Mangeons-en tous : l’histoire d’une République découpée!
un temps où gouverner signifiait orienter. Aujourd’hui, trop souvent, cela signifie partager. Depuis 1992, l’idée du gouvernement de salut public a introduit dans notre vie politique un principe dangereux : celui du repartimientos. À chaque crise, au lieu d’une vision, on a proposé une distribution. Chaque parti son ministère.
Par La Rédaction · Port-au-Prince
· 3 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Mangeons-en tous, car ceci est le pays livré à nous. Mais un pays n’est pas un gâteau. Le pouvoir n’est pas une hostie. La République n’est pas un festin. Aucun progrès n’est possible dans la logique du partage sans vision. Diviser les ministères ne construit pas une économie. Multiplier les alliances ne produit pas une politique publique. Distribuer le pouvoir ne crée ni institutions solides, ni croissance durable, ni justice sociale. Un État se bâtit sur trois piliers : une vision claire,
un plan structuré, des femmes et des hommes capables de l’exécuter. Sans cela, chaque partage est une mutilation supplémentaire. Chaque compromis sans projet affaiblit la capacité collective d’agir. Et le peuple, lui, regarde la table sans jamais être invité au festin. La vérité est connue de tous, à l’intérieur comme à l’extérieur. On ne redresse pas une nation en fragmentant son autorité. On ne guérit pas une crise en multipliant les bénéficiaires du système. Le pouvoir partagé sans direction devient dilution. Il disperse l’énergie au lieu de la concentrer. À ceux qui tiennent encore leur couteau, prêts à tracer une nouvelle ligne sur le corps fragile du pays, il faut dire ceci : Un peu de pitié. Pitié pour cette terre qui n’a pas besoin d’un autre partage, mais d’une reconstruction. Pitié pour cette jeunesse qui attend autre chose qu’un arrangement entre élites.
Pitié pour Haïti. Car si la République continue d’être mangée tranche après tranche, il ne restera bientôt plus rien à partager. Yves Lafortune, New Orléans



