À toi, ma collègue, ma sœur de combat, Mati,
Je t’écris avec le cœur serré, les yeux humides, non par faiblesse, mais parce que la mémoire insiste, parce que l’oubli serait une trahison.
Je me souviens de la FANM VANYAN que j’ai rencontrée pour la première fois au Champs-de-Mars. Micro et caméra en main, le regard droit, habité par la fierté et l’amour du métier. Ce jour-là, j’ai compris que le courage pouvait avoir un visage de femme.
Sous les balles, les gaz lacrymogènes, les menaces des manifestants et parfois même celles de certains policiers, tu n’as jamais reculé. Tu es restée debout, solide, fidèle à ta mission. Là où d’autres tremblaient, tu avançais.
Pour moi, tu es bien plus qu’une journaliste : tu es une héroïne de la presse haïtienne, une figure emblématique du courage et de la dignité. Tu l’as prouvé une fois de plus lors de l’attaque à l’hôpital de l’UEH. Malgré la douleur, malgré la maladie, tu as tendu la main, tu as porté secours à des collègues blessés par balles.
Même blessée, tu protégeais encore les autres.
Tu as toujours été ce rempart silencieux. Je me souviens du jour où un policier m’a agressé. La colère m’envahissait, je voulais répondre. Tu m’as regardé et tu as dit, simplement :
« Kanga, non. Laisse tomber. Faisons notre boulot. »
Ces mots m’accompagnent encore.
Tu as été une boussole pour les jeunes journalistes, une voix sage dans le tumulte. Nul besoin de plaques, de décorations ou de discours officiels pour reconnaître ta valeur. Ton mérite est inscrit dans chaque reportage, chaque blessure, chaque pas fait au nom de la vérité. Tu as porté notre honneur, camarade.
Aujourd’hui, te voir allongée sur un lit d’hôpital me brise le cœur. Si l’amour, le respect et la reconnaissance pouvaient guérir, tu serais déjà debout. Si j’avais le pouvoir de t’aider à te relever, je le ferais sans la moindre hésitation.
Repose-toi, guerrière.
Nous porterons ta voix.
Nous refuserons l’oubli.
Et nous continuerons le combat.
La presse haïtienne te doit beaucoup.
Et moi, je te dois le respect éternel.
Je t’aime, Mati.
Reviens-nous vite.
Ton collègue-frère.
Sèl lanmou k ap rete ❤️
Kanga Zile


