Par Pierre Josué Agénor Cadet
La triste et bouleversante nouvelle m’est parvenue ce mardi 16 décembre, d’abord par mes devanciers devenus amis et modèles, le révérend père Ronel Vildor et Lesmarges Valnord, puis par mes condisciples de la sixième à la première au Collège Notre-Dame de Lourdes (CNDL) de Port-de-Paix : Ronyde Bélizaire Imbert et Alix Lalanne. Un peu plus tard, un message de mon camarade Yves Martial, juge à la Cour d’appel des Gonaïves, qui, comme moi, a très tôt commencé à taquiner la muse, me demandait si j’avais des informations sur Ernst Louis Pierre, dit Capi.
Enfin, à travers le texte poignant Adieu Bouboul, un homme et son calcaire, signé de son fidèle ami Jean L. Théagène, et un appel de Jackson Pléteau, Inspecteur général et mon ancien directeur de cabinet au ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, j’ai pu confirmer la terrible nouvelle : mon ancien et éminent professeur, mentor et guide, Ernst Louis Pierre, que ses élèves et ses proches appelaient affectueusement Bouboul, Ti Ernst ou Capi, s’en est allé pour l’au-delà ce mardi matin 16 décembre, à l’hôpital de Diquini.
Ernst Louis Pierre fut tour à tour journaliste vedette à la Radio Voix du Nord-Ouest (4VTS) à Port-de-Paix, professeur de français, de sciences sociales et responsable de discipline au Collège Notre-Dame de Lourdes, directeur de discipline au Petit Collège Saint-Martial, professeur de sciences sociales et de littérature dans de nombreuses institutions scolaires de Port-au-Prince, notamment au Collège de Madame Frank Paul, au Canapé-Vert. Il appartient à cette catégorie rare de professeurs qui ne se contentent pas d’enseigner une matière, mais qui forment des consciences et éveillent des vocations. C’est à son contact que j’ai choisi, avec amour et conviction, le noble métier d’enseignant.
Enseignant d’exception, Ernst Louis Pierre aimait profondément son métier et ses apprenants. Rigoureux sans être rigide, exigeant sans être humiliant, il savait allier discipline et bienveillance. Il croyait au potentiel de chaque élève, même des plus fragiles, et prenait le temps de les relever par la parole juste, le regard encourageant et l’exemple constant. Sa pédagogie reposait sur le respect, l’effort, la curiosité intellectuelle et l’amour de la langue française. Il enseignait non seulement à bien écrire et à bien parler, mais surtout à penser droit, agir juste et rester digne. Pour lui, l’école était un sanctuaire, et l’enseignant, un serviteur de l’esprit.
Il est allé rejoindre son Créateur comme il a vécu toute sa vie : dans la simplicité, la discrétion et la sérénité, la tête haute et l’esprit tranquille. Homme honnête et intègre, il a toujours refusé, malgré de nombreuses sollicitations, de se mêler à la politique telle qu’elle se pratique en Haïti jusqu’à ce jour, préférant rester fidèle à ses valeurs et à sa mission éducative.
Avec le départ d’Ernst Louis Pierre, l’école haïtienne perd un pilier, et plusieurs générations perdent un maître. Mais son héritage demeure vivant dans la mémoire de ses anciens élèves, dans les mots qu’il a semés, dans les vies qu’il a éclairées. Repose en paix, cher Maître. Ta voix s’est tue, mais ton enseignement continue de parler en nous.
Pierre Josué Agénor Cadet


