Lors du procès fédéral à Miami concernant l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, la défense a remis en question la version des faits présentée par son épouse, Martine Moïse.
Blessée par balles le 7 juillet 2021, l’ancienne Première dame avait déclaré au FBI avoir mis ses enfants en sécurité dans la salle de bain du rez-de-chaussée, puis s’être cachée avec son mari sous le lit, les jambes dépassant. Lors du procès, son récit a légèrement changé : elle a affirmé être descendue à quatre pattes pour vérifier l’état des enfants, les avoir trouvés dans la chambre de son fils, avant de les placer dans une salle de bain sans fenêtre avec le chien de la famille, et d’être remontée ensuite à l’étage avec son mari.
L’avocat de la défense, David Howard, a souligné ces incohérences et interrogé les agents du FBI ayant recueilli le témoignage initial, notamment Ryan Bonura, sur les détails précis du déroulement de l’attaque. Les questions ont porté sur la position exacte de Martine et Jovenel Moïse sous le lit, le parcours des enfants et la vérification des pièces par les assaillants, une escouade d’anciens soldats colombiens accompagnés de policiers haïtiens et de deux Américains d’origine haïtienne. Bonura a précisé que Martine Moïse avait mentionné que ses agresseurs hispanophones avaient « vérifié les toilettes », mais pas la salle de bain où se trouvaient les enfants.
Le procès fédéral implique plusieurs accusés : Arcángel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, James Solages, Walter Veintemilla, et Christian Emmanuel Sanon, ce dernier jugé séparément pour raisons de santé. L’accusation soutient que l’assassinat faisait partie d’un complot orchestré depuis la Floride pour accéder au pouvoir en Haïti et obtenir des contrats lucratifs, tandis que la défense affirme que Jovenel Moïse aurait déjà été tué par ses propres agents et responsables gouvernementaux avant l’arrivée des commandos colombiens. Certains accusés avaient auparavant travaillé comme informateurs pour les forces de l’ordre américaines, notamment Pretel pour le FBI et Vincent pour la DEA.
Le gouvernement a présenté des centaines de pages de preuves, dont un résumé de 900 pages en quatre classeurs et 20 téléphones portables analysés, pour étayer l’accusation. Des messages extraits de ces téléphones ont été lus à voix haute au tribunal, tandis que des experts en criminalistique numérique ont détaillé leur analyse.
La juge fédérale Jacqueline Becerra a insisté sur la nécessité d’accélérer la présentation des preuves pour maintenir l’attention du jury et éviter que la complexité du dossier ne nuise à la clarté du procès.
La procédure reste l’une des affaires les plus médiatisées de l’histoire récente d’Haïti, soulevant de nombreuses interrogations sur la véracité des témoignages, les incohérences dans les déclarations de Martine Moïse et la complexité des liens entre les accusés et les forces de l’ordre américaines. Les débats continuent autour de la justice, de la transparence et des responsabilités dans cet assassinat qui a marqué la vie politique haïtienne.
Avec Miami Herald


