Par Jean Mapou
PORT-AU-PRINCE.— Dans un contexte de recomposition du pouvoir exécutif marqué par le retrait du Conseil Présidentiel de la Transition (CPT) et la fin du dispositif exécutif bicéphale, le Collectif du 4 Décembre 2013 appelle le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à mettre en place, sans délai, une Chambre de Contrôle de la Transition (CCT).
Dans une correspondance officielle adressée au chef du gouvernement, le Collectif estime que l’instauration d’une gouvernance désormais monocéphale place l’Exécutif dans une situation exceptionnelle, lourde de responsabilités et de risques pour l’équilibre institutionnel. Évoquant l’absence prolongée d’institutions constitutionnelles fonctionnelles, la crise de confiance généralisée et les menaces persistantes sur la souveraineté nationale, l’organisation affirme qu’il est urgent de doter le pays d’un mécanisme crédible de régulation démocratique.
Déjà rendue publique le 22 janvier 2026 en collaboration avec plusieurs organisations de la société civile, dont l’Ordre des défenseurs des droits de l’Homme (ORDEDH), la proposition de création d’une Chambre de Contrôle de la Transition se veut, selon ses promoteurs, une réponse structurelle et non conjoncturelle. L’objectif affiché: prévenir les dérives liées à la concentration prolongée des pouvoirs exécutifs et instaurer des garde-fous institutionnels adaptés à la période transitoire.
Le Collectif met particulièrement en garde contre les risques inhérents à la concentration des ministères, notamment régaliens, sous l’autorité directe d’une seule personnalité. Une telle configuration, même dictée par des circonstances exceptionnelles, pourrait fragiliser les mécanismes de contrôle, accroître les zones d’opacité et exposer l’État à des dérives préjudiciables à l’intérêt général, soutient-il.
La Chambre de Contrôle de la Transition serait conçue comme un espace démocratique structuré, dédié au suivi et à l’évaluation de l’action gouvernementale. Elle viserait à renforcer la transparence, la reddition de comptes et la participation citoyenne. En obligeant ministres et hauts responsables à rendre publiquement compte de leurs décisions, de l’utilisation des ressources publiques et des résultats obtenus, la CCT contribuerait, selon le Collectif, à restaurer la confiance entre l’État et la population.
Au-delà de sa fonction de contrôle, cette instance serait également appelée à servir de cadre permanent de dialogue entre le gouvernement et les forces vives de la nation. Elle pourrait, d’après ses promoteurs, prévenir les tensions sociales et désamorcer d’éventuelles crises de légitimité en inscrivant l’action gouvernementale dans une dynamique d’écoute et de responsabilité.
S’adressant directement au Premier ministre, le Collectif souligne que l’Histoire retiendra le choix qu’il fera dans cette période charnière : gouverner sans contrepoids institutionnels suffisants ou opter pour la transparence et le contrôle démocratique. L’instauration de la CCT constituerait, selon ses termes, un signal fort en faveur de la moralisation de la vie publique et de la protection des intérêts supérieurs de la nation.
Le Collectif du 4 Décembre 2013 renouvelle avec fermeté son appel à la création de cette Chambre, qu’il considère désormais comme indispensable à la lutte contre la corruption, à la consolidation de la gouvernance démocratique et à la sauvegarde de la souveraineté nationale dans un contexte de transition particulièrement fragile.
Jean Mapou / Le Reilef


