Jean Mapou
PORT-AU-PRINCE.— À l’occasion du 16ᵉ anniversaire du séisme meurtrier du 12 janvier 2010, qui a causé environ 300 000 morts et 1,5 million de déplacés selon les estimations officielles, le Mouvement Point Final et MEDIC Haïti ont présenté une lecture radicalement critique de la tragédie. Lors d’une conférence tenue à l’Université Publique en Région des Palmes (UPRP), le Coordonnateur général du Mouvement Point Final et PDG de MEDIC Haïti, Ulysse Jean Chenet, a accusé les puissances occidentales d’avoir orchestré une “opération sous fausse bannière” visant Haïti.
Au cours de son intervention devant des étudiants en Sciences de l’Environnement et d’Agronomie, Jean Chenet Ulysse a affirmé que la catastrophe du 12 janvier 2010 ne correspondrait pas aux dynamiques sismiques connues du pays.
«Nous connaissons tous les failles sismiques du pays. La Faille Anacaona n’a jamais existé dans l’histoire et dans la géographie des zones sismiques d’Haïti», a-t-il déclaré, suggérant que le tremblement de terre aurait été provoqué artificiellement dans le cadre d’une stratégie internationale.
Il a qualifié l’événement d’opération sous fausse bannière, concept désignant selon lui des interventions clandestines menées par des États pour justifier des actions géostratégiques.
Un discours géopolitique élargi
Pour appuyer ses propos, M. Chenet a replacé le séisme dans un récit global d’ingérence internationale. Il a évoqué d’abord l’utilisation supposée de phénomènes naturels artificiels (pluies, inondations, tsunamis), ensuite les politiques migratoires restrictives à l’égard des travailleurs peu qualifiés, la pression géopolitique dans les Caraïbes, et enfin la transition mondiale vers l’économie numérique, excluant les populations faiblement qualifiées.
Selon lui, Haïti constituerait depuis plusieurs décennies un problème hémisphérique pour ses voisins, en particulier sur le plan migratoire, environnemental et sécuritaire.
Il a également mis en avant le rôle du Core Group, créé en 2003, qu’il accuse d’avoir orchestré une politique d’ingérence en Haïti au bénéfice des États-Unis et du Canada.
Choléra, reconstruction et disparition symbolique
Selon Ulysse, l’épidémie de choléra déclarée en octobre 2010, moins d’un an après le séisme, renforcerait l’hypothèse d’un plan visant à réduire la population haïtienne. Il a rappelé que cette épidémie a fait plus de 10 000 morts selon les bilans sanitaires et qu’elle avait été introduite par des contingents de la MINUSTAH selon les conclusions de plusieurs enquêtes internationales.
Pour le leader du Mouvement Point Final, l’objectif ultime de cette dynamique serait de «réduire la taille de la population haïtienne, de faciliter l’exploitation des ressources du pays et, à terme, de faire disparaître Haïti de la carte du monde en l’intégrant à une île Hispaniola dominée par la République dominicaine».
Il a également accusé l’ancien président américain Bill Clinton, co-président de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), d’avoir contribué à la dilapidation des 11,9 milliards de dollars mobilisés au nom de la reconstruction post-séisme.
Un discours qui interpelle mais qui divise
Les déclarations du leader du mouvement point final s’inscrivent dans un courant d’analyse qui remet radicalement en cause les explications institutionnelles et scientifiques du séisme de 2010, généralement attribué au mouvement de la faille Enriquillo-Plantain Garden, connue des spécialistes depuis le XVIIIᵉ siècle.
Aucune preuve scientifique ou institutionnelle n’est venue à ce jour corroborer l’hypothèse d’une intervention artificielle ou d’un usage d’arme sismique. Cependant, ces thèses trouvent un écho croissant au sein d’une partie de la société haïtienne, marquée par la méfiance envers les institutions internationales après l’échec de la reconstruction et la crise multidimensionnelle que traverse le pays.
Seize ans après, une mémoire encore vive
Pour le Mouvement Point Final, l’enjeu est aujourd’hui de “faire la lumière” sur ce qu’il considère comme une opération géopolitique majeure orchestrée contre Haïti.
«Seize ans après, nous parlons d’une opération sous fausse bannière de l’Occident pour exterminer le peuple haïtien et exploiter les ressources nationales», a conclu M. Chenet.
Les commémorations du 12 janvier se déroulent cette année dans un contexte d’instabilité politique, d’insécurité persistante et de crise humanitaire, qui continue d’alimenter interrogations, doutes et revendications autour de l’une des plus grandes tragédies de l’histoire moderne d’Haïti.
Jean Mapou / Le relief


