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Reprise des essais nucléaires américains : vers un nouvel âge atomique ?

Par Jean Wesley Pierre

L’annonce a fait l’effet d’une onde de choc dans le monde. Le président américain Donald Trump a ordonné ce jeudi 30 octobre 2025, la reprise des essais d’armes nucléaires par les États-Unis, une première depuis 1992.

Officiellement justifiée par la « nécessité de rester au même niveau que la Russie et la Chine », cette décision soulève des interrogations planétaires. Au-delà de la provocation politique, elle ouvre un débat crucial : Quelles conséquences pour la planète ? Et cette escalade pourrait-elle rallumer la flamme d’une nouvelle guerre froide ?

Les essais nucléaires, qu’ils soient atmosphériques ou souterrains, laissent derrière eux un héritage écologique désastreux. Selon l’ONU, plus de 2 000 essais ont été réalisés depuis 1945, contaminant durablement les sols, les nappes phréatiques et l’atmosphère.

Les États-Unis à eux seuls en ont effectué 1 032, principalement dans le désert du Nevada et dans le Pacifique. Les conséquences sont encore mesurables aujourd’hui :

  1. des taux anormaux de cancers et de malformations congénitales chez les populations exposées,
  2. une radioactivité résiduelle détectée dans l’eau et le sol des anciens sites d’essais,
  3. des particules radioactives en suspension ayant circulé dans les courants aériens planétaires.

La reprise des essais nucléaires, même confinés au sous-sol, n’est jamais sans risque. Les scientifiques rappellent que les explosions souterraines fragilisent la croûte terrestre et peuvent entraîner des fuites radioactives incontrôlées.

Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheuse au Cnam, prévient : « Il ne faut pas banaliser le fait nucléaire. Chaque essai est un pas supplémentaire vers la destruction silencieuse de nos écosystèmes. »

La reprise américaine constituerait donc une rupture du consensus écologique mondial bâti depuis les années 1990 autour du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), signé mais jamais ratifié par Washington. Symboliquement, cela revient à ouvrir la boîte de Pandore du nucléaire militaire.

Un signal géopolitique explosif

Sur le plan stratégique, cette annonce s’inscrit dans un climat de tensions croissantes entre grandes puissances. Moscou vient à peine de tester le « Bourevestnik », un missile à propulsion nucléaire « à portée illimitée ». Pékin, de son côté, accélère la modernisation de son arsenal.

La décision du président américain, Donald Trump résonne donc comme un message politique à la Russie et à la Chine : les États-Unis ne resteront pas spectateurs dans la nouvelle course technologique de dissuasion.
Mais ce message pourrait se retourner contre Washington.

« Nous assistons à la fin de l’ère de la réduction des arsenaux nucléaires et au retour de la logique de confrontation », alerte Hans Kristensen, chercheur à l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

En d’autres termes, la reprise des essais américains pourrait briser le fragile équilibre de la dissuasion et relancer une course effrénée à l’innovation militaire atomique.

Depuis la fin de la Guerre froide, les grandes puissances ont cherché à maintenir un statu quo nucléaire : disposer de la bombe, mais ne jamais l’utiliser. Or, chaque test, chaque déclaration musclée ravive la méfiance.

Pour la Russie, cette annonce américaine pourrait justifier de nouveaux essais symétriques. Pour la Chine, elle renforce la conviction que les États-Unis cherchent à dominer militairement le XXIᵉ siècle. Et pour les puissances régionales Inde, Pakistan, Corée du Nord, voire Israël, cela crée un précédent dangereux.

Le résultat pourrait être une prolifération incontrôlée d’armes nucléaires et un effondrement des régimes de contrôle, notamment du TICE et du Traité de non-prolifération (TNP).

La communauté internationale, déjà fragilisée par les guerres en Ukraine et à Gaza, verrait s’ouvrir un nouveau front de confrontation globale.

Une guerre imminente ? Peu probable, mais la tension monte

Les experts s’accordent à dire : la reprise des essais nucléaires américains ne signifie pas qu’une guerre mondiale est imminente.

La dissuasion nucléaire reste, paradoxalement, un facteur de stabilité relative aucun pays ne pouvant déclencher un conflit atomique sans provoquer sa propre destruction.

Cependant, la multiplication des tests, des provocations et des ruptures de traités accroît les risques d’incidents diplomatiques ou militaires non contrôlés.

Un tir d’essai mal interprété, une erreur de calcul stratégique, ou un acte de provocation en mer de Chine ou en Europe de l’Est pourrait déclencher une spirale incontrôlable.

Daryl G. Kimball, de l’Arms Control Association, résume : « Les États-Unis n’ont aucune raison technique ou politique de reprendre les essais. Cette décision ne rend pas le monde plus sûr, elle le rend plus nerveux. »

Entre politique intérieure et posture internationale

Certains analystes estiment que cette annonce du président américain, Donald Trump relève moins d’une décision militaire que d’une manœuvre politique.

À l’approche d’échéances électorales, montrer les muscles face à la Russie et à la Chine flatte l’électorat nationaliste et renforce l’image d’un président « fort ».

Mais le prix symbolique est lourd : en rompant avec trois décennies de retenue nucléaire, Washington affaiblit l’ordre international et mine la crédibilité morale des États-Unis sur la scène diplomatique.

Un retour périlleux à la logique du feu

Si les essais américains reprennent effectivement, ils marqueront la fin d’une ère de prudence nucléaire et le début d’un monde plus instable, plus fragmenté, où chaque puissance se sentira légitimée à tester, menacer ou moderniser son arsenal.

Le danger n’est pas seulement militaire : il est écologique, diplomatique et moral. L’humanité a déjà vu ce que deux bombes pouvaient faire à Hiroshima et Nagasaki.

Revenir aux essais nucléaires, c’est accepter l’idée que la destruction massive puisse redevenir un instrument de politique.
Et cela, avertissent les experts, serait une déflagration bien plus grave que n’importe quel essai souterrain.

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