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Les prestigieux Prix littéraires 2025 sont connus

Par Jean Wesley Pierre

Mercredi 5 novembre 2025 — La saison des grands prix littéraires d’automne a livré son verdict. Trois figures majeures de la littérature francophone ont été distinguées cette année par les jurys du Goncourt, du Femina et du Médicis : Laurent Mauvignier, Nathacha Appanah et Emmanuel Carrère. Des œuvres intenses, traversées par la mémoire, la filiation, la douleur intime et les silences de l’Histoire, dominent ainsi une rentrée littéraire marquée par l’émotion et la réflexion.

Laurent Mauvignier, prix Goncourt 2025 pour « La Maison vide »

Le prix Goncourt 2025, décerné au restaurant Drouant à Paris, revient à Laurent Mauvignier pour La Maison vide (éditions de Minuit). Élu au premier tour du scrutin, l’auteur explore sur plus de 700 pages les silences et les traumatismes enfouis d’une famille sur quatre générations.

Né en 1967 à Tours, fils d’un ouvrier et d’une femme de ménage, Mauvignier a bâti une œuvre sensible, marquée par le non-dit, la mémoire et la transmission. Dans ce roman viscéral, il remonte jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, évoquant une grand-mère tondue à la Libération et un père brisé par ce passé. L’auteur, ému lors de la remise du prix, a déclaré :

« C’est une récompense énorme, parce que c’est un livre qui vient de l’enfance et de plusieurs générations. »

Son style exigeant, à la fois dépouillé et poétique, lui vaut d’être considéré comme l’un des grands stylistes de sa génération. Après Des hommes (2009) et Histoires de la nuit (2020), La Maison vide confirme une œuvre majeure centrée sur la mémoire familiale et collective.

Nathacha Appanah, prix Femina pour La Nuit au cœur

Le prix Femina 2025 a été attribué à Nathacha Appanah pour La Nuit au cœur (Gallimard), un récit poignant où l’autrice mêle sa propre histoire de survivante à celles de deux femmes victimes de féminicides.

Née en 1973 sur l’île Maurice, la romancière franco-mauricienne quitte ici la fiction pure pour une plongée intime et engagée dans les violences faites aux femmes. En alternant souvenirs personnels et faits réels, elle met en lumière les traumatismes invisibles et la résilience des survivantes.

« C’est mon douzième livre et mon premier grand prix », a-t-elle confié, émue, après l’annonce du Femina.

L’écrivaine, déjà saluée pour Tropique de la violence (2016), confirme avec La Nuit au cœur son engagement littéraire contre les injustices sociales et la domination patriarcale. Elle inscrit ainsi son œuvre dans la continuité d’une écriture de la mémoire, de la douleur et de la réparation.

Emmanuel Carrère, prix Médicis pour Kolkhoze

Le prix Médicis 2025 revient à Emmanuel Carrère pour Kolkhoze (P.O.L), un récit ambitieux mêlant intime et Histoire, où l’auteur remonte le fil de ses racines russes et géorgiennes.

Un jour après le Goncourt de Mauvignier, le jury présidé par Pascale Roze a récompensé un roman tout aussi familial, mais ancré dans un autre univers : celui de la Russie post-révolutionnaire et de l’exil. À travers quatre générations, Carrère explore la transmission des blessures, les non-dits familiaux et les héritages politiques.

Fils de la célèbre historienne Hélène Carrère d’Encausse, l’auteur de L’Adversaire (2000) et Yoga (2020) poursuit ici sa quête du réel et du sensible. Son écriture, entre fiction et documentaire, oscille entre autobiographie et regard sur le monde.

Cette édition 2025 des prix littéraires met en lumière une thématique commune : la famille, les origines et la transmission des blessures intimes. Qu’il s’agisse de l’héritage du silence chez Mauvignier, du combat pour la parole féminine chez Appanah, ou de la mémoire exilique chez Carrère, les jurys ont salué des œuvres où l’intime rejoint le collectif.

Aux côtés de ces trois lauréats majeurs, Yanick Lahens a remporté le Grand Prix du roman de l’Académie française pour Passagères de nuit (Sabine Wespieser), et Laura Vazquez le prix Décembre pour Les Forces (Sous-sol).

Chaque automne, ces distinctions réaffirment la vitalité et la diversité de la littérature francophone. Si le Goncourt demeure le plus prestigieux, le Femina et le Médicis confirment leur rôle de révélateurs d’écritures fortes, exigeantes et humanistes.

Entre introspection, engagement et mémoire, la cuvée littéraire 2025 s’impose comme l’une des plus émouvantes et puissantes de la décennie, offrant au public des œuvres qui interrogent à la fois l’histoire, la société et l’âme humaine.

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