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Insécurité persistante et crise de gouvernance : l’exécutif visite la base de la FRG

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le mardi 27 janvier 2026 — Alors que la capitale haïtienne reste sous la menace constante des groupes armés, le Président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, accompagné du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et du Directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), a effectué, ce mardi 27 janvier 2026, une visite officielle à la base de la Force de Répression des Gangs (FRG).

Présentée comme un acte de soutien aux forces de sécurité, cette initiative intervient toutefois dans un contexte politique profondément conflictuel, marqué par une crise de légitimité au sommet de l’État.

Selon le communiqué officiel, cette visite visait à réaffirmer l’engagement des autorités à soutenir les forces nationales et leurs partenaires internationaux dans la lutte contre les gangs armés.

Les responsables ont salué le professionnalisme et le courage des troupes, tout en mettant en avant les « avancées » enregistrées ces derniers mois sur le plan sécuritaire. Un discours qui tranche avec la réalité vécue quotidiennement par la population, particulièrement à Port-au-Prince, où les tirs, les déplacements forcés et la peur restent omniprésents.

Au-delà du message sécuritaire, la présence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé soulève de sérieuses interrogations. En effet, plusieurs jours auparavant, une majorité des membres votants du Conseil Présidentiel de Transition avait adopté une résolution révoquant le chef du gouvernement. Pourtant, ce dernier continue d’agir publiquement au nom de l’État, avec le soutien explicite du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, créant une situation de dualité du pouvoir et de confusion institutionnelle.

Cette posture va à l’encontre des principes mêmes de collégialité et de respect des décisions majoritaires qui devraient régir le fonctionnement du CPT.

En se maintenant de facto en fonction malgré sa révocation, le Premier ministre affaiblit la crédibilité des institutions de transition, déjà fragilisées par l’absence de légitimité électorale et par les pressions internationales.

Dans ce contexte, la visite à la (FRG) Force de Répression des Gangs apparaît autant comme un acte politique que sécuritaire. Elle peut être interprétée comme une tentative de démontrer une unité de façade au sommet de l’État, alors que les divisions internes sont manifestes. Or, la lutte contre l’insécurité ne saurait être efficace sans une gouvernance claire, cohérente et respectueuse des règles qu’elle se donne elle-même.

Les autorités ont par ailleurs insisté sur le lien entre le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections crédibles. Cet argument, souvent avancé, pose toutefois une question centrale : comment préparer un retour à l’ordre constitutionnel dans un contexte où les organes de transition peinent à respecter leurs propres décisions ?

Si le soutien aux forces de sécurité est indispensable, il ne peut masquer l’urgence d’une clarification politique. Sans cohérence institutionnelle, la lutte contre les gangs risque de rester ponctuelle et fragile, tandis que la population continue de payer le prix d’un État affaibli, divisé et incapable d’imposer durablement son autorité.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

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