Par Pierre Josué Agénor Cadet
Le professeur-normalien, homme de lettres et éducateur d’exception Julien Clerveaux vient de franchir un cap rarissime : cent années de vie, de lucidité et de fidélité au savoir. Entouré de proches, dont son neveu, le professeur Jean Mary Clerveaux, il a célébré son centième anniversaire chez lui, à Delmas, ce mardi 27 janvier 2026.
Né le 27 janvier 1926 à Saint-Louis du Nord, cette ville autrefois surnommée « le berceau de l’intelligence », Julien Clerveaux est issu d’une famille modeste et musicienne, où la longévité semble être une tradition : son grand-père vécut jusqu’à 105 ans et son père atteignit 99 ans. À cent ans, il conserve encore une mémoire vive et le bonheur de compter parmi les survivants de sa génération des condisciples et amis d’enfance, tels que Dr Rémy Joseph, Louis René Barlatier et Holly Moncy, pour ne citer que ceux-là.
Un humaniste formé à l’école de l’exigence
Brillant élève, il effectua ses études secondaires au Petit Séminaire Collège Saint-Martial, avant d’intégrer l’École Normale Supérieure, section littéraire. Esprit curieux et travailleur infatigable, il étudia également le droit à la Faculté de droit de Port-au-Prince et la comptabilité à l’École de commerce Julien Craan. Cette formation plurielle façonna un intellectuel complet, à la fois littéraire, rigoureux et profondément ancré dans les réalités sociales.
Professeur de latin, de grec et de littérature, Julien Clerveaux appartient à cette génération d’enseignants pour qui transmettre le savoir relevait d’une mission presque sacrée. Il a marqué des générations d’élèves par sa culture classique, sa discipline intellectuelle et son attachement aux valeurs morales.
L’écrivain au service de la mémoire et de l’élévation
À côté de sa carrière d’éducateur, Julien Clerveaux a mené une œuvre littéraire riche, touchant à l’éducation, au roman et à l’essai. Parmi ses ouvrages figurent :
Cueillettes de fleurettes ou Shakira à l’école du savoir
Hommage aux Héros de l’Indépendance
Hommage à Saint-Louis du Nord
Detty et Voty
En remuant les cendres du passé
Deux merveilleux voyages
Je dis non-oui, préfacé par sa nièce Marie-Joseph Ténor, qu’il m’avait d’ailleurs dédicacé lors de sa parution en 2018.
Son roman Je dis non-oui s’inscrit dans la veine qui caractérise son style : une écriture simple, rythmée, imagée, enracinée dans le monde paysan et portée par un souffle moral. On y retrouve son attachement aux vertus civiques, au progrès et à une certaine idée de la dignité humaine.
Un pédagogue d’exception
Julien Clerveaux a enseigné dans plusieurs institutions de renom : à Port-de-Paix, à l’École Normale Supérieure, aux collèges Saint-François d’Assise, Georges Marc, à l’Institution du Sacré-Cœur de Turgeau, au Petit Collège Saint-Martial, entre autres. Partout, il a laissé le souvenir d’un maître exigeant, mais juste, convaincu que l’éducation est la clé de la liberté intérieure et du relèvement collectif.
La vie de Julien Clerveaux est bien plus qu’un parcours individuel : elle est un témoignage vivant de ce que peuvent produire la discipline, la culture et la foi dans l’éducation. À cent ans, il incarne une mémoire, une conscience et une leçon silencieuse adressée à notre époque souvent pressée et oublieuse de ses repères.
Son existence rappelle que les véritables bâtisseurs d’une nation ne sont pas seulement ceux qui font l’histoire politique, mais aussi ceux qui, dans la discrétion des salles de classe et la patience des livres, forment les esprits et élèvent les âmes.
Julien Clerveaux est de cette trempe-là : un homme, un maître, un siècle.
N.B. Il est aussi grand oncle du chanteur Nickenson Prud’homme
Pierre Josué Agénor Cadet


