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Haiti: Quand les sanctions américaines et les pressions diplomatiques rythment la crise politique

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le mercredi 26 novembre 2025 – La décision des États-Unis de sanctionner Fritz Alphonse Jean, membre du Conseil présidentiel de transition (CPT), a provoqué une onde de choc dans la classe politique haïtienne, ravivant le débat sur l’ingérence étrangère et les luttes de pouvoir internes. Cette mesure, justifiée par Washington par des « liens présumés avec des gangs armés », est perçue par de nombreux acteurs locaux comme une tentative d’influencer la composition du gouvernement et de bloquer le renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dont l’incapacité à gouverner est pourtant manifeste selon le conseiller présidentiel Fritz Alphonse Jean.

Une sanction qui divise

Fritz Alphonse Jean, conseiller-président représentant l’Accord de Montana, a fermement rejeté les accusations américaines. « Je réfute catégoriquement l’accusation portée contre ma personne par les autorités américaines de mon implication avec les gangs armés ou d’autres éléments criminels », a-t-il déclaré, exigeant des preuves et affirmant sa détermination à poursuivre la révocation du Premier ministre pour « incompétence et insubordination ».

Cette position a reçu un soutien public de nombreuses personnalités politiques. Claude Joseph, ancien Premier ministre et leader du parti EDE, a exprimé sa solidarité avec le conseiller, dénonçant le « diktat étranger ». « J’ai été le premier à produire des critiques solides et argumentées de son ouvrage. Cependant, je tiens aujourd’hui à saluer son courage », a-t-il déclaré, rappelant avoir lui-même remis un document de trois pages au Chargé d’Affaires américain Henry T. Woster détaillant « l’échec de Didier Fils-Aimé ».

Cependant, l’isolement de Fritz Alphonse Jean lors de sa conférence de presse où seul Lesly Voltaire était présent illustre les fractures au sein du ( CPT ) conseil présidentiel de transition. Les conseillers Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles, pourtant signataires de la résolution contre le Premier ministre, ont brillé par leur absence.

Une ingérence perçue comme évidente

Pour de nombreux observateurs, la sanction contre Fritz Alphonse Jean est directement liée à son opposition au Premier ministre soutenu par les ambassades américaine et canadienne. Moïse Jean Charles, leader du parti Pitit Desalin, y voit un « affront à la société haïtienne » et une preuve de l’ingérence étrangère. L’ancien diplomate américain Pierre Antoine Louis abonde dans ce sens, estimant qu’« Haïti est sous tutelle ».

Un sentiment partagé par Roberson Alponse, qui déclarait sur les ondes de la Radio Magik 9 : « On a l’impression que le problème sécuritaire est devenu un prétexte pour que certaines personnes restent au pouvoir. C’est cynique. »

Des partis et regroupements politiques signataires du Consensus politique pour le redressement national qualifient d’« ingérence inacceptable » les messages des ambassadeurs américain et canadien. Révoltés, ces dirigeants pressent les membres du ( CPT ) conseil présidentiel de transition de réparer ce qu’ils considèrent comme une « honte nationale ».

Le silence de la diplomatie haïtienne critiqué

Plus de vingt-quatre heures après la divulgation des messages des diplomates étrangers, la Chancellerie haïtienne demeure silencieuse, suscitant incompréhension et indignation. Pourtant, l’article 41 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques stipule clairement le « devoir de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures » de l’État accréditaire.

Le titulaire du ( MAE ) Ministère des Affaires Étrangères, Harvel Jean Baptiste, est particulièrement critiqué.

MPour plusieurs observateurs, cette absence de position claire traduit une fragilité diplomatique inquiétante et met en lumière l’incapacité du ministre à défendre la souveraineté de l’État haïtien.

La position contraire du président du CPT

Dans cette crise, Laurent Saint-Cyr, président du Conseil présidentiel de transition, se positionne différemment. Il s’oppose fermement à toute éviction du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, estimant que « ces démarches ont installé une inquiétude réelle au sein de l’opinion publique nationale, suscité les préoccupations légitimes de nos partenaires internationaux, et font désormais peser une menace sérieuse sur la stabilité du pays ».

Dans une lettre aux membres du Conseil, il lance un appel « à l’unité, à la sagesse et à la responsabilité nationale », estimant qu’un changement de gouvernement « à près de deux mois du 7 février porterait un coup sévère aux efforts déjà engagés pour rétablir la sécurité ».

Un contexte de fragilité institutionnelle

La crise actuelle met en lumière les tensions persistantes entre la souveraineté nationale et l’influence des partenaires internationaux. Alors que le ( CPT ) conseil présidentiel de transition est censé piloter la transition vers des élections démocratiques, les pressions diplomatiques semblent orienter ses décisions internes.

Le cinéaste Richard Senecal observe amèrement : « La réalité est que les diplomates étrangers préfèrent souvent travailler politiquement avec des sans-gêne, précisément parce qu’ils peuvent leur mettre de la pression facilement et obtenir ce qu’ils veulent. »

Garry Pierre-Paul Charles, dans un réquisitoire violent, accuse le conseiller sanctionné d’être « le véritable fossoyeur de la démocratie », soulignant la polarisation des discours. Pourtant, l’absence de preuves publiques des accusations américaines alimente le scepticisme.

Vers une escalade…?

Alors que Fritz Alphonse Jean affirme ne pas céder aux pressions, la communauté internationale, notamment les États-Unis et le Canada, semble déterminée à maintenir leur ligne. Le département d’État américain affirme : « The Trump Administration stands firmly with the Haitian people who wish to see the end to ongoing violence. »

Un responsable américain avait prévenu : « This is not the time to test U.S. resolve. » Cette détermination contraste avec les appels à la souveraineté nationale de nombreux politiciens haïtiens.

Dans un pays en proie à une crise multidimensionnelle, la légitimité des institutions transitionnelles est plus que jamais en jeu, tiraillée entre attentes populaires et réalité politique internationale, alors que le groupe « Kasasyon Nou Prale » réclame déjà la démission collective des membres du CPT et du gouvernement, estimant que ces révélations « confirment l’effondrement de la légitimité et de la crédibilité du CPT ».

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