À Donnet Desilus, Tchacho Eleazar, Goebels Cadet, Ti Sauveur Valcourt, Johny Descollines, Jerry Tardieu, Rolls Lainé, Nono Jean Baptiste, Ti Edouard St Hilaire et bien sur Eddy Noesier et les tous autres dont je n’aurai pas pu citer le nom!
Sans infrastructures au pays, les Grenadiers se qualifient pour la Coupe du monde !
Il y a des soirs où une nation se redresse, même courbée par les tempêtes. Des soirs où, malgré la poussière, malgré la peur, malgré le chaos, un peuple lève les yeux pour contempler enfin une lumière qui lui appartient. Hier, les Grenadiers ont qualifié Haïti pour la Coupe du monde et soudain, dans la nuit brisée, un pays tout entier a respiré plus fort.
Ce n’est pas seulement une victoire sportive. C’est un poème de résistance. Une phrase écrite avec des jambes fatiguées mais un cœur intact.
Une leçon donnée au destin qui, depuis trop longtemps, s’acharne.
Car comment comprendre cet exploit, sinon comme un acte de foi ? Haïti n’a pas de stades dignes de ce nom. Pas de centre technique national. Pas de pelouses pour rêver, pas de vestiaires pour croire, pas d’arènes pour célébrer. Le pays n’a que des fragments d’espoir, des terrains poussiéreux, des poteaux courbés, des ballons trop lourds, des joueurs expatriés qui apprennent tôt que la survie, chez nous, précède le talent.
Et pourtant, ce sont eux, ces fils du risque et de la débrouillardise, qui ont donné au pays l’un de ses plus grands miracles contemporains. Ils ont joué pour ceux qui ne peuvent plus jouer. Ils ont couru pour ceux qui n’osent plus sortir. Ils ont marqué pour un peuple qu’on humilie, qu’on oublie, qu’on défigure, mais qui refuse de mourir.
Leur victoire n’est pas un hasard : c’est un manifeste.
Un cri qui dit : « Nous sommes encore là. »
Dans chaque dribble, il y avait les ruelles de Port-au-Prince. Bel Air, Bas peu de Chose, Cité Soleil, Lalue, Petion Ville, Carrefour et j’en passe
Dans chaque tacle, il y avait les collines du Nord. Dans chaque sprint, le souffle des mères inquiètes. Dans chaque but, une promesse d’avenir.
Les Grenadiers ont fait ce qu’Haïti fait depuis deux siècles :transformer le manque en puissance, la douleur en énergie, et la fatalité en déviation technique. Ils ont montré que notre génie collectif survit à tout, même à l’effondrement du pays réel.
Ce soir, la victoire est double : il y a la qualification, et il y a ce frisson national rare, fragile, mais vrai , qui rappelle qu’un peuple peut encore se lever quand son équipe marque.
Et puis il y a ce murmure intime, ce frémissement personnel : Ce soir, Haïti me manque. Les rues de Port-au-Prince me hantent, et je n’arrête pas d’imaginer combien la fête aurait été grandiose. Le Champ de Mars débordant, les klaxons, les youyous, les foules dansantes, les sourires qui s’allument même au bord du désastre. Ah, quelle nuit cela aurait été !
Haïti mon amour ! Et si l’on se mettait à construire ensemble ? Si l’on décidait, enfin, d’offrir à nos victoires un pays à leur mesure ?
Les Grenadiers ont ouvert la voie : à nous maintenant de bâtir le terrain.
Yves Lafortune
Hollywood, Miami


