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Trafic de drogue : Quels liens le président Maduro entretient-il avec le Cartel de Los Soles?

Par Gesly Sinvilier

Depuis des années, le Cartel de Los Soles est devenu, au-delà d’un dossier judiciaire, un outil rhétorique utilisé pour justifier des interventions politiques, économiques et, depuis ce 3 janvier, militaires contre le Venezuela. Cette accusation de narcotrafic de haut niveau sert de prétexte commode pour légitimer des pressions extérieures qui visent en réalité d’autres objectifs stratégiques.

Un prétexte pour reprendre le contrôle des ressources vénézuéliennes

L’opération militaire américaine du 3 janvier 2026, qui a abouti à la capture spectaculaire de Nicolás Maduro et de son épouse, dépasse largement le cadre traditionnel d’une simple action judiciaire. Beaucoup d’observateurs, y compris des analystes géopolitiques, dénoncent ouvertement que la lutte contre la drogue a été instrumentalisée pour justifier une action visant à prendre le contrôle des immenses réserves pétrolières du Venezuela et à renforcer l’influence des États-Unis dans la région.

Le président Trump a lui-même laissé entendre que Washington pourrait exploiter et “gérer” le Venezuela temporairement, notamment en mobilisant des compagnies pétrolières américaines pour reconstruire l’infrastructure énergétique du pays, un objectif contraire à la logique d’une simple lutte antidrogue.

La révision subite de l’accusation liée à la drogue

L’un des aspects les plus troublants se trouve dans l’acte d’accusation lui-même. Les charges portées contre Maduro remontaient à 2020 et tournaient autour de la prétendue direction du Cartel de Los Soles. Mais une nouvelle version, déposée après la capture de ce dernier, indique désormais que ce groupe n’est pas un cartel structuré dirigé par Maduro, mais plutôt un ensemble de réseaux corrompus au sein des institutions militaires et politiques.

Cette révision inattendue met en lumière une construction politique plus qu’une base factuelle solide, ce qui renforce l’idée que l’accusation de trafic de drogue a servi avant tout à justifier une intervention. Ainsi, la drogue devient un argument opportun plutôt qu’une réalité prouvée, renforçant les critiques selon lesquelles la narrative judiciaire a été modelée en fonction d’objectifs géopolitiques.

Juan Orlando Hernández : exemple d’une hypocrisie sans détour

Alors que l’administration Trump présente sa politique comme une lutte inflexible contre le narcotrafic, une décision récente a révélé une contradiction flagrante dans cette posture. Trump a accordé une grâce présidentielle totale à l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, qui avait été condamné à 45 ans de prison pour narcotrafic — notamment pour avoir transformé le Honduras en un point névralgique du trafic de cocaïne vers les États-Unis.

Cette décision a scandalisé des experts en lutte antidrogue : elle suggère que la logique de Trump n’est pas la cohérence judiciaire ou la lutte sérieuse contre les réseaux criminels, mais plutôt des calculs politiques et électoraux opportunistes, selon que l’on soit de droite ou de gauche. Cela révèle une hypocrisie politique profonde : sanctionner un dirigeant étranger sur des accusations controversées tout en graciant un allié pourtant condamné, mine la crédibilité des accusations portées contre Maduro.

Trump : un comportement stratégique avant, pendant et après

L’opération qui a conduit à l’arrestation de Maduro ne fut ni fortuite ni isolée. Dans les mois qui ont précédé l’intervention, Trump avait multiplié les pressions sur Caracas : menaces de frappes, blocus naval sur les exportations pétrolières, attaques contre des navires accusés de narcotrafic et déploiement militaire dans les Caraïbes et le Pacifique.

Avant l’enlèvement, la stratégie américaine s’est apparentée à une campagne de pression continue. Au lieu d’utiliser des moyens diplomatiques ou multilatéraux, Washington s’est engagé dans une logique coercitive, martelant l’idée que Maduro serait un “narco-terroriste”.

Pendant l’opération, le caractère militaire et spectaculaire de l’action — avec des frappes aériennes, l’extraction de Maduro vers les États-Unis et l’annonce publique de sa capture — a été présenté comme une démonstration de force. Trump a même déclaré que les États-Unis étaient désormais aux commandes du Venezuela.

Après l’enlèvement, Trump a cherché à contrôler le récit en soulignant la nécessité de lutter contre la drogue, tout en révélant d’autres objectifs : exploitation des ressources, influence géopolitique accrue, et potentiel remodelage de l’ordre régional. Les critiques internes — des figures politiques américaines aux organisations internationales — ont dénoncé une opération qui dépasse largement la simple application de la loi antidrogue.

Un prétexte bien commode

La conjugaison des faits: révision du dossier juridique contre Maduro, grâce à un narcotrafic condamné, discours politique sur la drogue et actions militaires agressives, dévoile une stratégie américaine où la lutte contre les stupéfiants sert de couverture rhétorique à des ambitions géopolitiques. Elle met en lumière des priorités bien plus tournées vers l’accès aux ressources et l’influence que vers la justice ou la sécurité.

En fin de compte, cette hypocrisie ne se limite pas au Cartel de Los Soles : elle s’étend à l’ensemble des stratégies qui se cachent derrière cette narrative qui, loin d’être guidée par la vérité judiciaire, semble répondre à des objectifs politiques et économiques bien plus larges.

Gesly Sinvilier / Le Relief

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