Dr Eddy N. Labossière
La BRH dans une analyse de la double circulation de la Gourde Haïtienne et du Dollar Américain précise que, la perte de confiance dans la gourde s’explique par la dégradation de la gouvernance politique, l’insécurité persistante et la dépendance croissante des ménages aux transferts de la diaspora Haïtienne, qui représente environ 17% du produit intérieur brut (PIB). Ce phénomène a conduit à une prédominance du dollar dans les échanges, tant dans le secteur privé que public, où il est désormais utilisé pour le règlement de salaire, les contrats commerciaux et même les opérations bancaires courantes.
Pour contrer cette tendance, la BRH a adopté la circulaire no 114-1, obligeant les institutions financières à convertir les fonds reçus en dollars en gourdes au taux de change quotidien, dans l’objectif de protéger les bénéficiaires de ces transferts et de préserver les réserves en devises. On peut noter cependant, que la dollarisation a des répercussions structurelles: en 2024, environ 66% des dépôts bancaires étaient détenus en devises étrangères, ce qui réduit la marge de manœuvre de la Banque Centrale en cas de crise financière et exige des ménages une plus grande vigilance face au risque de change.
Pour stopper les éventuels effets pervers et dans le but de maintenir la confiance dans la gourde, la BRH a misé sur une discipline budgétaire rigoureuse tout en maintenant les grandes équitables macro-économiques.
En Haïti, des mesures concrètes ont été prises: les cartes de crédit sont désormais facturées en gourdes, les prêts à la consommation en dollars sont interdits, et des obligations d’État sont émises en monnaie locale.
De plus, la BRH est très explicite, pour résoudre le problème de la double circulation monétaire en Haïti, il faut une transformation durable nécessitant un environnement politique et économique stable, capable de restaurer la confiance des acteurs économiques. Le rapport de la BRH précise pour dire en conclusion » La revitalisation de la gourde est un préalable à la protection de la souveraineté monétaire et à la résilience face aux chocss externes ». La BRH insiste sur la nécessité d’une coordination étroite entre les autorités monétaires et fiscales, ainsi que sur la mise en œuvre des réformes structurelles pour renforcer la gouvernance et attirer les investissements étrangers.
CONCLUSION
La BRH a une bonne lecture du problème que pose la double circulation monétaire en Haïti, la gourde et le dollar Américain, les mesures prises sont appropriées.
Nous sommes d’accord pour dire avec la BRH que le pays doit retrouver les cinq niveaux de gouvernance perdue. Précisons qu’aujourd’hui Haïti a perdu sa gouvernance économique, politique, institutionnelle, sociale et même environnementale. Pour pouvoir rétablir la gourde dans ses droits, comme seule monnaie ayant cours légal en Haïti, la bonne gouvernance s’impose.
Nous disons aussi qu’une bonne coordination entre la politique budgétaire et monétaire des autorités est indispensable pour éviter la dominance fiscale.
Ajoutons aussi que la BRH doit prendre d’autres mesures courageuses pour renforcer la confiance dans la gourde, citons entre autres le décret de 1989 permettant l’ouverture des comptes en dollars Américain dans les banques à charte ou commerciale doit être suspendu.
En fin de compte la BRH doit empêcher aujourd’hui en 2025 en Haïti que la mauvaise monnaie ne chasse la bonne, puisque sa mission non seulement est la stabilisation des prix mais aussi de défendre la valeur intérieure et extérieure de la Gourde.


