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Chronique d’un rêve confisqué

Lettre à la génération de 1990

_Par Jean Mapou_

«Inspirée d’une publication de mon ami Philippe Sauveurson, sur les réseaux sociaux».

Ils t’ont appelée la génération de la transition, celle du renouveau, du retour à la liberté. Tu portais sur ton front la lumière de 1986, la promesse d’une Haïti nouvelle, d’un peuple enfin debout. Mais ce rêve, on te l’a volé. On t’a arraché ton droit à l’avenir.

Car, au lieu de te laisser construire, on t’a brisée. A peine nourrisson, un coup d’État t’a frappée en plein cœur, t’a jetée dans la peur et l’exil. Puis, un État sans courage t’a trahie: il a préféré t’observer tomber, t’accuser d’insoumission, plutôt que de t’épauler. On t’a criminalisée, gangstérisée et aliénée, parce que tu croyais en la démocratie. On t’a condamnée parce que tu espérais.

Tu es la génération des rêves suspendus, des projets avortés, des départs forcés. Celle qui a vu s’effondrer les écoles, les tribunaux, les hôpitaux et, avec eux, la foi en la justice. Tu es la génération qu’on a forcée à partir, à chercher ailleurs le droit d’exister. Et pour ceux qui sont restés, on a dressé des murs de misère, d’humiliation et de silence.

Pourtant, ton histoire n’est pas qu’une tragédie. C’est aussi un testament. Car, malgré la répression, tu as chanté, enseigné, soigné, écrit. Tu as continué à croire, même dans la nuit.

Tu es cette flamme que rien n’a pu éteindre, ni la peur, ni la faim, ni les coups d’État, pas même les territoires perdus.

Aujourd’hui, les visages ont changé, mais le complot demeure. Il se nourrit de l’oubli, de la résignation, de la fatigue collective. On veut faire croire que tout cela n’a jamais eu lieu. Mais l’histoire se souvient: chaque génération trahie laisse des traces.

Et nous, spectateurs, de ton combat, nous savons que la dette envers toi est immense. Car c’est ton courage, ton audace, ta douleur même, qui nous rappellent ce que veut dire se lever pour un pays.

Alors, à toi, génération sacrifiée de 1990: pardon et merci.
Merci d’avoir porté la flamme jusqu’ici, malgré tout.
Merci d’avoir cru que la dignité valait plus que la peur.
Et pardon, pour n’avoir pas su te protéger.

Ton combat continue, dans nos voix, dans nos luttes, dans chaque rêve qui refuse de mourir.

Jean Mapou.

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