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Un million deux cents mille personnes vivent dans les camps en Haïti: la dignité humaine, mise en cause, selon une enquête de l’OPC

Par: Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— L’office de protection du citoyen a publié une enquête, réalisée ce mois d’avril, sur la situation des déplacés internes. Intitulée *Étude sur la protection du droit des personnes déplacées en Haïti*, cette enquête met en lumière l’absence de la responsabilité de l’Etat et le manque d’engagement des organisations des droits humains et le rôle de l’OPC auprès dans les camps.

*Un état des lieux alarmant et inquiétant pour l’avenir*

Ce document de 67 pages décrit le Déplacement à l’Intérieur de leur Propre Pays (DIPP), dans le contexte actuel, comme étant découlé de conflits ou de banditisme armé dans les zones frontalières ou populeuses. «Le DIPP exprime une défaillance de contrôle sociale, due à une désarticulation dans la politique de sécurité publique qui conduit directement à la violation systématique du droit à la sécurité», écrit Jean Wilner Morin, Protecteur du Citoyen.

De manière générale, la sécurité est l’état d’esprit du corps social qui se sent tranquille, rassuré, en confiance, à l’abri de tout danger, commente l’OPC, soutenant que la sécurité se réfère à la confiance, alors que le constat montre que la réalité sécuritaire dans la zone métropolitaine est loin de mettre la population à l’abri de toutes menaces.

*Quelle est exactement la situation sécuritaire dans la zone métropolitaine?*

Pour y répondre l’enquête remonte à 2020 avec la formation de l’organisation des gangsters appelée G9 et G-pèp un peu plus tard. En se renforçant en pôles politiques, ces organisations se sont regroupées en 2024 en coalition criminelle nommée Viv Ansanm, rappelle l’OPC.

«Depuis que les gangs se sont fédérés, une situation de terreur s’est installée dans la zone métropolitaine», soulignent les enquêteurs. Les routes nationales sont systématiquement occupées, des quartiers sont contrôlés par les bandits et les habitants, pour fuir la terreur qui s’y installe, sont obligés d’abandonner leur domicile, emportant ce qu’ils peuvent pour essayer de trouver refuge ailleurs dans d’autres quartiers et des lieux publics.

À Carrefour-Feuilles, à Solino, Delmas 30, Christ-Roi, Kenscoff et Mirebalais sont adjoints aux territoires perdus, butins des bandits. Ceux qu ont tenté de résister ont fini par faillir,a relaté l’OPC dans son étude.

*La situation des droits humains, une catastrophe dans les camps des déplacés internes*

La population cible de l’étude est les personnes déplacées internes des camps. Au moment de la cueillette d’informations, cent quatre (104) camps existaient dans la zone métropolitaine et comprenaient environ un million deux mille (1.200.000) déplacés internes.

La vie dans les camps est deshumanisante et ne répond pas aux normes relatives à la dignité humaine. Les espaces et l’environnement des camps ne sont pas faits pour loger une personne voire des familles entières. Les conditions d’hygiènes sont exécrables. Cette situation remet de plus en plus en question les droits à l’identité, à la santé, à l’éducation, au logement, à l’alimentation, à l’environnement, à la libre circulation et à la dignité humaine, soutient l’OPC.

L’office affirme avoir organisé des ateliers de collecte d’informations dans plusieurs camps qui ont permis de constater que la situation du droit des déplacés de la zone métropolitaine est très précaire et entraine des questionnements en ce qui a trait à des solutions durables pour résoudre la problématique. L’institution se demande, même si la protection du droit des déplacés internes de la zone métropolitaine est assurée et assumée.

*Les recommandations*

Les enquêteurs ont fait des recommandations sur trois angles: Les responsabilités de l’État, les engagements des organisations de défense des droits humaines et le rôle de l’OPC. Ils suggèrent entre autres que l’État se dotent d’une politique publique de sécurité qui tient compte de la Sécurité nationale, de la sécurité publique et de la Sécurité civile, c’est-à-dire: assurer la protection des citoyens contre toutes formes de danger.

«La solution pour instaurer la sécurité n’est pas seulement militaire et policière, elle est également sociale et administrative», recommande l’étude de l’OPC, insistant sur les responsabilités de l’État pour diminuer les espaces criminogènes en envisageant de réduire l’inégalité sociale et de protéger les PDIPP en se basant sur une approche fondée sur les droits humains.

Dans la mise en contexte de l’enquête, le protecteur du citoyen, Jean Wilner Morin se demande: «Intéressons-nous au réel? Si nous y accordons peu d’attention, il se développera quand même, se construira sans nous ou contre nous. Il a surtout mis en lumière le piège des quartiers populeux qui s’est développé sous les regards de l’État, qui, aujourd’hui, peine à y faire face.

Il a sévèrement critiqué ce qu’il qualifie de vide de réponse claire, une absence d’apparence de compréhension, de maîtrise du phénomène de déplacement interne qui, écrit-il, travaille mortellement le corps social et modélise la conscience collective de manière négative.

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