Par Jean Mapou
WASHINGTON.— Le Sénat américain a adopté une résolution condamnant les abus commis à l’encontre des femmes et des filles haïtiennes, marquant une avancée politique notable dans la reconnaissance internationale des violences systémiques qui frappent Haïti.
Déjà introduite à la Chambre des représentants par la députée Yvette D. Clarke, la résolution a été portée au Sénat par un groupe bipartisan de sénatrices: Jeanne Shaheen, Susan Collins, Jacky Rosen et Lisa Murkowski. Son adoption par la chambre haute consacre un signal politique fort, alors que les violences sexuelles et les exactions contre les femmes se sont intensifiées dans les zones contrôlées par des groupes armés.
Un signal bipartisan face à une crise humanitaire
Pour la première fois, les deux chambres du Congrès américain prennent formellement position sur la situation spécifique des femmes et des filles haïtiennes, dans un contexte où les organisations internationales documentent une recrudescence des viols collectifs, des enlèvements et des violences fondées sur le genre.
Bien qu’il s’agisse d’une résolution, instrument à portée essentiellement politique et symbolique, son adoption traduit un consensus bipartisan rare sur la nécessité d’une attention accrue à la dimension genre de la crise haïtienne.
Plaidoyer de la société civile haïtienne
L’organisation NÈGÈS MAWON, engagée depuis plus d’un an dans un travail de plaidoyer auprès des élus américains, salue cette avancée tout en appelant à des mesures concrètes. Dans une déclaration, l’organisation insiste sur la nécessité que cette résolution ne demeure pas un simple geste diplomatique, mais débouche sur des mécanismes effectifs de protection et de responsabilisation.
L’organisation souligne notamment l’urgence de renforcer l’assistance humanitaire ciblée aux survivantes de violences sexuelles; d’appuyer les organisations locales de défense des droits des femmes; et de soutenir les efforts de lutte contre l’impunité.
Entre symbole politique et leviers d’action
Si la résolution ne crée pas d’obligations juridiques contraignantes, elle pourrait influencer l’orientation de l’aide américaine, les conditions diplomatiques et les débats budgétaires liés à Haïti. Dans un contexte où la crise sécuritaire continue de fragiliser les institutions nationales, la question de la protection des femmes et des filles s’impose de plus en plus comme un indicateur central de la gravité de la situation.
Cette prise de position du Congrès intervient alors que les organisations de défense des droits humains alertent sur l’utilisation systématique des violences sexuelles comme arme de terreur dans les territoires sous contrôle de gangs.
Reste désormais à savoir si ce signal politique se traduira par des engagements financiers, diplomatiques et opérationnels capables d’avoir un impact tangible sur le terrain.
Jean Mapou / Le Relief


