Par Jean Wesley Pierre
Port-au-Prince, 28 novembre 2025 – Alors que le gouvernement accélérait ce vendredi l’examen du décret électoral, la veille, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé posait, lors d’une conférence sur la sécurité, la condition sine qua non de tout scrutin : la reconquête du territoire. Cette séquence serrée met en lumière la feuille de route, périlleuse mais structurée, des autorités de transition, où sécurité et processus électoral apparaissent comme les deux faces indissociables d’une même médaille : la restauration de l’État.
La (FRG) Force de Répression des Gangs, Nouveau Fer de Lance Contre les Gangs : Un signal à double tranchant
La 5ème conférence de la Table Sectorielle sur la Sécurité (TSS), organisée par le CARDH, avait un objet précis : la transformation de la MMAS en Force de Répression des Gangs (FRG). Le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, y a vu un « signal d’espoir pour la population », ouvrant une « nouvelle phase » dans la lutte contre l’insécurité.
Pour beaucoup d’analystes, cette annonce est significative à plusieurs égards. Premièrement, elle acte une évolution doctrinale : le passage d’une mission de « sécurité » générale à une affectation ciblée de « répression des gangs ». Cette spécialisation est une réponse tactique à l’hydre que représente la criminalité organisée.
Deuxièmement, la présence conjointe de l’ (ONU) Organisation des Nations Unies, de l’ (OEA) Organisationdes États Américains, de la (PNH) Police Nationale Haïtienne et des (FAd’H) Force armée d’Haïti démontre une tentative de construire un front uni et une coordination longtemps absente.
Cependant, le discours optimiste doit être tempéré par le pragmatisme. La FRG n’est, en substance, qu’une réorientation de forces existantes. Sa réussite dépendra non seulement de son équipement et de sa formation, mais surtout de sa capacité à opérer dans un environnement judiciaire fonctionnel, capable de traiter les individus arrêtés.
La lutte contre l’impunité, évoquée par le chef du gouvernement, reste le maillon faible de cette chaîne.
Quand la sécurité et élections deviennent incontournable dans liaison dialectique
La déclaration la plus cruciale du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est sans équivoque : « la sécurité demeure la condition essentielle à la tenue des prochaines élections ». Cette affirmation établit une dépendance logique que personne ne peut contester, mais elle soulève également une question épineuse : quel est le seuil de sécurité acceptable pour déclencher le processus électoral ?
Les analystes révèlent ici un dilemme profond. D’un côté, organiser des élections dans des zones encore largement contrôlées par les gangs serait une mascarade dangereuse, exposant les citoyens et compromettant la légitimité du scrutin. De l’autre, attendre une pacification totale et illusoire du territoire reviendrait à reporter sine die la restauration démocratique, alimentant un cycle de transition sans fin.
La manœuvre simultanée sur les deux tableaux accélération du décret électoral et renforcement de l’appareil sécuritaire est donc un calcul stratégique. Il s’agit de préparer le cadre légal pour être opérationnel dès que la fenêtre sécuritaire le permettra, tout en rassurant la communauté internationale et l’opinion publique nationale que la priorité absolue reste la protection des civils.
L’unité nationale, le pilier invisible de la stratégie
Au-delà des mesures techniques, le Premier ministre a insisté sur un élément plus intangible mais tout aussi critique : la « nécessité d’une unité nationale renforcée ». Ce n’est pas une simple formule de rhétorique politique. Dans le contexte haïtien, l’unité nationale est le carburant sans lequel aucun effort sécuritaire ou électoral ne peut aboutir.
Cette unité est nécessaire pour soutenir le moral des forces de sécurité, souvent confrontées à une défiance populaire. Elle est indispensable pour créer un front social et politique cohérent contre les gangs, isolant ces derniers. Enfin, elle est la condition préalable à l’acceptation des résultats électoraux, garantissant que le processus ne dégénère pas en une nouvelle crise politique.
Un équilibre précaire sur le fil de l’histoire
Le gouvernement et le CPT semblent donc engagés dans une course contre la montre, tentant de résoudre l’équation la plus complexe de la transition : sécuriser pour élire, et préparer les élections pour motiver la sécurisation. La création de la FRG est une pièce maîtresse de ce puzzle, tout comme l’avancée du décret électoral.
Le soutien affiché de la communauté internationale reste un atout, mais il ne suffira pas. La clé du succès résidera dans la capacité des autorités à transformer les déclarations d’intention en actions concrètes et visibles sur le terrain, à construire une unité nationale qui dépasse les clivages traditionnels, et à maintenir ce double effort sécuritaire et électoral dans une synchronisation parfaite. L’enjeu n’est rien de moins que de briser le cycle infernal de la violence et de l’instabilité pour offrir à la nation haïtienne les perspectives d’avenir qu’elle appelle de ses vœux.


