MÉMOIRES ET PROPOSITION AUX PETIT-GOÂVIENS/NES
Par La Rédaction · Port-au-Prince
· 12 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

- Pourquoi une telle tragédie ?
Population de la cité soulouquoise, je ne suis pas un politicien. Je n’ai ni le verbe, ni la plume, ni le charisme pour vous soumettre au charme de mon discours. Mais, j’ai une conscience citoyenne très poussée, un engagement communautaire, une capacité technique et une expérience pratique qui ne sont pas à démontrer. C’est en référence à cela que je viens m’adresser à vous, en toute franchise et sincérité. J’ai entendu les cris de douleur des familles victimes, qui résonnent avec fracas comme un tonnerre dans un ciel très sombre, déchiré par des éclairs intempestifs. J’ai écouté et lu les frustrations des uns et les récriminations des autres, ainsi que les prescriptions de certaines personnes, comme si Mélissa était le principal responsable des pertes en vies humaines et des dégâts matériels majeurs enregistrés. J’ai également entendu certaines attentes, cachant mal cependant l’impatience des vautours et des charognards qui ont déjà commencé à manœuvrer sur le terrain.
1) la restauration de l’écosystème des micro-bassins versants de La Digue et l’amélioration du cadre de vie de leurs habitants ;
2) le curage du lit de la rivière et le gabionnage associé à une ceinture végétale sur un périmètre raisonnable pour offrir le maximum de protection et pour éliminer les failles constatées ; et
3) la construction du pont lui-même.
- Aux enjeux forts des notions fortes
Je compatis à la douleur des familles victimes, sachant que rien ne pourra compenser les pertes en vies humaines comme, par exemple, cette mère inconsolable qui a perdu 3 enfants. Mais, en dépit de ce moment de commotion, on ne peut faire l’économie de demander qui ou quel système a tué l’empereur ?
- Proposition d’actions à prendre
Voici quelques pistes, que nous pouvons enrichir et finaliser ensemble, pour ensuite en faire notre cheval de bataille sur les 25 prochaines années. Sachant qu’il est impossible à un gouvernement ou deux de tout réaliser, laissons alors à ce gouvernement en fin de règne les actions d’urgence, en vue de satisfaire les besoins pressants et de préserver la dignité tant des défunts que des 815 familles sinistrées :
Un train d’actions d’urgence
D’une part, certaines actions d’urgence à mener :
Accompagnement des familles pour donner des funérailles dignes aux défunts, tout en observant un
moment d’arrêt de travail symbolique de 60 minutes ;
Fermeture de la brèche avec des gabions et fouille avec des pelles mécaniques, afin que les eaux reprennent leur cours habituel et de protéger les zones en aval inondées (les deux brèches entourant l’Hôtel Marco, qui débouchent sur la route nationale # 2 et nan Ananas) ;
Relocalisation temporaire des familles victimes (à courte échéance et selon des modalités précises et justes, utilisant familles d’accueil et d’autres endroits appropriés : cas de force majeure et raison d’État obligent) ;
Fourniture d’eau potable (seau avec filtre à eau, fontaines provisoires), points de lavage des mains et installation de toilettes mobiles (pour minimiser les risques de propagation du choléra et autres) ;
Fourniture de kits (alimentaires, de cuisine, sanitaires, hygiéniques, scolaires, énergétiques) ;
Des vêtements (achat de tissus et mobiliser des artisans contractualisés pour confectionner des vêtements faisant ainsi circuler l’argent au niveau local), chaussures et couvertures ;
Travaux à haute intensité de main-d’œuvre (en termes de nettoyage/déblayage pour récupérer certains biens enfouis dans les décombres), pour recapitaliser les familles délocalisées et leur permettre de mener des
activités lucratives pour se prendre en charge ;
Accompagnement de la population dans la réfection des pièces importantes disparues,
Autres éléments particuliers basiques (appui psychologique, matériaux de construction pour des familles ayant un autre endroit en sécurité où aller, campagne médiatique de sensibilisation, etc.)
- Le zoning et un plan d’urbanisme pour anticiper et accompagner l’extension de la ville, tout en établissant un système de codification/numérotation des maisons, ainsi qu’un système d’information sur les risques ;
- La restauration et la protection des écosystèmes des bassins versants de La Digue (12e et 11e sections) par des actions aptes à modifier la morphologie du territoire et la végétation pour augmenter le taux d’infiltration d’eau, réduire le taux de ruissèlement ; l’amélioration de la qualité de vie de leurs habitants et leur accès aux infrastructures socioéconomiques et à des services de proximité, tout en appuyant le grand projet de territoire appelé « Les Jardins Lakou Dessalines », un site de pèlerinage mémoriel et d’écotourisme, à grand impact sur l’entreprenariat comme tremplin et moteur de création de richesses, d’emplois et de revenus au niveau tant local que communal, voire régional et national ;
- Le curage du lit de la rivière et le gabionnage des berges secondé par une ceinture végétale protectrice sur
une largeur et une profondeur offrant le maximum de résistance, des deux côtés de la rivière ; - La construction du pont avec une élévation et longueur suffisantes ;
- La construction de logements sociaux, de 3 à 4 étages, pour accueillir les familles victimes, incluant place publique et services publics de qualité notamment en termes d’école, d’hôpital, de tribunal de paix, d’eau, d’électricité, de transport, de gestion des déchets, etc., alors que la zone affectée sera transformée en une grande ferme coopérative de production agricole et agroalimentaire avec la participation des victimes, tout en en faisant un lieu de promenade et de souvenirs ;
- La réhabilitation moderne du port, en étendant son emprise à côté, dans un but de génération de richesses pour financer les infrastructures de rénovation urbaine et rurale, tout en transformant la zone périphérique en un vrai centre-ville (Downtown), avec son ancienne vocation économique et financière ;
- La construction d’un centre sportif et culturel, englobant le site du parc Anglade et de l’ancien Lycée Faustin Soulouque (réhabilitation moderne du terrain, construction d’un gymnasium et d’un parking) ;
- La réhabilitation de l’Hôpital Notre-Dame de Petit-Goâve pour en faire un hôpital de référence à grande capacité d’accueil et d’offre de services de qualité tant pour la commune que pour le Grand Sud ;
- La délocalisation du marché pour étendre la place publique et construire un vrai Hôtel de ville, tout en récupérant l’endroit où était l’Hôtel de l’Empereur pour y installer une bibliothèque municipale, un tiers- lieu technologique, un musée, une salle de spectacle et de cinéma, un observatoire. Il s’agit aussi de trouver un endroit approprié pour relocaliser le marché public ;
- La réhabilitation des rues et des ouvrages de drainage, plus le verdissement des rues de la ville, ainsi que celle des pistes rurales, notamment : Tapion – Vallue ; Béatrice-Palmes avec débouché sur Côte-de-Fer ; Vialet / Delate / Fort Gary ; Trouchouchou / Cocoyer Beach, qui sont des zones de production agricole et de grands attraits touristiques.
- La réhabilitation et la dynamisation du littoral, tout en mettant en valeur les plus belles plages ;
- La structuration de la fiscalité communale pour un maximum de recouvrement pour le financement du plan de rénovation de la commune.
L’aube d’une nouvelle bataille pour le changement pointe à l’horizon. Filles et fils de Petit-Goâve, d’ici et d’ailleurs, du milieu urbain et du milieu rural, réveillons-nous et debout avec conscience et conviction pour ce long voyage. Mais, soyons sur nos gardes pour que les vautours et les charognards ne continuent pas à être, dans ces circonstances, l’arme blanche qui saigne Hayti et la sangsue noire qui l’affaiblit, ni ne continuent à nous traiter en « restavèk » qui ne méritent que les miettes. C’est Mark Twain qui a dit : « Quand les riches volent les pauvres, on appelle ça les affaires. Quand les pauvres se défendent, on appelle ça de la violence ». Alors, cherchons avec intelligence et trouvons avec audace nos héros pour nous accompagner dans l’exercice de notre droit de légitime défense. Ce qu’il nous reste à faire est de tirer des leçons, de mettre en place et de lancer le grand Konbit de la cité soulouquoise ; c’est-à-dire nous organiser, éduquer massivement et agir ensemble pour bâtir et récolter, après la tempête, une meilleure qualité de vie pour tous. C’est possible ! Abner Septembre
Sosyete Lakou Dessalines Vallue



