Le Fonds National de l’Éducation constitue un instrument budgétaire spécifique au service d’une politique sectorielle : le financement de l’éducation nationale. À ce titre, son analyse ne peut se limiter à l’observation d’indicateurs comptables isolés. Elle suppose une lecture articulée autour de trois dimensions complémentaires : la soutenabilité financière, la qualité de la gouvernance et l’impact opérationnel.
À l’arrivée du Directeur général Elysé COLAGÈNE, la situation financière présentait une configuration délicate : un solde de trésorerie de l’ordre de 2,5 milliards de gourdes, assorti d’un passif supérieur à 2 milliards. En termes de finances publiques, cela renvoie à une situation nette faible et à une marge de manœuvre budgétaire contrainte. Le volume de trésorerie, pris isolément, peut donner une impression de stabilité ; mais rapporté aux engagements cumulés, il révèle un risque d’asphyxie financière si les flux entrants ne sont pas sécurisés et si les engagements ne sont pas maîtrisés.
Quatre mois plus tard, le solde atteint plus de 6 milliards de gourdes. L’augmentation d’environ 140 % est significative en valeur relative. Toutefois, une analyse rigoureuse impose de distinguer plusieurs hypothèses explicatives : amélioration du taux de recouvrement des prélèvements affectés, renforcement des mécanismes de contrôle des dépenses, rééchelonnement d’engagements antérieurs, ou combinaison de ces facteurs. La progression rapide suggère une action simultanée sur la mobilisation des recettes et la discipline de la dépense.
Sur le plan technique, cette évolution peut être interprétée comme un redressement de la trésorerie disponible et, potentiellement, comme une amélioration du fonds de roulement. Si les dettes antérieures ont été stabilisées ou réduites parallèlement à l’augmentation du solde, l’effet net sur la solvabilité institutionnelle est réel. En revanche, si la hausse du solde résulte principalement d’un gel temporaire de décaissements, l’amélioration serait davantage conjoncturelle que structurelle. La distinction est essentielle pour évaluer la durabilité de la performance.
Au-delà des agrégats financiers, l’analyse de la gouvernance est déterminante. Une augmentation substantielle des disponibilités en un laps de temps restreint suppose l’existence d’un pilotage administratif resserré : suivi quotidien des flux, traçabilité des recettes affectées, contrôle des engagements contractuels, et probablement révision des procédures internes. En matière de gestion publique, la performance durable découle moins d’un effort ponctuel que de la mise en place de mécanismes systémiques de contrôle et d’évaluation.
L’impact opérationnel constitue le troisième niveau d’analyse. La reprise de chantiers scolaires suspendus traduit une réactivation de la fonction d’investissement du Fonds. Cela implique la régularisation de paiements, la relance de contrats et la coordination avec les prestataires. La livraison de bancs à des établissements scolaires relève d’une logique d’amélioration des intrants éducatifs, c’est-à-dire des conditions matérielles d’apprentissage. Quant à la remise de chèques libellés à l’ordre des écoles, transmis aux parents pour la scolarité de leurs enfants, elle révèle un mécanisme de sécurisation de la dépense : la désintermédiation partielle limite les risques de captation et renforce la traçabilité.
Ces actions s’inscrivent dans une conception fonctionnelle du FNE : non pas un simple réceptacle de ressources affectées, mais un instrument d’exécution ciblée. L’efficacité institutionnelle, dans ce cadre, se mesure par la capacité à transformer des recettes affectées en services éducatifs tangibles, dans des délais raisonnables et avec un minimum de déperdition.
Toutefois, une analyse scientifique impose prudence et méthode. La solidité du redressement dépendra de variables objectives : stabilité et prévisibilité des recettes affectées, fiabilité des mécanismes de contrôle interne, audits externes indépendants, publication régulière d’états financiers consolidés et comparables dans le temps, ainsi qu’évaluation rigoureuse des programmes financés. Sans indicateurs formalisés( taux d’exécution budgétaire, délai moyen de liquidation et de paiement, niveau réel du passif exigible, part des dépenses administratives par rapport aux dépenses directement consacrées aux écoles ) l’appréciation de l’efficience reste partielle.
Cependant, l’ampleur et la rapidité des résultats observés suggèrent difficilement un effet ponctuel ou circonstanciel. Une progression soutenue de la trésorerie combinée à la relance d’activités opérationnelles traduit généralement une gestion orientée vers les résultats : clarification des priorités, hiérarchisation des engagements, discipline dans les décaissements et suivi rapproché des performances. La cohérence entre amélioration financière et reprise concrète des interventions laisse entrevoir une approche méthodique, structurée autour d’objectifs précis plutôt qu’une succession de décisions isolées. En tout cas, l’analyse des indicateurs financiers, comptables et administratifs, combinée aux interventions sur le terrain (relance des travaux suspendus, accompagnement des établissements scolaires et soutien apporté à des centaines de parents parmi des milliers demandes en cours de traitement) suggère que l’actuel Directeur Général agit avec un objectif clair : réaligner durablement le FNE sur sa mission fondamentale.
Ainsi, la question centrale ne se limite plus au simple redressement ponctuel : il s’agit désormais de reconnaître et de consolider les bonnes pratiques instaurées par l’équipe actuelle. Grâce à leur pilotage méthodique et à leur suivi rigoureux, le Fonds National de l’Éducation a montré qu’il est possible de transformer des ressources limitées en résultats concrets et mesurables. Si cette dynamique se maintient et s’inscrit dans la durée, le FNE pourra dépasser une logique de survie budgétaire pour évoluer vers une gouvernance de performance structurée, pleinement au service du droit à l’éducation.
Me Magnekell REGULUS
Technicien en Finances Publiques

