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Port-au-Prince, une Noël assombrie par l’insécurité et la détresse économique

Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE, 25 décembre 2025— À l’approche des fêtes de fin d’année, la capitale haïtienne offre un visage inhabituellement sombre. L’ambiance festive qui caractérisait autrefois Noël semble s’être dissoute dans une réalité marquée par l’insécurité chronique, l’effondrement du pouvoir d’achat et la précarité généralisée. Dans une ville sous tension, les priorités ont changé: survivre prime désormais sur célébrer.

Une capitale sans décorations ni ferveur

Dans les rues de Port-au-Prince, les décorations de Noël se font rares, sinon inexistantes. Les marchés autrefois animés, les rues illuminées et les rassemblements familiaux ont cédé la place à une atmosphère de prudence et de repli. La multiplication des violences armées, les déplacements forcés de milliers de familles et la flambée des prix des produits de première nécessité ont profondément modifié les habitudes.

Pour de nombreux habitants, la période des fêtes n’évoque plus la joie ni le partage, mais rappelle au contraire les difficultés quotidiennes et l’incertitude du lendemain.

L’insécurité étouffe toute envie de célébration

À Kenscoff, Westerdjy Antoine, jeune enseignant reconverti en chauffeur de taxi moto pour subvenir à ses besoins, ne cache pas son amertume. Selon lui, l’esprit de Noël s’est évaporé au fil des crises successives. «Aujourd’hui, c’est l’insécurité qui détruit le pays. S’il y a une fête, elle n’est pas pour les plus démunis», confie-t-il.

Même constat à Christ-Roi, Maudeleine Fortin, mère de deux enfants, décrit son quartier comme un champ de ruine, des gens qui se désertent dès la tombée de la nuit. «À partir de 6 heures du soir, tout le monde rentre chez soi. Avant, il y avait de la vie, des activités pour les jeunes. Aujourd’hui, il n’y a rien», déplore-t-elle, arguant que la vie à Port-au-Prince se vide petit à petit de son sens.

Les déplacés internes, les grands oubliés des fêtes

La situation est encore plus dramatique pour les personnes déplacées par la violence des gangs. Jina, originaire de Croix-des-Bouquets, a fui son domicile fin 2023 avec ses enfants. Hébergée de manière précaire chez des proches, elle lutte chaque jour pour assurer le minimum vital à sa famille. «Dans ces conditions, je ne peux pas dire que je suis dans l’esprit de Noël», témoigne-t-elle, la voix empreinte de fatigue.

Ces familles déplacées, privées de stabilité et de ressources, incarnent l’une des facettes les plus douloureuses de la crise actuelle.

La nostalgie des fêtes de Noël

Pour beaucoup d’Haïtiens, Noël a perdu sa signification. Dorlyne, 46 ans, vit à Clercine. Elle se souvient, avec nostalgie, d’une époque où les sapins, les achats de fin d’année et l’émerveillement des enfants rythmaient le mois de décembre. «Aujourd’hui, tout cela a disparu», constate-t-elle, résignée.

L’effervescence des marchés et les traditions familiales ont été remplacées par l’inquiétude, alimentée par un contexte économique et sécuritaire incertain.

Malgré ce tableau sombre, certains refusent de renoncer totalement à l’esprit de Noël. Joceler, habitant de la plaine du Cul-de-Sac, tente de préserver les valeurs de solidarité et de partage, même avec des moyens limités. «Il faut continuer à garder espoir», affirme-t-il, convaincu que ces valeurs restent essentielles, surtout en temps de crise.

Dans certains quartiers, d’autres se sont adonnés à des plaisirs débauchés. Sous la coupe des chefs de gangs des performances DJ ont duré toutes les nuits mélangeant nuisance sonore, jeux de détonations automatiques, raborday et perversion en abondance.

Tout compte fait, Noël n’est plus un temps de réjouissance collective, mais le reflet brutal des fractures sociales, économiques et sécuritaires qui traversent le pays. Le miroir d’une crise morale, multiforme et profonde.

Pour une large partie de la population, les fêtes de fin d’année ne sont plus synonymes de célébration, mais rappellent l’urgence d’un retour à la sécurité, à la stabilité et à la dignité humaine.

Jean Mapou/ Le Relief

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