Par Pierre Josué Agénor Cadet
Après les victoires successives des troupes indigènes de la Ravine-à-Couleuvre (23 février 1802) à la résistance héroïque de la Crête-à-Pierrot (4-24 mars 1802), la rencontre décisive du Camp-Gérard et le Congrès de l’Arcahaie, les anciens et nouveaux libres se rallièrent autour des généraux Jean-Jacques Dessalines et Anne-Alexandre Sabbès dit Pétion. Ensemble, ils ont conduit la phase ultime de la lutte pour l’indépendance.
Leur objectif stratégique se concentra alors sur Vertières, dernier bastion des expéditionnaires envoyés par Napoléon Bonaparte pour rétablir l’esclavage, en Haïti comme dans l’ensemble des colonies françaises. C’est là, à Vertières, que Napoléon connut l’un de ses plus cuisants revers, bien avant la débâcle de la péninsule Ibérique, la retraite de Russie et l’effondrement de Waterloo.
Dès lors, une question s’impose : ne pouvons-nous pas refonder aujourd’hui Haïti dans l’esprit de Vertières ?
Ce mardi 18 novembre 2025 marquera le 222e anniversaire de cet événement majeur de notre histoire collective : la bataille de Vertières. Sur ces hauteurs du Cap furent magnifiés l’esprit de liberté, de fraternité, de courage, de dignité, de détermination et d’unité qui guidèrent nos héros vers la victoire.
Cette date nous renvoie au souvenir impérissable de ces soldats intrépides, parmi lesquels François Cappoix, dit Capois-la-Mort, André Vernet, Henri Christophe, Philippe Guerrier, Jean-Philippe Daut, Paul Prompt, Louis Gabart, Paul Romain, Augustin Clervaux, et tant d’autres dont le sacrifice fit triompher la cause de la liberté contre l’expédition Leclerc.
L’exploit du 18 novembre ne constitua pas uniquement une victoire militaire pour la colonie de Saint-Domingue devenue, trois mois plus tard, le premier État noir souverain du Nouveau Monde. Il incarna surtout un nouveau départ, une renaissance fondée sur l’espoir, l’engagement collectif et la certitude que les Haïtiens pouvaient façonner eux-mêmes leur destin.
Aujourd’hui, ce 18 novembre ne doit pas seulement demeurer le souvenir d’un passé glorieux. Cette date doit, plus que jamais, nous rappeler l’urgence de préserver notre unité nationale afin de bâtir un avenir viable pour les générations à venir. À l’heure où notre pays traverse une crise multidimensionnelle sans précédent, marquée par une insécurité protéiforme, un effritement du tissu social et un déficit chronique de souveraineté, l’esprit de Vertières demeure une source d’inspiration incontournable.
Lorsque Dessalines et Geffrard se rencontrèrent au Camp-Gérard, dans la plaine des Cayes, le premier exhorta les officiers et soldats du Sud à dépasser les rancœurs héritées de la guerre civile et à unir leurs forces pour mettre fin à la domination française. Ils l’ont fait, et cette union a conduit au 18 novembre 1803, au 29 novembre 1803 puis au 1er janvier 1804.
Aujourd’hui encore, dans ce même esprit de dépassement, de courage et de responsabilité historique, nous sommes appelés à retisser les liens brisés, à renouer avec l’idéal commun et à œuvrer, ensemble, à la refondation de notre Haïti, ce pays qui demeure, malgré tout, cher à chacun et à chacune de nous.
Pierre Josué Agénor Cadet


