Par Jean Wesley Pierre
À l’approche du 7 février, date de fin prévue du Conseil présidentiel de transition (CPT), l’avenir institutionnel d’Haïti est plus incertain que jamais. Dans un contexte d’insécurité généralisée et d’effondrement économique, le projet de « Transition souveraine » a été officiellement lancé par le Mouvement des citoyens engagés pour la Refonte de l’État-Nation, lors d’une conférence de presse tenue à Pétion-Ville le lundi 12 janvier 2026.
Une feuille de route en trois étapes
Joiseus Nader, ancien ministre et coordonnateur adjoint du FREN, a présenté une feuille de route resserrée autour de trois priorités :
- Résoudre le problème de l’insécurité, considéré comme le principal frein à toute reprise.
- Organiser un référendum pour redéfinir les bases institutionnelles de l’État.
- Tenir des élections générales pour rétablir une légitimité démocratique.
L’ensemble du processus est estimé réalisable en 18 à 24 mois, une durée qui contraste avec les transitions prolongées du passé.
Analyse des causes de l’insécurité
Dans son intervention, Joiseus Nader a livré une analyse critique de l’économie politique du chaos. Il a affirmé que des acteurs économiques puissants, alliés à des intérêts étrangers, alimenteraient la circulation des armes pour entretenir une instabilité lucrative. Il a aussi établi un lien direct entre le chômage massif (80-85%) et l’insécurité, soulignant l’impossibilité d’assurer la sécurité sans inclusion économique.
Un positionnement idéologique singulier : l’« haïtianisme »
Sur le plan géopolitique, le projet revendique une rupture. « Nous ne sommes ni pro-russes ni anti-russes, ni pro-chinois ni anti-chinois », a déclaré Nader, rejetant les idéologies classiques au profit d’un concept nommé « haïtianisme », résumé par la primauté des intérêts d’Haïti. Cette posture se veut pragmatique et ouverte à tous les dialogues, à condition qu’ils respectent la souveraineté nationale.
Un projet porté par des figures controversées
L’ancien député Ronald Étienne a révélé que le document a été élaboré après consultations avec plusieurs personnalités, dont Guy Philippe, Bernard Gousse et Stanley Lucas. Cette liste hétérogène est à la fois une force, montrant une volonté de rassembler, et une faiblesse, certaines figures étant associées à des périodes politiques controversées.
La question cruciale de la légitimité post-CPT
Alors que le CPT actuel est fragilisé par des divisions et une légitimité contestée, la « Transition souveraine » émerge comme une option parmi d’autres dans un vide politique grandissant. Elle est le symptôme d’un pays en quête urgente d’un nouveau contrat politique. Son succès dépendra non seulement de la faisabilité de sa feuille de route, mais surtout de sa capacité à susciter une confiance collective dans une population épuisée par des décennies d’échecs.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


