Par Jean Wesley Pierre
Port-au-Prince, le 15 février 2026 —Cette période carnavalesque est marquée par la récente initiative du CEP, consistant à mener des activités de sensibilisation électorale lors du défilé de Jacmel. Cet initiative s’inscrit dans une stratégie qui dépasse la simple communication institutionnelle.
En intégrant le message électoral à un événement culturel majeur de cet envergure, avec une forte présence de la jeunesse haïtienne, le CEP semble chercher à rapprocher la politique du quotidien des citoyens et des citoyennes, notamment des jeunes, souvent plus présents dans ces espaces festifs que dans les forums politiques traditionnels.
Le carnaval comme vecteur de sensibilisation
Le choix du carnaval comme vecteur de sensibilisation n’est pas anodin. Ce moment rassembleur constitue l’un des rares espaces où les clivages sociaux, politiques ou économiques tendent à s’atténuer temporairement. En y introduisant des messages liés aux élections, le CEP semble vouloir normaliser l’idée de participation citoyenne, la présenter non comme une obligation abstraite, mais comme une dimension intégrée à la vie collective et culturelle. Cette approche pourrait contribuer à réduire la distance psychologique entre la jeunesse haïtienne et les processus électoraux.
La forte présence de jeunes et d’associations féminines, arborant pancartes et t-shirts aux couleurs du CEP, révèle également une volonté de cibler des catégories historiquement sous-représentées dans la participation politique active. L’accent mis sur les slogans encourageant la participation féminine traduit une reconnaissance implicite du déficit d’inclusion des femmes dans les institutions politiques.
Si cette dynamique se maintient, elle pourrait contribuer à renforcer la visibilité politique des femmes et, à terme, influencer la composition sociologique des instances électives.
Cette campagne peut aussi être interprétée comme une tentative de reconstruction de la confiance institutionnelle. Dans un contexte marqué par l’absence prolongée d’élections et par une crise de légitimité politique persistante, toute initiative visant à rappeler l’importance du vote participe d’un effort de réhabilitation du processus démocratique. La pédagogie électorale dans l’espace public festif peut alors servir à réintroduire progressivement l’idée d’alternance démocratique comme horizon possible.
A quoi doit-on s’attendre ?
Cependant, l’impact réel d’une telle campagne dépendra de sa continuité et de sa crédibilité. Une sensibilisation ponctuelle, même visible, ne suffit pas toujours à transformer durablement les comportements politiques. Elle doit s’accompagner de garanties concrètes : sécurité, transparence électorale, confiance dans les institutions et perspectives réelles d’élections. Sans ces conditions, la communication risque d’être perçue comme symbolique plutôt que structurante.
Une campagne qui s’associe à la culture pour une participation citoyenne
Pour la jeunesse haïtienne, l’enjeu est particulièrement crucial. Une campagne qui associe culture, participation citoyenne et inclusion peut nourrir un sentiment d’appartenance nationale et encourager l’engagement civique.
À l’échelle nationale, cela pourrait contribuer à renforcer la culture démocratique, favoriser la cohésion sociale et redonner une perspective politique à une génération souvent confrontée à l’incertitude institutionnelle.
En définitive, cette initiative du CEP illustre une tentative de reconnecter la politique à la société par des canaux culturels populaires. Si elle s’inscrit dans une stratégie plus large de relance démocratique, elle pourrait jouer un rôle non négligeable dans la mobilisation citoyenne, particulièrement chez les jeunes et les femmes, et contribuer à la reconstruction progressive de la confiance démocratique dans le pays.
Jean Wesley Pierre / Le Relief

