Guerre en Ukraine: Un plan de paix qui ressemble à une capitulation ?
Par Jean Wesley Pierre · Port-au-Prince
· 5 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Le plan de paix dévoilé par les États-Unis pour mettre fin à la guerre en Ukraine a créé un choc diplomatique mondial. Présenté le 20 novembre 2025 à Kiev par l’envoyé spécial américain, ce document marque une rupture radicale avec les positions occidentales défendues depuis le début de l’invasion russe en 2022.
Pour la première fois, Washington propose un accord qui reconnaîtrait de facto les gains territoriaux de la Russie, imposerait une neutralisation militaire permanente de l’Ukraine et marginaliserait les Européens, tenus à l’écart de son élaboration.
Plusieurs sources indiquent que le plan aurait été préparé dans un canal discret entre Steve Witkoff, émissaire de Donald Trump, et Kirill Dmitriev, directeur du fonds souverain russe, considéré comme l’un des interlocuteurs les plus proches du Kremlin.
Au cœur du plan se trouve un redécoupage territorial majeur. Les États-Unis accepteraient de reconnaître la Crimée, Donetsk et Lougansk comme territoires russes, ce qui constituerait un tournant historique dans la politique occidentale. Les régions de Kherson et Zaporijjia seraient quant à elles partagées selon la ligne de front actuelle, consacrant un statu quo qui entérinerait les conquêtes militaires russes. Une zone tampon démilitarisée serait également créée sur une partie de la région de Donetsk encore contrôlée par l’Ukraine, obligeant Kiev à se retirer au profit de Moscou.
Cette approche revient à priver l’Ukraine d’environ un cinquième de son territoire internationalement reconnu et à légitimer les annexions que la communauté internationale n’a jamais acceptées depuis 2014.
Le texte impose également une reconfiguration profonde de la sécurité nationale ukrainienne. L’Ukraine devrait renoncer définitivement à rejoindre l’OTAN, inscrire sa neutralité dans sa constitution et réduire ses forces armées de 800 000 à 600 000 soldats. Aucune armée étrangère ne serait autorisée à stationner en Ukraine, et les avions européens destinés à renforcer Kiev devraient être hébergés en Pologne, hors du territoire ukrainien.
Ces mesures limiteraient considérablement la capacité de défense du pays et placeraient sa sécurité future dans une dépendance quasi totale envers les États-Unis, sans garantie formelle d’assistance militaire.
Sur le plan politique, le plan appelle à l’organisation d’élections générales dans un délai de cent jours, dans un contexte où Volodymyr Zelensky est affaibli par un scandale de corruption impliquant son entourage.
L’exigence américaine apparaît comme une volonté de recomposer la scène politique ukrainienne alors que la guerre se poursuit et que les institutions fonctionnent sous état d’urgence. Le volet économique prévoit d’utiliser les avoirs russes gelés pour financer la reconstruction de l’Ukraine, tout en proposant le retour de la Russie dans le G8, une perspective qui symbolise une réhabilitation internationale de Moscou malgré trois années de guerre, de destructions massives et de violations reconnues du droit international.



