Par Oscar Jean-Etienne
La réforme des finances publiques en Haïti entre dans une phase décisive. À l’initiative de la ministre de la Planification et de la Coopération externe, Sandra Paulemon, une séance de travail stratégique s’est tenue ce mercredi avec les membres de la Commission de Réforme des Finances Publiques et de Gouvernance Économique (CRFP-GE). Au cœur des échanges : l’état d’avancement des réformes, les obstacles persistants et les perspectives d’amélioration dans un contexte national exigeant.
Depuis plus de vingt ans, l’État haïtien s’est engagé dans un processus de transformation de son système de finances publiques. Toutefois, comme l’a souligné le coordonnateur de la Commission, Charles Cadet, les résultats obtenus demeurent contrastés. Malgré certaines avancées structurelles, les réformes peinent encore à produire des effets pleinement satisfaisants, notamment en matière d’efficacité, de transparence et de performance globale.
Les discussions ont permis d’examiner en profondeur les six axes stratégiques qui structurent la réforme. Il s’agit notamment de la mobilisation des ressources internes, un enjeu crucial pour réduire la dépendance extérieure ; de l’amélioration des systèmes de planification et de budgétisation ; de la modernisation de la gestion de la trésorerie et de la comptabilité publique ; du renforcement de la gouvernance des finances locales ; de la consolidation des mécanismes de contrôle et de lutte contre la corruption ; ainsi que du développement du système d’information pour les finances de l’État.
Les responsables techniques ont également fait le point sur la révision en cours de la stratégie globale de réforme, menée avec l’appui de l’Union européenne. Cette collaboration vise à adapter les outils et les méthodes aux réalités actuelles du pays, tout en intégrant des standards internationaux en matière de gouvernance économique.
Dans son intervention, la ministre Paulemon a insisté sur la nécessité de passer d’une logique de processus à une logique de résultats. Elle a appelé à l’élaboration d’un plan d’action clair, structuré et orienté vers des impacts mesurables. Pour la titulaire du MPCE, il est impératif que la réforme produise des effets concrets dans la vie des citoyens et dans le fonctionnement de l’État.
Elle a également mis l’accent sur un défi majeur : le manque de coordination entre les institutions impliquées dans la gestion des finances publiques. Selon elle, l’absence de synchronisation et d’interconnexion entre les différents systèmes constitue un frein important à l’efficacité des politiques publiques. La ministre a ainsi plaidé pour la mise en place de mécanismes intégrés favorisant la circulation fluide de l’information, la cohérence des interventions et une gouvernance harmonisée.
Cette approche intégrée apparaît aujourd’hui comme une condition essentielle pour garantir la durabilité des réformes engagées. Sans une articulation efficace entre les acteurs institutionnels, les efforts consentis risquent de rester fragmentés et peu productifs.
La rencontre s’est conclue sur des perspectives concrètes, dont la tenue prochaine de la première réunion statutaire du Comité de Pilotage Stratégique (COPIL), appelée à jouer un rôle clé dans l’orientation et le suivi de la réforme.
Dans un contexte marqué par des défis économiques et institutionnels majeurs, cette relance du dialogue stratégique autour des finances publiques traduit une volonté affirmée des autorités de renforcer la gouvernance économique du pays et de poser les bases d’un redressement durable.


