Histoire et conscience nationale
Par La Rédaction · Port-au-Prince
· 3 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Une telle déclaration ne relève pas seulement d’une méconnaissance historique ; elle témoigne d’une pauvreté de pensée et d’un mépris dangereux pour la mémoire nationale. En entendant ces propos, j’ai ressenti un mélange de colère et de tristesse. Colère devant l’arrogance de ceux qui, se croyant modernes, s’érigent en juges du passé. Tristesse devant la déconnexion d’une partie de notre élite, qui confond progrès et oubli. Ce sont ces intellectuels sans mémoire, ces politiciens sans racines, qui, depuis des décennies, participent à la dégradation morale et institutionnelle du pays.
Il y a quelques années, en réponse à des autorités lavalassiennes qui parlaient d’ingérence des étrangers dans les affaires internes d’Haïti, un ambassadeur français accrédité en Haïti disait: » si les étrangers interviennent dans les affaires d’Haïti c’est sur invitation des dirigeants haïtiens eux-mêmes ». Haïti, aujourd’hui classée parmi les États fragiles, est avant tout une victime de l’amnésie de ses dirigeants. Car, en vérité, le sous-développement n’est pas seulement économique, il est d’abord mémoriel. Les peuples qui avancent sont ceux qui savent d’où ils viennent. Les États-Unis, la France, Israël, le Rwanda ou la Chine s’appuient sur la connaissance profonde de leur histoire pour façonner leur destin.
Pourquoi Haïti devrait-elle se construire dans l’oubli ? Haïti n’a pas besoin d’intellectuels amnésiques ni de techniciens sans vision. Elle a besoin de consciences enracinées, de voix capables de relier le passé à l’avenir. Oublier Dessalines, c’est trahir la dignité. Oublier Vertières, c’est nier notre raison d’exister. Notre avenir dépendra de notre capacité à relire notre histoire, à la comprendre, et à en faire la base de notre renaissance collective.Un peuple qui se souvient avance avec courage.Un peuple qui oublie, disparaît sans gloire. Pierre Josué Agénor Cadet, professeur d’histoire moderne et contemporaine à l’université



