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Révocation du Premier ministre : légalité d’un acte administratif, légitimité politique et souveraineté en jeu

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le jeudi 29 janvier 2026 —La révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé par le Conseil présidentiel de transition (CPT) met en lumière une tension persistante entre droit administratif et influence internationale. La situation révèle autant les limites de la Constitution que la complexité de la gouvernance en période de transition.

Pour Me Samuel Madistin, avocat et expert en droit administratif, la situation est claire :

« Le Conseil présidentiel de transition comme entité administrative collégiale joue le rôle du président de la République, ce qui est différent pour un membre, pris individuellement. »

Selon lui, « il n’y a aucune règle disant que le conseil présidentiel de transition doit prendre ses décisions à l’unanimité ; le conseil prend ses décisions par vote, avec la majorité qualifiée ».

Ainsi, le coordonnateur du (CPT ) conseil présidentiel de transition « ne dispose pas du droit de veto sur les décisions prises par la majorité, il doit se soumettre à la décision de la majorité, dès qu’il ne se soumet pas, il est réputé démissionnaire. »

Me Madistin ajoute que « l’autorité qui a nommé le Premier ministre a le droit de le révoquer », et que certaines décisions administratives, telles la révocation du Premier ministre, ne peuvent être contestées juridiquement.

Cette lecture juridique est soutenue par l’ancien député Déus Deronneth, qui estime que :

« la révocation du Premier ministre n’est pas une question de négociation de fin de mandat ; c’est l’exercice d’un droit administratif et politique dont dispose le CPT ».

Selon lui, la présence continue d’Alix Didier Fils-Aimé représente « un élément de confrontation et un facteur d’irritation qu’il convient d’écarter sans délai, afin de rétablir la sérénité nationale ».

À l’opposé, l’ancien président Jocelerme Privert insiste sur la continuité institutionnelle :

« Il n’y aura pas de vide politique en Haïti. […] Après la fin du mandat du CPT, le Conseil des ministres, sous le leadership du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dirigera le pays jusqu’à l’organisation des prochaines élections. »

Privert rappelle également que la présidence ne peut être assurée que par élection au suffrage universel ou par l’Assemblée nationale dans des cas précis prévus par la Constitution.

Cette position est tempérée par l’ancien président du Sénat, Kely Bastien, qui met en garde contre l’instrumentalisation de la Constitution en déclarant :

« L’article 149 parle de conseil des ministres pour diriger le pays si la vacance est constatée : démission, destitution, décès ou incapacité physique. Ce qui est dans le pays actuellement ne correspond à aucun de ces cas. »

Bastien insiste pour dire : « On ne peut pas prendre une phrase de la Constitution pour résoudre un problème de facto. La solution doit être politique et non juridique. »

La tension est accentuée par l’ingérence internationale. Madistin ironise : « Puisque les autorités étrangères, américaines et autres affirment supporter le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, donc la majorité est l’appui des étrangers (USA, Canada, Union européenne, BINUH…). »

Cette observation souligne le double enjeu : la souveraineté nationale face aux pressions externes et la nécessité pour les acteurs haïtiens de trouver une solution politique et consensuelle.

Au final, la crise autour du Premier ministre démontre que, en Haïti, le droit administratif sert souvent à justifier des choix politiques, tandis que la légitimité réelle reste conditionnée par l’adhésion populaire et la maîtrise de l’influence étrangère. Comme le souligne Bastien et Privert, aucune architecture juridique ne peut remplacer un accord politique solide pour assurer la stabilité et la continuité de l’État.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

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