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Le Ministère de l’Économie et des Finances n’est pas un guichet politique

Par Jean Venel Casséus

Gare à ceux qui voudraient faire aux Finances Publiques et à l’Économie Nationale ce qu’ils ont déjà fait à la diplomatie haïtienne : la transformer en poubelle politique. Ce cri se veut citoyen, mais aussi intellectuel, conceptuel et même didactique.

En Haïti, le ministère de l’Économie et des Finances est perçu comme le Saint Graal du pouvoir technocratique. On y voit la clé des coffres, la signature qui libère les paiements, la porte d’entrée vers les marchés publics et les privilèges administratifs. Mais l’argent, pris isolément, n’est pas la richesse : il n’en est que la circulation. Derrière le prestige du « ministre des Finances » se cache l’oubli de la grande responsabilité du « ministre de l’Économie », celui qui, silencieusement, doit penser la production, la création de valeur et l’organisation du travail.

Les Finances Publiques ne sont qu’un instrument, un langage comptable à travers lequel l’État traduit sa vision économique. Elles gèrent ce qui existe déjà : les recettes, les dépenses, les soldes, les dettes. L’Économie, elle, est l’art de faire exister ce qui n’existe pas encore. Les finances observent et corrigent ; l’économie crée et prévoit. Les premières reposent sur la rigueur des chiffres, la seconde sur la puissance des idées. Sans économie, les finances tournent à vide ; sans finances, l’économie reste un projet sans moyens.

C’est dans la jonction de ces deux dimensions que se joue la véritable souveraineté d’un État. Le ministère de l’Économie et des Finances devrait être l’espace où la rigueur du calcul rencontre la vision de la nation. Mais en Haïti, cette jonction est négligeable. Pire encore, depuis quelques années, certains politiques et nantis manifestent la volonté de réduire la pensée économique à la gestion budgétaire, la stratégie à la signature, transformant le ministre en caissier politique, prisonnier des urgences, au lieu d’en faire un stratège de la transformation, capable de gérer le présent en architecture du futur.

Cette réduction du rôle ministériel à une fonction de trésorier politique traduit une crise plus profonde : celle de la pensée économique d’État. L’argent est devenu un instrument de pouvoir, non de planification. Les dépenses servent des clientèles, rarement une politique de développement. On célèbre la capacité à décaisser, non celle à structurer. Le ministre est jugé sur sa rapidité à signer, non sur sa capacité à penser. Pourtant, la fonction exige autre chose : une intelligence du réel, une compréhension systémique du travail, de la production, du commerce et de l’investissement.

Un bon ministre des Finances est un économiste d’État : un esprit capable de relier la comptabilité publique à la vision du développement. Ce poste n’est pas un poste d’exécution ni de militantisme ; c’est une position de pensée. Celui qui y siège doit comprendre que chaque budget est une philosophie : qu’on finance une école ou une route, une subvention ou une importation, on choisit le type de société que l’on bâtit. Les chiffres, dans ce contexte, ne sont pas neutres : ils dessinent les valeurs d’un pays.

Le drame haïtien réside dans cette fascination pour la caisse et ce désintérêt pour le moteur. Les hommes politiques et les nantis se disputent les postes liés aux finances publiques, non parce qu’ils veulent planifier la croissance, mais parce qu’ils veulent maîtriser les flux. Et le pays va mal. Mon pays va très mal.


08 octobre 2025

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