Lancement d’un programme de maîtrise en aménagement du territoire : l’État haïtien parie sur la formation de ses cadres pour structurer l’urbanisation
Par Jean Wesley Pierre · Port-au-Prince
· 4 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Lancement d’un programme de maîtrise en aménagement du territoire : l’État haïtien parie sur la formation de ses cadres pour structurer l’urbanisation
Par Jean Wesley Pierre
Le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE), en partenariat avec l’Université de Technologie d’Haïti (UNITECH), le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT) et la Fédération Nationale des Maires d’Haïti (FENAMH), a procédé ce mardi 31 mars 2026 au lancement officiel d’un programme de maîtrise en aménagement du territoire. Destiné à 32 cadres de la fonction publique, ce programme se veut une réponse structurante aux défis de l’urbanisation désordonnée et de la répartition inéquitable des investissements sur le territoire national. Portée par la ministre Sandra Paulemon, qui y voit un « acte stratégique de l’État », l’initiative bénéficie du soutien du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et réunit autour d’elle plusieurs acteurs institutionnels, dont la ministre à la Condition féminine Pedrica Saint-Jean, qui plaide pour une prise en compte des inégalités structurelles affectant les femmes. Avec l’engagement conjoint du recteur Josselin Val, du professeur international Feirouz Megdiche, du vice-recteur Lubin Santana et des étudiants représentés par Jean Gardy Milfort, ce programme ambitionne de former une nouvelle génération de décideurs capables de transformer durablement l’action publique en matière de planification territoriale.
Un investissement dans le capital humain pour répondre à une urgence nationale
Le choix d’un programme de maîtrise en aménagement du territoire n’a rien d’anodin. Il intervient dans un contexte où Haïti paie depuis des décennies le prix d’une urbanisation anarchique, d’une centralisation excessive des services et d’une absence de vision cohérente pour l’occupation de l’espace. En s’adressant à des cadres déjà en poste dans l’administration publique, l’État fait le pari de former des acteurs opérationnels, immédiatement en mesure d’influencer les politiques publiques.
La ministre Sandra Paulemon l’a résumé avec clarté :
« Aucun pays ne se transforme sans investir dans son capital humain. »
Derrière cette formule se dessine une prise de conscience institutionnelle : les réformes structurelles, les plans d’urbanisme, la déconcentration des services ou encore l’équilibre entre les territoires ne peuvent aboutir sans des professionnels dotés d’une expertise pointue. En ce sens, le programme ne constitue pas une action isolée, mais une initiative structurante qui vient combler un vide criant dans l’offre de formation supérieure spécialisée en Haïti.
Une responsabilité régalienne et un enjeu d’équité
Le recteur de l’UNITECH, Josselin Val, a rappelé avec justesse que l’aménagement du territoire relève d’une responsabilité régalienne de l’État. Cette affirmation touche au cœur d’un problème fondamental : pendant des années, l’absence de planification cohérente a fragilisé la souveraineté de l’État sur son propre territoire, laissant place à l’occupation informelle, à la vulnérabilité face aux risques naturels et à des disparités criantes entre les départements.



