vote. Après l’assassinat de King en 1968, Jackson choisit de poursuivre le combat en fondant Operation PUSH, organisation qui deviendra plus tard la Rainbow/PUSH Coalition, plateforme majeure de plaidoyer pour les droits économiques, politiques et sociaux des Afro-Américains et des minorités.

Sa trajectoire prend une dimension historique lorsqu’il se présente aux primaires démocrates à l’élection présidentielle de 1984, puis à nouveau en 1988. Ces candidatures font de lui l’un des premiers Afro-Américains à mener une campagne nationale d’envergure pour la magistrature suprême. S’il n’obtient pas l’investiture de son parti, son influence est considérable : il élargit la base électorale progressiste, mobilise les jeunes et les minorités, et contribue à ouvrir la voie à une nouvelle génération de responsables politiques, dont l’ancien président Barack Obama.

Au-delà des frontières américaines, Jesse Jackson développe une diplomatie parallèle fondée sur la médiation et la défense des peuples opprimés. Il intervient dans plusieurs crises internationales, négocie la libération de prisonniers et dénonce les injustices systémiques à travers le monde. Cette dimension internationale explique en partie l’attention particulière qu’il porte à Haïti, première république noire indépendante et symbole universel de résistance à l’oppression.

Ses liens avec Haïti se renforcent notamment après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Jackson plaide alors pour une aide internationale structurée, durable et respectueuse de la souveraineté haïtienne. Par le biais de la Rainbow/PUSH Coalition, il encourage également les décideurs américains à inscrire Haïti parmi les priorités de la politique étrangère des États-Unis, insistant sur la nécessité d’un partenariat fondé sur le développement et non sur l’assistanat ponctuel.

Jesse Jackson s’est aussi distingué par sa défense des migrants et réfugiés haïtiens aux États-Unis. À plusieurs reprises, il a dénoncé les politiques qu’il jugeait discriminatoires à leur égard, appelant à un traitement plus humain et équitable. Pour lui, la question haïtienne ne relevait pas seulement de la géopolitique, mais d’un impératif moral : reconnaître la contribution historique d’Haïti à la liberté des peuples noirs et défendre la dignité de ses ressortissants.

Affaibli ces dernières années par une maladie neurodégénérative, il n’en demeure pas moins une conscience morale respectée jusqu’à la fin de sa vie. Son décès marque la disparition d’une génération de leaders issus directement du mouvement des droits civiques des années 1960, mais son héritage demeure vivant. Pour de nombreux militants, universitaires et responsables politiques, Jesse Jackson restera une figure prophétique, un pont entre la foi et l’action politique, entre la lutte nationale et la solidarité internationale.

À travers son engagement pour la justice raciale, son audace politique et son attachement à des causes comme celle d’Haïti, Jesse Jackson aura incarné une conviction simple et puissante : la dignité humaine n’a pas de frontière, et la solidarité est un devoir universel.

Gesly Sinvilier / Le Relief