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L’incendie de l’Hôtel Oloffson, une onde de choc !

Véritable icône du patrimoine haïtien, l’Hôtel Oloffson, au croisement de sept rues, carrefour emblématique des cultures, est ravagé par les flammes des terroristes de Viv Ansanm », dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 juillet 2025. Le cri d’une nation en perte de repères.

Port-au-Prince, le mercredi 9 juillet 2025.- Situé à Carrefour-Feuilles, quartier désormais sous contrôle de la coalition armée « Viv Ansanm », ce monument historique n’était pas seulement un hôtel. Il représentait un carrefour de culture, d’histoire, d’art et de mémoire collective pour plusieurs générations d’Haïtiens et de visiteurs étrangers.

Une onde de choc dans la société haïtienne

L’incendie de l’Oloffson a suscité une vive émotion à travers le pays et dans la diaspora. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses figures culturelles, politiques et citoyennes ont exprimé leur indignation et leur tristesse.

Richard Morse, propriétaire de l’hôtel et leader du groupe RAM, en exil depuis 2022 à cause de l’insécurité, a réagi sur les ondes de Magik 9 : « L’Oloffson, ce n’était pas juste un hôtel, c’était ma maison. C’était une voix pour la culture. Et ce qu’on a brûlé, c’est une part de l’âme d’Haïti. »

Sa fille, Isabelle Morse, a également partagé sa douleur sur Facebook : « Je suis anéantie. L’Oloffson, c’est là que j’ai grandi. C’est plus qu’une entreprise familiale. C’est une mémoire vivante qu’on vient de tuer. »

La chanteuse Riva Précil, qui a grandi à l’hôtel, écrit sur X (anciennement Twitter) : « J’y ai appris à chanter, à danser, à rêver. L’Oloffson était un creuset de créativité. Le voir partir en fumée, c’est une partie de nous tous qu’on perd. »

Un joyau architectural et artistique

Construit à la fin du XIXᵉ siècle, ce bâtiment de style « gingerbread gothique » fut d’abord une résidence privée, puis un hôpital militaire avant de devenir un hôtel en 1935. Rapidement, il devient un lieu incontournable de la vie intellectuelle et artistique haïtienne. Il a accueilli des personnalités telles que Jacqueline Kennedy, Mick Jagger, Jean-Claude Duvalier, et servi d’inspiration au roman The Comedians de Graham Greene.

Plus récemment, c’était la scène principale du groupe RAM, fondé par Richard Morse, mêlant rythmes vaudou traditionnels et rock alternatif, offrant chaque semaine un espace de liberté artistique rare dans un pays fragilisé par les crises.

Silence brisé des autorités

Face à l’émotion populaire, le gouvernement haïtien a finalement réagi. Dans un communiqué, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a condamné « un acte barbare contre le patrimoine et la mémoire nationale », tout en annonçant l’ouverture d’une enquête par la DCPJ. Le ministère de la Culture et la Direction du Patrimoine national ont également publié des messages de soutien, bien que leur action concrète demeure attendue.

Le directeur de l’ISPAN (Institut du Patrimoine National), a aussi exprimé sa consternation : « L’Hôtel Oloffson est l’un des derniers monuments de la période gingerbread à Port-au-Prince. C’est un effondrement culturel, pas seulement physique. »

L’ambassade des USA à Port-au-Prince se dit « profondément attristée » par la destruction de l’hôtel Oloffson, joyau historique de Port-au-Prince. Washington pointe la responsabilité des gangs et appelle à restaurer sécurité et ordre.

*Emoi du secteur culturel*

Des voix de la société civile et du secteur culturel s’élèvent pour dénoncer l’indifférence des autorités et l’insécurité galopante. Le PDG de Radio Télé Caraïbes, Patrick Moussignac, a qualifié l’incendie de « défaite nationale ». Des artistes comme Jean Jean Roosevelt ou les membres du collectif Kreyòl La ont exprimé leur rage et leur appel à la solidarité.

*Le cri d’une nation en perte de repères*

Au-delà de la perte matérielle, c’est un pan entier de la culture haïtienne qui s’effondre. Depuis des années, les violences armées ont déjà causé la destruction ou la fermeture de nombreuses institutions : la Bibliothèque Nationale, les maisons en bois de Pacot, l’Institut Français de Port-au-Prince, plusieurs galeries d’art, sans oublier les écoles et marchés historiques détruits dans les affrontements.

Aujourd’hui, la question que tout le monde se pose est : à quand la fin de l’impunité et de la banalisation du chaos ?

Il est temps de dire NON à la normalisation de l’inacceptable

L’incendie de l’Hôtel Oloffson ne doit pas devenir une tragédie de plus dans le silence ou l’oubli. Il doit être un signal d’alarme national. Il est temps que les autorités haïtiennes prennent leurs responsabilités, protègent le peu qu’il nous reste, et fassent preuve de volonté politique pour restaurer la sécurité, la justice et la mémoire.

Car après l’Oloffson, ce sera quoi le prochain ? Le Musée du Panthéon National Haïtien (MUPANAH) ? La Cathédrale de Cap-Haïtien ? Les marchés historiques de Jérémie et Jacmel ? Les rares bâtisses de l’époque coloniale à Petit-Goâve ou à Milot ?

Il faut protéger ce que nous sommes.
Nous ne pouvons plus accepter que ce qui est inacceptable devienne la norme. Notre patrimoine, c’est notre avenir.

_Par Gesly Sinvilier_

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