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Politique Égalité femmes-hommes : le MCFDF fait son autocritique

Par Jean Wesley Pierre

À l’approche du 8 mars, le ministère évalue les avancées et admet des « lacunes persistantes » face aux violences basées sur le genre.

Du concret ou des discours ? Ce mercredi 4 mars 2026, à l’Hôtel Montana, le Ministère de la Condition Féminine et des Droits des Femmes (MCFDF) a lancé deux journées de réflexion autour de la Politique d’Égalité Femmes-Hommes 2014-2034 et son Plan d’Action National (PANEFH).

Objectif affiché : évaluer les progrès, identifier les failles et renforcer la cohérence de l’action publique en matière de genre.

Sous la houlette de la directrice générale Sandy François, en présence des cadres du ministère, des agences onusiennes (UNFPA), des organisations féministes et de la société civile, l’exercice se veut participatif. Mais au-delà du décorum institutionnel, les interventions ont laissé transparaître une réalité plus nuancée.

« Un regard exigeant sur les résultats obtenus »

La ministre Pedrica Saint Jean a donné le ton : si l’adoption de la politique en 2014 a constitué « un tournant décisif », il est désormais temps de « porter un regard exigeant » sur le chemin parcouru.

Pour beaucoup d’analystes les avancées existent — intégration progressive du genre dans les politiques publiques, programmes de protection sociale, initiatives pour la santé reproductive et l’éducation des filles — mais elles restent insuffisantes face à l’ampleur des défis.

Car les « inégalités structurelles et les violences basées sur le genre demeurent préoccupantes ». Un aveu qui résonne comme un constat d’échec partiel, dans un pays où les femmes continuent de subir discrimination, insécurité et sous-représentation dans les instances de décision.

La communauté internationale veille

Samir Anouti, représentant de l’UNFPA en Haïti, a salué « l’engagement du gouvernement » tout en rappelant le partenariat stratégique sur des dossiers sensibles comme la santé sexuelle et reproductive, lutte contre les VBG, renforcement institutionnel. Un rappel discret mais clair, les bailleurs de fonds attendent des résultats mesurables, pas seulement des intentions.

Le soutien politique en question

La ministre a tenu à souligner l’appui du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, louant « une volonté politique constante ». Une déclaration qui tombe à point nommé, alors que le gouvernement est critiqué sur d’autres fronts. Mais au-delà des paroles, c’est sur le terrain que se jouera la crédibilité de cet engagement.

« Garantir la participation effective des femmes dans les espaces décisionnels, c’est approfondir la démocratie », a martelé Pedrica Saint Jean. Reste à savoir si les postes stratégiques, les budgets alloués et les politiques publiques suivront.

Des discussions techniques, des attentes immenses

Les travaux, structurés autour des orientations du PANEFH, ont permis d’examiner secteur par secteur les avancées et les blocages : accès à une justice équitable, éducation non sexiste, santé reproductive, autonomisation économique. Autant de chantiers où les promesses se heurtent souvent au mur du réel.

La première journée s’est achevée sur une note de « responsabilité partagée ». Ce jeudi 5 mars, les participantes et participants devront formuler des recommandations opérationnelles pour le futur plan national.

Ces assises ont le mérite d’exister. Dans un Haïti où l’urgence sécuritaire et économique écrase souvent les débats de fond, le MCFDF tente de maintenir le cap sur l’égalité de genre. Mais l’exercice comporte un risque : celui de l’enfermement dans des discussions techniques qui n’auront que peu d’impact sur la vie réelle des femmes et des filles, surtout en zones de non-droit.

Car comment parler d’égalité quand des milliers de femmes déplacées survivent dans des camps insalubres ? Comment promouvoir l’autonomisation économique quand l’insécurité étrangle l’activité ? Comment lutter contre les VBG quand les criminels font la loi ?

Les réflexions du MCFDF sont nécessaires. Mais elles ne vaudront que si elles débouchent sur des actions concrètes, budgétisées et protégées de l’instabilité chronique. Le 8 mars 2026, les femmes haïtiennes n’attendent pas des vœux pieux. Elles exigent des droits effectifs, une protection réelle et une place à la table des décisions.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

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