Par Jean Wesley Pierre
Pétion-Ville, ce samedi 21 février 2026.- Une mobilisation politique d’envergure s’est déroulé ce samedi, à l’hôtel Ritz Kinam 2, où beaucoup de partis et organisations politiques ont apposées leur signature au bas du « Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections ». Les principales forces du pays, de Fanmi Lavalas au PHTK en passant par le Congrès Patriotique, répondent massivement à l’appel.
Un rassemblement historique des forces politiques
Les partis et organisations défilent depuis ce matin dans l’enceinte de l’hôtel Ritz Kinam 2 pour officialiser leur adhésion au document. Fanmi Lavalas, le PHTK, le Congrès Patriotique, EDE, ASE, l’Espace de Réflexion 21 Décembre, ainsi que de nombreuses autres formations politiques ont déjà rejoint l’initiative. L’un des dirigeants politiques, Claude Joseph, ancien premier ministre, a confirmé à la rédaction du quotidien la Gazette que son parti a déjà signé, témoignant de l’ampleur du rassemblement en cours.
Ce pacte intervient dans un contexte institutionnel marqué par la transition amorcée le 7 février 2026, date à laquelle le Coordonnateur du Conseil Présidentiel de Transition, Laurent Saint-Cyr a transféré la gestion du pouvoir exécutif au Conseil des Ministres présidé par le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Un cadre juridique exhaustif
Le document de trente articles s’appuie sur un cadre juridique : la Constitution, les décrets territoriaux de 2015, 2020 et 2021, l’Accord du 21 décembre 2022, le Consensus de la Jamaïque du 11 mars 2024 ayant conduit à la création du CPT, les décrets des 10 avril et 23 mai 2024 portant création et organisation du Conseil Présidentiel de Transition, la résolution 2793 (2025) du Conseil de Sécurité relative à la formation de la Force de Répression des Gangs (FRG), le décret électoral du 1er décembre 2025, et la résolution 2814 (2025) prorogeant le mandat du BINUH.
Les engagements du gouvernement intérimaire
Le pacte confie au gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé une mission claire articulée autour de plusieurs axes prioritaires. Sur le plan sécuritaire, il s’agit de renforcer les capacités opérationnelles de la ( PNH ) Police nationale d’Haïti et des ( FAd’H ) Forces Armées d’Haïti pour garantir la libre circulation sur l’ensemble du territoire, contrôler l’espace maritime et aérien, et sécuriser tous les axes routiers. Le gouvernement devra également définir le protocole de coopération entre les forces nationales et la ( FRG ) Focre de répression des gangs dans le cadre de la résolution 2793 (2025).
En matière électorale, l’objectif est de créer un environnement sûr propice au déroulement des scrutins, avec le renforcement de du Conseil électoral provisoire selon des standards internationaux : fiabilité du registre électoral par l’ONI, logistique compatible avec les nouvelles divisions administratives, procédures transparentes, et utilisation des technologies numériques pour publier des résultats partiels quelques heures après la fermeture des bureaux. L’intégration des Haïtiens vivant à l’étranger sur le registre électoral est également prévue.
Le volet social n’est pas en reste, avec des programmes axés sur la réinsertion sociale dans les quartiers précaires, la réparation pour les victimes et les déplacés internes, la création d’emplois productifs pour les jeunes, et la réhabilitation des infrastructures productives en milieu rural.
Des dispositions structurantes
Le pacte prévoit également la possibilité de changements constitutionnels limités, soumis à ratification populaire lors du premier tour des prochaines élections. Un Comité Consultatif, composé de personnalités désignées par les secteurs signataires (politique, syndical, privé, société civile), sera chargé d’accompagner la mise en œuvre du pacte et de veiller à la création des conditions nécessaires à l’organisation d’élections transparentes.
Les membres du gouvernement et hauts fonctionnaires souhaitant se présenter aux élections devront démissionner dans un délai d’un mois suivant la signature du pacte, tandis que les agents exécutifs intérimaires candidats devront quitter leurs fonctions deux mois avant la période d’inscription des candidats.
Une adhésion massive qui interroge
Cette mobilisation sans précédent des principales forces politiques, de Fanmi Lavalas à l’Espace de Réflexion 21 Décembre en passant par le PHTK et l’EDE, constitue un signal fort adressé à la nation et à la communauté internationale. Elle témoigne d’une prise de conscience collective face à l’urgence de sortir le pays de l’ornière institutionnelle selon plusieurs analystes.
Reste désormais à savoir si cette adhésion formelle se traduira par une application rigoureuse des trente articles du document. Le pacte prévoit que tout manquement aux principes de neutralité et d’impartialité expose le contrevenant à des sanctions édictées par le Conseil des Ministres. Mais au-delà des mécanismes de suivi, c’est la volonté politique des signataires qui sera déterminante.
Le pouvoir exécutif constitué sur la base de ce pacte restera en fonction jusqu’à l’installation des élus légitimes issus des élections organisées selon le calendrier établi par le CEP. Un calendrier qui devra désormais s’inscrire dans la feuille de route que le gouvernement élaborera en concertation avec le Comité Consultatif.
Alors que les signatures continuent d’affluer ce samedi à l’hôtel Ritz Kinam 2, Haïti retient son souffle : ce large consensus politique saura-t-il enfin créer les conditions d’une sortie de crise durable, ou restera-t-il un énième accord sans lendemain ? La réponse réside dans la capacité des signataires à transformer cet engagement écrit en actes concrets sur le terrain.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


