Haïti entre migrations et déplacés internes : quelles politiques publiques face à l’urgence humanitaire ?
de l’émission Le Point, animée par Wendell Théodore, le Dr Jean-Marc Dargout, médecin spécialisé en santé publique, coopération internationale et nutrition d’urgence, a dressé un constat lucide et sans détour de la crise multidimensionnelle que traverse Haïti.
Par Gesly Sinvilier · Port-au-Prince
· 3 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Haïti demeure toutefois un pays à forte portée géopolitique et géostratégique. Située au carrefour des Amériques, son instabilité n’est jamais sans conséquences régionales. Le Dr Dargout rappelle également que l’histoire haïtienne est marquée par des exploits majeurs et une contribution significative aux luttes pour la liberté. Cette mémoire collective, loin d’être nostalgique, doit servir de levier pour reconstruire une conscience nationale forte et confiante. L’un des messages les plus marquants de son intervention s’adresse à la jeunesse. Malgré l’insécurité, la pauvreté et la perte de repères, il appelle les jeunes Haïtiens à ne pas céder au désespoir. La reconstruction du pays passera nécessairement par une génération capable de conjuguer compétence, intégrité et engagement citoyen. Sur le terrain politique, le Dr Dargout reconnaît que la politique est, par essence, un espace de compromis. Toutefois, tous les compromis ne se valent pas. Certains peuvent s’avérer inacceptables ou contre-productifs pour l’intérêt général. Il insiste sur la nécessité de bâtir des bases institutionnelles solides, capables d’empêcher l’émergence de dynamiques néfastes. Il critique notamment certaines décisions de gouvernance, comme la mise en place d’un Conseil à neuf membres dont l’inefficacité était prévisible. Pour lui, la responsabilité politique exige lucidité et cohérence. Au-delà du diagnostic, plusieurs pistes de solutions émergent. La première est l’unité nationale. Sans entente minimale entre les acteurs politiques, économiques et sociaux, aucune politique publique cohérente ne pourra être mise en œuvre. La deuxième concerne la lutte contre les inégalités sociales et économiques, qui alimentent les frustrations et fragilisent le tissu social. Enfin, l’État doit impérativement élaborer un plan structuré à court, moyen et long terme. Les citoyens ont besoin de perspectives concrètes : sécurité, accès à l’éducation, santé, emploi et sécurité alimentaire. La souveraineté alimentaire apparaît également comme un pilier fondamental. Réduire la dépendance aux importations, relancer la production nationale et valoriser les ressources locales constituent des étapes essentielles vers une autonomie réelle. Mais au-delà des politiques économiques, il s’agit aussi d’un projet identitaire : reconnaître ce que nous sommes en tant que peuple, cultiver des valeurs de responsabilité, d’éthique et de solidarité, et promouvoir des dirigeants capables d’incarner cette vision. La crise migratoire et les déplacements internes ne sont pas des phénomènes isolés. Ils sont les symptômes visibles d’un malaise structurel plus profond. Y répondre exige une approche holistique, articulée autour de la sécurité, de la gouvernance, du développement économique et de la reconstruction du lien social.
En définitive, le débat soulevé met en lumière une vérité essentielle : l’urgence humanitaire ne peut être dissociée d’une réforme en profondeur de l’État et d’un sursaut collectif. Haïti ne pourra inverser la tendance qu’en conjuguant assistance immédiate et transformation structurelle, dépendance assumée à court terme et reconquête progressive de sa souveraineté. Gesly Sinvilier / Le Relief



