Par Jean Wesley Pierre
Ce vendredi 27 février 2026 marque un tournant pour l’enseignement supérieur haïtien. Lors d’une cérémonie officielle, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle a procédé à la passation des dossiers de la Direction de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (DESRS) à la nouvelle Agence nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANESRS), instituée depuis 2020 mais désormais opérationnelle.
Le ministre Augustin Antoine a rappelé le contexte ayant motivé cette création : l’enseignement supérieur haïtien souffre de l’absence d’une véritable politique nationale de recherche, d’un manque d’autonomie des universités publiques contraintes par des ressources budgétaires limitées, et d’une régulation insuffisante des institutions privées qui prolifèrent sur le territoire.
« Le développement d’une nation n’est plus le produit fortuit de ses ressources naturelles, mais celui de son capital humain, de son capital scientifique », a déclaré le ministre, soulignant l’enjeu fondamental de cette réforme.
Le président de l’ANESRS, Dr Hérold Toussaint, a insisté sur la mission de l’agence : consolider la reconnaissance, la qualité et le niveau des diplômes haïtiens.
« La rigueur scientifique n’est pas une contrainte bureaucratique, c’est la position même de la crédibilité institutionnelle, de l’innovation responsable et de la fertilité intellectuelle d’une nation », a-t-il affirmé.
L’agence, composée de neuf membres dont Dr Jean Fénol Métellus (vice-président) et Dr Jacques Abraham (haut-commissaire), aura pour tâche de travailler avec toutes les universités publiques et privées pour inciter la jeunesse à l’excellence académique. Un projet intitulé « La science en fête » est déjà annoncé pour placer l’intelligence et la recherche au cœur de la vision de développement du pays.
M. Eric Voli Bi, représentant de l’UNESCO en Haïti, a lancé un avertissement clair :
« Dans une économie de crise, nous n’avons plus le luxe de former des diplômés pour un marché inexistant. La pertinence des formations doit répondre à l’urgence de la reconstruction. »
Cette nouvelle structure, dont le conseil avait été installé le 14 janvier 2026 en présence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, bénéficie du soutien de partenaires internationaux comme l’UNESCO. Elle traduit la volonté des autorités de structurer durablement l’enseignement supérieur, d’encadrer la recherche et de replacer l’exigence académique au cœur du redressement national, tout en offrant à la jeunesse des perspectives réelles d’insertion et de mobilité internationale.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


