PORT-AU-PRINCE.— En cette soirée mémorable de 18 novembre, les cris de joie ont transcendé les océans, se propageant avec une force inouïe, atteignant les recoins les plus reculés du globe: «Nous l’avons fait…».
En 1803, nous l’avions fait, redéfinir la véritable essence du mot LIBERTÉ, qui n’était alors qu’une vague idée, teintée du déni colonisateur. C’était un 18 novembre, une date gravée dans les mémoires, face à une armée de préjugés, résonnant sous le poids des lois injustes et d’une cruauté moralement inacceptable.
En 2025, les échos de cette victoire continuent de vibrer, comme une puissante symphonie patriotique, avec ce nouveau refrain: «Nou refe l anko». Ce mardi soir-là, comme le dirait tendrement mon oncle André, les héritiers de «papa Ogou et de la Reine Dantor» ont fait trembler l’univers de leur ferveur.
Plus résonnants que les explosions dans les quartiers chauds de Port-au-Prince, plus poignants qu’une balle perdue s’immisçant dans l’innocence d’une salle de classe, plus déchirants que le cri d’une mère, impuissante devant l’horreur qui consume son enfant à Kenscoff, les buts de Deedson Louicius et Ruben Providence ont déchiré le voile de malédiction qui pesait sur notre nation depuis plus de cinquante ans.
Malgré la tempête qui a déferlé sur notre sol, cette génération a eu l’honneur de voir Haïti s’élever au rang des nations dans le cadre d’une phase finale de Coupe du Monde, au cœur d’un pays qui, par le passé, nous a infligé tant de douleurs, nous qualifiant de terroristes: les États-Unis d’Amérique sous le règne de Donald Trump.
Ce 18, à Willemstad, il ne s’agissait pas des images des atrocités perpétrées par des mains impitoyables d’individus au nom de Viv Ansanm. Non, ce n’était pas le tableau désolant de l’insalubrité crasse qui étouffe nos grandes villes, ni les crises politiques incessantes ou la corruption endémique de notre gouvernement, pas même les dérives administratives qui gangrènent nos missions diplomatiques.
C’était l’image d’une Haïti en effervescence, s’abandonnant à un patriotisme euphorique, reléguant pour un instant, et pour une rare occasion, nos luttes internes au second plan. J’en suis sûr, même les plus ardents défenseurs de la ralliement se posaient la question: «Et si l’on offrait enfin la chance à ces véritables ambassadeurs d’Haïti, ces véritables hommes d’État: les Grenadiers?»
Une lie du pays, fusionnant dans la convivialité d’un moment sacré, rendant hommage à un esprit indomptable, unis par l’amour de la patrie, où chaque chant résonne comme un hymne à l’unité et à l’espoir.
Jean Mapou


