Par Max G. Lyron
Haïti a un nouveau gouvernement. La liste des ministres et des directeurs généraux existe. Il y a eu des rumeurs. Des éliminations et des ajouts. La liste officielle, certains journalistes l’ont “obtenue”. Tel un butin à l’issue d’un parcours du combattant. Les médias en ligne l’ont reprise. Elle circule depuis.
Mais le site web de la Primature ne dit rien. L’actualité affichée date d’ailleurs de février 2025
Sur la page Facebook qui semble faire office de canal officiel, la vidéo de l’investiture suit la transcription des propos du Premier ministre. Mais la liste officielle constitue le chaînon manquant.
Probité oblige, j’ai consulté presque toutes les sources gouvernementales pertinentes, dont le site web, le compte X et Instagram des Presses Nationales d’Haïti avant de confirmer une chose : ce n’est point une omission technique. C’est bien un choix. Voyez-vous, il est de ces habitudes qui sont si bien ancrées qu’elles ne se remarquent plus.
Un État qui laisse les médias faire le travail de sa propre communication ne fait pas que déléguer, mais abdique. Il y a une différence. Et au matin, chaque nouveau chef s’évertuera à organiser sa petite communication avec son média. Ses plateformes. Choisissant ainsi d’exposer les dessous de l’image de l’Etat.
Ce que l’opacité traduit de l’État
La transparence gouvernementale ne devrait pourtant pas être une question de bonne volonté. C’est un contrat social. La population a le droit de savoir qui la gouverne, avec quel parcours, sous quelle autorité formelle. Cela ne se fera pas via WhatsApp, mais par une source officielle, vérifiable et permanente.
On est déjà habitués à cette pratique de certains protagonistes d’utiliser les médias pour faire campagne à leurs propres nominations. Des parcours gonflés, des postures publiques, une communication de soi superficielle. Conjoncturelle. Surtout, éphémère. Car ils finissent par s’estomper dans l’attente du prochain remaniement. Mais les affaires de l’État ne devraient pas obéir à cette pratique.
En 2026, publier un communiqué officiel avec en-tête, noms, titres et biographies sommaires ne relève pas de l’exploit. Les communicants sont payés. Les plateformes numériques existent. C’est le minimum opérationnel d’une gouvernance qui se respecte.
Mais je crois que ce qui se joue ici dépasse la technique. Car un gouvernement qui ne se présente pas formellement envoie un signal. La méfiance que nourrit ce silence est la réponse naturelle à une opacité systémique.
Rappelons-nous qu’Haïti est regardée. Par ses citoyens d’abord. Par ses partenaires ensuite. Ce que nous voyons, c’est un gouvernement produit d’une transition de marchandages entre factions politiques, sans souveraineté populaire ni ancrage démocratique. Ce que nous voyons, c’est un État qui ne se sent pas comptable devant ceux qu’il gouverne.
Max G. Lyron


