De l’Anse-à-Galets à Montréal, un parcours du combattant
Par La Rédaction · Port-au-Prince
· 5 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Haïti a aujourd’hui besoin d’une véritable mobilisation et d’une politique d’intégration capables de permettre à sa diaspora de mettre son savoir-faire au service du développement national. Le sentiment patriotique de l’Haïtien demeure intact, qu’il vive au pays ou ailleurs. La mondialisation n’a pas érodé cet attachement profond à la patrie. Ce récit, qui témoigne de notre drame collectif et de la menace qui pèse sur notre survie, n’est pas seulement le mien. Chacun pourrait en livrer une version, selon ce qu’il a vécu en ce moment crucial de notre histoire commune. Aujourd’hui, la nation semble engloutie dans un désespoir sans fond. Pourtant, la souffrance que nous traversons peut devenir une étape vers la délivrance. « Nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. » Cette phrase d’Alfred de Musset, extraite de La Nuit d’octobre, pourrait s’appliquer à une nation entière : elle rappelle que l’épreuve révèle la vérité de l’être et pousse à l’introspection. Voyager devrait être un acte de plaisir, une anticipation de l’aventure dans la perspective d’un retour, non une fuite devant ses responsabilités. Je l’ai toujours écrit : une véritable élite est trop occupée à résoudre les problèmes de son pays pour chercher refuge ailleurs. Dans les circonstances actuelles, quitter Haïti se fait le cœur lourd, à un moment où la population haïtienne, à bout de tout, aspire à une transformation profonde du pays et veut retrouver de nouvelles raisons de croire et d’espérer. Les élites corrompues qui gouvernent mettent à l’épreuve notre détermination et notre espérance. Pourtant, malgré le confort que l’étranger peut offrir, une question demeure : à quoi sert de réussir loin de chez soi si l’on abandonne sa patrie et son peuple à la détresse ? Cette interrogation m’oblige à choisir entre Haïti et moi-même, entre la Gonâve et moi-même. Et je choisis Haïti. Philosophiquement, choisir, c’est penser ; ne pas choisir, c’est encore choisir, car l’indifférence est déjà un acte de conscience. Il faut un leadership éclairé
L’élite haïtienne, poussée à l’exil par les crises internes du pays, vit souvent un départ forcé qui s’apparente à une déportation silencieuse. Elle doit pourtant concevoir un plan de reconstruction nationale. La société se délite, l’insécurité s’étend, et l’indépendance proclamée par nos pères fondateurs il y a plus de deux siècles vacille. Il faut une vision claire, enracinée dans les idéaux de nos ancêtres, portée par des hommes et des femmes capables de relever la patrie de Dessalines. Comme beaucoup d’Haïtiens, j’ai connu le pire. Deux de mes maisons ont été confisquées par des gangs criminels. Celle où j’habitais, à Marin, dans la Plaine, est désormais sous leur contrôle. Pour les milliers de familles prisonnières de la violence, mon cœur saigne. La diaspora haïtienne, composée d’hommes et de femmes formés dans les plus grandes universités du monde, passionnés de savoir et de technologies, est la sève nourricière d’Haïti. Jacques Stephen Alexis, dans une lettre adressée au docteur François Duvalier depuis l’exil, rappelait cette vérité : aucune plante ne peut porter de fruits sans la sève de sa terre natale. La continuité des communautés et la transmission des valeurs ne peuvent être assurées que par une élite enracinée et responsable. La guérison d’Haïti exige d’affronter la réalité avec lucidité plutôt que de la fuir. Deux impératifs s’imposent : résister à l’adversité et accepter la situation telle qu’elle est, aussi douloureuse soit-elle. Dans l’histoire de l’humanité comme dans celle d’Haïti, des figures émergent toujours quand les fondations vacillent. Les paroles du prophète Néhémie et celles de Jacques Roumain peuvent, en ces temps sombres, nous inspirer à entreprendre des actions fortes et concertées en vue de la reconstruction nationale. Pour y parvenir, il nous faut un leadership désintéressé, animé par l’espérance, la foi et le sens de l’organisation, afin de transformer la vie en Haïti — notamment celle des communautés rurales et urbaines les plus vulnérables, qui en ressentent l’urgence vitale. Sonet Saint-Louis av
Professeur de droit constitutionnel à l’université d’État d’Haïti.
Université du Québec à Montréal
Montréal, le 19 octobre 2025.
Tél : 44073580
Email : sonet.saintlouis@gmail.com



