Par Jean Wesley Pierre
La Villa d’accueil a servi d’écrin, ce mardi 3 mars 2026, à une cérémonie empreinte de solennité : l’installation officielle du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Devant un parterre de hauts dignitaires, de membres du corps diplomatique et de représentants de la société civile, le chef du gouvernement a officiellement remis leurs ampliations aux onze ministres et au secrétaire d’État à la Communication, marquant ainsi le début effectif de leur mandat.
Un gouvernement issu d’un pacte politique
Cette nouvelle équipe gouvernementale puise sa légitimité dans le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, signé par plusieurs forces vives du pays. Dans son allocution prononcée en créole, le Premier ministre a tenu à rappeler le sens de cet accord :
« Lorsque le pays est en danger, nous pouvons mettre toutes nos différences de côté afin de sauver ce qui est le plus important : le pays, Haïti. »
Une manière de justifier la formation d’un cabinet présenté comme « impartial, technique et efficace ».
La composition de ce gouvernement reflète-t-elle cette ambition ? Avec des profils variés mêlant techniciens, anciens hauts fonctionnaires et personnalités issues de la société civile, l’équipe dirigée par Alix Didier Fils-Aimé semble vouloir incarner une certaine diversité. On note toutefois la présence de figures connues de l’appareil d’État, à l’instar de Mario Andrésol, ancien directeur général de la PNH, appelé aujourd’hui à prendre la tête du ministère de la Défense dans un contexte sécuritaire particulièrement critique.
Trois priorités stratégiques affichées
Devant l’assistance, le chef du gouvernement a décliné ce qui constituera, selon lui, la feuille de route de son administration. La sécurité arrive en tête des urgences, avec la promesse de renforcer les capacités opérationnelles de la PNH, des Forces armées d’Haïti (FAd’H) et de la Force de répression des gangs (FRG). L’objectif affiché est clair :
« reprendre le contrôle total des zones sous l’emprise des groupes criminels et rétablir durablement l’autorité de l’État ».
Deuxième pilier : le redressement économique et social. Le gouvernement entend engager un dialogue soutenu avec le secteur privé et les partenaires financiers internationaux, tout en promettant un accompagnement renforcé aux agriculteurs et aux entrepreneurs. La relance de la production nationale et la création d’un climat propice à l’investissement étranger figurent également parmi les objectifs annoncés.
Enfin, troisième priorité, et non des moindres : l’organisation des élections. Le Premier ministre s’est engagé à mettre en place les mécanismes institutionnels, logistiques et sécuritaires nécessaires à la tenue de scrutins libres et crédibles, en vue du renouvellement du personnel politique et du rétablissement complet de l’ordre constitutionnel.
« Le temps des beaux discours est révolu »
Cette formule, martelée par le premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, résonne comme un avertissement adressé à sa propre équipe. Le chef du gouvernement a exhorté ses ministres à adopter une gestion « saine, rigoureuse et transparente des ressources publiques », insistant sur le fait que chaque gourde dépensée devra l’être au bénéfice direct de la population.
Mais au-delà des intentions affichées, une question demeure : ce gouvernement disposera-t-il des moyens, du temps et de la marge de manœuvre nécessaires pour transformer ces promesses en actes ? Dans un pays où l’insécurité gangrène le quotidien, où l’économie est exsangue et où la classe politique reste profondément divisée, l’équation s’annonce pour le moins complexe.
Une équipe sous pression
La composition du gouvernement, dévoilée quelques heures avant la cérémonie, place des personnalités expérimentées à des postes clés. Raina Forbin hérite des Affaires étrangères et des Cultes, Vijonet Deméro prend la tête du ministère de l’Éducation nationale, tandis que Jean-Marie Vianney Emmanuel Ménard est confirmé à la Culture et à la Communication. Sandra Paulémont, figure reconnue dans le domaine de la planification, est nommée à la Planification et à la Coopération externe, un portefeuille stratégique dans les relations avec les bailleurs de fonds.
Du côté des ministères techniques, Marcelin Aubourg est désigné à l’Agriculture, Marc-Elie Nelson aux Affaires sociales, Joseph Almathe Pierre-Louis aux Travaux publics, Stéphanie Smith au Tourisme et Moïse Louis à l’Environnement. Dumas Pithagore, quant à lui, devient ministre de la Jeunesse et des Sports, un département souvent perçu comme un poste stratégique en période préélectorale.
Par ailleurs, Patrick Chrispin a été nommé secrétaire d’État à la Communication, un rôle clé dans la stratégie de communication gouvernementale.
Un test grandeur nature
L’installation de ce gouvernement intervient dans un contexte où la patience de la population est à bout. Après des années de crises à répétition, de transitions qui s’éternisent et de promesses non tenues, les Haïtiens attendent désormais des résultats concrets.
La cérémonie de ce mardi a posé un cadre. Reste à savoir si ce nouveau cabinet parviendra à sortir le pays de l’ornière sécuritaire et institutionnelle dans laquelle il s’enfonce depuis trop longtemps. Le Premier ministre a promis l’action. L’heure n’est plus aux discours, mais à la démonstration par les faits. Le peuple, lui, observe et jugera.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


